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Accueil du site > Actualités > International > Le Nouvel An chinois, ou le coût du lapin...

Le Nouvel An chinois, ou le coût du lapin...

Dans la nuit du 2 au 3 février, les Chinois ont fêté le changement d’année. Le problème de l’inflation occupe les esprits. Sur le continent, tout coûte de plus en plus cher, à commencer par le lapin - c’est l’année - . Même les femmes...

Jean-Pierre Raffarin sonne le tocsin pour l'Année du lapin. Au Sénat le 31 janvier dernier, le sinologue bien connu a réuni les plus hauts responsables de l'ambassade de la République Populaire, et des Chinois triés sur le volet. Dans son allocution, il a décrit une France réceptive à la Chine. C'est pour lui une grande satisfaction. La Chine n'est plus pour lui « mystérieuse et lointaine » depuis qu'il l'a découverte « de l'intérieur » à l'occasion de ses nombreux voyages. Sa première visite remonte à 1976. L'agence 'Chine nouvelle' a couvert l'événement et retenu l'essentiel du message. « Selon lui, pour comprendre la Chine, il est nécessaire de sortir des statistiques économiques et de l'image d'un pays purement manufacturier. Il est très important de connaître son histoire, sa civilisation et sa pensée » [source]

L'ancien premier ministre a profité de l'occasion pour signaler la parution d'un nouvel ouvrage sur la Chine, coécrit avec son épouse. 'Ce que la Chine nous a appris' a été rédigé en chinois. Il en assure la promotion tout seul : « Ce n'est pas un livre scientifique, ce n'est pas un livre historique, c'est pas un livre politique, c'est un livre de cœur, en se disant que finalement avec les Chinois, on arrive à bien se comprendre. Et le peuple chinois et le peuple français ne sont pas des peuples étrangers. Il faut qu'ils se parlent. C'est un livre organisé autour de grands thèmes : la pensée, la santé et la fête » [source] Je brûle d'en lire la traduction ['Jean-Pierre Raffarin, le pire du milieu'].

Arnaud de la Grange note plus sérieusement dans le Figaro un renforcement récent de la censure en Chine. Les événements tunisiens et égyptiens gênent les autorités qui redoutent de voir leurs concitoyens rétifs, éventuellement confortés dans leur désir de contestation. Pour traiter l'actualité, les journalistes accrédités insistent apparemment sur le risque de chaos, laissant entendre qu'un retour au calme serait souhaitable pour tous. L'embarras des puissances occidentales alliées des régimes déstabilisés (en Tunisie et en Egypte) accentue la nervosité des autorités chinoises. Lors des récentes 'révolutions' d'Europe orientale, Pékin avait en effet insisté sur le rôle des démocraties 'permissives'. Sur Internet, les censeurs filtrent les commentaires. Le journaliste a pu capter au passage quelques audacieux ayant déjoué les pièges. « Comme celui de cet internaute qui affirme d'abord que 'la Chine n'a rien à voir avec l'Égypte', mais poursuit en listant la cause des émeutes du Caire, 'la corruption, le fossé entre les riches et les pauvres, l'inflation, l'autoritarisme'. 'Ces mots ne vous semblent pas familiers ?', dit-il, en ajoutant 'qu'il est interdit d'en discuter, mais que l'on peut y réfléchir…' ».

S'exprimant pour la nouvelle année, le Premier ministre de Singapour a appelé ses concitoyens à saisir le message du lapin. Il y a en effet moins d'1,2 enfant par femme dans le micro-Etat (source). En Chine continentale, l'envoyé spécial de La Croix s'est rendu dans le Hunan. Dorian Malovic a suivi une étudiante de 22 ans. San San est inscrite en 'administration publique' à l'université du Henan. Elle se prépare donc à devenir fonctionnaire d'Etat (et membre du parti ?). Pour le nouvel An chinois, San San est revenue dans son village natal, à Liu Jiang. Le village est pauvre, et les paysans ne peuvent payer des études à leurs enfants. Elle a échappé à la condition commune, sans que le journaliste ne nous apprenne grand chose sur les causes de cette promotion sociale. « Sa mère travaille tous les jours comme contrôleuse de bus, de 6 heures du matin à 18 heures le soir, et son père 'fait des affaires' ». Pendant la semaine de fêtes, tous les villageois partis sur la côte travailler vont distribuer des cadeaux ['L'atelier du monde n'a pas d'annexes']. San San attend de pied ferme son frère de vingt ans, qui s'est lui aussi « lancé dans les affaires avec son père dans la province du Jiangsu. » Dorian Malovic s'étonne devant la jeune femme des décorations du village. Dans la maison des grands-parents, un crucifix jouxte un portrait de Mao.

