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Accueil du site > Actualités > International > Le spectre d’une révolution sociale

Le spectre d’une révolution sociale

Les médias dominants semblent découvrir ce que tout le monde sait à savoir que non seulement la Côte d'Ivoire, la Tunisie et l'Egypte, mais tous les gouvernements d'Afrique, du Maghreb et du Moyen-Orient sont des dictatures plus ou moins féroces. Cela n'empêche pas les puissances occidentales (États-Unis et Europe) d'entretenir d'excellentes relations diplomatiques, commerciales et militaires avec "ses" dictateurs. Chaque pays a ses protégés car, comme l'a dit Roosevelt à propos de Somoza, C'est un fils de pute, mais c'est notre fils de pute [1].

Un jour ou l'autre, l'allié devient encombrant, trop encombrant. Ce fut le cas de Saddam Hussein en Irak. Devenu persona non grata du fait de ses ambitions pétrolières qui remettaient en cause les intérêts des compagnies occidentales, une coalition menée par les États-Unis chassa le dictateur, s'empara du pays puis l'abandonna au chaos des rivalités sociales instrumentalisées par des divisions ethniques et religieuses.

Zine Ben Ali en Tunisie et bientôt Hosni Moubarak en Egypte sont lâchés par les puissances occidentales après avoir été chassé du pouvoir par leur peuple. Ils sont lâchés à regret car ce scénario ne convient pas du tout aux puissances occidentales, même si elles font semblants de s'y rallier en agitant le drapeau de la "démocratie" pour mieux étouffer la contestation sociale beaucoup plus dangereuse : "donnons-leur le hochet de la démocratie pour éviter une révolution sociale !"

Israël s'accroche encore à "son fils de pute" :

• "Les Américains et les Européens s'efforcent de complaire à l'opinion publique et oublient leurs véritables intérêts. Même s'ils ont vraiment quelque chose à reprocher à Moubarak, ils doivent néanmoins montrer à leurs amis dans la région que ces derniers ne seront pas abandonnés", indique le Ha'aretz, citant un haut fonctionnaire israélien qui a requis l'anonymat.
RIA Novosti du 31/01/2011

• Fouad Ben Eliezer (Parti travailliste) ne comprend pas ce qui est arrivé, et sur toutes les stations de radio il étale son embarras. Qu'est-il arrivé à son ami Hosni Moubarak ? Pourquoi n'a-t-il pas donné l'ordre aux militaires de tirer sur les masses et ainsi de mettre fin aux « émeutes » ?, tels sont ses propres mots.
Alternative Information Center - CCIPPP, 30/01/2011

Les puissances occidentales craignent un embrasement du Moyen-Orient :

• Pour résumer, le "Vendredi de la colère" au Caire a été une révolte, mais ne s'est pas transformé en une révolution. Ce qui est une bonne chose pour l'Egypte, le plus grand pays et le leader de facto du monde arabe. Et pas seulement pour ce dernier.
Car si l'Egypte s'effondrait d'un jour à l'autre (et il n'y pas de successeur fiable de Moubarak), "l'onde de choc" serait semblable à celle qui s'est propagée en Europe à partir de 1989, après l'effondrement du "camp socialiste." Avec pour seule différence la quantité bien plus importante de "poudre" au Proche-Orient. Les "dominos" n'y tomberaient pas avec le bruit habituel, mais avec des explosions et des coups de feu.
RIA Novosti du 31/01/2011

• Chaque jour, Barack Obama a des entretiens avec les militaires, les experts du renseignement, les hommes d'affaires, des conversations téléphoniques avec les généraux de l'armée égyptienne et des négociations avec l'opposition égyptienne. A terme, on n'exclut pas des discussions politiques avec les Frères musulmans, le plus grand groupe islamiste radical d'Egypte. L'administration américaine a déjà suggéré dans la presse que les Frères musulmans égyptiens n'avaient rien à voir avec Al-Qaïda, et qu'on pouvait traiter avec eux.
RIA Novosti du 03/02/2011

