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Accueil du site > Actualités > International > Le dossier Ukraine

Le dossier Ukraine

Les titres des médias européens sont suffisamment éloquents. Ils ne peuvent cacher leur déconvenue en voyant l'Ukraine ajourner son adhésion au Partenariat oriental.

Voici quelques titres qu'on peut lire aujourd'hui sur Internet : l'Union européenne cocufiée par l'Ukraine : le camouflet de Kiev : l'Ukraine tourne le dos à l'Union européenne : l'énigme ukrainienne.

Une fois de plus, les rédactions n'ont rien vu venir alors que ce revirement était prévisible. Pour qui connaît l'Ukraine, cette décision n'est pas une surprise.

Champs de blé en Ukraine.

Nous pourrions faire une comparaison avec une fille qui serait courtisée par deux hommes et qui ne peut choisir entre son cœur et sa raison. L'un lui propose un PACS avec une perspective de mariage à très long terme tandis que l'autre présente directement un contrat de sécurité et un mariage avantageux.

Un peu d'Histoire.

Jusqu'au IXe siècle, les plaines d'Ukraine centrale étaient peuplées de tribus slaves dont on ne sait pas grand chose sinon qu'elles n'étaient pas unies.

Au sud de l'Ukraine actuelle, le long des rives de la mer Noire, vivaient les Kazhars (la treizième tribu d'Israël ?), les Magyars et divers autres peuples comme les Petchénègues qui entretenaient tous des liens avec Byzance.

A partir du milieu du IXe siècle, des Vikings de l'Est, aussi appelés Varègues ou Rus, envahirent l'Ukraine à partir du nord. Ils fondèrent la ville de Novgorod (vers 859) en Russie de l'Ouest actuelle et ils descendirent ensuite le Dniepr. Les populations slaves firent allégeance à ces envahisseurs. Ils fortifièrent la ville de Kiev (vers 865) qui deviendra la capitale de l’État de Kiev aussi appelé la Rus de Kiev.

La Moscovie était alors une principauté éloignée dépendant de cet État qui préfigurait la future Russie.

Les siècles suivants virent cet État se disloquer suite aux luttes entre princes.

La région tomba ensuite sous le joug de la Horde d'Or qui finit par être chassée d'Europe par les Polonais et les Lituaniens au XIVe siècle.

La Rus ou Russie ressuscita alors de ses cendres à partir de la Moscovie sous le règne d'Ivan III dit le Grand. (1) A la chute de Constantinople, la Russie récupéra l'emblème de l'Aigle à deux têtes et Moscou devint la troisième Rome.

L'ancienne Rus de Kiev fut alors intégrée dans ce qui deviendra l'Empire russe mais Moscou en sera dorénavant la capitale. A partir de cette époque, le destin de l'Ukraine centrale et de l'Est se confondit avec celui de la Russie.

Jusqu'à la révolution de 1917, l'empire ne fera que s'étendre, jusqu'au Pacifique à l'Est et jusqu'aux frontières de l’Autriche-Hongrie et de la Prusse à l'Ouest.

Carte d'Ukraine.

De 1917 à 1991.

Suite au chaos qui régna dans la région à partir de 1917 et au traité de Brest-Litovsk du 3 mars 1918 entre la Russie et l'Allemagne, l'Ukraine connut une brève période d'indépendance. La guerre civile et la non délimitation de la frontière Est de la Pologne lors du traité de Versailles engendrèrent des troubles. En 1921, l'Ukraine perdit son indépendance et devint une des républiques de l'URSS.

La victoire soviétique en 1945 concrétisa les annexions de la Galicie (Lviv), de la Ruthénie subcarpathique et de divers territoires roumains à l'Ukraine.

En 1954, Nikita Khrouchtchev transféra la presqu’île de Crimée de la république de Russie à l'Ukraine.

Peu de gens savent que l'Ukraine (et la Biélorusse) avaient des sièges distincts de l'URSS au Nations unies dès la création de celle-ci, en 1945.

En 1986, l'accident nucléaire de Tchernobyl eut lieu sur le territoire de l'Ukraine mais les conséquences de la catastrophe se firent surtout sentir en Biélorussie.

L'Ukraine contemporaine.

A la dislocation de l'URSS, l'Ukraine choisit l'indépendance à une écrasante majorité. (90,5 %)

Elle devint alors le deuxième plus grand pays d'Europe après la Russie avec une population d'environ 45 millions d'habitants.

Ces années 90 furent difficiles pour les pays nouvellement indépendants de l'Empire éclaté.

