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Le Sud nostalgique

La guerre de Sécession, dont on commémore le cent-cinquantième anniversaire de la déclaration cette année, divise encore les Etats-Unis. Certains Sudistes en particulier ne semblent pas avoir encore totalement digéré la défaite. Outre le fait que l’Américain moyen apprécie peu de se retrouver du côté des perdants, la victoire du Nord est vue comme celle d’un Etat fédéral honni.

Soldats sudistes lors d'une reconstitution de bataille de la guerre de SécessionHabitant de Virginie (État sécessionniste), Mike, père de famille d’une cinquantaine d’années, fait partie de ces nostalgiques regrettant une époque où le pouvoir de « Washington » sur le pays était moins pesant. Issu d’une famille de militaires et lui-même ancien marine, il est membre d’une association un peu particulière, les Sons of Confederate Veterans (les fils des vétérans confédérés).

« Nous sommes une association ouverte à tous les descendants des soldats qui ont servi dans les rangs de l’armée confédérée, explique-il, notre but est d’honorer la mémoire de ceux qui ont combattu pour le Sud. »

Originaire de Louisiane par sa mère, Mike a tout d’abord découvert en faisant des recherches généalogiques que son arrière-arrière-grand-père d’origine française, un certain Félix Roussin, avait pris parti pour le Nord. En creusant un peu, il s’aperçoit ensuite que le frère de Félix, Théodore, a lui combattu au sein de l’armée du Missouri, un État confédéré. La notion de descendance chez les Sons of Confederate Veterans étant assez souple, il est admis dans l’association. L’équivalent nordiste, les Sons of Union Veterans of the Civil War, existe bien, mais Mike ne semble pas avoir envisagé une seconde de le rejoindre.

L’esclavage, un détail de l’histoire ?
Outre l’entretien des cimetières et la mise en place de plaques commémoratives, les SCV disent se battre pour que soient reconnues les valeurs pour lesquelles leurs ancêtres sont morts. Des valeurs parmi lesquelles l’esclavagisme tenait une place minime assure Mike.

« Ils se sont battus pour le droit des Etats à contrôler leur destinée, contre un Etat fédéral trop fort qui les taxait sans qu’ils ne bénéficient de rien », précise-t-il. Très répandu au sud du pays, ce discours « anti-Washington » connait depuis quelques années un regain de popularité, activisme du Tea Party aidant.

Si l’esclavage n’était pas la raison principale du conflit – ce qu’admettent d’ailleurs les historiens – Mike va plus loin, à l’entendre, ce n’était pas un détail de l’histoire mais presque.

« Certains maîtres étaient certainement cruels, mais dans la plupart des cas, les esclaves étaient bien traités, probablement mieux que les ouvriers dans les usines du Nord, parce qu’en tant que main d’œuvre ils valaient cher, affirme-t-il, et ici, au Sud, il y avait moins de ségrégation, Noirs et Blancs habitaient ensemble, allaient à l’église ensemble, et quand les esclaves étaient trop vieux pour travailler, leurs maîtres continuaient à les loger et les nourrir gratuitement. »

Affirmant s’opposer à une vision trop manichéenne du conflit, Mike milite pour une réhabilitation des soldats confédérés, trop souvent pointés du doigt selon lui.

« Ce qu’on enseigne trop souvent dans les écoles, c’est la version du vainqueur. On nous dit qu’il y avait d’un côté les bons anti-esclavagistes et de l’autre les méchants esclavagistes, on nous compare même à des nazis, notre image est vraiment négative dans les médias. »

Le drapeau de la discorde

Le drapeau confédéré au centre du logo des SCV

Une image négative qui selon Mike serait en partie due au Ku Klux Klan. « Dans les années 1960, ils se sont appropriés le drapeau confédéré qui figure aussi sur notre logo, déplore-t-il, mais nous n’avons rien à voir avec eux. »

Régulières, les controverses autour des Sons of Confederate Veterans ont récemment tourné autour de… plaques d’immatriculation. La personnalisation des licence plates étant très prisées des automobilistes américains, l’association propose des plaques ornées de son logo. Celui-ci étant donc un drapeau confédéré, les SCV font face dans chaque Etat à une levée de boucliers orchestrée entre autres par la très influente NAACP (National Association for the Advencement of Colored People, principale organisation de droits civiques). Le mois dernier au Texas, face au tollé suscité, le Department of Motor Vehicles a finalement interdit les plaques de la discorde. Candidat à l’investiture républicaine pour les prochaines élections présidentielles, le gouverneur Rick Perry avait lui-même pris position contre – il est vrai qu’il devait redorer son blason après la polémique sur son ranch anciennement nommé « Niggerhead ». Interdites au Texas, ces plaques sont, malgré les polémiques, disponibles dans de nombreux autres Etats.

