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Le Nouvel Internationalisme d’Ankara

Tant au niveau économique que diplomatique, Ankara esquisse un long sillon tranquille mais remarqué sur les océans troubles des Affaires Internationales. De Budapest à Baku, la Turquie s’est imposée comme principal hub commercial régional. Contrairement aux pays qui fétichisaient un lien causal jaloux entre performance économique et affiliation à l’Union Européenne, Ankara est en passe de devenir le nouveau tigre montant de la puissance eurasienne. Standard & Poor’s Ratings Services viennent de porter la mention B+ à l’investissement Turc. L’économie Turque occupe le classement de la 16ème plus grande économie mondiale et la plus large au Moyen-Orient. Avec une population estimée à 79 million d’âmes, la Turquie a connu en moyenne une croissance de l’ordre de 5% par an entre 2002-2010. De janvier à avril 2011, Ankara a enregistré une forte croissance économique de l’ordre de 11%, surclassant la Chine (9.9%) et l’Argentine (9.6%) comme nouveau pôle à plus grande croissance économique mondiale. Cette performance sans précédent, et ce, contre tous les pronostics financiers, impose la Turquie comme une nouvelle puissance régionale avec laquelle il faut désormais compter. Ankara ambitionne l’horizon de $ 500 milliards dans l’export d’ici 2023. Le nord de l’Irak dépend largement des $3 milliards d’investissement et de commerce d’Ankara. La Russie reste le premier fournisseur de gaz naturel de la Turquie à hauteur de 65%, suivi par l’Iran. Depuis 1996, Ankara a conclu $23 milliards de contrat de livraison de gaz par l’Iran pour la durée de 25 ans. L’Egypte et la Libye ne perdront aucune occasion pour vendre leur gaz naturel à Ankara d’autant que 4.9% des importations de la Turquie proviennent du Moyen-Orient.

La croissance économique d’Ankara se double d’une offensive diplomatique aux ambitions internationalistes. Le premier ministre Recep Tayyip Erdogan vient d’achever au pas de course une visite aux sources de la révolution arabe : Tunisie, Egypte, et Libye. En Libye, Mr. Erdogan a configuré les contours de l’action diplomatique d’Ankara sous le pli de la responsabilité humanitaire. Il a aussitôt fait larguer de l’eau et des vivres pour les populations de Sirtre et de Bani Wali. La balance diplomatique délicate d’Ankara ne s’offusque guère de bousculer au passage les susceptibilités islamistes et même d’écorcher au passage l’image d’Israël qu’elle charge de crimes de guerre. Des piques diplomatiques aux saveurs culturelles locales et endogènes. De Tunis à Tripoli, Mr. Erdogan a rappelé l’impertinence et l’anachronisme islamistes qui scellaient sans espoir d’amendement le divorce entre islam et démocratie. Ankara ne donne pas de la voix dans la symphonie contagieuse d’une rhétorique démocratique unilatéraliste. Elle apporte une nuance à son offensive diplomatique en rappelant que les pays arabes ne pouvaient se payer le luxe d’une conversion cavalière en masse à la démocratie occidentale. Il s’impose désormais au Moyen-Orient d’accoucher une démocratie aux parfums de l’islam. Du reste le parti qui a porté Mr. Erdogan au pouvoir est baptisé Parti pour la Justice et le Développement pro-Islamique.

Le ton du nouvel internationalisme d’Ankara signe l’émancipation de la Turquie de son rôle de tête de pont entre l’Occident et le monde musulman. Ankara se situe au carrefour névralgique des secousses sismiques de la sécurité internationale : le Moyen-Orient, l’Asie Centrale et le Caucase ainsi que les Balkans. Les menaces que la Turquie doit tenir sous contrôle sont irrégulières de nature : le nationalisme et les velléités de séparatisme Kurdes sur fond des 12 milliards de barils de réserves de pétrole de Kirkuk ; le contexte fragmenté du Liban qui danse selon la cadence de Damas ou de Téhéran ; la violence aveugle Irakienne et ses effets boomerang dans la sous-région. 

Narcisse Jean Alcide Nana, The University of Leicester, UK 

 

Référence

- F. Stephen Larrabee, Turkey As a U.S. Security Partner (Santa Monica, RAND Corporation, 2008)

- Hooman Peimani, Regional Security and the Future of Central Asia : The Competition of Iran, Turkey, and Russia (Wesport, Praeger, 1998)

- Andrew M. Dorman & Joyce P. Kaufman, eds., The Future of Transatlantic Relations : Perceptions, Policy and Practice (Stanford, Stanford University Press, 2011)

- Metin Tamkoc, The Warrior Diplomats : Guardians of the National Security and Modernization of Turkey (Salt Lake City, University of Utah Press, 1976)

- Tareq Y. Ismael & Mustafa Aydin, Turkey’s Foreign Policy in the 21st Century : A Changing Role in World Politics (Burlington, Ashgate Publishing, 2003)


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4 réactions à cet article    


  • Spip Spip 22 septembre 2011 14:17

    Un petit dessin valant mieux qu’un long discours, revoir l’excellente émission « Le dessous des cartes » consacré à la Turquie, hier soir.

    http://ddc.arte.tv/


    • Aldous Aldous 22 septembre 2011 15:34

      Drôle de tête de pont de l’occident que voilà.

      La Turquie vient de menacer Chypre de représailles militaires si elle exploite le gaz trouvé dans les eaux territoriales chypriotes.

      Elle a aussi menacé de geler ses rapports avec l’Union européenne lorsque la présidence tournante de l’UE reviendra à la République de Chypre, en juillet 2012.

      Il faut rappeler que la Turquie occupe depuis 1974 le nord de Chypre, pays membre de l’UE.

      Bref, dans la diplomatie turque le fusil n’est jamais loin.


      • fonzibrain fonzibrain 22 septembre 2011 18:30

        Y’a rien dans cet article 


        • Mammon 26 septembre 2011 16:32

          le nationalisme et les velléités de séparatisme Kurdes sur fond des 12 milliards de barils de réserves de pétrole de Kirkuk

          il me semble que Kirkouk fasse partie du Kurdistan irakien et non du Kurdistan turc... A moins que votre champion ne prévoit dans les prochaines années d’annexer le nord de l’irak, pour se gaver de pétrole (comme le nord de Chypre, d’ailleurs, pour sa gaver de gaz naturel) ???

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