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Le processus de paix israélo-palestinien, la nouvelle donne !

L’auteur tente d’expliquer la défaite de l’OLP et identifie un nouveau scénario pour le futur, en dépit de « l’âge des extrêmes », préconisant un passage de l’utopie à la realpolitik, par une prise en compte des attentes des populations et des nécessités géopolitiques.

« Séisme politique », « arrêt du processus de paix », « terrorisme au pouvoir », les dernières élections palestiniennes ont bien surpris ceux qui se sont obstinés à ne pas voir les réalités en face et n’ont pas pris la juste mesure de leur responsabilité, puisqu’ils ont plus ou moins participé au processus de discréditation du Fatha et ont, de fait, largement contribué à l’érosion de son pouvoir.

 

Il était, une fois, le processus d’Oslo. L’OLP s’est investie dans la réalisation de la promesse de paix et de réconciliation. Clinton, Rabin et Arafat y ont cru. Ils ont été mis hors d’état d’agir. L’assassinat de Rabin, par un extrémiste israélien, la mise hors jeu du président Arafat par une décision unilatérale de Sharon, hâtivement entérinée par l’establishment américain et la révision de sa politique moyen-orientale qui s’ensuivit mirent fin au rêve des hommes de bonne volonté. On remit, de fait, le processus de paix au vestiaire.

 

L’adoption de la feuille de route par le quartet mit à l’ordre du jour un projet formel, dépourvu d’un timing d’exécution. Cela permettait de gagner du temps, de ne pas déranger le gouvernement de Sharon, qui ne l’a acceptée que du bout des lèvres. En attendant, la consolidation de la colonisation des territoires, la construction du mur d’Apartheid créaient des faits accomplis, que la communauté internationale toléra par complicité, complaisance ou faiblesse, peu importe ! Le désengagement unilatéral de Gaza débarrassait Israël d’une poudrière et annonçait sa politique d’auto-règlement de la question palestinienne, par ses diktats sur les frontières, les zones à évacuer, les colonies à maintenir et les intérêts à sauvegarder. Le grand projet de Sharon - et de son parti Kadima, qui l’incarne - « propose un gouvernement autonome aux Palestiniens, tout en sauvegardant de facto la souveraineté d’Israël sur ces territoires, permettant ainsi à Tel-Aviv de pouvoir continuer à coloniser une bonne partie de ces régions[1] ».

 

L’arrêt de fait du processus de paix, la poursuite des attentats ciblés contre la résistance, l’ampleur des problèmes du vécu des Palestiniens, l’impuissance de leur gouvernement en gestation et sans grand moyen d’action, et les ressentiments générés par l’enterrement du rêve palestinien, n’étaient pas de nature à favoriser les acteurs modérés sur le terrain. Ni restauration de la souveraineté nationale, ni reprise en main des affaires, les membres du gouvernement OLP ont été privés du droit de grâce dont bénéficièrent les héros de la décolonisation. Faut-il s’en étonner, de leur échec électoral, puisque leurs « partenaires » n’ont pas joué le jeu d’une paix de braves et d’une sortie de guerre ? En réalité, ils ont agi comme alliés objectifs du mouvement Hamas, confortant son argumentaire, redimensionnant ses concurrents.

 

Comment se présente la situation actuelle ? Peut-on décrypter les positions des protagonistes sur le terrain, ou du moins tenter une certaine lecture, en relation avec les attentes et les nécessités géopolitiques ? Considération d’évidence, les processus de paix sont toujours engagés entre ceux qui se battent sur le terrain. Durant cet « âge des extrémismes », qui a porté au pouvoir successivement l’équipe Sharon et bientôt la formation Hamas, le processus de paix reste l’ultime enjeu crédible. Le passage de l’utopie à la gestion ne peut que remettre à l’ordre du jour l’option dictée par la realpolitik. Une phase de transition - une montée de péril, que j’espère momentanée - permettra aux protagonistes de se mesurer sur le terrain. Mais l’impasse les conduira nécessairement à se résoudre à rechercher un terrain d’entente. Vérité première, les solutions des problèmes coloniaux ont toujours nécessité le développement d’une résistance nationale. Cet ingrédient a été intégré évidement dans les stratégies de la lutte nationale aux Etats-Unis, en France, au Vietnam, en Algérie, etc. Mais il ne faut pas que la résistance se libère de son éthique générique et se mute en terrorisme.

 

De ce point de vue, la situation n’est pas désespérée, dans la mesure où la communauté internationale respecte les règles du jeu et exerce tout son poids pour hâter la solution du problème palestinien. Il faut savoir raison garder, voir les réalités en face et dédramatiser les situations, œuvrer pour créer des contextes de dialogue, faire valoir la culture de la paix et délégitimer les discours d’exclusion et d’extrémisme.

 

Autre constat, ce paradoxe américain qui limite son analyse de la victoire de Hamas à la donne israélienne, occultant la dimension théocratique, ses velléités de mettre sur pied un projet de société fondamentaliste. Les craintes, manifestées par des jeunes Palestiniennes, d’une aggravation de leur situation par le statut personnel que le projet Hamas leur confère, ne semblent pas inquiéter les acteurs politiques ni les médias. Quelle remise en cause du discours de démocratie et de liberté, qu’on occulte, comme par hasard ! Mais ça, c’est une autre histoire !

 



[1] Prévisions d’Alberto B. Mariantoni et de Fred Oberson, qui ont anticipé la réalité in Le non-dit du conflit israélo-arabe, Paris, Pygmallion, Gérard Watelet, Tribune Libre, 1992, p. 272.


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