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Le réveil en force du protectionnisme chinois

Les médias occidentaux ne semblent avoir retenu de la dernière session de l’Assemblée populaire nationale (APN) de la République populaire de Chine que la nouvelle loi sur la propriété privée, loi qui réjouit les médias en question puisqu’elle irait, si on la lit vite, dans le sens d’une « restauration capitaliste ». Mais on a omis de parler d’autres réformes d’un type très différent votées au même moment, comme l’égalisation fiscale pour les entreprises chinoises et étrangères, ainsi que diverses mesures caractéristiques d’un dirigisme économique que certains voudraient ne pas voir. Quelques exemples parmi d’autres.

Certaines nouvelles lois votées par le gouvernement chinois, certaines revendications de la CCPPC et, de manière générale, certains mécontentements exprimés dans la population ces derniers temps méritent que l’on s’y arrête et qu’on y consacre quelques lignes.

Je veux parler de l’aspiration actuelle du peuple chinois à une politique économique basée sur un peu plus de protectionnisme et d’interventionnisme et un peu moins de libre marché et de dérégulation. Les réformes de Deng Xiaoping, comme on le sait, si elles ont permis dans un premier temps une amélioration du niveau de vie général, ont aussi laissé se développer une nouvelle forme de gestion économique qui ferme les yeux sur l’accroissement des inégalités sociales et a tendance à sacrifier un peu trop à la croissance. Toute la difficulté du problème actuel tient donc à trouver un équilibre entre développement économique et justice sociale.

Face au grand mouvement de privatisation lancé en son temps par Jiang Zemin (privatisation de nombreuses entreprises d’Etat, de certains services, etc.), la population chinoise, qui n’avait jamais porté ce président-là dans son coeur, s’est mobilisée à plusieurs reprises et a clairement exprimé ses désaccords quant aux excès de cette politique d’ouverture. Une opinion partagée par beaucoup semble être que Jiang Zemin, en se réclamant des principes de Deng Jiaoping, les a corrompus, et que sa gestion de l’économie ne prenait pas en compte les impératifs d’équité et de justice sociale réclamés par l’esprit du régime. Maintenant qu’il ne dirige plus le pays, les langues se sont déliées et il semble que plus personne ne souhaite le voir revenir au pouvoir, ni lui ni l’un de ses camarades de l’aile libérale du Parti.

Ce que semble donc aujourd’hui exprimer une grande partie de l’opinion chinoise, à la fois dans la population et au sein de la classe politique, c’est le désir d’un réveil du protectionnisme, ou du moins d’un contrôle plus grand de l’Etat sur l’économie. Parce que les délocalisations, les licenciements abusifs et la concurrence déloyale avec les entreprises étrangères ne sont plus considérés comme des maux nécessaires. Parce que les Chinois se sont déjà suffisamment sacrifiés pour permettre les réformes commencées en 1978 et qu’il est maintenant temps que l’Etat reprenne ses responsabilités et intervienne là où on l’attend.

Ces attentes ne sont pas restées lettre morte et, petit à petit, de nouvelles réformes sont mises en place à travers le pays, qui promettent de satisfaire le besoin de sécurité du travailleur chinois. Espérons que ces mesures énergiques portent leurs fruits. A titre d’exemple, je commencerai cette série par deux cas précis. Tout d’abord dans le domaine de l’architecture. Une dépêche Reuters datée du 5 mars nous apprend que pour lutter contre le problème de la concurrence entre architectes chinois et étrangers et limiter les coûts de construction de certains projets étrangers jugés fantaisistes et coûteux, le ministère de la Construction a décidé de favoriser les architectes chinois, moins chers et plus classiques, plus proches des goûts esthétiques de la population :

"La Chine compte sévir contre le recours aveugle aux architectes étrangers pour la conception d’importants bâtiments publics

afin de mettre un terme aux dérives onéreuses constatées dans ce domaine, rapportent les médias officiels". Le ministère de la Construction a présenté de nouveaux règlements visant à dissuader des responsables de soutenir l’édification de bâtiments se distinguant par une gabegie d’argent ou d’électricité, rapporte l’agence de presse Chine Nouvelle.

