Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > International > Le G20 de Pittsburgh : une belle mascarade pour un G vain ?

Le G20 de Pittsburgh : une belle mascarade pour un G vain ?

C’est en tout cas le pronostic d’Attac. Ce mercredi, les militants altermondialistes de l’association avaient donné rendez-vous à la presse pour dévoiler, sous forme de théâtre de rue, les résultats probables du G20 de Pittsburgh. Le pronostic est sans appel. « Ce G20 est une sorte de mascarade parce qu’il n’y aura pas de décision sérieuse de nature à vraiment réformer en profondeur cette finance mondiale qui a déstabilisé nos économies et nos sociétés », selon l’économiste Dominique Plihon, président du Conseil Scientifique d’Attac.

Il est vrai que les annonces très médiatisées de ces derniers temps ont pu susciter des attentes disproportionnées. Pour Nicolas Sarkozy, « Cette fois c’est la fin du secret bancaire et des paradis fiscaux »[1]. Pour Barack Obama, considérant qu’en tant que « plus grande économie du monde il faut montrer l’exemple », propose « d’instaurer des règles financières plus strictes et maitriser les bonus excessifs intolérables »[2]. De son côté, Angela Merkel considère maintenant que « la taxe Tobin est une proposition sensée »[3].

Au final, le G20 de Pittsburgh devrait accoucher d’une déclaration assez lénifiante et relativement peu engageante. Elle sera en tout cas bien éloignée des propositions portées communément par N. Sarkozy, A. Merkel et G. Brown[4]. Elle ne comportera pas, en tout cas, de concrétisation des engagements subis et quasi-généraux visant à instaurer une taxe Tobin sur les transactions financières, tel Bernard Kouchner proposant une « contribution volontaire sur les transactions financières au service du développement  »[5]. Tout le monde connaît l’obstruction des États-Unis et le peu d’empressement des institutions européennes – auxquelles la France appartient pourtant – devant une quelconque limitation ou régulation des transactions. On peut donc légitimement se demander si les pays les plus puissants de l’Union européenne ne voulaient finalement pas arriver au sommet du G20 de Pittsburgh en affichant des propositions qu’ils savent inapplicable.

Ce troisième G20 en moins de douze mois se conclura par quelques promesses de modifications des normes comptables, des généralités sur la régulation des bonus, et des satisfécits auto-délivrés sur la suppression des paradis fiscaux. Un simple regard dans le rétroviseur permet de douter de la réelle efficacité des annonces faites de G20 en G20, si l’on en croit le dernier rapport de l’ONG Eurodad[6]. Présentée comme l’exemple irréfutable de la nouvelle régulation financière mondiale instaurée par les pays du G20, la suppression des paradis fiscaux est pourtant loin d’être acquise si l’on en croit le dernier rapport de l’association Attac sur le sujet[7]. Si des listes de paradis fiscaux avaient été établies et de maigres engagements demandés à ceux-ci pour en sortir, Attac se demande si les critères retenus par l’OCDE, loin de supprimer les paradis fiscaux, ne font que légitimer leur existence.

Pourtant les propositions de régulation ne manquent pas, comme celles qui seront présentées ce samedi à Bruxelles par une coalition d’ONG, d’associations et de syndicats[8]. Même Adair Tuner, à la tête du FSA, l’autorité britannique des marchés financiers, a déclaré récemment que la plupart des transactions de la place financière de Londres étaient « socialement inutiles »[9]. A partir de là, faut-il en rester à des sujets tels que les bonus des traders ? Le cœur du problème réside-t-il réellement dans la rémunération des traders ? Si leur rémunération est un véritable scandale, n’est-elle pas surtout la preuve que les banques et le secteur financier engrangent suffisamment de profits leur permettant d’attribuer de telles rémunérations ? Ces profits ne seraient-ils pas utiles pour construire des écoles, des hôpitaux, pour lutter contre le réchauffement climatique au Sud comme au Nord… ? Ne faudrait-il pas prélever une bonne partie des ces profits pour financer la transition de nos économies vers des activités socialement utiles et écologiquement soutenables ? Une utopie ? Espérons que non… ou bien qu’elle se réalise très vite ! Pour que les G20 ne soient pas vains.



[9] AFP, 27 août 2009

Documents joints à cet article

Le G20 de Pittsburgh : une belle mascarade pour un G vain ? Le G20 de Pittsburgh : une belle mascarade pour un G vain ?

Moyenne des avis sur cet article :  4.2/5   (10 votes)




Réagissez à l'article

2 réactions à cet article    


  • ZEN ZEN 24 septembre 2009 11:02

    Merci pour cette synthèse bien informée
    C’est vrai qu’on va tenter de faire diversion par de petites mesurettes et de nouvelles promesses
    Déjà l’incantation fonctionne à plein :« les paradis fiscaux, le secret bancaire c’est terminé »(N.S.)
    ________

    -Adair Tuner, à la tête du FSA, l’autorité britannique des marchés financiers, a déclaré récemment que la plupart des transactions de la place financière de Londres sont «  socialement inutiles  » (AFP, 27/08/09). Qu’un ancien responsable du Medef britannique en vienne à dénoncer « la dérégulation financière caricaturale » et à demander de «  réduire la taille de ce secteur  » révèle le trouble qui s’installe face au comportement des banques.Il faut en finir avec des activités financières qui sont « socialement inutiles », parce qu’elles ont des conséquences dramatiques sur la vie des populations : c’est la leçon de la crise actuelle, que devraient retenir tous les dirigeants du monde : il est temps que ces derniers se fixent pour objectif non pas de sauver la finance, mais de la désarmer complètement.(Attac)

    ________"L’opinion publique aux Etats-Unis aime l’idée que l’on puisse faire fortune en étant malin, et s’il y a des scandales, cela peut provoquer de l’indignation mais pas de grande mobilisation« , explique le sociologue Paul Jorion. » Il est impossible d’évoquer l’idée de plafond ou de quota sur les rémunérations du secteur privé, confirme Robert Shapiro, politologue à l’université new-yorkaise de Columbia, car personne, mieux que le dirigeant d’une entreprise, ne peut évaluer la qualité du travail et la rémunération appropriée de ses salariés."


    • Christian Delarue Christian Delarue 24 septembre 2009 21:59

      Un bon article de Maxime qui démontre que « le G20 n’est pas la solution, c’est le problème ».
      Il aura permi sans grand souci à notre César de jouer son côté « défenseur du peuple »

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès