Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > International > Le jour où la Guerre Froide s’est inversée

Le jour où la Guerre Froide s’est inversée

 Les géologues connaissent, dans l’histoire de la Terre, ces phénomènes d’inversion des pôles magnétiques. Pour des raisons non encore clairement élucidées, il apparaît qu’à certains moments de l’histoire géologique de notre planète, les pôles se sont inversés, le pôle Nord devenant le pôle Sud et vice versa.

De la même manière, il est aujourd’hui permis de se demander si, vingt ans après la chute du Mur de Berlin, l’Est et l’Ouest ne se sont pas inversés ? Les valeurs de l’Ouest serait-elle devenues celles de l’Est, les tares qui furent celles de l’Est communiste sont-elles devenues celles de l’Ouest ?

Imaginez un cosmonaute qui aurait quitté la Terre en septembre 1988 pour y revenir aujourd’hui.

Retrouverait-il comme hier, sur la Terre, une Guerre Froide ? Opposerait-elle les mêmes protagonistes ? Pour les mêmes raisons ? Dans les mêmes conditions ?

La Guerre Froide est-elle toujours là ?

 

Si l’on raisonne en termes d’opposition idéologique, nous constatons que, si opposition frontale entre deux systèmes politiques représentant deux modes de vie différents n’existent plus, la Russie, quoique ralliée au mode de vie occidental, continue paradoxalement à fédérer autour d’elle les oppositions à l’Occident et de son pays leader : les Etats-Unis.

Certes, la Russie est aujourd’hui acquise au libéralisme, mais les événements récents de Géorgie, où elle a ouvertement défié l’Amérique, alliés à son passé anti-occidental, ont fait d’elle sinon le chef de file, du moins un allié privilégié de tous ceux qui, du Venezuela à l’Iran, du Nicaragua à la Syrie, s’opposent aux Etats-Unis.

Si l’on raisonne en termes militaires, la réponse est oui, l’opposition frontale Russie/Amérique est toujours là.

La Russie, dixit son ministre des Finances, Alexeï Koudrine, entend maintenir sa parité nucléaire avec les Etats-Unis d’Amérique et, même, augmenter son budget de défense, bref, comme aux plus beaux jours de l’URSS, elle prétend encore tenir tête à l’Amérique.

Les Etats-Unis, quant à eux, gardent un budget consacré à la défense, en termes de pourcentage du PIB nettement supérieur à celui de la Russie : 4,7 % pour 2,63 %, en 2007.

Mais si la Guerre Froide est toujours là, qu’en est-il des symboles qui l’accompagnent ?

Que sont les symboles de la Guerre Froide devenus ?

Le Mur

Il fut le premier symbole, le plus fort, de la Guerre Froide, du monde partagé en deux.

Aujourd’hui, il n’y a plus de Mur à Berlin, juste un musée à CheckPoint Charlie.

Mais il y a un mur... aux Etats-Unis. Un mur immense qui sépare le pays de l’Oncle Sam de son voisin mexicain.

Et un autre mur sépare aujourd’hui, un des principaux alliés des Etats-Unis : Israël, de la Palestine.

C’est aujourd’hui l’Ouest qui construit des murs et qui s’enferme, et non plus l’Est ! Même s’il est légitime de constater que ces murs ne sont pas destinés comme le Rideau de Fer de jadis à empêcher les gens de sortir du pays qui les construit, il n’en reste pas moins vrai qu’ils sont bien là pour empêcher, souvent vainement, les gens de passer ! A titre anecdotique, le mur séparant les Etats-Unis du Mexique couvre 1 125 km pour 3 500 km de frontière commune. Même la Ligne Maginot était moins perméable !

Cette thématique du Mur, de la construction de Mur(s), aveux d’échecs d’un système, entreprise alors qu’on connaît parfaitement leur inutilité, mériterait en soi une réflexion complète, à développer ici, sur AgoraVox.

La Liberté

Autre symbole de la Guerre Froide : ces pauvres hères s’enfuyant comme ils pouvaient, à travers le fameux Mur pour gagner la liberté, pour ne plus être espionnés jour et nuit par la police politique, pour pouvoir, enfin, parler librement.

