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Le maillon faible : la crise arabe

La répression des révoltes spontanées aussi bien que des insurrections patentées est terrible, les morts sont nombreux et les blessés encore davantage, comme il sied dans ces pays « barbares » néo-colonisés qui doivent être mâtés par le fer et par le feu, disait l’éthylique Churchill (le même individu qui a proclamé que la démocratie était le pire des systèmes à l’exception de tous les autres). Cependant ce n’est pas le nombre de martyrs et de victimes collatérales qui détermine le caractère révolutionnaire d’un soulèvement populaire.

Ode à la démagogie « démocratique »

La répression des révoltes spontanées aussi bien que des insurrections patentées est terrible, les morts sont nombreux et les blessés encore davantage, comme il sied dans ces pays « barbares » néo-colonisés qui doivent être mâtés par le fer et par le feu, disait l’éthylique Churchill (le même individu qui a proclamé que la démocratie était le pire des systèmes à l’exception de tous les autres). Cependant ce n’est pas le nombre de martyrs et de victimes collatérales qui détermine le caractère révolutionnaire d’un soulèvement populaire. (1)

Cette première phase de révolte de la rue arabe est pourtant absolument incontournable, voire indispensable, pour qui aspire à ce qu’une deuxième vague de révolte s’amorce enfin et au plus tôt. Il faut que le ressentiment instinctif et la colère réprimée s’expriment et projettent leurs vagues d’illusions jusque sur les murs de la répression où elles se fracassent, déchirées par les armes des portefaix et des militaires chargés de maintenir le pouvoir des riches thuriféraires de l’impérialisme, et aussi le pouvoir des puissants qui en sous-main tirent les ficelles de ces polichinelles tenant lieu de chefs d’État, ces rois fainéants, ces sultans décadents et ces présidents tyrans. (2) Elle est en marche cette deuxième étape de la révolte arabe, elle éclate par intermittence à Tunis, à Amman, au Caire, à Sanaa, à Alger et à Rabat sans que les médias occidentaux n’en fassent état. Elle ressurgira à la face du monde dans un mois ou dans un an, car bien peu des exigences légitimes des insurgés n’auront été rencontrées.

Hillary Clinton, la première, aura lancé un leurre devant les yeux du pur-sang arabe hennissant, et toute la presse à la solde a repris cette billevesée perfide : « Nous soutenons l’aspiration des peuples arabes à la démocratie ». Ils chômaient, ils ployaient sous le joug, ils étaient affamés, emprisonnés injustement, battus, torturés, entassés dans des cars clinquants qui les transportaient dans la poussière vers leur misère, sans aide et sans soins médicaux. Pendant que leurs ressources naturelles, bradées, sortaient de leurs pays à vil prix, ils importaient au prix fort tout le nécessaire pour survivre, l’inflation rongeait leur maigre salaire, le coton égyptien pourrissait sur les quais déclassé par le coton américain subventionné ; les paysans désœuvrés venaient s’agglutiner dans les villes surpeuplées alors qu’on aménageait leurs champs pour transformer la nourriture en carburant et que la crise économique les frappait de plein fouet. Ils se sont révoltés contre cette « fatalité », et la Secrétaire d’État Hillary, avec le plus grand mépris, leur a proposé de voter pour un plus grand nombre de ces satrapes dévoyés (car dans quelques pays arabes on votait déjà pour une liste restreinte de ces candidats à la dictature). 

Les illuminés, les révoltés, les exploités, les aliénés ont tous pu constater au cours de cette première phase de la révolte (novembre 2010- mars 2011), au cours de ce premier round de la guerre des classes, les limites de ces revendications économiques pour le pain et le sel, pour le travail et l’équité. Les possédants leur ont jeté quelques ploutocrates à « démettre », ils leur ont accordé chichement quelques augmentations de salaires ; ils ont réduit les prix des denrées de première nécessité et diminué la valeur de l’argent pour les acheter, ils ont promis des élections par lesquelles ces bons peuples pourront, à l’exemple des populaces du Nord, choisir l’État-major étatique de la classe dominante qui dirigera les destinées de chaque nation « démocratique » arabe. Enfin, la « liberté » de choisir son garde-chiourme frappe aux portes des pays arabes « modernisés et démocratisés » !

« Vos  Révolutions  victorieuses sont terminées : rentrez chez vous, il n’y a plus rien à voir », leur a-t-on fait accroire, puisque dorénavant il y aura dix, vingt ou trente candidats aspirant à s’emparer du pouvoir, dociles à rendre compte du bradage des ressources nationales au Président Obama et à ses acolytes. Pour ce qui est des hausses de salaires, elles seront temporaires ; attendez que le FMI soit passé par ici une fois le calme rétabli. Ne restent que le royaume d’Arabie et quelques émirats à ne pas bénéficier de cette immense jouissance où pataugent ceux du Nord depuis leur enfance, sous le chômage, l’inflation, la déflation, la succession des crises économiques, les guerres sporadiques, l’insécurité des villes, la dégénérescence morale, la pollution, la drogue et la prostitution, le suicide des adolescents, les soupes populaires et la misère.

Peuples arabes, bienvenue dans la civilisation occidentale ! Vous en aviez rêvé, ce sera pire que ce que vous pensiez. Vous êtes passés en quelques mois de la misère néo-coloniale à la mansuétude post-coloniale. Il vous faut dès à présent préparer la deuxième étape de votre révolte généralisée pour qu’elle donne lieu à de véritables révolutions, c’est-à-dire à des transformations radicales de vos sociétés par la prise entre vos mains de tout le pouvoir d’État, ce qui constitue la vraie démocratie.

Dignité bafouée

Et que dire de ce cancer impérialiste de souche européenne, implanté au cœur de la vie, au Levant d’une Méditerranée souillée par la pollution de ces colonisateurs industriels avides, arrogants et génocidaires ! Cette « colonie colonisatrice » incrustée tout près du canal de Suez, entre le Golan syrien et les montagnes du Liban farouche, cette entité sioniste plantée entre la mer qu’elle a asphyxiée et Gaza la ville martyre indomptable. Cette plaie sioniste théocratique, terroriste, qui se complait à humilier tous les peuples arabes ! 

Depuis que l’impérialisme a découpé l’ensemble de la planète en zones d’exploitation et de concurrence qu’il se repartage et redistribue selon les puissances montantes ou déclinantes du moment (Grande-Bretagne, France, Italie, Allemagne, Japon, puis États-Unis, Russie, Chine, etc.), toute révolte populaire, toute résistance nationale authentique, est partie intégrante de la grande lutte anti-impérialiste mondiale. À titre d’exemple, quand le peuple palestinien arabe résiste au sionisme et tente de libérer toute sa terre occupée depuis 1948 par le colonisateur impérialiste israélien, il en vient très vite à lutter contre la puissance de tutelle d’Israël, les USA. Les collaborateurs de l’Autorité de Ramallah le savent bien, ceux-là même qui quémandent à la puissance de tutelle de calmer les appétits de son protégé et de le contraindre à accepter la constitution d’un bantoustan à administrer par eux, les derniers supplétifs à ne pas bénéficier d’une zone de gestion partagée. Tous les autres pions arabes ont déjà reçu leur tribut et se sont vu attribuer une réserve à administrer ; Mahmoud Abbas et sa coterie croient qu’ils y ont droit eux aussi. (3)

Le maillon faible

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carte arabe

Pourquoi cette première vague de soulèvements spontanés, généralisés à travers l’Afrique du nord et le Proche-Orient arabisé ? Qu’est-ce qui explique que tous ces peuples qui forment la grande nation arabe, de la frontière iranienne aux rives de l’Atlantique, protestent, s’agitent et se soulèvent à tour de rôle, parfois les armes à la main, le plus souvent le poing nu levé au ciel pour réclamer justice et équité, honneur et dignité, travail et nourriture ? Les vicissitudes de la crise économique et financière occidentale (2008), qui ont frappé tous ces pays expliqueraient-elles, à elles seules, ces soulèvements ? Mais toutes les populations du globe n’ont-elles pas été frappées par la crise sans pourtant toujours se révolter de la sorte ? Alors pourquoi ce tropisme arabe ?