La production industrielle était dispersée sur l'ensemble du territoire de l'URSS. Des pièces étaient produites dans divers pays et il n'était plus possible de coordonner leurs fabrications. La Russie a par exemple perdu la chaîne de fabrication des avions Antonov au bénéfice de l'Ukraine.

Antonov 225

D'un autre côté, les chantiers navals de Mikolaïv ont perdu les commandes militaires de l'ex-URSS et ils peinent à survivre aujourd'hui. On y construisait des porte-avions et des croiseurs lourds autrefois.

Les cœurs de la production industrielle ukrainienne sont situés dans le Dombass et en Ukraine Sloboda, des régions culturellement très proches de la Russie et situées à l'extrême Est du pays. On y trouve les villes de Donetsk et de Kharkiv. C'est là que sont situés les mines de charbon et la sidérurgie ukrainienne.

Metallurgie à Donetzk

L'Ukraine a aussi une industrie spatiale héritée de l'URSS. Elle produit des lanceurs parmi les plus performants du monde et ses moteurs sont achetés par l'Agence Spatiale Européenne. (2)

L'Ukraine n'est plus le grenier à blé de l'Europe. Les champs de blé, cartes postales de l'Ukraine d'autrefois, sont des images du passé. Les kolkhozes ont cessé d'exister et les terres ont été redistribuées aux petits producteurs agricoles des villages. Ils n'ont cependant pas les moyens de cultiver les immenses champs de l'époque soviétique et ceux-ci redeviennent en grande partie des steppes. Le pays reste néanmoins le troisième exportateur mondial de céréales

Cela n'a pas échappé à la Chine. Toujours à la recherche de terres agricoles pour nourrir sa population, elle semble intéressée par ces friches et est, semble-t-il, prête à relancer la production agricole ukrainienne. (3)

Il y a aussi en Ukraine une industrie agro-alimentaire qui n'est pas négligeable. Les célèbres (et délicieux) chocolats Roshen sont connus dans tous les pays de la CEI. (4)

La vie en Ukraine.

Nous trouvons en Ukraine des centres commerciaux aussi modernes et aussi bien achalandés que chez nous. Les produits ukrainiens se vendent très bon marché mais les produits importés sont au même prix qu'en Occident alors que le niveau des salaires est quatre à cinq fois plus bas.

Il faut quand même préciser que le carburant est à 50 % du prix européen, que les loyers sont dérisoires (dans les khrouchtchevkas), qu'il y a peu de taxes dans le pays et que la plupart des Ukrainiens ont une parcelle qu'ils cultivent ou ont des parents qui vivent dans leur village natal et qui les approvisionnent en produits agricoles frais.

La libéralisation de l'économie a provoqué de grands écarts de revenus. On trouve une jet-society vivant dans une opulence ostentatoire à Odessa, dans les autres stations balnéaires de la mer Noire et dans les grandes villes industrielles.

D'un autre côté, la vie est plus difficile dans les campagnes. Beaucoup d'anciens kolkhoziens sont restés dans leur village et ne perçoive qu'une maigre pension. Il en est cependant ainsi dans tous les pays du monde à de rares exceptions près.

Comme en Russie, je dirais même davantage qu'en Russie, la foi religieuse orthodoxe est omniprésente. Les églises poussent comme des champignons. Ces constructions sont financées par les nouveaux milliardaires.

Eglise en Ukraine.

Tout le monde se signe en passant devant une église. Les jeunes et les vieux vont y allumer des cierges

C'est très étonnant pour un pays où entrer dans une église il y a un peu plus de 20 ans pouvait vous coûter une promotion dans votre entreprise.

Il y a en Ukraine, comme en Russie d'ailleurs, une grande liberté de parole de la part de la population. On critique ouvertement les responsables politiques. Cela n'a aucune commune mesure avec l'époque soviétique et cela n'a aucun effet sur l'amélioration de la situation.

Il est à noter que du fait des nombreux modelages de frontières, on trouve une grande diversité culturelle, linguistique et religieuse dans le pays.

Qu'a perdu l'Ukraine ce 21 novembre ?

Il sera difficile d'expliquer à la majorité des Ukrainiens que leur rêve de faire partie de la famille européenne est reporté à plus tard.

Les réformes pour une justice équitable, la fin de la corruption des fonctionnaires et une amélioration de leur confort de vie étaient des attentes légitimes de la population.

La suppression des visas d'entrée en Union européenne était aussi espérée mais je ne crois pas que le signature de l'accord d'association aurait changé quoi que ce soit à ce niveau. L'Europe est intransigeante pour l'entrée d'étrangers sur son territoire sauf pour les clandestins.

Qu'ont gagné les entreprises ukrainiennes ce 21 novembre ?

