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Le FMI et la révolution verte

Printemps arabes 3 ans après. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, des pays sont littéralement arrosés d’argent pour garantir la paix sociale. FMI et pays du Golfe soutiennent les mêmes états, mais leurs logiques sont orthogonales.

Le FMI a récemment demandé au Koweït de mieux maîtriser la hausse des dépenses dans son secteur publique ainsi que celle des subventions (électricité, fuel) qui représentent 25% de la charge publique (70 Mds de dollars). Et ce afin de prévenir tout risque dans le cas d’une baisse du prix du baril de brut. En effet, si la situation actuelle du Koweït est bonne du point de vue du FMI (2,7% de croissance en 2013), cela est dû principalement aux investissements dans les infrastructures. Or, une instabilité politique prolongée pourrait nuire à la confiance des investisseurs et faire baisser les prévisions de croissance hors-pétrole. D’où l’insistance du FMI auprès de Koweït pour mettre en oeuvre toutes les mesures nécessaires pour diminuer la dépendance de l’état aux revenus du pétrole.

Cette demande adressée au Koweït s’inscrit dans une démarche plus globale du FMI relative au changement économique au Moyen-Orient.

Les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MOAN) ont besoin de mesures résolues pour hisser la croissance, créer des emplois, promouvoir l’équité et diversifier leurs économies, estime le FMI.

La situation économique de la zone MOAN préoccupe en effet le FMI qui affirme qu’il est résolu à aider les pays de la région, y compris les pays arabes en transition.

Leurs prévisions de croissance, de l’ordre de 3%, sont en effet qualifiées de “molles” par le FMI qui insiste sur :

  • le chômage trop élevé : 13% en moyenne dans les pays arabes en transition, 25% pour les jeunes qui représentent environ la moitié de la population de ces pays
  • les nécessaires réformes économiques qui auront pour vocation de stimuler l’investissement privé, augmenter la productivité, améliorer le climat des affaires et faire reculer la corruption, le tout devant contribuer à créer des emplois permanents et bien rémunérés

Les pays exportateurs de pétrole, quant à eux, devront initier les politiques nécessaires à la diversification de leurs sources de revenus et maîtriser “les dépenses difficilement réversibles consacrées aux salaires et aux subventions” et qui ont fortement crû ces dernières années.

Car si, en effet, les pays exportateurs de pétrole ont connu des troubles politiques mais pas des printemps insurrectionnels comme certains de leurs voisins, c’est parce qu’ils achètent la paix sociale au travers d’emplois et de hausses de salaires dans la fonction publique.

A ces injonctions du FMI, Hany Dimian (Ministre des Finances de l’Egypte) répond :

« Nous n’allons pas réinventer la roue – des pays ont diagnostiqué leurs problèmes économiques et ils savent comment les résoudre et les mesures qu’il faut prendre » a déclaré Hany Dimian, Ministre des finances de l’Égypte. « La façon la plus sure de réaliser les réformes économiques est de mettre en oeuvre celles qui ont été essayées ailleurs » a-t-il ajouté.

L’Egypte, justement, qui, comme le Maghreb, sont le centre de toutes les attentions de la part des pays exportateurs de pétrole situés dans la zone du Golfe. Slate.fr parle “d’un changement de paradigme dans la relation entre ces deux zones” (ndlr : les pays du Golfe et l’Afrique du Nord).

Jusque-là plutôt cordiales –aucune région n’avait pris une importance stratégique pour l’autre– elles virent désormais à l’assistance, voire l’interventionnisme.

Les moyens diffèrent :

  • assistances fnancières : le Maroc ou la Jordanie, par exemple, sont aidés par le Qatar et l’Arabie Saoudite qui puisent dans des fonds souverains constitués immédiatement après le déclenchement du Printemps Arabe.
  • “pluie de pétrodollars” pour l’Egypte provenant des Emirats Arabes Unis, de l’Arabie Saoudite et du Koweït (8 Mds de dollars déjà versés sur les 12 prévus) destinés à la banque centrale et à des projets d’infrastructures.

De son côté, le Qatar s’abstient de toute aide à l’Egypte, ayant auparavant aidé les Frères musulmans ou encore Ennahda en Tunisie.

Selon Slate.fr, “si la volonté d’aider des économies chancelantes à se redresser, après trois ans d’instabilité, pèse sans doute dans la balance, les critères d’attribution de ces aides et leur timing dénotent, en revanche, des visées politiques, parfois contradictoires.”

Car en réalité, derrière toutes ces aides, on distingue, en filigrane, la lutte d’influence qui oppose le Qatar et l’Arabie Saoudite, le premier soutenant les Frères musulmans et le retour du Califat alors que les wahhabites saoudiens prônent, quant à eux, “un respect strict de l’Islam originel”. On n’est plus là dans le domaine religieux à proprement parler, mais dans l’islamisme dont les braises sont attisées un peu partout dans la région MOAN, et notamment en Syrie, alors que les nuances idéologiques et religieuses entre sunnites wahhabites et sunnites de la confrérie musulmane semblent minces. Si minces que Qatar et Arabie Saoudite avaient facilement réussi à trouver un accord quand il s’était agi de venir en aide au Maroc au moment où celui-ci se trouvait dans la tourmente des révoltes arabes. En coopérant, ils ont empêché que le seul état sunnite du Maghreb soit emporté par la vague démocratique.

En réalité, ce qui se dispute actuellement au Moyen-Orient, c’est le leadership de l’axe sunnite Turquie-Arabie-Saoudite-Qatar contre le “croissant chiite”. Toute aide accordée à un état du Maghreb évite “une infiltration de Téhéran dans la brèche financière”.

On le voit, les pays ayant besoin d’aide ont été clairement identifiés par toutes les parties. FMI et états du Golfe viennent en aide financièrement aux états en difficultés sur les plans politique et social, à une différence près. Le FMI accompagne ses prêts de conditions préalables, relatives aux réformes à mettre en oeuvre pour que les avancées économiques et sociales permettent également à la transition politique d’avoir lieu. Cet essor économique attendu est, selon le FMI, le seul moyen à long terme d’assurer la paix sociale. Les monarchies ou émirats sunnites, vivant de la rente pétrolière, paient quant à eux pour que rien ne change.

 

Wake up.

 

Lovegiver

 

Liens et sources :

Courrier Stratégique

AtlasInfo.fr

Newspress

Slate.fr


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