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9 réactions à cet article    


  • chdave53 18 novembre 2011 11:30

    Très joli sujet qui sort un peu des sentiers battus. Il est vrai que dans l’esprit des gens, les méchants étaient les sudistes.... ! Ce qui est faux, ce n’étaient que des gens qui voulaient defendre leur independence vis à vis d’un pouvoir central trop fort.

    Le sujet de l’esclavage n’ayant joué qu’un rôle minime dans cette guerre.

     

    Comme quoi, vouloir garder son independence ou sa souveraineté n’a jamais été bien vu.... surtout de nos jours.


    • Mmarvinbear Mmarvinbear 18 novembre 2011 18:26

      C’était si bien... Les femmes en cuisine, les noirs au travail leur vie durant, sans rémunération. 


      Les ingrats qui voulaient ces choses si superflues que sont Liberté et Egalité, on pouvait les fouetter devant l’assemblée pour leur ôter toute envie de rêver à de pareilles inepties.


      D’ailleurs, les Esclaves étaient si bien que quand le Sud a perdu, la première chose qu’ils ont faite, c’est de profiter de leur Liberté toute neuve pour rester sur les plantations, à quémander coup de fouets et champs de coton sans fin à ramasser...

      Heureusement, le Klan veillait aux bon intérêts du Blanc. Et ces croix enflammées, dressées devant les maisons des nègres ingrats qui voulaient VOTER dans les mêmes urnes que la Race Supérieure ! Un vrai rappel à l’ Ordre qui a mis en joie petits et grands Blancs avant la pensaison sauvage de celui qui n’avait pas compris le message.

      Oui, le Sud c’était vraiment bien... Même Adolf aurait aimé.

    • Jérémy Allemand Jeremy971 18 novembre 2011 22:24

      Généralement la réecriture de l’histoire sent toujours mauvais.

      Un bon esclavagisme... Il est normal pour des gens ayant peur de tout et placant leur sécurité au-dessus de leurs libertés de considérer qu’il puisse y avoir un bon esclavagisme....
      C’est évident pour eux il vaut mieux avoir un toit, de la nourriture pluôt que des droits civiques.

      Après généralement l’expérience m’a montré qu’il est impossible de discuter avec des racistes, ils sont convaincus de notre infériorité, et de la supériorité de leur raisonnement basé sur des opinions, et des préjugés raciaux. Vous pourriez leur faire vivre les mêmes conditions qu’un esclave de l’époque qu’ils vous trouveraient toujours de bons avantages à l’esclavage.


    • chdave53 20 novembre 2011 16:26

      Vous faites un raccourcis un peu rapide Marvinbear. Sous prétexte de penser que l’histoire n’est pas aussi limpide que celle que l’on veut nous montrer, vous me qualifiez de raciste et de nazis.


      Cela montre bien votre esprit ouvert et éclairé de bon démocrate........ dès lors qu’on pense comme vous bien sûr.

      Alors, pour votre esprit étroit, je vous dirai simplement que je pense que l’abolition de l’esclavage sur toute la planète est une nécessité absolue et que je suis heureux que les nazis aient perdu la guerre.
      Cependant, vous ne m’empêcherez pas de croire que l’histoire est parfois plus complexe à appréhender que celle qu’on lit dans un manuel scolaire d’école primaire.

      Bien cordialement

    • Mmarvinbear Mmarvinbear 21 novembre 2011 14:59

      « Vous faites un raccourcis un peu rapide Marvinbear. Sous prétexte de penser que l’histoire n’est pas aussi limpide que celle que l’on veut nous montrer, vous me qualifiez de raciste et de nazis. »


      Hum quand ai-je dit cela ?

    • Unghmar Gunnarson Unghmar Gunnarson 18 novembre 2011 14:58

      Bonjour,

      Jean-Paul Bourre a fait récemment une émission sur cette période trouble qui donne un éclairage autre sur cette période chaotique de l’histoire américaine.


      • restezgroupir44 restezgroupir44 18 novembre 2011 18:07
        Bonsoir,
        Si nous les sudistes nous avions étés plus nombreux.......


        • Kessonfait ? 19 novembre 2011 01:21

          Pour comprendre l’histoire des Etats-Unis, il faudrait se remettre en tête la présence de l’Empire britannique et la relation qu’il avait avec ses colonies. Elles n’avaient pas le droit de produire pour un marché intérieur et par conséquent s’endettaient auprés de la métropole.