Les termes de l'accord d'association avec l'Union européenne étaient très défavorables à l'Ukraine sur le plan commercial. On peut se demander si cet accord a été bien étudié par la partie ukrainienne.

Cet accord ouvrait le pays aux investissements occidentaux ainsi qu'à l'ouverture du marché ukrainien aux produits de l'Union européenne.

Les produits ukrainiens devaient d'abord se mettre aux normes européennes avant de pouvoir être exportés. Il n'était pas prévu d'aide substantielle pour cette mise aux normes.

Très logiquement, la Russie a menacé l'Ukraine de la fermeture de son marché aux produits ukrainiens vu que les produits européens pouvaient entrer en Russie en passant par l'Ukraine.

Avec la rupture de l'accord d'association avec l'Union européenne, les entreprises ukrainiennes maintiendront leur niveau d'exportation vers la Russie et elles l'amélioreront encore si le pays adhère à l'Union douanière vu la complémentarité des deux économies.

Chantier naval à Mikolaiv

Les conséquences pour les entreprises européennes.

Les entreprises européennes viennent de perdre un marché prometteur mais tout de même incertain. En alimentation par exemple, les Ukrainiens sont très attachés à leur façon traditionnelle de manger. Les produits locaux frais prennent la plus importante place dans leurs habitudes.

Le secteur énergétique ukrainien serait passé sous le contrôle d'agences européennes comme par exemple Euratom et le secteur aurait été privatisé voire démantelé au bénéfice des grands groupes européens.

L'accord aurait surtout permis de faire main basse sur les joyaux industriels ukrainiens à des conditions favorables.

Jeune fille à Lviv

Quelles conséquences pour la Russie ?

La Russie a manœuvré pour faire échouer l'accord. Les fermetures récentes de la frontière russes aux marchandises ukrainiennes ont fait prendre conscience aux oligarques ukrainiens qu'ils avaient beaucoup à perdre si le marché russe leur était rendu difficile. Une sécession de l'Est de l'Ukraine avait même été évoquée.

La dislocation de l'URSS a affaibli toutes les nouvelles républiques. Il a alors manqué beaucoup de centres de production à la Russie et elle a mis 20 ans pour en créer de nouveaux grâce à ses revenus tirés de l'exportation d'énergies.

Quand Vladimir Poutine dit que la fin de l'URSS a été une grande catastrophe du XXe siècle, il n'évoquait pas le système soviétique en lui-même mais plutôt l'ensemble industriel et économique qui avait un potentiel de développement élevé dans une économie libérale.

Ces propos ont été détournés de leur sens par les médias occidentaux. Ils ont alors évoqué la nostalgie du président russe pour un ancien régime dictatorial.

Une adhésion de l'Ukraine à l'Union douanière et sa transformation éventuelle en une entité politique ferait de cet ensemble un acteur de premier plan et bouleverserait la géopolitique mondiale.

Les États-Unis l'ont bien compris. L'appel téléphonique de Joseph Biden à Victor Ianoukovitch ce vendredi 22 novembre est bien là pour nous rappeler que les États-Unis veilleront à empêcher un rapprochement entre l'Ukraine et la Russie. (5)

Des troubles seront même à prévoir avant les élections présidentielles ukrainiennes de 2015.

Et Ioula Timochenko.

Les Européens ont commis une erreur tactique en liant l'accord d'adhésion au sort de Ioula Timochenko. Ils ont permis au gouvernement ukrainien de justifier la non signature de l'accord à Vilnius sans devoir trouver de motif politique.

L'ex-égérie de la Révolution orange n'est cependant pas une oie blanche. Les accusations contre elle sont justifiées et la grande majorité des Ukrainiens approuve sa condamnation.

Là où le bât blesse, c'est que ces accusations peuvent être portées contre tous les dirigeants politiques du pays et la condamnation de la seule Ioula Timochenko ressemble à une mise à l'écart politique.

Un mot sur l'Holodomor.

La famine qui a sévit dans le Sud de l'URSS entre 1931 et 1933 fit des millions de morts mais n'est pas reconnue comme un génocide par les instances internationales.

Il existe une abondante littérature sur le sujet et cela laisse à chacun l'occasion de se faire son opinion.

Il faut noter que c'est suite à la Révolution orange que les autorités ukrainiennes ont employé le mot « génocide ». Cela a permis l'exploitation d'un sentiment anti-russe dans le pays et cela a été à l'origine de la tentation du rapprochement de l'Ukraine avec l'Union européenne. Cela n'échappe pas à un observateur attentif, surtout que l'Ukraine accueille une grande quantité de conseillers étasuniens depuis son indépendance.

L'avenir.