Examinons de plus près la conjoncture politique, sociale, culturelle et idéologique particulière à ce ventre mou de l’impérialisme pour y trouver l’explication de ces insurrections à répétition qui ont pris l’allure d’une traînée de poudre sillonnant les déserts pétrolifères. Tentons de comprendre les raisons de cette révolte soudaine et inévitable sur cette terre qu’on aurait tort de réduire à un désert. Pourquoi donc le monde arabe se présente-t-il comme le maillon faible de la chaîne impérialiste ?

Le monde arabe est constitué d’une vingtaine de pays souverains mais pas indépendants (4), répartis sur 13 millions de km carrés s’étalant de l’Océan Atlantique à la frontière de l’Iran. Il compte 313 millions d’habitants de religion musulmane (90%), de langue et de culture arabe. Le produit intérieur brut annuel moyen par habitant s’échelonne de 1000 $ en Palestine à 76 000 $ au Qatar - ils sont des centaines de milliers à survivre avec 2 $ par jour en Palestine occupée.

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Graphique arabe

« La population des dix-neuf pays du Maghreb et du Moyen-Orient a presque triplé au cours des quarante dernières années (1970-2010) pour passer de 112 à 313 millions d’habitants (+ 180 %). Mais, au cours des quarante ­prochaines années (2010-2050), elle va augmenter seulement de 62 %, soit trois fois moins vite. Ce simple constat signifie que la transition démographique est en marche dans l’une des régions les plus complexes du monde sur les plans politique, culturel, religieux, sécuritaire… et énergétique. Cette région, même si elle n’est pas homogène, abritera 6 % seulement de la population mondiale en 2050, contre 5 % actuellement et 3 % en 1970. Aujourd’hui, dans un monde qui a soif d’énergie, elle ­contrôle, selon la compagnie British Petroleum, respectivement 55 % et 30 % des réserves mondiales de pétrole brut et de gaz naturel. » (5)

L’ensemble du monde arabe est passé au cours des cinquante dernières années de la semi-féodalité au capitalisme, de l’artisanat à l’industrie et de l’agriculture de subsistance à l’agriculture industrielle. Au cours du dernier demi-siècle la population arabe, avec quelques écarts d’un pays à un autre, a migré de la campagne à la ville et du souk au supermarché ; de l’analphabétisme généralisé à l’université ; de l’organisation tribale à la technocratie bureaucratique. Au cours de ces quelques décennies, le monde arabe a connu un taux de natalité en recul ; il est passé de la famille patriarcale clanique à la famille nucléaire éclatée ; de pratiques religieuses de type médiéval à une diminution lente mais réelle des pratiques religieuses (les réminiscences des courants islamistes ne doivent pas faire illusion, elles pourraient bien n’être que les barouds d’honneur d’une sphère religieuse en déliquescence).

Au cours de cette brève période, l’ensemble du monde arabe est passé d’une pyramide des âges normale à un évasement pyramidal foudroyant (35 % de la population arabe a moins de 15 ans). Imaginons ce que ce rajeunissement prodigieux des couches populaires comporte de potentiellement révolutionnaire quand des millions d’adolescents et d’adolescentes se précipiteront tous ensemble sur un marché du travail exsangue.

Le bradage éhonté, rapide et sans retour de la plus importante ressource naturelle non renouvelable de la région (pétrole et gaz naturel) ; la mise en coupe serrée des économies nationales arabes ; l’endettement sévère de la plupart des pays de la zone ; la dépendance de chacun de ces pays à l’égard de biens de consommation produits et achetés à grand frais à l’étranger ; l’inflation qui découle de cette dépendance des approvisionnements en produits manufacturés ; la destruction de l’agriculture nationale par la concurrence extérieure ; la fuite des capitaux de la rente pétrolière vers les marchés boursiers spéculatifs où ils sont dilapidés dans chacune des crises monétaires qui frappent le monde impérialiste (lors de la crise de 2008 les princes arabes ont perdu sans sourciller 150 milliards de dollars) ; la paupérisation de couches entières de paysans, de petit- bourgeois et de travailleurs ; la spoliation des ressources de l’État par les castes dirigeantes indignes qui dissimulent leurs trésors dans les paradis fiscaux sans impôts. Cette conjoncture de crise fait du monde arabe un foyer inévitable de révolte, le maillon faible de la chaîne impérialiste.