Si, aujourd’hui, cette absence ou non de liberté ne passionne plus la jeunesse russe plus intéressée par le business, elle s’est en tout cas aussi installée outre-Atlantique.

Aujourd’hui, aux Etats-Unis, le « Patriot Act » permet à l’administration américaine d’obtenir, sans aucun contrôle judiciaire de qui que ce soit, toutes les informations personnelles qu’elle souhaite, sur n’importe qui. C’est exactement ce qui était reproché au système soviétique.

L’article 215 permet au FBI de perquisitionner jusque dans les bibliothèques pour y soustraire les œuvres qui lui déplaisent ! Le KGB ne faisait pas mieux, même avec la pire volonté du monde !

L’Espace

Avec GLONASS, la Russie continue de tenir tête aux Etats-Unis, puisqu’elle est le seul Etat souverain à avoir, avec ce système, son propre équivalent du GPS, en attendant la Chine avec Beidou et l’Inde avec IRNSS. Pour la Russie, comme pour les deux puissances émergentes nommées ci-dessus, la maîtrise de l’espace reste, comme à l’époque de la Guerre Froide, un enjeu capital.

Qui est désormais en position d’agresseur ?

Le postulat premier de la Guerre Froide était le suivant :

Un pays, ou plutôt un empire, prétend, avec son système idéologique, conquérir le monde. Face à lui, un autre empire s’organise avec ses alliés pour rester libre.

Aujourd’hui qui prétend imposer son système idéologique au monde, celui du libéralisme, sinon les Etats-Unis ?

Que ce soit en ex-Yougoslavie ou en Irak, c’est bien désormais l’Amérique qui avance ses pions sous des arguments parfois largement aussi mensongers que ne l’étaient ceux de feu-l’URSS – soi-disant armes de destruction massive en Irak.

Alors la Guerre Froide s’est-elle inversée ?

A la base, un constat, la Guerre Froide existe encore, mais désormais :

C’est bien l’Amérique et non la Russie qui consacre la plus grande partie de ses dépenses à l’armement.

Aujourd’hui, en 2007, les Etats-Unis consacrent proportionnellement à leurs ressources, deux fois plus d’argent que la Russie aux dépenses militaires. Dans les années 80, l’URSS consacrait, proportionnellement à ses ressources, trois fois plus d’argent que les Etats-Unis à la défense.

En termes d’effort financier consenti pour l’armement, la Guerre Froide s’est effectivement inversée, ce sont désormais les Etats-Unis qui font office de prédateur tentant d’imposer leur vision du monde.

En termes idéologiques, comme de comportement sur la scène internationale, la Guerre Froide s’est inversée.

La Russie n’a plus aucun système idéologique à proposer au monde, elle ne prétend que défendre ses intérêts, ce qui n’est pas le cas des Etats-Unis et de leurs alliés européens qui prétendent imposer, à tort ou à raison, là n’est pas la question, l’idéologie des droits de l’homme et... du libéralisme économique !

Et, cerise sur le gâteau, même en termes d’alliances internationales, la Guerre Froide s’est inversée, avec une Amérique Latine, désormais plus proche que jamais de la Russie ; et toujours plus éloignée de l’idéologie libérale dominant à Washington. Dans le fond, rien d’étonnant, sur le continent des Incas qui ignoraient ce qu’était la propriété privée de la terre !

Et une Europe de l’Est, désormais intégrée dans l’Otan, avec souvent, à Varsovie ou à Riga, cette foi des nouveaux convertis qui « manque » tant à d’autres « vieux » membres de l’Otan, qui se font tirer l’oreille, qui, pour reconnaître le Kosovo – Espagne – qui pour préférer acheter ses armes en Russie plutôt qu’en Amérique – Grèce.

Pour ne pas conclure

Bien sûr, tout n’est pas totalement inversé. L’Amérique n’est pas une dictature mettant tous ses opposants dans des camps – quoiqu’à propos de Guantanamo, on soit en droit de se poser des questions – ; la Russie n’est pas le chantre de la démocratie idéale au pacifisme exacerbé.

