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Le Myanmar/Birmanie renoue avec la Corée du Nord

La découverte et le début d’exploitation en off shore, au Nord-Ouest de la Birmanie, d’un vaste gisement de gaz naturel découvert en janvier 2005 semblent donner au régime militaire dictatorial du Myanmar une vigueur nouvelle.

Cette équipe de généraux domine la Birmanie depuis plus de quarante ans. Elle s’est emparée du pouvoir en mars 1962, au prix d’un coup d’état sanglant conduit par le chef d’état-major de l’armée, auquel le président U Nu, élu démocratiquement, avait fait confiance, le général Ne Win. Depuis cette date, une fois constituée, la Junte militaire n’a pas cessé de mettre en coupe réglée les richesses de son pays dans le cadre d’un programme socio-économique désigné dès lors sous le nom de « burmese way to socialism » ( la Voie birmane vers le socialisme) et d’imposer le silence politique aux divers peuples de Birmanie. Dès lors, ceux qui s’opposèrent au pouvoir central furent considérés comme des rebelles et combattus à ce titre.

Bien qu’elle ait été mise à l’index par une majorité de pays, en raison de son mépris pour les droits de l’homme et la démocratie, mais courtisée par près de cinq cents sociétés internationales aussi bien pétrolières qu’industrielles ou commerciales, la chance paraît toujours sourire à cette dictature militaire avec l’accord tacite des ambassades respectives.

Revigorés par la découverte d’un véritable pactole, les généraux ont fait preuve au cours de ces derniers mois d’une activité diplomatique importante. Négativement, du côté de l’ASEAN, au sein de laquelle ce gouvernement est sévèrement critiqué, mais où pourtant l’on souhaite qu’un jour, après conversion à la démocratie, le pays rejoigne l’assemblée des nations asiatiques. La relance de ces activités diplomatiques s’est révélée très fructueuse du côté de la Russie fédérale. Le président M. Wladimir Poutine ne voit que des avantages à poursuivre la politique de coopération amicale instaurée du temps de l’URSS. Pour rappeler cette époque, il existe sur une rive du lac Inya de Rangoon un magnifique palace qui a été construit à la fin des années cinquante par l’URSS, en échange de riz dont elle avait un besoin urgent pour son alimentation.

La junte vient d’avoir d’importants entretiens au Kremlin à l’invitation du président de la fédération ; une délégation birmane, conduite par le général Maung Aye, N°2 du Conseil pour la paix et le développement et constituée de soixante ministres et technocrates, s’est rendue à Moscou le 2 avril dernier. Les entretiens qu’elle a eus, pendant une semaine, avec ses homologues ont été conclus par la signature le 9 avril de plusieurs accords de coopération.

Ces négociations ont été qualifiées de "substantielles", par le Premier ministre russe Mikhaïl Fradkov . « Elles ont surtout été consacrées à l’élargissement et à la diversification des relations économiques et commerciales entre les deux pays", a-t-il déclaré avant d’annoncer que les parties avaient notamment évoqué la coopération scientifique et technique et la synergie dans l’éducation.

L’aspect le plus notable de cette coopération concerne l’exploitation des hydrocarbures et des très importantes réserves de gaz, et les projets birmans de développement de l’énergie nucléaire. Le Premier ministre russe s’est abstenu de rappeler l’existence d’’accord russo-birman de 1983, portant sur une coopération scientifique dans le domaine nucléaire civil.

Un de ces accords potentiellement les plus prometteurs a été conclu entre la société russe Zarubejneft et le ministère de l’Énergie du Myanmar. Un « mémorandum de compréhension mutuelle » sur la coopération stratégique dans le secteur des hydrocarbures et du gaz a été adopté. À cette occasion, le général Maung Aye a estimé que la coopération économique et commerciale entre la Russie et le Myanmar présentait un grand potentiel. "Nous invitons les entreprises russes à investir dans notre économie", avait exprimé le chef de la délégation birmane.

De la même façon, La Russie avait souhaité coopérer avec la Junte militaire, notamment dans le secteur pétro-gazier du Myanmar. On considère que les nouveaux gisements de gaz découverts par la société sud-coréenne Daewo pourraient produire de 2,9 and 3,5 quintillions, (10 18) de pieds cubes de gaz, soit l’équivalent d’environ 600 milliards de barils de pétrole brut, selon les estimations préliminaires faites par Ryder Scott Co, un consultant en matière d’hydrocarbures. Dans ces conditions, la Birmanie est capable de devenir un important fournisseur de gaz naturel pour les pays d’Asie. Cette découverte va faire de ce pays le plus isolationniste d’Asie sud-orientale, un fournisseur incontournable pour les pays les plus riches d’Extrême-Orient.

La rencontre de Moscou paraît avoir au moins éclairci les intentions mutuelles russo-birmanes. "Nous sommes très satisfaits d’avoir pu nous rendre en Russie, notre partenaire traditionnel", a déclaré le général Maung Aye, président du « Conseil d’État pour la paix et le développement » du Myanmar. Évoquant la scène diplomatique internationale, il a souligné, sans autre précision, que le Myanmar comprenait la position adoptée par la Russie au sujet d’une réforme éventuelle des Nations unies et qu’il espérait que leurs deux pays pourraient collaborer dans ce sens-là. L’accord le plus surprenant a été celui que la Russie et la Birmanie ont conclu au sujet d’une coopération dans la lutte contre le trafic de drogue. Or il est avéré qu’en Birmanie, l’Etat Shan et la zone Chiangmai et celle du « Triangle d’or » sont considérés dans la région comme les plus importants producteurs et fournisseurs d’opium. On sait également qu’elles produisent des dérivés de la résine de pavots dans des laboratoires secrets. Il n’est pas exclu, non plus, que la junte ait proposé à ses interlocuteurs russes de leur vendre l’opium brut pour l’approvisionnement de leurs laboratoires pharmaceutiques.

Ce qui ferait penser que la Birmanie est ainsi à la recherche d’un alibi lui permettant de répondre aux accusations, selon elle calomnieuses, dont elle est l’objet depuis plusieurs décennies. Dans sa quête de relations amicales avec les pays asiatiques, la Russie envisage d’élargir sa participation aux processus économiques dans la région Asie-Pacifique, a conclu M.Fradkov. Il est bon de rappeler que cette descente vers les mers chaudes a été une des constantes de la diplomatie russe depuis la « grande Catherine ». La seconde importante initiative - demeurée très discrète - de la junte militaire du Myanmar a été son ouverture vers l’Extrême-Orient, dont l’objectif est Pyongyang. Cette démarche ne pourra pas laisser insensibles les puissances occidentales.

La Corée du Nord est à la recherche de fournisseurs d’hydrocarbures sous forme de pétrole et de gaz. La Birmanie a besoin d’armements. Le blocus qui lui est imposé lui interdit de trouver des armes en Occident. Elle compte sur Corée du Nord, comme sur la Russie et sur la Chine pour lui en fournir. Ceci constitue pour les généraux birmans deux bonnes raisons de tenter un rapprochement. Or, plusieurs quotidiens d’Asie du Sud-Est, et notamment le Bangok Post, viennent d’annoncer que le Myanmar allait renouer des relations diplomatiques avec la Corée du Nord, pays nucléaire où, comme on le sait, s’exerce une dictature encore plus dure, si possible, que la sienne. Les deux pouvoirs totalitaires sont convenus de restaurer des liens qui avaient été rompus en novembre 1983 à la suite d’un attentat contre le président de la Corée du Sud , M. Chun Doo Hwan.

Ce dernier, en visite officielle à Rangoon, avait été victime d’un attentat au moment où il s’apprêtait à déposer une gerbe au pied du monument des Martyrs pour honorer la mémoire du général Aung San, père de l’indépendance birmane. Une bombe avait explosé à son passage. Elle avait provoqué la mort de vingt et une personnes, parmi lesquelles il y avait eu dix-sept Sud-Coréens, y compris quatre ministres de la même origine. Le président n’avait pas été atteint. Mais une commission d’enquête avait attribué la responsabilité de cet attentat à des agents secrets de la Corée du Nord. Les espoirs birmans de recherche et développement nucléaires avaient été suscités il y a vingt-trois ans par une promesse d’aide éventuelle formulée par la Russie mais irréalisable tant que la Birmanie serait pas en mesure financièrement de faire face à ses projets de recourir un jour à l’énergie nucléaire. L’apparition de nouvelles et très riches ressources dans le domaine des hydrocarbures lui permet de rouvrir ce dossier. Ce que ses représentants viennent de faire à Moscou, en signant des accords de coopération scientifique.

Ayant pris soin de mettre deux fers au feu, les généraux se sont mis à négocier discrètement avec la Corée du Nord l’avenir de coopération dans leurs relations, avec la bénédiction de la Chine, une vieille amie. Le fait que la junte birmane s’apprête à renouer ses relations diplomatiques avec Pyongyang constitue un aspect nouveau de la diplomatie d’un Myanmar enrichi, en quête de coopération et d’assistance technique dans le domaine de la recherche scientifique. Les observateurs estiment qu’il n’est plus possible de se dispenser de prévoir quelles sortes de collaborations et d’assistances vont s’établir entre les pays maîtres de leur énergie nucléaire et ceux qui, ne l’ayant pas encore, expriment la volonté de s’en doter aussi vite que possible.

Car à moyen terme, il va se trouver, au sud de la Fédération russe, une succession de pays nucléarisés ; l’Iran, Israël, le Pakistan, l’Inde, la Chine, la Birmanie qui deviendront incontrôlables, en fonction des circonstances imprévisibles que réserve l’avenir. Les démarches entreprises par un régime comme celui du Myanmar, - futur nouveau riche du Sud-Est asiatique, peuvent avoir pour résultat, à son profit, l’appui de la Fédération de Russie qui, de son côté, éprouve le besoin de planter ses pions tout au long des quinze cents kilomètres de frontière commune de la Birmanie avec la Chine, « protégée ». Pour les mêmes raisons, le Myanmar compte bien être soutenu par la Chine elle-même qui, ayant un besoin croissant d’hydrocarbures et de gaz, deviendra à court terme son principal client.

Le renforcement de la dictature des militaires paraît être la conséquence immédiate, désormais probable, de son activité diplomatique. Les généraux vont avoir encore de beaux jours devant eux. Le fait de rétablir des relations diplomatiques avec la Corée du Nord, autre pays nucléaire susceptible de lui apporter une assistance technique dans ce domaine énergétique, pourrait lui apporter l’avantage de disposer alternativement d’une assistance scientifique supplémentaire.

Il est probable que la Junte va espérer pouvoir compter sur l’appui diplomatique de ses puissants amis le jour où le Conseil de sécurité évoquera, à propos du Myanmar, les dangers de la prolifération nucléaire, comme il le fait au sujet des prétentions de l’Iran. © Bertrand C. Bellaigue


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