En plus de cette convergence de facteurs économiques, politiques et sociaux, la communauté religieuse, linguistique et culturelle de ces peuples engendre des rapprochements et suscite des échanges de renseignements (qu’Internet facilite grandement). Cette communauté linguistique et culturelle exacerbe le sentiment d’appartenance à une communauté de misère, d’injustice et d’iniquité, et facilite la mobilisation des citoyens, tout en favorisant l’émergence d’un vouloir-vivre collectif parmi ces peuples qui aspirent à mettre fin à ce sentiment de honte coupable d’être les témoins impuissants de cette gabegie. 

La première vague de révolte populaire

Les puissances impérialistes occidentales ont eu beau soutenir fermement les régimes militaires parasitaires et oppresseurs, le couvercle posé sur ces jeunes marmites bouillantes de frustration et de désespoir sans perspective ne pouvait résister plus longtemps. L’étincelle tunisienne a suffi à mettre le feu à toute la plaine arabe sèche et amère. C’est le propre des oppresseurs de tenter de se maintenir à flot par tous les moyens qu’il faut. Quand une tactique de répression ne fonctionne pas les puissances impérialistes et leurs supplétifs locaux laissent échapper un peu de vapeur, et font quelques concessions mineures, le temps d’apaiser la rue en fureur, pour reprendre ensuite le terrain concédé. Mais comme rien n’est réglé, ni même vraiment amélioré, comme la misère et le chômage s’accentuent, comme la paupérisation s’accélère, comme la destruction des bases de l’économie nationale s’approfondit, comme l’humiliation arabe se perpétue, comme l’entité colonisatrice maintien son occupation illégitime avec la complicité des traîtres fratricides locaux, alors les forces révolutionnaires en état de latence reprennent leur souffle en préparation d’un nouvel assaut, d’un deuxième soulèvement contre la citadelle des exploiteurs et des spoliateurs. Le sirocco de la révolte couve dans les déserts arabes, des confins de l’Algérie aux dunes de l’Arabie, sur les massifs du Rif et en Kabylie, et il reviendra balayer les plaines du littoral.

Rapport de force au sein des bourgeoisies nationales arabes

Dans chacun des pays de la communauté arabe, la grande bourgeoisie nationale est divisée en deux sections, le segment compradore qui s'enrichit de la braderie des ressources naturelles et le segment « nationaliste » qui s'enrichit de l'exploitation de la main-d'oeuvre et du développement du commerce national. Dans certains pays comme l'Égypte, la Syrie, l'Algérie les officiers de l'armée forment un contingent cohérent dans l'un ou l'autre de ces camps opposés. Profitant des révoltes spontanées des peuples arabes, un segment ou l'autre de la grande bourgeoisie de chacun des pays en profite pour remettre en cause le compromis historique en vigueur entre eux et tenter de s'accaparer l'hégémonie sur l'appareil d'État, source de pouvoir et de capital.

Ainsi, en Syrie et au Liban, où il n'y a pas de prébende pétrolière à partager, la situation est restée stable et les deux sections de la bourgeoisie sont restées sur leurs positions. Au Bahreïn, au Yémen, en Jordanie et en Irak, les sections « nationalistes » ont tenté de secouer le joug des sections compradores avec plus ou moins de succès jusqu'à présent.

En Arabie Saoudite, aux Émirats Arabes Unis, au Qatar, à Oman et au Koweït, où les sections compradores sont puissantes, les sections « nationalistes » ne sont pas encore parvenues à soulever la rue pour ébranler le pouvoir hégémonique de leurs concurrents.

En Égypte, où le colonel Nasser avait donné le pouvoir à la section « nationaliste », que Moubarak avait rendu à la section compradore, l'armée a réussi à se rétablir aux postes de commande de l'État et elle prépare l'élection « démocratique » de son dauphin. Pour cette raison l'armée égyptienne n'attaquera pas le représentant des clans de l'Ouest libyen basé à Tripoli. Il en est de même en Tunisie où le représentant de la bourgeoisie compradore ayant été démis, l'armée tunisienne n'est pas d'humeur à porter assistance aux clans royalistes de l'Est libyen. 