La suspension de la signature du projet d'accord laisse à chacun des acteurs le temps de la réflexion.

Les discussions triparties entre l'Ukraine, l'Union européenne et la Russie peuvent rapprocher les points de vue mais l'Union européenne exerce actuellement le même chantage que la Russie en menaçant de rompre les négociations en cas d'adhésion de l'Ukraine à l'Union douanière.

La fermeture du marché russe aux produits ukrainiens serait une catastrophe pour le pays.

Une heure de vérité approche avec le nouveau prêt du FMI qui sera lié comme d'habitude à des mesures de libéralisation de l'économie. Ce sera à suivre de près.

De toute façon, le traité qui est actuellement proposé sera tout-à-fait à renégocier.

La décision finale reviendra sans doute aux Ukrainiens lors des prochaines élections présidentielles. Ce serait la voix de la sagesse et surtout, ce serait de la démocratie élémentaire.

(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Ivan_III_de_Russie

(2) http://www.prnewswire.fr/news-releases/lagence-spatiale-europeenne-choisit-les-moteurs-fusees-ukrainiens-182412151.html

(3) http://lejournaldusiecle.com/2013/10/04/lukraine-cede-5-de-ses-terres-a-la-chine-pour-au-moins-50-ans/

(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Roshen

(5) http://french.cri.cn/621/2013/11/23/562s354425.htm

 


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151 réactions à cet article    


  • claude-michel claude-michel 25 novembre 2013 11:21

     L’Ukraine a plus à gagner avec la Russie qu’avec l’UE qui ne représente rien dans le monde..aucun poids politique..juste des banques..des chômeurs et des pauvres à foison.. !


    • Pierre Pierre 25 novembre 2013 11:54

      Il n’a pratiquement aucun doute que cet accord d’association est une opération géopolitique à la demande des États-Unis pour éloigner l’Ukraine de la Russie. 
      Je suis assez d’accord avec vous mais les Ukrainiens ont une vision idéalisée de l’Europe et de ses hauts revenus qui provoque chez eux une attirance vers notre modèle de société.
      Il faut aussi noter que l’Est du pays, disons jusqu’à Rivne, est viscéralement nationaliste et anti-russe.


    • Pierre Pierre 25 novembre 2013 12:35

      Correction : l’Ouest du pays, évidemment.


    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 27 novembre 2013 17:48

      @ Pierre


      Merci pour cet article impartial sur le dossier ukrainien. Je serais bien incapable de cette impartialité. tant je considère que le dislocation de l’URSS obtenue par les USA, gagnants de l Guerre Froide par la propagande et la corruption, a été LA catastrophe du XXe siècle. Je suis heureux de cette nouvelle défaite yankee qui laisse la porte ouverte a une éventuelle « Troisième voie » (U.E-RUSSIE+) qui évitera - ou au moins retardera l’ultime bagarre entre entre les USA et la Chine. 


      PJCA



    • wawa wawa 25 novembre 2013 11:28

      Merci pour ce moment de geopolitique.

      je vous lis toujours avec plaisir.

      • COVADONGA722 COVADONGA722 25 novembre 2013 11:36

        yep , L’UE truchement de l’empire yankee poursuit sa stratégie d’encerclement de la Russie .

        Alors que l’ UE n’en a plus ni les moyens économiques ni militaires.Les russes se sont réveillés . lls recommencent a taquiner les espaces aériens des pays nordiques.Les sous-marins reprennent leurs croisières longues , des avions de surveillances maritimes font des transatlantiques, le flotte de Mourmansk se prépare a surveiller un passage Nord qui se libère des glaces !En méditerranée avec ou sans Asad Moscou garderas Tartous « et pan dans la gueule yankee » !Nous sommes essorés financièrement on réduit les armées à peau de chagrin , les yankee redessinent leurs alliances au proche/moyen orient , Obama resserre le limes et se tourne vers le pacifique .Et nous qui avons aidés les yankee a s’essuyer les pieds sur la Russie vous croyez qu’Obama bougera le petit doigt pour nous ?
        Yep ! maître Michka se réveille, il est en rogne devinez a qui il vas présenter la facture !

        asinus : ne varietur



        • Jelena XCII 25 novembre 2013 11:52

          En ce moment c’est la valse des matraque à Kiev.

          Pauvres ukrainiens qui manifestent pour faire partie de l’UE. smiley


          • Pierre Pierre 25 novembre 2013 12:07

            Il fallait s’y attendre. Les réseaux de nostalgiques de la Révolution orange n’attendaient que cela pour se réveiller. Je le dis dans l’article, la société ukrainienne est diverse. 
            Ce sera un test pour le gouvernement Ianoukovitch. Qu’il mette les réformes en place.


