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Le parcours d’un enfant pressé

Vincent Simon exulte. La plainte de son amie Rigoberta Menchu Tum vient d’aboutir. Pour la première fois, un tribunal guatémaltèque a condamné la discrimination ethnique comme un délit. « Va vendre des tomates au terminal de bus », « Sale Indienne ». A la sortie d’une audience de la Cour constitutionnelle du Guatemala, il y a deux ans, les insultes avaient fusé contre la pasionaria de la défense des droits des peuples indigènes, prix Nobel de la paix 1992. Vincent veut croire que le verdict fera jurisprudence. Ce serait la preuve que les mentalités sont en passe d’évoluer. Que la culture maya est en voie d’être reconnue. Bref, que son travail avec la Fondation Rigoberta Menchu Tum n’est pas vain.

Car voilà désormais dix ans que ce Français originaire de Mont-de-Marsan, dans les Landes (40), se bat avec son ONG, le Club Quetzal. Pourtant, lui-même n’a que 23 ans. Son histoire commence il y a douze ans. L’été 1994, les gamins de 10 ans se passionnent pour les exploits des équipes d’Amérique latine à la Coupe du monde de football. Tous sauf un. Non pas que ce continent indiffère Vincent, bien au contraire. Il revient d’ailleurs à peine d’un long voyage au Salvador, en compagnie de son père. Mais, pour l’heure, il a trop à faire et à comprendre. Car un souvenir l’obsède. Celui des populations indigènes misérables du Salvador, un pays dévasté par une décennie entière de guerre civile. Vincent ne s’est pas remis du contraste entre le cérémonial fastueux du quotidien de son hôte, une patiente de son père médecin, et l’extrême dénuement de ces dizaines de milliers d’Indiens que compte le pays. Certes, il les a croisés brièvement. Trois semaines sur place à peine. Mais leur situation l’a bouleversé.

En 1996, c’est décidé. Il adhère à l’Unicef. La création d’une ONG suivra, il en est persuadé. "Nous avons vu arriver ce petit bonhomme de 12 ans, très sûr de lui, dans notre assemblée de vieilles dames", se rappelle Hélène Poli, la responsable du Comité départemental de l’Unicef à Mont-de-Marsan. "Sa détermination était incroyable. Il voulait à tout prix s’engager dans l’humanitaire pour aider les peuples et les enfants indiens. C’était son mot d’ordre. S’investir." De l’avis général, ce garçon, dont l’amie imaginaire n’est autre que Rigoberta Menchú Tum, est un sacré numéro.

Candide pour certains, obstiné pour d’autres, Vincent est à coup sûr un drôle d’énergumène. Du bagout, de l’aisance et un toupet qui frise parfois le comique. La gêne ? Il ne connaît pas. Le doute alors ? Encore moins. "Mais attention. Il n’est jamais pédant ou m’as-tu vu", tempère Hélène Poli. A l’Unicef, Vincent est choyé par ses grands-mères d’adoption, qui le brinquebalent de réunion en réunion dans toute la France. Le petit est entre de bonnes mains. Il lui reste à trouver où et comment s’engager.

Une amie de son père, résidant au Guatemala, lui parle d’un pueblo indien guatémaltèque, Santa Catarina Palopo. Un village maya de 4 000 habitants, perché sur les rives du lac Atitlan, où la plupart des enfants n’ont pas accès à l’éducation. Leurs parents, souvent artisans ou agriculteurs, sont trop pauvres pour payer les frais d’inscription. Quant au collège, pas un n’y songe. Trop loin, beaucoup trop loin du village.

Presque une décennie plus tard, Santa Catarina Palopo a changé. Ses habitants sont fiers. Le village vient d’être cité comme un pueblo "modèle" pour ses efforts en faveur de la jeunesse par le quotidien national Prensa Libre. Une bibliothèque, une salle d’informatique, une coopérative de tissage et un collège. 664 enfants scolarisés, contre 240 en 1997. Et surtout, une première institutrice, un premier boulanger et un premier informaticien.