En Algérie, la section compradore ayant déjà mâté sa section « nationaliste » lors de la guerre civile contre les islamistes au cours des années quatre-vingt dix, cette dernière regarde évoluer le mouvement populaire avant de relever la tête et de remettre en cause la trêve alors convenue. L'Algérie a suffisamment de difficultés pour ne pas même songer à une aventure militaire en Libye. Au Maroc, la section « nationaliste » de la bourgeoisie nationale devrait probablement être le prochain maillon faible de la chaîne impérialiste afin de repartager les prébendes du bradage du phosphate dérobé en partie au Sahara occidental.

Le rôle de la petite bourgeoisie « progressiste »

Faute d’orientation et d’organisation révolutionnaires pour diriger ces révoltes populaires, on peut compter sur les « bobos » pour désorienter ces peuples, proposer des leurres, transformer un soulèvement populaire potentiellement révolutionnaire en une lutte pour l’obtention d’un bulletin de vote en faveur de « la démocratie des riches » si chère à Hillary Clinton et à ces bourgeois bohêmes toujours prompts à vendre leur plume, leur pensée, leur travail intellectuel aux plus offrants et à diffuser vilenies, utopies, rumeurs, forfaitures et « solutions » bidon. (6)

L’effet de surprise passé, des « conspirationnistes » se sont récemment remis à l’œuvre pour suggérer que tout ce mouvement de révolte spontané ne serait qu’une machination impérialiste-sioniste visant à remplacer la vieille garde prétorienne par une jeune garde modernisée. Les conflits de générations expliqueraient les tribulations au sein de l’État- major des larbins. Ces spéculations sont spécieuses. Les puissances impérialistes aiment la stabilité politique et exigent la sécurité de leurs investissements. Les révoltes populaires arabes les ont prises de court, mais sitôt revenues de leur surprise les unités militaires d’invasion de l’OTAN se sont mises en ordre de combat et les unités d’infiltration anti-insurrection ont pris position.

Les éléments « conspirationnistes » font partie de ce florilège voué à la liquidation des mouvements de révolte afin qu’ils ne deviennent jamais des mouvements révolutionnaires. Les rumeurs de conspiration, de manigance et de téléguidage des contestations ont fait leur apparition. (7) Ces « révélations » visent à créer confusion et suspicion et à diviser les peuples arabes. Chaque insurgé devrait maintenant se demander si celui qui est à ses côtés n’est pas un agent étranger et un manipulateur au service des impérialistes américains, israéliens, français ou britanniques, ces « forces invincibles » qui dirigent et contestent l’ordre établi tout à la fois. Plus de révolutions possibles puisque « Big Brother » sait tout et dirige tout, même les révoltes qui visent à le renverser. Le « conspirationnisme » est une tactique visant à désarmer idéologiquement les peuples arabes et à saper la solidarité internationale en faveur des insurgés. En effet, pourquoi les organisations de solidarité internationale soutiendraient-elles la cinquième colonne de l’impérialisme infiltrée dans ces mouvements de révolte prétendument téléguidés de l’étranger ?

Il existe pourtant une technique toute simple pour départager les agents infiltrés dans les organisations d’insurgées des révolutionnaires authentiques, c’est la ligne politique. À titre d’exemple, quiconque soutient l’invasion militaire « humanitaire » de la Libye est un agent conscient ou inconscient des impérialistes. Tel Bernard-Henri Levy qui s’excite à Benghazi en appelant l’OTAN à son « devoir de bombardement humanitaire » pour massacrer par les bombes à fragmentation les tribus de Tripolitaine lesquelles jusqu'à présent gobaient les prébendes et la rente pétrolière. L’OTAN souhaite, en effet, favoriser les clans royalistes et les tribus de Cyrénaïque qui demandent à reprendre le contrôle de la rente pétrolière libyenne. Mais l’OTAN n’a pas encore suffisamment infiltré ces organisations pour être certaine de leurs orientations. Quoi qu’il en soit, les révolutionnaires ne font jamais appel aux dieux de la peste impérialiste et à la pseudo communauté internationale des riches pour mener leur combat ; ils ne comptent que sur leur propre force pour renverser les tyrans. (8) 

