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Le point sur la Géorgie

Pourquoi un conflit en Géorgie ? Que s’est-il passé ? La guerre est-elle finie ?

  • Pourquoi un conflit en Géorgie ?

1) Une raison ethnique. La Géorgie est une République indépendante depuis le 9 avril 1991, elle faisait auparavant partie de l’URSS. Dès sa création, une guerre civile a lieu en Abkhazie et en Ossétie du Sud, car ces régions ont une population à majorité russe. Toutes deux ont déclaré leur indépendance vis-à-vis de la Géorgie, non reconnues par la communauté internationale. Le président, M. Saakachvili, a été élu en s’engageant à maintenir ces deux régions dans la Géorgie.

 

2) Une raison énergétique et géoéconomique. La Russie maintient son influence dans les pays de l’ex-URSS par la menace d’une intervention militaire, mais aussi par ses réserves d’hydrocarbures. Or, sur le sol géorgien, passe un oléoduc ouvert en 2006, le BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan) ; à terme, il pourrait constituer une alternative au pétrole et au gaz russes.

 

3) Une raison géostratégique. La Géorgie est candidate au programme Plan d’action pour l’adhésion de l’Otan, mais les diplomaties européennes ont fait savoir que son adhésion ne pourra se faire que si elle règle ses problèmes internes. Or, la Russie considère que l’adhésion future de la Géorgie et de l’Ukraine à l’Otan participe d’une volonté de former un cordon sanitaire autour d’elle. Elle encourage donc les mouvements indépendantistes : instabilité = pas d’adhésion.

  • Que s’est-il passé ?

Depuis 1992, un cessez-le-feu est signé entre Géorgie et Ossétie du Sud, la Russie dispose de forces de maintien de la paix dans cette province.


Du 2 au 7 août 2008, des affrontements ont lieu le long de la frontière Géorgie-Ossétie du Sud. Le 7, un cessez-le-feu est signé, mais les Géorgiens accusent les séparatistes de ne pas le respecter. Dans la nuit, ils lancent une offensive et s’emparent de Tskhinvali, la capitale ossète. L’artillerie est également utilisée, elle touche une caserne russe.

Etant donné les tensions qui existaient, les Russes n’attendaient qu’un prétexte pour intervenir, ils l’ont ; Dmitri Medvedev engage alors soldats, chars et aviation. Ils reprennent la capitale le 9. De plus, la Russie utilise des hackers pour pirater les sites du gouvernement géorgien.
L’Abkhazie, autre province sécessionniste, entre elle aussi en guerre contre la Géorgie, ce qui pousse M. Saakachvili à instaurer la loi martiale pour quinze jours.

Le 10, l’armée géorgienne déclare avoir quitté l’Ossétie du Sud. Cependant la Russie continue à bombarder le territoire géorgien hors de cette province et à avancer en direction de la capitale géorgienne Tbilissi, ce que l’administration Bush condamne « fermement ».

Le 12, le Kremlin annonce avoir atteint ses objectifs, mais les « forces de maintien de la paix » resteront pour garantir un cessez-le-feu. Cette annonce a lieu juste avant l’arrivée à Moscou de Sarkozy - les Russes montrent ainsi qu’ils ne doivent leur retrait à personne. Or, les bombardements continuent et l’armée russe s’approche toujours plus de Tbilissi.

Un plan de paix en six points est présenté :
 
  1. non-recours à la force armée ;

  2. cessation des opérations militaires ;

  3. libre accès à l’aide humanitaire ;

  4. retour des troupes géorgiennes dans leur lieu de cantonnement habituel ;

  5. retrait des troupes russes sur les lignes antérieures au déclenchement des hostilités ;

  6. lancement de discussions internationales sur le statut de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie et leur sécurité.

Le 6e point est abandonné, mais le plan de paix est signé par la Géorgie, la Russie, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie.

Au passage, l’armée russe saborde les navires géorgiens et « neutralise » leur aviation et leurs chars. Le 18, les Russes n’ont toujours pas quitté le territoire et semblent même se renforcer, ils prétendent que le retrait de son armée sera effectif le 21 ou le 22. Les Géorgiens redoutent une invasion complète de leur territoire.

Le bilan de cette guerre est estimé à 1 600 morts et 160 000 déplacés.
  • Si le conflit militaire semble fini, la guerre diplomatique continue.

1) Comme souvent en diplomatie tout est affaire de sous-entendus. Le plan de paix est ambigu : l’intégrité territoriale de la Géorgie n’y est pas mentionnée. En faisant signer le plan de paix à la Russie, Paris espérait qu’elle accepterait le vote d’une résolution de l’ONU, qui elle y ferait référence. Ce n’est aujourd’hui toujours pas le cas.

2) Les Russes ont interprété le point n° 5 du plan - qui prévoyait des « mesures exceptionnelles » - comme leur donnant le droit d’intervenir hors des frontières ossètes, ce que le gouvernement géorgien refuse.

De plus, la Russie est intervenue militairement en Abkhazie, alors que les militaires géorgiens n’y sont pas entrés. En créant l’amalgame entre les deux provinces, Moscou souhaite étendre son influence.

L’administration Bush n’a pas apprécié ces imprécisions et le manque de fermeté de Paris. Ceci explique la visite de Condoleeza Rice à Sarkozy, suite à laquelle il a précisé que les « mesures exceptionnelles » ne concernaient qu’une zone de « quelques kilomètres » après la frontière ossète - et pas la frontière abkhaze - et seulement pour des effectifs limités. La diplomatie russe ne souscrit pour l’instant pas officiellement à ces précisions.