Le long portrait de famille s'achève sur une fausse note. La petite amie du frère de San San est enceinte. « [Elle] veut garder le bébé, les parents de San San hésitent, mais considèrent que leur fils, 20 ans, n’est pas assez mûr pour être père. Enfin, les parents de la fille ne savent pas encore qu’elle est enceinte. 'Voilà la famille chinoise et ses contradictions', soupire San San en confiant qu’il faut trouver une solution avant le Nouvel An. 'Moi, je ne peux pas accepter que le bébé soit tué. Je pense que si c’est un garçon, ils voudront bien le garder.' D’où une visite urgente à l’hôpital où un médecin acceptera de dévoiler le sexe du bébé contre une enveloppe de 1000 yuans (100 €) car c’est normalement interdit. 'Il faut vite savoir, car si c’est un garçon, le Nouvel An sera joyeux, on gardera certainement le bébé, déclare sans ambiguïté San San. Un mariage s’organisera très vite après les fêtes, une bonne façon de commencer l’année.' À la question de savoir quel choix sera fait si c’est une fille, personne ne souhaite répondre. » 

Ainsi, les Chinois de Chine (1,5 enfant par femme) et ceux de Singapour se ressemblent du point de vue de la natalité. La population chinoise vieillit rapidement : en 2006, 320 millions de Chinois avaient entre 10 et 24 ans. Dans cette tranche d'âge, ils ne seront plus 'que' 260 millions en 2025 (chiffres Population Reference Bureau). Elle se masculinise [Ined] au rythme des 13 millions d'avortements officiellement pratiqués dans le pays (source). L'élimination des fœtus de sexe féminin conduit à un augmentation de la proportion des bébés de sexe masculin ('sex ratio' / source). Isabelle Attané ('En espérant un fils' / INED - 2009) dissocie cette situation de la politique de l'enfant unique, mais n'en dresse pas moins un tableau sombre. Entre 1981 et 2000, le déficit des naissances féminines atteindrait onze millions. Chaque année 500.000 filles manquent en moyenne (source). Comme l'indique Isabelle Attané dans le 'Monde Diplomatique', la sélection des sexes se pratique ailleurs qu'en Chine, en particulier dans le sous-continent indien ou en Corée du Sud.

La polyandrie résoudrait mathématiquement la question, pour pallier le manque de femmes (d'autres y ont pensé avant moi). La prostitution répond ponctuellement à un besoin en Chine même (source), ou à l'extérieur (à Singapour ou à Macao / 'Les brigands sont éternels'). A première vue, car la main d'œuvre n'est pas a priori aussi extensible que la clientèle. En dehors de toutes autres considérations sur les dommages produits par la prostitution - et Dieu sait si les études font foi en la matière - il convient de rappeler qu'elle naît d'une situation de pénurie. Sans disposer de statistiques sur ce sujet, on peut supposer en Chine un accroissement du rôle des prostituées à partir d'une simple donnée de départ : le déséquilibre homme / femme. A terme, la masculinisation exclura cependant les clients aux budgets contraints et obligera les autres à dépenser plus. L'augmentation du revenu des prostituées provoquera un 'signal' par les prix, et détournera des filles 'à marier' de leur métier originel. 

Le processus sape les bases mêmes du consensus social. C'est précisément sur ce point que je terminerai. Car Dorian Malovic signe un autre papier dans 'La Croix' : « Pékin va devoir stabiliser la hausse des prix ». Il apparaît clairement que les chiffres officiels de l'inflation donnent une idée très vague de la réalité économique ressentie par la rue. « 'Si l’inflation globale chinoise a été d’à peu près 4% en 2010, je peux vous affirmer que les prix ont augmenté de 10 à 15% pour les produits frais et de 20 à 25% pour la viande.' explique le patron du magasin 'Carrefour' de Changsha ». Faute de pouvoir contracter de crédits à la consommation, celui ou celle qui fait ses courses achète en moins grande quantité. Les salaires progressent moins vite que l'inflation (source).