Le Club Quetzal et ses donateurs n’ont pas chômé. Cette ONG, Vincent l’a créée de toutes pièces en classe de quatrième pour aider l’école du village. Sur ces hautes terres du Guatemala, très peu d’Indiens maîtrisent l’espagnol, la langue officielle d’un pays qui compte 23 dialectes indigènes. Tout au mieux ont-ils mémorisé quelques mots. Ou les formules de politesse. Mais guère plus. Or, Vincent l’a constaté, "les enfants ont besoin de trois ans seulement pour apprendre l’espagnol à l’école. C’est un immense gâchis". Mais l’éducation et l’alphabétisation des Indiens ne font pas partie des priorités du gouvernement, une scolarisation accrue pouvant entraîner une prise de conscience de leur statut d’opprimés. A ce propos, Vincent est d’ailleurs "en pleine révolution". "Un temps, j’ai cru qu’en cas de déficience il revenait à l’humanitaire d’assumer cette tâche. Je commence à être convaincu que l’Etat doit prendre ses responsabilités. L’humanitaire doit accompagner, et non se substituer."

Son année au Guatemala, en 2002, a transformé Vincent. Dans les villages et les bidonvilles, il a rencontré les Indiens. Au sein du lycée français, il a côtoyé l’autre monde, les Latinos, métis et descendants d’Espagnols, qui possèdent l’immense majorité des terres, des richesses et des pouvoirs. Deux peuples, deux cultures. Et des discriminations à n’en plus finir. Voilà des siècles que le Guatemala traîne ce boulet, aussi pesant qu’indéfectible. Celui de l’héritage colonial. "Au-delà de l’agressivité et des insultes, le racisme diffus est très fort. Lorsqu’une femme maya âgée entre dans un bus, personne ne lui laisse sa place. En revanche, on se moque de son huipil, l’habit traditionnel indien", commente-t-il. "Au lycée français, la haute société guatémaltèque m’a édifié. Mais c’est leur éducation. Ils ne s’en cachent pas." Vincent a découvert un pays gangrené par une corruption omniprésente et un immobilisme par moments désarmant. Rien n’a pourtant altéré sa détermination et son envie d’aider les Indiens du Guatemala. Lorsque l’on demande à l’actuel étudiant en droit entre Madrid et Paris si le découragement le gagne parfois, il dit "croire au droit, à l’humanitaire et à la politique". Vincent excelle pour trouver des raisons d’espérer. Le verdict du tribunal contre la discrimination ethnique en est une. Une vraie. Quant aux actions de son association, elles rencontrent un écho grandissant.

En 2004, le film Rêve d’un autre monde de Jean Couderc, qui retrace l’histoire du Club, a été sélectionné au Festival international du film des droits de l’homme à Paris. Le budget a augmenté. Les soutiens ont afflué. Mais, aux yeux de Vincent, il en est un, plus ancien, qui compte plus que tout autre. Celui de la Fondation Rigoberta Menchu Tum, conclu au Guatemala en 2003, après plusieurs rencontres avec sa responsable. Vincent n’a plus 12 ans. Son ONG a grandi. Et son amie n’est plus imaginaire.

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Rigoberta Menchu et Vincent Simon

Les 10 ans du Club Quetzal à Mont-de-Marsan avec la présence exceptionnelle de Rigoberta Menchu Tum, prix Nobel de la paix, le samedi 3 mai 2008 à 15 heures. Réservation au 06 03 16 78 20.

Tout le programme sur www.clubquetzal.org


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3 réactions à cet article    


  • morice morice 24 avril 2008 12:35

     Excellent !! Vincent prix nobel de la paix !!!  superbe !!! 


    • Chtiboom 24 avril 2008 16:15

      Félicitations ! (Que dire de plus ?)


      • Camair 28 avril 2008 06:33

        Merci de votre travail, ca rechauffe le coeur de savoir qu’il y encore des gens qui croient a quelque chose, et surtout a l’egalite des races de part le monde.

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