          • eric 25 novembre 2013 11:58

            Globalement d’accord.

            Peut être aurait il fallu insister un peu plus sur la division entre Est russe orthodoxe et Ouest ukrainien catholique. Provinces perdues polonaises etc...

            Sur le sentiment que peuvent produire en Russie les tentatives de rapprochement de la CEE avec l’Ukraine.

            C’est un peu comme si une Alsace devenue autonome décidait de se rapprocher de l’Allemagne, si l’Espagne abandonnait l’Europe pour un marche commun avec les hispanisant, ou si les Etat-unis faisaient de l’œil aux anglais pour une sorte d’union.
            même parfaitement indiscutables et démocratiques, de tels rapprochement produiraient sans doute chez nous le sentiment d’une sorte d’agression, de perte.

            Il me semble que les tentatives aussi maladroites et légitimes des russes et des européens pour se rapprocher de l’Ukraine, peuvent surtout entrainer son déchirement. Cela se rajoute a d’autres facteurs allant dans le même sens.

            Dans les 20 dernières années, les ukrainiens de l’Ouest ont surtout cherche a migrer a l’ouest, ceux de l’est a profiter du marche de l’emploi russe.
            (A paris, tous les petits marches noir de produit « russes » sont en fait ukrainiens).

            Je ne suis pas sur que cela soit de l’intérêt de l’une et l’autre partie d’avoir un pays divise, déchiré, conflictuel comme interface.

            Il me semble que l’Europe aborde la question de l’Ukraine et par voie de conséquence celle de la Russie, avec ses mécanismes habituels, sans vision, sans générosité.


            • Pierre Pierre 25 novembre 2013 12:31

              Je viens justement de laisser un commentaire à claude-michel qui relève le problème du nationalisme de l’Est de l’Ukraine. Comme vous dites, cette région est catholique uniate et elle a été tiraillée au cours de son Histoire entre la Pologne, l’Autriche-Hongrie, la Russie et l’Ukraine.
              Merci d’avoir apporté ces précisions.
              Je voudrais juste signaler que l’Ukraine subit d’énormes pressions à la fois de l’Occident et de la Russie qui voudraient tous les deux accrocher le pays à leur camps. 
              L’Ukraine voudrait rester neutre mais dans ces conditions, c’est difficile.


            • Pierre Pierre 25 novembre 2013 12:37

              Correction : l’Ouest du pays, évidemment.


            • HELIOS HELIOS 26 novembre 2013 03:27

              ... si les anglais se barrent de l’europe pour devenir americain, cela nous soulagera enfin.
              Ce ne sont pas quelques champs de gaz ou quelques poissons fameliques dans leurs eaux qui changent quoi que ce soit.

              Allez, les anglais, assumez vous, barrez vous !

              Nous allons enfin pouvoir faire quelque chose de notre continent.


            • Tall 25 novembre 2013 11:59

              Il n’y a guère de mérite à vaincre l’UE.

              Ce « machin » ne peut pas fonctionner.

              Imaginez un autocar avec 28 volants, 28 accélérateurs, 28 freins, 28 embrayages et 28 changements de vitesse ... c’est ça l’UE ... et ils vont encore en rajouter.

              Au Kremlin, il n’y a qu’un volant, et on connaît le chauffeur ( Poutine ) qui connaît bien la route ( ex-KGB ).

              • Jelena XCII 25 novembre 2013 15:34

                @Tall >> et ils vont encore en rajouter.

                Mis à part « l’exotique » Turquie, je ne vois pas trop qui pourrait être le suivant. Ukraine apparemment c’est niet, Serbie, c’est loin d’être gagné (sondage semaine dernière : 70% Russie, 20% UE, 10% neutre), Bosnie, pays ingérable, situation économique catastrophique... Qui d’autres ?...


              • Tall 25 novembre 2013 16:13

                Jelena

                Faut jamais sous-estimer l’imagination des cons pour aggraver la situation >
                Macédoine, Monténégro, Islande, Albanie, Kosovo ... ( source )

                Ceci dit, avec la tronche qu’il a déjà aujourd’hui l’autocar ... on n’est plus à ça près

              • Jelena XCII 25 novembre 2013 19:48

                @kéké C’est de la merde « le courrier des Balkans », c’est un site atlantiste ou les articles ne disent toujours que « la moitié des choses ».

                En fait ça ne date pas d’aujourd’hui, les agriculteurs serbes ont été ruinés suite aux 10 ans d’embargo (guerres de l’ex-Yu) et n’ont pas eu d’autre choix que de produire bio.