Le monde arabe souffre et pleure son humiliation non méritée. Il fut jadis une très grande civilisation qui voudrait aujourd’hui renaître et marquer le monde de son empreinte. Mais pour réussir cet exploit, il devra s’organiser, trouver en son sein, au sein de sa classe ouvrière révolutionnaire, les leaders, l’énergie et la direction politique capables de mener à bien son destin. Le lot de la grande nation arabe, scindée en une vingtaine d’entités nationales par les puissances coloniales, n’est pas de rester à la remorque de l’histoire, sous le joug de rois et de sultans dégénérés et de présidents tyrans qui la saignent à blanc.

Elle couve sous la cendre des trahisons récentes la flamme d’une deuxième révolte arabe. Cette deuxième révolte sera plus terrible, plus radicale, plus violente et plus sauvagement réprimée que la précédente, car ceux qui ont été mystifiés par la trahison de clercs indignes auront appris de leur déception et seront beaucoup plus difficiles à berner lors de leur retour sur la scène de l’histoire. 

_______________________________________________

(1) La révolution avortée. Robert Bibeau. 17.02.2011. http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=23260

(2) La révolution égyptienne. L’armée va trancher. Robert Bibeau. 5.02.2011. http://www.oulala.net/Portail/spip.php?article4956

(3) Échec consommé des pourparlers directs. Robert Bibeau. 4.02.2011 http://www.michelcollon.info/Echec-consomme-des-pourparlers.html

(4) Algérie, République Arabe Unie (Égypte), Liban. Irak, Syrie, Soudan, Maroc, Mauritanie, Libye, Tunisie, Arabie Saoudite, Yémen. Djibouti, Émirats Arabes Unis, Koweït, Qatar, Oman, Palestine (incluant Israël), Bahreïn et la Jordanie. http://www.cairn.info/revue-population-2005-5-page-611.htm

(5) Démographie galopante et développement économique http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2554p042-043.xml0/ . Démographie du monde arabe http://www.ceped.org/documentation/article.php3?id_article=594

(6) Monde arabe les raisons de la révolte.

http://www.rfi.fr/afrique/20110204-carte-interactive-monde-arabe-raisons-revolte-egypte-

(7) http://www.presseurop.eu/fr/content/article/522941-la-revolution-qui-venait-de-serbie

(8) Le parricide. Robert Bibeau 3.03.2011. http://bellaciao.org/fr/spip.php?article114352 http://www.vigile.net/Le-grand-dilemme-americain


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5 réactions à cet article    


  • Alpo47 Alpo47 17 mars 2011 08:54

    Je partage l’idée qui consiste à dire que « les dés sont pipés », les cartes bisautées. Le pouvoir ne change de main que pour se préserver.

    Les sociétés sont largement sous controle. On s’aperçoit, bien trop tard, que les soulèvements dans les pays de l’Est, révolutions orange, ont été suscitées, drivées en sous main, par les organisations de Georges Soros, liées à la CIA.
    « Changer pour que rien ne change ».

    La toile d’araignée de controle du pouvoir mis en place par l’impérialisme ne peut que très difficilement être levé. Mais il le peut encore.
    Cuba et le Venezuela y sont quelque peu parvenus, semble t-il, et font l’objet de multiples attaques du Système pour les remettre au pas.

    La libération des peuples et des individus ne passe certainement pas par la violence et l’affrontement avec le Système. Il n’y a de solution que par l’information, ce qu’AgoraVox contribue à faire et par l’éveil intérieur d’une partie des individus. Il faut atteindre le seuil critique qui fait ensuite évoluer tous les autres individus.
    Ce seuil n’est plus très loin.

    Mais le système le sait et s’efforce de parvenir à une situation de non retour, en controlant l’information et limitant les libertés.

    Une vraie course, très dure, dont l’enjeu est la liberté et l’évolution ... ou l’esclavage.


    • Bovinus Bovinus 19 mars 2011 01:09

      Évidemment que les dés sont pipés. La libération des peuples et des individus passe avant tout par le savoir, la connaissance et la pensée. L’information, c’est secondaire ; entre de mauvaises mains, ça devient très vite de la propagande, de la manipulation et de la désinformation, et quand on en est là, apprendre à s’en préserver est une question de sanité mentale.