Un porte-parole du ministère a estimé qu’un enthousiasme excessif pour les concepts en vogue à l’étranger était en partie responsable de cette dérive. « Ces dernières années, il y a eu dans certains endroits une frénésie d’appels d’offres internationaux pour l’édification d’importants bâtiments publics, a déclaré le porte-parole. Certains architectes étrangers ne connaissent rien aux conditions nationales de la Chine et recherchent de manière obsessionnelle le nouveau, l’étrange et l’unique. »

On remarquera qu’outre l’aspect purement économique, il y a derrière cette problématique un enjeu culturel. Le goût de l’avant-garde des architectes occidentaux - « le nouveau, l’étrange, l’unique » - recherché « de manière obsessionnelle » s’inscrit en porte-à-faux à l’égard d’une certaine conformité demandée en Chine pour ce genre de travaux. Mais ce n’est pas là notre sujet.

Autre problème : la concurrence entre les fournisseurs de matériel acheté par le gouvernement. Il semble évident que c’est le devoir des autorités nationales d’acheter ce dont elles ont besoin à des producteurs nationaux. Mais le libre marché a fait que cela ne s’est pas toujours imposé comme une évidence. L’Assemblée populaire nationale (APN) a décidé de débattre du problème, comme nous le rapporte une dépêche Xinhua datée du 11 mars :

« Le gouvernement doit acheter davantage de produits nationaux afin de renforcer la capacité d’innovation des entreprises chinoises, ont déclaré des députés à l’Assemblée populaire nationale. Zhu Jian, un député issue de l’université du Zhejiang, a appelé le gouvernement à accorder des politiques préférentielles aux entreprises nationales lors des achats d’équipements pour des projets importants. [...] Il a souligné que le gouvernement devait jouer un rôle exemplaire et améliorer la reconnaissance publique d’une marque nationale et stimuler le développement des entreprises chinboises. »

L’aspect exemplaire doit être relevé : il ne s’agit pas seulement de favoriser les entreprises nationales à court terme mais d’inviter ainsi tous les consommateurs chinois, grands ou petits, entreprises ou particuliers, à acheter chinois.

Ce sont là deux exemples que je voulais vous donner pour illustrer le fort besoin de protectionnisme ressenti actuellement dans les différentes strates de la société chinoise, et les réformes politiques qui s’ensuivront nécessairement pour satisfaire ce besoin. Le maître mot de ces changements semble tenir en deux mots : préférence nationale.

Je tenterai de montrer une autre fois, à travers d’autres exemples, que derrière ce qui pourrait apparaître comme des discriminations se cachent parfois de simples mesures d’équité, comme dans le cas de la nouvelle loi sur l’égalité fiscale des entreprises chinoises et étrangères.


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6 réactions à cet article    


  • Emmanuelle Compagnon (---.---.112.103) 5 avril 2007 10:44

    Un article déjà un peu ancien sur le même sujet dans un de ces « médias occidentaux » qui selon vous n’ont « retenu » que la loi sur la propriété privée.

    Le patriotisme économique chinois inquiète les industriels étrangers LE MONDE | 27.03.07 | 14h55 • Mis à jour le 27.03.07 | 18h10 PÉKIN CORRESPONDANT

    Raidissement idéologique ou simple ajustement des réglementations à un moment où la Chine exprime sa volonté de garantir une plus grande indépendance de son développement économique ? Les industriels étrangers se posent tous la question après une série de signaux laissant penser que Pékin semble décidé à les accueillir moins volontiers qu’avant (...)

    Bonne lecture !


    • Internaute (---.---.19.21) 5 avril 2007 10:45

      Les chinois ont tout à fait raison. Que vont faire des architectes européens en Chine ? Il est vrai que lorsqu’on donne la priorité à un chinois pour construire la pyramide du Louvre au détriment de nos architectes nationaux, on les pousse à aller chercher ailleurs. Le résultat est une architecture mondialisée, qui ne représente plus aucun courant culturel. La majorité des bâtiment se limitent à un maillage mettalique rectiligne où les trous sont bouchés par des plaque à quatre côtés de plastique ou de verre. Cette horreur bon marché, vide de créativité et qui ne porte en elle aucune valeur artitistique, est la règle de construction de base de la pyramide du Louvre comme de n’importe quel immeuble de bureau à Londres, Berlin ou LosAngeles. Cela n’empêche pas les journalistes de faire les louanges de ces édifices mondialistes qui gomment de nos vies toutes les différences.

      Les chinois ont trés vite ressenti ce qu’ils perdraient à une uniformisation mondiale des modes, des comportements et des régimes politiques. Il n’y a que notre classe politique qui est aveugle à tout cela et qui ne jure que par la marge bénéficiaire que peuvent faire les grands marchands internationaux.


      • seb59 (---.---.180.194) 5 avril 2007 12:03

        Excellent article.

        Donc on va acheter chez eux, eux n’achetent pas chez nous, et on leur dit merci.

        Pourquoi ils y arrivent ? Parce qu’ils osent et qu’ils ont du bon sens.

        Le bon sens, une qualité rare chez nos politiques.


        • frederic9 (---.---.232.32) 5 avril 2007 12:29

          Tout ce baratin ridicule ne retirera rien au fait qu’une alliance et une coopération avec l’Asie et la Chine fait davantage sens qu’une politique pro-arabe dont on a vu les résultats à la Gare du Nord.

          La Messe est dite et l’avenir de l’Europe se trouve à l’Est et non au Sud.


          • marc (---.---.160.59) 5 avril 2007 17:54

            Je pense que la Chine depand trop des marchandises qu’elle exporte, et fait tout pour que les consommateurs consomme Chinois.

            Les Chinois sont des fourmis, et ne consomme rien, de peur de l’avenir.


            • Moi 27 avril 2007 12:56

              Je vis en Chine depuis 5 ans, et je trouve tres interessant de voir vos commentaires « d’Occidentaux ».

              Bien sur, la Chine a raison de vouloir se dresser parmi les geants de la Vieille Europe, qui s’etouffe de vanite, et qui en crevera. Le temps que les Occidentaux s’en rendent compte, la Chine sera loin devant... ! Oui, la France a besoin de reformes qui la secouent et la depoussierent. Les acquis ne valent plus rien dans notre monde actuel, et croyez bien que les « Petits » n’ont qu’une envie : grimper. Gagner. Prouver.

              La Chine meurt de cette envie de surpasser, de dominer. Mao faisait rever les Chinois en leur assurant un niveau de vie comparable a l’Angleterre en 10 ans, et aux USA en 20 ans ! Oui, mais c’etait il y a plus de 30 ans... Entre temps, la Chine a connu la famine, la souffrance, elle a ete rabaissee et humiliee...

              C’est pourquoi on peut vraiment se demander a present quelles sont les multiples raisons de leur faim : est-ce de pouvoir enfin achever les promesses de Mao, ou enfin montrer a ces Occidentaux de quoi ils sont capables ? Que veut dire le crachat delicatement molarde a 2cm de mes pieds, en me regardant droit dans les yeux ? Que veut dire le coup d’epaule alors qu’il n’y a personne sur le trottoir ? Que veulent dire les affirmations, les propagandes, les deformations sur les avancees chinoises, et les victoires sur les « laowai » (etrangers) ? Que veulent dire ces phrases prefaites que j’entends repetees mot pour mot a longueur de temps sur la grandeur de la Chine et la bassesse des pays etrangers ? (il fait tout de meme bien mieux vivre en Chine, qu’on se le dise ! Rien ne vaut sa bonne mere patrie, la Chine !) Que veulent dire ces centaines d’exemples, dont je suis ou temoin, ou « victime » tous les jours ?

              Est-ce une rage d’arriver eux aussi a ce mode de vie - la TV, la voiture, la machine a laver le linge et le lave vaisselle (!), les voyages a l’etranger -, ou est-ce une volonte plus implicite, mais plus nocive, de nous « battre » ?

              La Chine arrivera-t-elle a faire la part des choses entre protectionnisme, qui est non seulement normal mais sain, et cette rage de victoire envers les etrangers ?

              Un futur reportage sur France 2 ou M6 donnera certainement a certains d’entre vous des elements de reponse, je n’en doute pas...

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