              • Croa Croa 25 novembre 2013 20:04

                Tu exagères, c’est un peu pareil en fait !


              • Jelena XCII 25 novembre 2013 20:54

                En lisant un mot sur trois, c’est un peu pareil en effet...


              • COVADONGA722 COVADONGA722 25 novembre 2013 12:07

                Imaginez un autocar avec 28 volants,


                dont un connard brit qui roule à gauche   smiley

                • Tall 25 novembre 2013 12:44

                  A ce propos, il fut un temps où l’on a discuté en France de rouler à gauche.

                  C’est à cette époque qu’un jeune énarque nommé Hollande se fit remarquer en proposant son 1er grand compromis : que seulement les camions roulent à gauche !

                • PhilVite PhilVite 25 novembre 2013 17:28

                  Oui, mais si l’expérience était concluante, les voitures aussi devaient ensuite rouler à gauche. Tout au moins, les week-ends pour commencer dans les zones rurales, et ensuite dans les centre-villes et pour finir dans les banlieues (mais sur la base du volontariat des mairies seulement). Chacun devant rouler - partout - du côté choisi dans sa commune de résidence principale.
                  C’est à cette époque-là qu’on a commencé à penser à lui pour faire président...


                • wesson wesson 25 novembre 2013 13:02

                  bonjour l’auteur, 


                  « L’Europe est intransigeante pour l’entrée d’étrangers sur son territoire sauf pour les clandestins. »

                  Non seulement c’est hors sujet, mais à mon sens ça discrédite totalement votre propos. 

                  C’est dommage, car il y aurait des choses à dire sur votre papier, comme par exemple votre vision de l’agriculture. Les anciens kolkhozes existent toujours, ils ont juste été privatisés. Cela donne des exploitations de taille monstrueuse (bien au delà du millier d’hectares)... 

                  • Pierre Pierre 25 novembre 2013 13:53

                    Bonjour Wesson,
                    Désolé, je n’ai pas pu m’empêcher. C’est vrai que j’aurais pu mettre un smiley après « clandestin ».
                    Je pensais aux milliers de travailleurs de l’Ouest de l’Ukraine qui vont travailler clandestinement en Pologne.
                    Je vous garantis que pour un Ukrainien lambda, c’est la croix et la bannière pour obtenir un visa pour l’Europe. Au moins un mois d’attente et le coût peut être de plusieurs mois de salaire. Le problème ne se pose évidement pas pour la nouvelle bourgeoisie qui viendra résider dans les hôtels de Courchevel.
                    On ne peut pas approfondir chaque chapitre dans un article aussi général. Vous avez raison de signaler qu’une grande partie des kolkhozes a été privatisée. Les autres ont été abandonnés et sont devenus des steppes comme je l’écris. Ce sont ces terres-là que la Chine voudrait à nouveau exploiter.
                    En écrivant que l’Ukraine est le troisième exportateur mondial de céréales, j’indique implicitement qu’il y a toujours de grandes exploitations agricoles en Ukraine.


                  • agent orange agent orange 25 novembre 2013 15:18

                    Je vous garantis que pour un Ukrainien lambda, c’est la croix et la bannière pour obtenir un visa pour l’Europe.

                    Sauf pour les FEMEN, manifestement. A votre avis elles usent de leurs charmes ou elles bénéficient d’un coup de pouce de la NED ?


                  • Pierre Pierre 25 novembre 2013 15:52

                    Les deux, évidement. smiley


                  • asterix asterix 25 novembre 2013 19:18

                    J’avais également relevé la phrase que vilipendent Tall et Wesson.
                    Je trouve, au contraire de ce dernier, qu’elle est cruellement vraie. Il est plus facile d’entrer en Europe par la petite porte que d’obtenir un simple visa. Beaucoup de clandestins ne doivent leur entrée en Europe que parce qu’ils étaient riches chez eux. Le pauvre plouc africain qui n’a pas un rond ne saura jamais se payer le voyage.
                    C’est un effet pervers de l’immigration clandestine. L’Europe devient la bonne âme des plus riches parmi les pauvres. Les autres restent au rancard.
                    Un souhait ? Que l’Europe de futur se construise jusqu’en Sibérie. Avec toutes les républiques ex-soviétiques, sauf celles en périphérie du monde musulman qui n’en voudront d’ailleurs pas. Dans l’état actuel des choses, la Russie ne peut pas se permettre de perdre son accès à la Mare Nostrum. Et c’est bien ce que les Américains, qui n’ont rien d’Européens eux, cherchent à faire..
                    Un article très complet sur le sujet, merci.