      « Si une nation espère être ignorante et libre, elle espère ce qui n’a jamais été et ne sera jamais. » T. Jefferson

      Je pense que c’est aussi valable pour les individus que pour les nations.


    • Alliance Rebelle citoyen du sud 17 mars 2011 11:23

      le plus important en ce moment c’est la liberté d’expression , la reconnaissance de la souveraineté des peuples , que chaque dirigeants soit librement choisi et élu ( fut il un vassal de l’empire et corrompu ) et soit comptable devant le peuple

      même si les oligarchies externe ( l’occident ) ou interne ( la bourgeoisie local ) continue a disposer des richesses des peuples c’est pas grave dans un premier temps
      mettre fin au pouvoir héréditaire , au despotisme ( fut il éclairé ) au autocrate , aux auto-sacralisé etc...
      la liberté prime sur toute autres considération , car elle est seul a pouvoir libérer les énergies des peuples , vital dans ce monde anxiogène ou nous vivons , car il en va de la survie même de l’humanité sans distinction de race de culture ou de religion
      que cette décennie et ce début du 21eme siècle soit le début de la fin de tous les despotes du monde arabe que la lumière vienne que les ténèbres se dissipe 


      • Robert Bibeau Robert Bibeau 17 mars 2011 14:34

        Masi justement c’est de la foutaise qu’un dirigeant soit dites-vous démocratiquement élu même corrompu et vassal et que d’autre part il soit comptable auprès du peuple... Il est vassal ou il est totalement indépebdant et comptable ???
        Masi si nous espérons que les despotes arabes soient déboulonnés c’est parce que nous espérons que ce vent de révolte montera jusqu’au NORD et nous aidera à déboulonner les notres de despotes élus démocratiquemnet pour diriger notre asservissement et notre exploitation au service des puissants. 

        NON je ne crois pas que SOROS dirige le monde, et que la révolution soit impossible, au contraire, je crois que Soros s’excite quand ça bouge quelque part car il connait la fragilité de son édifice truquée.


        • LeGoJac 18 mars 2011 09:34

          Que de choses pour expliquer que le pétrole libyen va changer de propriétaire.
          Il en ira de même, dès demain matin, du pétrole et du gaz algérien. Avec toutefois une cerise sur le gâteau : la fin probable d’AQMI dont les liens avec l’armée algérienne sont à peine voilés.

          Pétrole lybien
          Donc le bronx en Tunisie et en Egypte ce qui laisse des frontières « amicales » pour l’incontournable matériel lourd vers la Lybie. De plus, et ce sera pour plus tard, ce sont des pays tout pleins de belle main d’œuvre qui ne demande qu’à œuvrer.
          En gros nous en sommes là aujourd’hui, si les militaires payés/soutenus pour « passer du côté du peuple » ne viennent pas à bout de Kadhafi, il y a des moyens logistiques pour les « aider ».

          Pétrole et gaz algérien
          D’un côté la Tunisie bon ça c’est fait.
          De l’autre le Maroc, bon ça c’est commencé et semble-t-il envisagé par la réforme cette fois.
          Donc dès que la Lybie aura rendu les armes, pardon les puits, il devrait se passer des « choses » en Algérie.

          Et puis ça ne coûte pas cher
          Si on se réfère à d’autres « mouvements éclairs » en Amérique latine notamment, les trafics de stup afghans sont en mesure d’absorber pas mal de « doutes légitimes » d’officiers par définition fidèles, mais si voyons, fidèles à leur position sociale au mois.
           
          Il existe dans tout le Maghreb une main d’oeuvre formée elle « à l’occidentale ». Les expériences chinoise et indienne ont laissé des traces pas toujours légères. Ce n’est pas l’Europe qui va pleurer quand ceux-ci auront du boulot chez eux surtout si nous restons les patrons. Gavés de... 0.25% du SMIC ils pourront même devenir un marché !

          Un impact sur Israel, sur l’Iran  ? Off course.

          Comment dès lors autre chose serait possible que la chute libyenne soutenue par la grande solidaire ONU ?

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