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Le Panopticon électronique : Le « Réseau Ėchelon »

Résister. Par quels moyens ?

 Le panopticon électronique :le « Réseau Ėchelon » -  Résister. Par quels moyens ?
Rémy Valat 
23/10/2013
 

 

 

 

 

 

Dans la « guerre hors limite », la ligne démarquant la surveillance des ennemis de l’Ėtat, potentiels ou jugés comme tels, et les citoyens lambda est ténue. Aux États-Unis, à partir de 1967, en pleine guerre du Vietnam, des pacifistes, des militants pour l’égalité des droits civiques (Martin Luther King et Malcom X) font l’objet d’écoutes systématiques (opération Minaret). Les actes de résistance au système Ėchelon sont isolés, désordonnés, limités à un groupe d’internautes militants et leur portée symbolique. A partir des années 1950, un mouvement de protestation pacifiste, proche du modèle français des militants ayant refusé l’installation du camp militaire du Larzac, marque son opposition à la présence de bases américaines, notamment sur le site de Menwith Hill. 


Dans le contexte de la Guerre Froide et de la guerre du Vietnam, ces personnes rejettent principalement l’ingérence américaine. A partir de 1994, un groupe de militantes, dont le noyau a atteint l’âge mûr, multiplie les démonstrations non violentes (manifestations, enchaînement aux grilles du camp, etc.). La répression de ces mouvements par le gouvernement britannique est implacable, plus de 1700 interpellations , 183 condamnations, pour 27 acquittements entre 1988 et 1994 . Ces femmes, installées dans un camp de fortune appelé Women Peace Camp, n’hésitent pas à s’introduire dans la base pour y dérober des informations secrètes en fouillant les poubelles (des photocopies ou des impressions ratées de documents).

Ces renseignements ont mis à jour plus de 250 systèmes opérant à Menwith Hill, et plusieurs bases secrètes implantées sur le sol britannique. Ces actions, certes localisées, ont connu une forte mobilisation principalement en raison de la publication de l’article fondateur du journaliste écossais, Duncan Campbell, Somebody’s listening, paru dans la revueNew Statesman, le 12 août 1988. Les écrits de Campbell, seront suivis par l’ouvrage du néo-zélandais Nicky Hager (1996) et les publications d’un groupe de chercheurs de l’université George Washington qui ont extrait d’archives déclassifiées des documents attestant les missions de surveillance électronique opérées à partir de la base de Sugar Grove en Virginie (1999). 

D’autres actions revendicatives ont été initiées par des utilisateurs d’Internet. Un groupe de militants a lancé une « cyber-campagne de mobilisation » et proposé de saturer le réseau d’interception en adressant un grand nombre de courriels comportant les mots clés supposés être détectés par Ėchelon . Le 21 octobre 1999, le Jam Echelon Day est un échec qui met en évidence la solidité du système. 

Des doutes subsistent sur les risques de manipulations de ces groupes, dont on ignore les sources réelles de financement. La prise de conscience sur les atteintes portées aux libertés publiques a débuté aux États-Unis sous l’influence de la National Security Archives et a impulsé le Freedom Act demandant l’ouverture des archives, dont on ignore les éventuels tri préliminaires qui auraient pu y être faits par le service versant. Les autorités américaines et australiennes jouent la transparence pour dissimuler au public l’existence d’un second réseau entre les membres de l’UK-USA, portant sur l’analyse et l’échange de renseignements traités. Par ailleurs, la redondance et le faible nombre des documents signifieraient que ceux-ci proviendraient d’une seule et unique source. 

Confrontés à la collusion entre les entreprises de logiciel et les États, les citoyens n’auraient comme recours que la cryptographie indépendante. La cryptologie sécurise les messages en faisant perdre la valeur de l’information par la perte de temps consacrée au déchiffrement du message, car le « chiffre indéchiffrable » est une utopie. Au milieu des années 1970 (Whitfield Diffie, Martin Hellman et Ralph Merkle) ont imaginé de crypter l’information avec des fonctions mathématiques difficilement réversibles, puis l’apparition du chiffrement asymétrique (système RSA, pour Ron Rivest, Adi Shamir, Leonard Adleman, ses inventeurs) compliquait encore le décryptage. Mais, à cette époque, ces procédés ingénieux n’inquiétaient aucunement le gouvernement américain qui jouissait du monopole d’un réseau Internet naissant. Cependant, au début des années 1990, Phil Zimmerman suggéra d’échanger des messages cryptés avec des chiffres symétriques d’un déchiffrement plus rapide et de transmettre la clé de chiffrement via le système de clés publiques. Dans ce cas, l’émetteur crypte la clé de déchiffrement avec la clé publique du receveur et le receveur utilise sa clé privée pour décrypter la clé de déchiffrement et utilise ensuite un système de clé symétrique (IDEA) pour décrypter le message. La superposition des deux systèmes de chiffrement offrait certainement une résistance aux moyens de décryptage de la NSA et lorsque Phil Zimmermann se mit a distribuer gratuitement son logiciel (PGP) sur Internet (1991), ses ennuis judiciaires ont commencé. Une enquête criminelle a été aussitôt diligentée par le gouvernement pour transgression des règles d'export des logiciels de cryptographie. Les procès intentés contre lui ont conduit à l’impasse et le gouvernement fédéral a retiré sa plainte (1996). 

Dans les mois et les années qui suivirent, Phil Zimmermann accumule les honneurs et créé une société pour diffuser commercialement son produit . Ce succès, et surtout l’aval donné par les autorités américaines à la dernière version de son logiciel laisse planer le doute d’une entente entre le concepteur et les agences fédérales, entente peut-être matérialisée par la présence d’une « porte dérobée ». L’ « affaire Zimmermann » témoigne de l’intérêt porté par les gouvernements sur la cryptographie, et surtout du rôle important qu’aurait à jouer la cryptographie indépendante et militante, au risque que cette innovation soit exploitée par le crime organisé, des réseaux terroristes, ou autres malfaisants ! Soulignons encore que le chiffrement à l’aide de clés publiques pose le problème de l’identification de l’émetteur, et par conséquent la mise en place d’une autorité d’authentification. Cette dernière mettrait les clés des utilisateurs sous séquestre et ne pourraient communiquer qu’aux autorités policières ou judiciaires. Les clés de chiffrement restent un dilemme.

En 2013, le réseau Ėchelon est toujours l’atout majeur du système de renseignement électronique nord-américain qui ne cesse de développer, et nous le savons grâce aux révélations de Edward J. Snowden, des moyens toujours supérieurs de collecte et de traitement d’informations fermées. Précurseur dans ce domaine, Ėchelon a été imité par de nombreux pays développés dans le cadre de partenariats publics-privés, parfois transnationaux. Cette prolifération est particulièrement inquiétante, parce qu’elle multiplie les acteurs du renseignement et du contrôle et, potentiellement, les risques d’atteintes à la vie privée. Mais, la définition extensible qui peut être faite de l’« ennemi de l’intérieur », du « terroriste », du « subversif », ou du « déviant » laissent en l’état de latence les velléités d’une dérive totalitaire au service de la politique impériale nord-américaine. Restons vigilants !



Le site d’information en langue française sur le réseau « Echelon On Line, Connaître le réseau Echelon » est logé à l’adresse suivante : echelononline.free.fr

http://www.metamag.fr/metamag-1628—Le-panopticon-electronique-le—Reseau-%C4%96chelon-.html

 


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13 réactions à cet article    


  • Rensk Rensk 24 octobre 2013 23:38

    Je vois qu’on ne parle pas des alpes de Suisse...

    Peu-être parce que nous l’avons nommé autrement après le scandale, que tous citoyens Suisse connait si il vote...

    Notre nom de « détournement » est Onyx... Ce juste pour vous informer


    • Rensk Rensk 24 octobre 2013 23:47

      Ai oublié de vous dire... que nous avons assez de moyens financier... (histoire de suivre notre réputation)...

      Un seul exemple : Le 8 janvier 2006, l’édition dominicale du Blick (le Sonntagsblick, journal le plus lu en Suisse) publie un rapport secret produit par le gouvernement suisse en utilisant des données interceptées par Onyx. Le rapport décrit un fax envoyé par le ministère égyptien des affaires étrangères à son ambassade de Londres et décrivant l’existence des centres de détention secrets supervisés par la CIA et la NSA en Europe de l’Est


    • Rensk Rensk 24 octobre 2013 23:51

      Savais les américains fou... mais de là a mettre dans l’Europe (de l’Est en plus !) l’Égypte ...

      Ils font quoi dans leurs écoles ???


    • le moine du côté obscur 25 octobre 2013 09:05

      Les gens sont surpris d’apprendre que les USA sont le véritable état hors la loi dans le monde. Mais en fait est-ce un état ? J’ai franchement des doutes ! Ce pays est dirigé par une clique de voyous qui a clairement montré son visage lors de la présidence Bush. Ils ne respectent rien et se donnent le droit, d’espionner, de juger, de condamner et de détruire qui bon leur semble. Partant de là je ne vois pas qu’est-ce qui peut surprendre venant d’eux ? Ils ont essayé de porter un masque plus présentable avec le couple Obama, mais comme dit le christ on reconnait un arbre à ses fruits. Et Mitterrand avait prévenu les français que la France était en guerre contre les USA qui était une entité impitoyable. De plus pourquoi prendraient-ils des gants avec la France par exemple qui les a déjà fait chier en refusant de les suivre dans l’affaire irakienne. Les affaires récentes ne peuvent surprendre que les naïfs, en 1999 quand je faisais un exposé sur l’espionnage industriel j’avais déjà parlé du réseau échelon et de quelques-uns de ses « exploits ». Et toute cette comédie avec Merkel ces derniers jours est d’un ridicule ! Les journalopes et autres politicards se fichent vraiment de notre gueule, sauf que ça devient de plus en plus grossier sauf pour les endormis encore trop nombreux, malheureusement !