Mais dans ce monde qui est désormais sous nos yeux, on ne peut pas faire l’économie d’une réflexion globale sur nos valeurs, la façon dont nous, Français, voyons l’avenir et, à travers celles-ci, comment envisager notre positionnement.

Le 7 mars 1966, Charles de Gaulle avait repensé la place de la France dans le monde en sortant de l’Otan  ; capable de faire la différence entre le système communiste qu’il détestait et la Russie dont il reconnaissait l’importance à l’international ; il avait repositionné notre pays en fonction de l’intérêt de celui-ci et de l’avenir tel qu’il l’anticipait.

De la même manière, aujourd’hui, la France se doit de sortir du parking où elle était à la fin de la Guerre Froide et de se mettre au mieux de ses intérêts dans ce nouveau monde qui s’ouvre où les repères de l’Ancien Monde ont soit disparu, soit se sont inversés.


Moyenne des avis sur cet article :  4.59/5   (68 votes)




Réagissez à l'article

9 réactions à cet article    


  • Bernard Dugué Bernard Dugué 25 septembre 2008 10:34

    Bonjour,

    voilà un billet intéressant sur le sujet clé du moment, le nouveau monde qui se dessine

    Je ne crois pas à une guerre froide à court terme, inversée ou pas, mais à la naissance d’un monde multipolaire au sein duquel l’Europe se cherche. Et avec des enjeux économiques grandissants. Après, il faut voir comment l’Iran va se postionner au sein de l’OCS et si cette nation évolue vers la démocratie et le consumérisme, ce qui ferait disparaître le principal ennemi des US. Mais l’Histoire nous a appris que tout est possible, surtout ce qu’on n’attend pas


    • Philippe MEONI Philippe MEONI 25 septembre 2008 14:13

      Bonjour Le Kergoat, voilà une analyse bien pertinente, que je rejoins en tout point : Aujourd’hui, le "méchant", c’est bien "oncle sam"... Quant à l’europe, puisse t-elle avoir les moyens politiques et économiques dans l’avenir pour se démarquer dans son indépendance ?


      • Gandalf Tzecoatl 25 septembre 2008 14:43

        Thank you very Bush !


        • frédéric lyon 25 septembre 2008 14:53

          Le Kergoat, Breton comme son nom l’indique, est venu en France, du fin fond de son Armor natal, pour nous expliquer que la France doit se retirer de l’OTAN !!!


          • K K 25 septembre 2008 23:16

            juger quelqu’un en fonction de son origine géographique ou ethnique est certainement un signe de grande intelligence pour vous...


          • jamesdu75 jamesdu75 25 septembre 2008 21:28

            C’est une bonne analyse je trouve aussi. Mais la question de savoir si les mechants sont aussi mechants qu’on le dit. Ou les gentils aussi gentil que possible.

            Juste il manque dans votre analyse la Chine qui est et sera le grand pays du 21e siecle. SI ils réussissent a conquérir l’espace et la Lune. Ils pourront sans probléme se protéger avec un parapluie de missiles sans aucune restriction. Au paasage, ils ont demandé qu’en 2009, ils faudra donner tous les codes sources, de toutes les machines et soft, vendus et produit sur leurs sol.


            • fred 25 septembre 2008 23:35

              Juste un truc : l’Amérique a toujours dépensé 10 à 100 fois plus que n’importe qui dans les armes sur cette planète.

              Le gvt Bush et ses protagonistes étaient dans l’ombre mais ils prenaient bien des décisions en la matière avant les 2 dernières élections truquées.


              • tyfawt tyfawt 26 septembre 2008 00:13

                Il existe un autre mur, celui qui sépare les villes de Sebta et Melilia du reste de l’Afrique. Certes plus petit, mais aussi meurtrier. En effet chaque année des milliers de jeunes désœuvrés laissent leurs vies en tentant de l’escalader. Ici persiste l’éternel pôle magnétique nord-sud, pauvre riche. 


                • Christoff_M Christoff_M 26 septembre 2008 05:54

                   nous regressons par rapport à De Gaulle dans tous les domaines, il y en a actuellement qui cherchent des coupables et qui feraient bien de s’inspirer du régime de De Gaulle, s’ils ne veulent pas finir par entrainer le pays dans leur gouffre à dépenses....

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès