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Le naufrage des Boat people noirs

"Nous avons été parmi les premiers à avoir été prélevés de nos maisons. Au début, nous n'étions pas nombreux dans le camion. Puis, peu à la fois, d'autres personnes sont montées. Finalement nous étions au moins deux cents. Enfermés dans l'obscurité. Coincés debout, l'un contre l'autre. Il faisait chaud, ça puait et les enfants pleuraient"

Exactions racistes contre les Noirs en Libye, Mercenaires pour les uns, un moyen de pression pour les autres. Mais que peut susciter le sort de ces gens en Occident, en dehors de l'angoisse de voir l'Europe envahie par une horde d'immigrés.

 

Des gens (pour la plupart) qui n'ont jamais songé de venir en Europe, dans l'impossibilité de revenir chez eux, pour des raisons politiques (guerres, conflits, dissidences politiques etc) ou pour une raison économique. Le début de l'intervention, les médias ne furent pas économe pour couvrir (souvent plus de la non information qu'autre chose) les frappes, et les activités des rebelles. Plus dans le but de leur donner une légitimité. Maintenant, le sort des Boat-people ne sera abordé que par le biais de Lumpedusa, et plus généralement les côtes nord de la méditerrané (Italie et Malte).


Voici le témoignage de Dawit, un Ethiopien, cité dans l'article de médiapart sur le naufrage des étrangers (Nigériens, Ghanéens, Maliens, Ivoiriens, Erythréens et des Somaliens) fuyant les exactions ou déportés vers la mer (après des rafles).

« Nous étions installés dans la banlieue de Tripoli, à Ben Ashur, dit-il. Je donnais des leçons d'anglais, j'avais une bonne vie. Avec les soulèvements, les gens ont commencé à dire que nous les Africains, nous étions des mercenaires au service de Kadhafi. Notre propriétaire nous a presque mis dehors, il ne voulait plus nous louer la maison. Les épiciers ne voulaient plus nous vendre de lait ou de pain. Tous les Libyens nous disaient de partir. Nous étions attaqués, nous avions peur. « Nous étions là depuis 2007, mais nous n'avions plus le choix. J'ai pensé fuir par Zaouia vers la Tunisie. Mais c'était trop dangereux. Sur la route, il y avait des hommes armés pro-Kadhafi qui bloquaient le passage. Ils nous disaient de prendre la mer. Partir vers l'Égypte ou le Sud, c'était beaucoup trop long et risqué, surtout avec un enfant. » Et l'Éthiopie ? « J'ai quitté mon pays pour des raisons politiques. Il était impensable d'y retourner. »

« Deux jours avant le départ, on a été rassemblés. C'était à Tripoli. On s'est retrouvés à presque 300 dans une sorte de lieu à ciel ouvert. Il y avait des Érythréens, des Éthiopiens, et quelques Maliens et Ivoiriens. C'était des jeunes Libyens qui organisaient tout ça, ils avaient moins de trente ans, ils n'étaient ni armés ni en uniforme, mais ils nous mettaient la pression, en disant que si on ne partait pas, on serait arrêtés. Ils nous ont mis dans un bus de la ville et on s'est quand même fait arrêter. Mais quand le chauffeur a dit que nous allions au port, ils nous ont tout de suite laissé repartir en nous souhaitant bonne chance. Là, au port, il y avait des militaires pour gérer les départs. »

 

« Kadhafi se sert de nous comme il l'a toujours fait. Avant, ils empêchaient les migrants de partir, partir était un crime. Ceux qui essayaient étaient envoyés en prison, dans des conditions très dures. Le coût du billet était très élevé, entre 1.500 et 2.000 euros. Aujourd'hui, tout a changé. J'ai payé 600 euros, mais beaucoup sont partis pour presque rien. Ce n'est pas toujours facile de dire qui est qui, puisqu'en Libye, actuellement, tous les hommes sont armés, civils ou pas. Mais ce que l'on peut dire, c'est que les opposants à Kadhafi veulent nous voir partir parce qu'ils nous prennent pour des mercenaires. Et les forces loyalistes aussi, car Kadhafi veut montrer aux Européens qu'il met ses menaces à exécution. »


 

http://fortresseurope.blogspot.com/2011/05/expulses-vers-litalie-la-main-du-rais.html

Toujours d'après le même article, un autre témoignage, de Kingsley qui vivait à Misrata : « Nous avons été parmi les premiers à avoir été prélevés de nos maisons. Au début, nous n'étions pas nombreux dans le camion. Puis, peu à la fois, d'autres personnes sont montées. Finalement nous étions au moins deux cents. Enfermés dans l'obscurité. Coincés debout, l'un contre l'autre. Il faisait chaud, ça puait et les enfants pleuraient »

« Nous y sommes restés un mois et cinq jours. C'était une vieille maison en ruine (...). Et il y avait des militaires partout. Ils avaient de petites bandes vertes sur le bras, ils étaient soldats de Kadhafi. J'en suis sûr. À l'intérieur, nous étions environ 1.500 et il y avait beaucoup d'enfants. Je ne te dis pas la saleté ! Chaque jour de nouveaux camions arrivaient et d'autres partaient. Et là, nous avons réalisé que nous serions partis en Italie.

« Un jour, ils nous ont emmenés au port de Zuwara, la nuit. Mais nous avons dû attendre l'aube pour partir, parce qu'il y avait des avions de l'OTAN qui survolaient la ville. Et les militaires nous avaient ordonné de nous cacher. Le lendemain, nous étions divisés : 320 sur un bateau et 280 sur l'autre. Nous avions peur de mourir en mer, mais nous n'avions pas le choix, des fusils nous visaient. »

Ce n'est que le début, attendons que les rebelles prennent le pouvoir pour assister à un beau pétrin, à mon avis, pire que celui d'Irak. Le Maghreb peut se révéler une poudrière comme les Balkans, surtout quand les politiques amateurs se jouent des divisions et des différences.

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2 réactions à cet article    


  • Sauvage Sauvage 4 juin 2011 14:07

    Frida, merci pour votre article pertinent. Merci de parler des raisons qui poussent les africains (d’Afrique Noire ou du Nord) à migrer en masse vers l’Europe, à l’heure où les politiciens démagos brandissent la menace de fermeture des frontières.

    Les manœuvres politiciennes incessantes en Afrique pour piller et s’accaparer les richesses de ce continent commencent déjà à se retourner contre l’Occident.

    L’Occident prospère sur les richesses et le travail acharné du Sud. Une petite élite politico-financière déclenche des guerres, génocides pour les profits astronomiques de leurs business.

    Un exemple de l’enrichissement du clan Ouattara pendant la crise ivoirienne dans la filière du cacao :

    http://vimeo.com/22121608

    Encore merci d’informer les citoyens français.


    • Annie 4 juin 2011 14:21

      Bonjour Frida,
      Il est effectivement judicieux de rappeler que la majorité des Africains choisissent le continent africain lorsqu’ils s’exilent.
      Et aussi qu’un bateau a fait naufrage au large de la Tunisie il y a quelques jours, faisant entre 200 et 270 morts et une ligne dans les journaux.

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