3) M. Saakachvili est tombé dans le piège russe en lançant une opération militaire en Ossétie du Sud, ce qui leur a donné un prétexte pour intervenir massivement. Mais l’Otan ne se laisse pas berner par ces manœuvres de déstabilisation, elle hausse le ton et réaffirme que l’adhésion de la Géorgie est toujours possible à terme.

4) La Géorgie pourrait annuler le plan de paix. En effet, c’est la CEI - Communauté des Etats indépendants - qui dispose de forces de maintien de la paix dans les provinces sécessionnistes. Or, la Géorgie s’est retirée de la CEI ce 12 août. Tbilissi peut donc dorénavant déclarer les troupes russes sur son territoire comme troupes d’occupation, ce qui annulerait le plan de paix.

Pour éviter de voir ce plan partir en fumée alors qu’il l’avantage, la Russie fait pression pour que ce soit l’accord du 12 août qui soit reconnu par l’ONU.

La guerre diplomatique continue.

 




par aaabbbccc mercredi 10 septembre 2008 - 12 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Vincent Perrier-Trudov (---.---.---.18) 10 septembre 2008 16:49
    Vincent Perrier-Trudov

    Votre article est partial, et ne fait que reprendre la litanie que nous servent les services de comm’ du gouvernement géorgien.

    "M. Saakachvili est tombé dans le piège russe en lançant une opération militaire en Ossétie du Sud"

    Croyez-vous vraiment à ce que vous écrivez ?

    Il aurait d’abord fallu que vous nous expliquiez où exactement se trouve le "piège".

    Il y a un conflit de basse intensité sur ces territoires depuis des années, et l’essentiel des forces de paix sont russes. Sakaashvili est arrivé au pouvoir en promettant de soumettre, y compris par la force, les ossètes et les abkhazes, et dans la nuit de l’ouverture des Jeux Olympiques - qui, je le rappelle sont à l’origine une période de trève militaire - il lance une attaque contre les forces de maintien de la paix.

    Mais pour vous, c’est un "piège" des russes.

    Sakaashvili l’avoue lui-même dans une interview au Figaro "Je n’aurais pas dû attaquer, j’ai cru que c’était du bluff de la part des russes". Est-ce que vous pourriez m’expliquer comment peut-on défendre un chef d’Etat qui engage ses troupes et l’avenir de son pays avec une telle légèreté ?

    Parce que, lorsque l’on engage une escalade dans un conflit, c’est avec la vie de ses soldats et de sa population civile que l’on joue. Et aucun homme n’a le droit de le faire à la légère.

    Pourriez-vous m’expliquer comment Sakaashvili a-t-il pu croire un seul instant, qu’avec Medvedev et Poutine au pouvoir, la Russie allait rester sans réagir, alors même que la Géorgie et la Russie sont frontalières ?

    Sakaashvili est pour moi un chef d’Etat complètement irresponsable, dangereux, et totalement inconscient des conséquences de ses décisions. Je trouve tout à fait honteux que l’Occident puisse soutenir quelqu’un comme lui.

    Cela fait 20 ans que nous, l’Occident, parlons de la Russie comme d’un partenaire, et cela fait 20 ans qu’on la traite comme un ennemi potentiel. Si on continue comme cela, ils vont vraiment devenir notre ennemi, et personne n’y aura rien gagné du tout.

    Il faudrait un instant que l’on arrête de faire une fixette sur la Russie comme grand méchant ours, et qu’on lui tende la main au lieu de lui donner sans arrêt des leçons.

    Car en terme de politique internationale, l’Etat le plus perturbateur, ce n’est pas la Russie, loin s’en faut. L’Etat qui se sert du droit international comme d’un paillasson, qui attaque des Etats souverains, sous de faux prétexte, encore une fois ce n’est pas la Russie, mais un de nos vieux partenaires à qui l’on ne dit rien ou presque.

    Vous manquez encore d’un peu d’expérience et de lucidité, cher Raphaël, en politique internationale, mais avec le temps, vous verrez que le monde n’est pas et loin s’en faut séparé entre le Bien et le Mal, les Gentils et les Méchants.

  • Par Lapa (---.---.---.139) 10 septembre 2008 18:13
    Lapa

    laissez tomber votre article n’est pas pro russe donc il est forcément atlantiste et pro US.
    chez AV le raisonnement est très binaire parfois. Attendez-vous à un moinssage en fleche (tout comme moi).

    Quand on voit que Morice confond casque bleu de l’ONU et forces de paix (ou milice ?) russes et nous fournit un beau lien qui a l’honnêteté intellectuelle, lui au moins, de mettre le terme casque bleu entre guillemets puisque ça n’en sont pas ; on ne peut que rire.... jaune.

    le conflit géorgie n’est qu’une pantalonnade pour occuper les cons qui votent (américains, russes et peut être même européens) ça les distrait, ça leur donne un ennemi à haïr et pendant ce temps là ils ne pensent pas aux gouvernements qui les enfument.

  • Par Napakatbra (---.---.---.15) 10 septembre 2008 13:19
    Napakatbra

    Ajoutez à cela, une toute petite erreur de traduction, qui a fait que les Géorgiens n’avaient pas le même accord de cessez-le-feu que les Russes entre les mains... Hallucinant !!!

    Géorgie : une simple erreur de traduction a prolongé la guerre d’un mois !



    ....

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