Quant au peuple égyptien, malgré tout son courage pour défier les forces de répression, il sera certainement dépossédé des fruits de sa révolte et de ses aspirations à une révolution sociale par une mafia qui parlera au nom du peuple, mais qui est prête à composer avec l'armée et les intérêts de tous ceux qui ont profité des trente ans de la dictature de Hosni Moubarak. Dans le meilleur des cas, le pire étant l'écrasement de la révolte dans le sang, l'Egypte va vers une solution négociée "à la mexicaine" entre l'armée, les principaux partis ou groupes d'opposition et les organisations syndicales bureaucratisées en accord avec les intérêts des États-Unis au Moyen-Orient [2].

05/02/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde


[1] Cité par Mitchell A. SELIGSON, The Journal of Politics , vol. 64, nº 2, mai 2002, pp. 408-433.
• José FORT, Anastasio Somoza : la fin du fils d'un "fils de pute", Le Grand Soir, 19/08/2009.
• Bernard LANGLOIS, Tunisie, Egypte : Washington lâche … ses "fils de pute" !, Politis, 29/01/2011.

[2] Références :
• Sarah BEN NÉFISSA, Égypte : nouvelles dimensions des protestations sociales, Centre Tricontinental, 15/12/2010.
• Johannes STERN, L'opposition égyptienne met en garde contre une "explosion des masses", WSWS, 24/01/2011.


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7 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 7 février 2011 11:45

    En France la revolution a deja commencé, mais chut ! si vous ni croyez pas liser cet article :
    http://2ccr.unblog.fr/2011/02/06/en-france-aussi-la-revolution/


    • littlewalter littlewalter 7 février 2011 15:00

      C’est assez comique, « une révolution qui a commencé il y a 20 ans » 

       smiley
      un papier de propagande sans fond, digne des grandes annèes du PCF...



    • Emmanuel Aguéra LeManu 7 février 2011 11:46

      Intéressant, ce site d’info russe, je ne le connaissais pas... Ceci-dit, il me paraît avoir choisi fermement son camp dans cette affaire proche-orientale.
      Mon point-de-vue n’étant pas loin du leur, tout va bien pour moi, mais cela prête le flanc aux critiques, dommage et par là, affaiblit les argumentations.
      Reste qu’on y trouve des sources terès inhabituelles pour nous (pour moi en tous cas !).


      • littlewalter littlewalter 7 février 2011 14:56

        Tout a fait d’accord, mais la discussion avec les frere musulmans est déja officielle : entendu au JT ce midi sur TF1 :


        « les jeunes se font voler la révolution par les freres musulmans grands vainceurs passifs de ces évènement. Les Etats Unis discutent maintenant directement avec eux » 





        • titi 7 février 2011 20:12

          « L’administration américaine a déjà suggéré dans la presse que les Frères musulmans égyptiens n’avaient rien à voir avec Al-Qaïda, et qu’on pouvait traiter avec eux »

          Il y a 20 ans, les Etats Unis jugeaient acceptable de dialoguer avec le Front Islamique du Salut. Puisqu’il s’agissait alors d’une organisation légitimée par les urnes, et pas qu’un peu puisque les Algériens avaient plébicité ce parti.
          On accusait alors volontier les USA de naiveté quant à une « utopie démocratique ».

          C’est assez interessant de voir comme l’histoire bégaie.


          • nomadius 7 février 2011 21:54

            De quoi s’embarrassera l’amérique pour sauvegarder ses pions et ses intérêts du complexe militaro-industriel et de l’apaic.

            A t’on oublié le soutien accordé à Pinochet ?


            • Croa Croa 7 février 2011 23:29

              «  par une mafia qui parlera au nom du peuple, » 

              Ils auront bien droit en effet à se faire refiler un Dany le rouge à eux !  smiley

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