                  • Pierre Pierre 25 novembre 2013 20:03

                    @ asterix,
                    Vous savez qu’en Afrique, parfois tout un village « se saigne » pour réunir assez d’argent pour envoyer un de ses habitants en Europe !
                    Le filières clandestines se font un maximum de beurre avec ce trafic. Elle vont même faire de la promotion pour convaincre les chefs de village en leur disant que quand le clandestin arrivera en Europe, il remboursera le voyage en quelques mois avec l’argent qu’il gagnera sur place. 


                  • wesson wesson 26 novembre 2013 16:43

                    Ok, je veux bien concéder que j’ai mal interprété votre phrase. 


                    Et je suis tout à fait d’accord pour dire qu’il est très difficile pour un Ukrainien d’obtenir un visa Schengen. L’inverse n’est pas vrai, vu que l’Ukraine a totalement ouvert ses frontières, et un visa n’est plus nécessaire pour un Européen. 

                    La réciprocité en diplomatie aurait voulu qu’il en fût de même pour les Ukrainiens, mais ça n’est effectivement pas le cas.

                    Mais entre cela et suggérer qu’il existe une quelconque mansuétude à la clandestinité en Europe, il y avait un pas que je ne suis pas prêt de franchir. Il se meurt assez de gens noyés comme cela en tentant de rejoindre l’Europe pour ne pas le dire.

                  • Pierre Pierre 26 novembre 2013 18:58

                    @ Wesson,
                    Je suis aussi révolté que vous concernant le drame de ces candidats immigrés qui se noient en essayant d’atteindre l’Europe ou qui moisissent à Lampedusa.
                    En écrivant l’article, je pensais aux clandestins ukrainiens qui sont venus travailler en Pologne pour préparer l’Euro de foot de 2012 avec la complicité passive de l’Union européenne. 
                    C’est vrai qu’il faut essayer d’être le plus précis possible quand on écrit un article pour éviter un malentendu comme celui-ci. Merci de me l’avoir fait remarquer.


                  • Hieronymus Hieronymus 25 novembre 2013 14:09

                    bon article que j’ai lu avec intéret

                    sur ce sujet, je vous ai précédé de 2 jours smiley

                    http://www.agoravox.tv/actualites/international/article/geopolitique-l-ukraine-doit-41949

                    .

                    votre article détaille surtout les enjeux economiques (non négligeables) je pense davantage qu’il s’agit avant tout d’un enjeu géopolitique et même civilisationnel, aussi vous ne prenez pas clairement position (même si on devine un peu) en faisant en sorte de peser le pour et le contre, sinon dans l’ensemble les faits que vous exposez sont justes et je ne vois presque rien à y redire sauf il manque en qq sorte un aperçu global, une synthèse de la question et une conclusion, presque de bon sens, qui s’impose !

                    là dessus, je vais revenir bientot...


                    • Pierre Pierre 25 novembre 2013 15:08

                      Bonjour Hieronymus,

                      J’avoue que c’est vous qui m’a donné envie d’écrire cet article.
                      Vous avez écrit que c’est un travail considérable et vous avez évoqué « la flemme » dans un de vos commentaires, alors je me suis lancé dans l’écriture de l’article. J’espère que je ne vous ai pas coupé l’herbe sous le pied.  smiley

                      J’ai écrit dans ma première réponse ci-dessus que pour moi, ce Partenariat oriental est une tentative d’avancée vers la frontière de la Russie dans un but géopolitique et pour le compte des intérêts des États-Unis. 

                      On voit bien que le seul avantage que l’Ukraine pouvait tirer de ce traité était d’ordre institutionnel.

                      J’ai hésité de m’engager dans une conclusion. (D’habitude, j’en fait toujours une.) J’ai l’impression que cette affaire ne fait que commencer et qu’il va encore y avoir beaucoup d’éléments nouveaux. Je suis en mode « wait and see » pour le moment.

                       


                    • kéké02360 25 novembre 2013 18:45

                      J’aime bien quand l’auteur n’assène pas < sa vérité >, qu’il laisse la réflexion aux lecteurs smiley


                    • jack mandon jack mandon 25 novembre 2013 14:36

                      Merci Pierre

                      L’article était limpide, il évoque aussi pour moi des souvenirs
                      de collège à l’époque de l’U.R.S.S. et Nikita le colérique sympathique.
                      Au fond, c’est la Russie qui devrait s’inviter à l’Europe.
                      Plus légitime que la Turquie sur bien des plans.
                      Mais voilà, ce sont de fins stratèges, le froid ça stimule les neurones.
                      L’Europe ne fait décidément pas le poids.

                      Merci encore.