En ville, les prix de l'immobilier rognent le budget des ménages. « 'Tout augmente', se plaint Guei Hua, jeune mère de famille ayant pourtant un bon poste dans une entreprise publique de Changsha. 'Nous venons d’acheter un appartement, mais les prix ont tellement augmenté en quelques mois que nous avons dû réduire nos ambitions de 20% concernant la surface du bien.' » ['Après l’ail, ouille !'] Wen Jiabao a lui choisi de s'afficher au Bureau des plaintes à Pékin (source). Du point de vue des transactions immobilières, la chaîne CCTV résume assez bien les incohérences du régime. Trois articles présentés conjointement se contredisent intégralement. Les prix ont connu une très forte augmentation, mais des acheteurs nouveaux venus de l'étranger ('rois') prendront sous peu le relais (source). Il n'y a pas de retournement à attendre avant vingt ans (source)... Pourtant, le volume des transactions a commencé à se rétracter en 2010 (source / 'Shanghai, sur un air de Dubaï…'). Dans les faits, les expulsions de locataires ou de petits propriétaires se poursuivent dans les grandes agglomérations (vidéo). La bulle immobilière enrichit une minorité bien introduite dans les cercles de pouvoir ('Le Monde').

Fêtes obligent, les Chinois vont manger beaucoup de lapin cette semaine. Cela vaut aussi pour la diaspora, au grand dam des associations de défense des animaux. En Chine continentale, la presse fait état d'une multiplication des vendeurs, qui illustre indirectement une augmentation des prix. Les races les plus prisés s'arrachent à prix d'or... C'est ce que l'on pourrait appeler le 'coût du lapin' (source).

PS./ Geographedumonde sur la Chine : 'Le bon sens paysan et la spéculation'.

Incrustation : Art-monie


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7 réactions à cet article    


  • Gabriel Gabriel 7 février 2011 11:46

    Vous savez comment on appel un petit lapin sourd  ?

    - LAPIN !!!!!!

    Bon d’accord je sors !

     


    • Bruno de Larivière Bruno de Larivière 7 février 2011 11:51

      Maintenant, il faut faire la même en chinois !
      Bonne journée...


    • Gabriel Gabriel 7 février 2011 13:18
      Avec plaisir,

      你知道我们要求一个小兔耳 ? -拉皮 ! !

    • LE CHAT LE CHAT 7 février 2011 14:57

      c’est un chinois qui se plaint de sa femme qui dit qu’il baise comme un lapin , comment peut elle le juger en 20 secondes ?  smiley


      • ALBIE Alain 7 février 2011 18:34

        Bonjour,

        il ne faut pas perdre de vue qu’arnaud De La Grange écrit pour le Figaro, le média qui saviat tout sur l’affaire espionnage avant d’écrire qu’ils ne savaient rien.

        Démocratie, dissidents, pas si filtré que cela les médias Chinois. Cs mots sont employés sur le quotidien du peuple qui ce au PCC ce que Le Figaro est à l’UMP. voici le début de l’article :

        L’éminent dissident égyptien, Mohammed ElBaradei, a appelé le président Moubarak à démissionner ....

        La suite ici :http://www.refletsdechine.com/egypte-le-gouvernement-chinois-fait-fort-tres-fort.html

        Le reste de l’article est le remplissage habituel à base de clichés, histoire de rassurer les « blancs ».

        faut dire qu’avec le dernier lot de présidents, il vaut mieux parler d’autre chose que de son propre pays, alors chauffe google, chauffe ....

        Bonne année du lapin et méfiez que le coup derrière les oreilles ne vienne pas d’ailleurs.


        • vinvin 8 février 2011 21:09

          Et bien moi, en tant que Français, pour fêter le nouvel an Chinois, je n’ ai pas bouffé un civet de LAPIN, mais je me suis bouffé un CANARD farci au foi-gras avec des pommes de terre dans le jus, accompagné d’ une bouteille de GIGONDAS, et je me suis bien régalé !



          Cordialement.



          VINVIN. 

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