          L’idée même d’indépendance fit son chemin dans quelques esprits lorsque la possibilité de développer le territoire a pu être donné dans la colonie de la baie du Massachussets. Pour cela un système économique autre que le libre échange avait été mis en place : l’économie physique ( système américain d’économie). On le retrouve dans la constitution de 1776 dans l’article 1 section 8 (de faire des emprunts sur le crédit des Etats-Unis, et de battre monnaie, d’en déterminer la valeur ainsi que celle des monnaies étrangères, et de fixer les normes applicables en matière de poids et mesures). La constitution reconnait le caractère créateur de l’être humain et le droit à la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Tout le contraire d’une oligarchie.

          Lorsque les Etats-Unis marchandent dans le libre-échange c’est qu’ils sont redevenus des colonies britanniques comme aujourd’hui avec Obama, et ce, pour le compte de Wall Street, le bras armé de la City. Le but aprés l’indépendance pour les britanniques est de détruire cette constitution et ce pays. Le seul pays a avoir un système économique différent que le libre-échange destructeur des marchés intérieurs et des économies de développement pour le bien commun. C’est pourquoi Obama est destituable comme l’a demandé le sénateur du Kentucky Perry Clark.

          Est-ce que dans les confédéres, certains se battaient contre les intérêts de l’Empire Britannique ? Est-ce qu’aujourd’hui les confédérés sont pour fermer Wall Street et la City de Londres et revenir au crédit productif public aprés un Glass Steagall et reconstruire le pays avec le NAWAPA de Kennedy ?


          • willsdorff 20 novembre 2011 18:48

            « Le sujet de l’esclavage n’ayant joué qu’un rôle minime dans cette guerre. » C’est tout le contraire 

            « la guerre de sécession à eu lieu car le Nord (industriel) voulait s’emparer des terres du Sud (agricole) »
            La cause est nettement plus complexe. Le sentiment national de l’époque est embryonnaire. On est Virginien ou Pennsylvanien avant d’être américain. Au mieux on fait partie du nord ou du sud dès qu’on se trouve au dessus ou sous la ligne Mason-Dixon. Le sud est le royaume du coton, résultat de la révolution industrielle de l’angleterre : l’industrie textile demande de la matière première en quantité croissante. En conséquence on sacrifie tout au coton, il construit les fortunes. A mesure que la contestation de l’esclavage s’étend en Europe et aux Etats-Unis, les grandes familles cotonnières soutiennent que sans esclaves le royaume du coton s’écroulera, que seuls des noirs peuvent travailler sous un soleil brûlant, qu’émancipés ils ne sauront pas subvenir à leurs propres besoins. Mais le coton use les sols, il faut posséder de nouvelles terres, faire des dettes, acheter les produits manufacturés, le prix des esclaves grimpe toujours. Le sud est lié par son endettement au nord surtout à New york, capitale financière du pays.
            Le nord est fortement industrialisé : industrie textile, métallurgie. En 1860 les usines du nord produisent 90% des produits manufacturés de la nation. New york, philadelphie, Chicago, Boston s’étendent de décennies en décennies tandis que Charleston, Richmond et Atlanta stagnent. Le mouvement pour l’abolition de l’esclavage en 1831 attise le feu. Certains abolitionnistes demandent une émancipation immédiate sans compensation pour les propriétaires d’esclaves, d’autres sont moins radicaux et que fera t’on des anciens esclaves ? Les états du sud renforcent les codes noirs qui limitent les déplacements des esclaves, établissent des comités de surveillance, interdisent les publications abolitionnistes. Des deux bords les extrémistes enveniment la situation. Il y a toujours eu un équilibre délicat entre les états libres et les états esclavagistes. En 1854 naît le parti républicain dont le programme pour les élections de 1856 comprend un point important : des terres gratuites et sans esclaves dans les territoires de l’ouest, de quoi ravir le nord et désoler le sud. Lincoln le républicain qui déteste l’esclavage est élu le 6 novembre 1860 et prend ses fonctions de président le 4 mars 1861. Entre les deux dates, sept états décident de quitter l’union, de faire sécession. La guerre commencera le 12 avril.
            Ce sera toujours un grand sujet de conversation aux états unis : 618 220 hommes sont morts. La guerre d’indépendance, la 2ème guerre anglo-américaine entre 1812 et 1814, la guerre contre le Mexique de 1846-1848, la guerre contre l’Espagne en 1898, les deux guerres mondiales et la guerre de Corée ont fait ensemble moins de morts que la seule guerre de sécession.
            source : la guerre de sécession. André Kaspi

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