      • LENCARDEUR 25 octobre 2013 09:26

        Si vous en avez marre de cette espionite aiguë, il y a un moyen tout simple pour faire capoter les beaux programmes de tous ces messieurs : concluez tous vos appels téléphoniques, tous vos mails par ce beau slogan :
        « J’emm... la NSA ».
        Tous vos mails et appels téléphoniques, vos carnets d’adresse, vos habitudes de zapper sur internet, et j’en passe, vont être épluchés à la loupe ; donc à ne faire que si vous n’avez aucune peccadille sur la conscience.
        Pour être efficace, faut que tous les démocrates du monde s’y mettent en même temps !
        On peut rêver...


        • Bernard Pinon Bernard Pinon 25 octobre 2013 10:40

          Un peu de prophylaxie :

          - considérez que tout ce qui est échangé par internet, même crypté, est public et laisse des traces
          - n’utilisez votre téléphone que pour des conversations banales
          - si vous avez des informations confidentielles à échanger verbalement, faites le dans un lieu bruyant
          - transmettez vos documents par la poste - on ouvre rarement le courrier
          - laissez votre portable à la maison
          - n’utilisez pas la cryptographie (ça se remarque) mais la stéganographie, plus discrète
          - si vous vous dites « ça ne me concerne pas, je n’ai rien à cacher », mettez une webcam dans votre salle de bain et (re)lisez l« Le Procès » de Kafka.

          • Rensk Rensk 25 octobre 2013 20:30

            Suis pas d’accord avec vous Hervépasgra,

            Vu qu’en premier ont cherchera noise aux handicapés qui coûtent si cher a la société, rien a braire vu que je ne suis pas handicapé...

            Puis on passera par les repris de justice, rien a braire vu que je n’en suis pas...

            Puis ce sera le tour des syndiqués, des croyants, des pauvres, des blonds, des rouquins... rien a braire vu que je n’en suis pas...

            Problème ; je me retrouve tout seul au monde et avec mes 80 piges je ne peux plus enfanter... disons adieu a l’humanité !


          • Pepe de Bienvenida (alternatif) 25 octobre 2013 12:49

            « Restons vigilants ». Je dirais même mieux : restons à l’écoute


            • Emmanuel Aguéra Emmanuel Aguéra 25 octobre 2013 18:16

              Saddam, Saddam, Ossama, Kalashnikov, Obama, boom boom !

              Et voilà. Rien qu’avec une ligne, je m’en vais occuper quelques bidasses pendant un moment...

              Hi guys ! smiley


            • joelim joelim 25 octobre 2013 20:41

              Tout ça était prévisible, vous avez vu la taille des oreilles de Mickey et la longueur de celle de Pluto ?


            • wesson wesson 26 octobre 2013 01:30

              bonjour l’auteur, 


              concernant Zimmermann et PGP, il faut préciser un peu.

              « Les procès intentés contre lui ont conduit à l’impasse et le gouvernement fédéral a retiré sa plainte (1996). »

              En fait, ce qui l’as sauvé, c’est que les banques avaient besoin d’un système réellement bien sécurisé pour développer les transactions électroniques à grande échelle. Bref, ces dernières ont fait le siège du gouvernement fédéral en lui enjoignant de laisser le cryptage par clé asymétrique libre, et de permettre qu’il soit utilisé par le public. Dès lors, il ne pouvait exister de charge contre Zimmermann. 

              Au passage, à propos des révélations de Snowden et de l’espionnage de la NSA. Au delà des très molles protestations de la l’Allemagne et de la France (protestations de pure forme sans aucun effet), ce que cet espionnage massif révèle avant tout, c’est que l’excuse de la guerre au terrorisme est une vaste fumisterie. A moins de considérer que 35 dirigeants de la planète dont Merkel et Hollande sont en fait des agents dormant des cellules djihadistes d’al quaeda...


              La réalité du budget espionnage de la NSA est tout à fait limpide : il s’agit bien d’espionnage industriel et politique qu’il s’agit, et absolument pas d’une quelconque chasse au barbus.

              Les USA sont un pays avec un gouvernement de voyous. 

              • Pyrathome Pyrathome 27 octobre 2013 12:18

                Les USA sont un pays avec un gouvernement de voyous. ..

                Salut wesson, oui et c’est même le premier état voyou de la planète !
                Un pays qui se livre a ce genre d’espionnage en masse des citoyens et entreprises du monde est le pire état totalitaire que la planète ait pu enfanter....c’est la preuve la plus éclatante !!
                De quoi rendre jaloux les pires dictateurs du passé et du présent.....
                Et il y a encore des gens pour croire que des barbus en babouche ont fait tomber les tours en 2001 ....
                Je crois qu’ils vont se retrouver bien seuls dans quelques temps, face à leur déchéance....


              • Xenozoid Xenozoid 27 octobre 2013 13:44

                mais pourquoi s’indigné sur ce qui a toujours été ?t as déja vu des resistants s’indigner ? ben non,eux savent ce qu’est le pouvoir et qui s’en sert,"l’affaire snowden a remis quelque pendule a l’heure mais c’est loin d’etre une découverte,comme tous les dns serveurs sont aux etats unis ou presque,2 au japon un au royaume unis, un en norvege, je propose a tous de s’attaquer a celui qui vous relie au point d’acces, le bouton qui s’apelle pas mouton,vous  smiley

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