                      • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 26 novembre 2013 20:02

                        jack Mandon,

                        Il n’y a plus que des masos pour vouloir monter à bord de ce Titanic européen en perdition...
                        L’Islande vient de mettre fin aux pourparlers d’entrée dans l’ UE.

                        Mais Bruxelles recherche toujours de nouveaux pauvres, plus près que le Bangladesh.

                        Et plus on est de fous, moins on peut changer les Traités...

                        Ceux qui sont favorables à la modification des Traités européens ne devraient pas se réjouir.
                        29 ou 30 pays qui ne sont d’accord sur rien, ne risquent pas de voter à l’unanimité des changements fondamentaux des Traités....

                        Tall a très bien décrit l’autobus à 38.

                        C’est la théorie guerrière chinoise, ficeler ensemble l’ennemi pour le neutraliser et empêcher chacun de défendre ses intérêts...


                      • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 25 novembre 2013 15:07

                        À l’auteur :
                        « Les titres des médias européens sont suffisamment éloquents. Ils ne peuvent cacher leur déconvenue en voyant l’Ukraine ajourner son adhésion au Partenariat oriental. »

                        Oriental ? Vraiment ?



                        • Pierre Pierre 25 novembre 2013 15:22

                          @ Jean-Pierre Llabrès,

                          « Partenariat oriental ». Et bien oui, c’est sous ce nom qu’il fut présenté par le ministre des Affaires étrangères polonais en 2009. En ce qui me concerne, c’est plutôt le terme « partenariat » qui me dérange. « Phagocytage oriental » aurait mieux convenu.


                        • Hieronymus Hieronymus 25 novembre 2013 15:16

                          bon je n’en fais pas mystère si vous prenez un minimum connaissance des commentaires dont j’ai affublés mon article paru samedi sur Agoravox.tv :

                          l’Ukraine fait partie du camp oriental et doit naturellement s’inscrire dans l’orbite de la Confédération de Russie selon des modalités qui restent à definir mais auxquelles elle peut légitimement prétendre étant donné son poids démographique et surtout son importance géographique

                          la parenté Russie - Ukraine est indubitable à de nombreux niveaux :

                          - historique (principauté de Kiev, berceau de la Russie millénaire)

                          - linguistique et ethnique, les Ukrainiens sont des slaves de l’Est qui parlent en majorité le russe (avant l’ukrainien) seul le 1/3 ouest du pays, la Galicie, ne s’exprime pas en premier en russe mais même à Kiev, tout le mond parle russe !) aussi l’ukrainien (qu’ils m’excusent) est une langue batarde codifiée tardivement à partir de dialectes régionaux

                          - religieux, les Ukrainiens sont des chrétiens orthodoxes qui reconnaissent le métropolite de Moscou comme patriarche de « toutes les Russies », seul le 1/3 ouest (toujours pareil) dépend de l’église uniate rattachée à Rome

                          - économique, 70 ans d’URSS ce n’est pas rien, toute l’industrie du Donbass, les ports de la mer Noire, dépendent pour leur activité quasi entierement de la Russie, qu’on pense au réseau ferré (écartement des rails), toute l’économie ukrainienne était imbriquée dans celle des autres républiques d’URSS et au 1er chef de la grande Russie

                          - géographique, et oui tout simplement il y a continuité territoriale complète, un coup d’oeil sur une planisphère, enlevons l’Ukraine ce gros carré sud-ouest, on voit tout de suite que cela « boite » qq part, c’est la même zone géologique et climatique, indubitable

                          .

                          et ... cela tombe très bien que l’Ukraine puisse au moins au niveau des alliances être rattachée à ce vaste ensemble formé par la confédération de Russie et ses 2 alliés, c’est même tout à fait capital ...

                          en effet la Russie a impérativement besoin de l’alliance stratégique de l’Ukraine afin d’être sécurisé et consolidé en tant que vaste ensemble eurasiatique stable pouvant à nouveau assurer son role de grande puissance du Hartland dans un monde multipolaire face aux autres grandes puissances mondiales (anglo-américain en déclin et chinois en essor)

                          encore une fois Poutine et Lavrov ont joué finement face aux Eurocrates incultes et arrogants qui pensaient que l’Ukraine ne pouvait pas leur « résister » ; la Russie ou plutot l’ensemble nord-eurasiatique sera la grande civilisation du XXI siècle face à un occident décadent

                           :-


                          • paul 25 novembre 2013 15:37

                            Défaite réjouissante des européistes, des atlantistes et donc de l’OTAN .
                            A un journaliste qui demandait à Poutine de commenter un propos du président ukrainien selon lequel il aurait subi des pressions de la part des russes,, celui ci lui a répondu, en substance, qu’il devrait se renseigner à la NSA ...

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