Paradoxalement, l'aboutissement de la revendication nationaliste du Sud-Soudan est un espoir pour tous les partisans d'un monde où l'humanité soit moins divisée.
L'histoire d'un nouvel Etat commence ce week-end, celui du Sud-Soudan. Né dans le sang des histoires dramatiques, ce 54e Etat africain (si on ne compte pas le Somaliland, Etat non reconnu mais distinct de la Somalie) est issu d'un conflit entre les parties méridionales et septentrionales du pays, où 2 millions de personnes auront connu la mort. C'est depuis l'indépendance de la république soudanaise que se déroule avec bien trop peu d'accalmies ( à part entre 1972 et 1983) un conflit entre un nord arabe à tendance islamiste et un sud noir africain comprenant animistes, chrétiens et une minorité musulmane.
Peu connues en France, bien plus suivies par les ONG US, les conflits se déroulant au sein de l'espace soudanais sont multiples et dramatiques puisque s'ajoute à ce conflit aujourd'hui éteint les massacres du Darfour.
Lors de la cérémonie d'indépendance, c'est d'ailleurs un auteur de crimes contre l'humanité, le président de la république du Soudan, l'islamiste du nord Omar el-Bachir, mis en accusation par la justice internationale, qu'ont été obligés de cotoyer les officiels venus à la création du nouvel Etat.Si cet homme n'est pas à lui seul à l'origine des problématiques nord-sud, il aura tout fait pour les attiser.
Venu au pouvoir à la suite d'un coup d'Etat soutenu par la branche locale des frères musulmans (organisation que l'on trouve en Egypte, en Palestine avec le Hamas, dans de nombreux pays arabes et dans quelques pays européens), Omar Al-Bachir aura instauré la loi islamiste au début dans les zones musulmanes du pays avec le projet affiché de l'étendre à l'ensemble du Soudan. Ce n'était pas le premier du genre à tenter cela : déjà en 1983, la volonté de soumettre tous les soudanais au droit musulman version radicale avait relancé le conflit nord/sud, éteint après les accords de paix de 1972.
A l'arrivée de Omar el-Béchir l'Etat, déjà inégal dans la répartition des aides entre les différentes zones du pays, se mis à sous-investir dans les parties méridionales du pays.
C'est tristement la tragédie du Darfour qui permettra aux sud-soudanais en 2003 de pouvoir entamer des discussions sur l'indépendance. Pris entre les pressions internationales, une économie exsangue, il devenait difficile pour Omar el-Béchir et sonde mener un conflit à la fois contre les animistes, chrétiens et musulmans du sud et les indépendantistes musulmans de l'ouest.
Le régime de Khartoum a toujours d'ailleurs eu cette dimension, celui d'être à la fois me représentant d'un certain élitisme des populations arabophones et celui d'être le refuge, au sein de la communauté musulmane du pays, d'une vision radicale de l'Islam. Au point que les musulmans du sud-soudan ont eux aussi voté très majoritairement pour l'indépendance, comme le reste des autres sud-soudanais il y a quelques mois.
Loin d'être la validation d'une quelconque thèse sur le choc des civilisations, telles que le rêvent certains pour tenter de valider leurs théories sur l'impossibilité du mélange des religions, la création du sud-soudan est au contraire un nouvel espace où le vivre ensemble est possible entre différents groupes. Que le chemin soit long, qu'il y ai déjà des conflits est inévitable. Mais paradoxalement, la création de cette nouvelle entité étatique est un espoir pour les internationalistes. Bien autrement qu'une scission nationalilste, la nouvelle République est, de par son ambition démocratique et respectueuse de tous, contrairement à son voisin du nord, un espoir pour tous les hommes et femmes de bonne volonté.

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