L’extrême droite ne changera jamais, et ses dirigeants encore moins : des tartuffes, le plus souvent, toujours prompts à dénoncer les magouilles réelles ou supposées de leurs collègues élus, et à jouer eux-mêmes les parangons de vertu alors que la plupart du temps ils font bien pire à l’abri des regards. En France, on a Jean-Marie le Pen qui fait ça très bien : dénonçant les enveloppes Woerthiennes en trichant pendant des années sur des affiches imprimées jamais réglées à un sympathisant, ou en fustigeant les micros-partis en vivant grassement sur l’un d’entre eux, celui de la Cotelec, à l’insu de tous (dans un compte suisse alimenté au départ par la captation de l’héritage Lambert !) En Italie, Berlusconi, nous dit El Pais, joue les vieux sur le retour en draguant la jeunette en organisant des orgies dans sa villa. Mais ces dirigeants véreux ont trouvé leur maître en la matière, et il s’appelle Jorg Haider. Ce qu’on vient d’apprendre à son sujet renforce l’idée que je m’étais déjà faite du sbire : à savoir un homme vivant de mensonges et d’apparences . Mais les révélations sont telles qu’on peut affirmer auojurd’hui qu’il avait bien mis en place un véritable système destiné à l’enrichir lui d’abord et non son parti. Dans des proportions dantesques, qui font de lui désormais un des plus grands magouilleurs en politique de ces dernières années. Pendant qu’il se lançait dans une campagne anti-corrruption, il touchait en effet des subsides de deux dictareurs en place en échange d’en faire la promotion en Europe ! Résultat : à coups de millions de dollars qu’ll lui étaient personnellement versés, Haider est mort riche, très riche... enfin presque, ses placements bancaires hasardeux ayant siphonné une bonne partie de son pactole.
La dépêche est tombé au milieu de l’été : "L’ancien chef de l’extrême droite autrichienne Jorg Haider, décédé en 2008, avait accumulé environ 45 millions d’euros au Liechtenstein, a rapporté le magazine Profil à paraître lundi 1er Août, citant des sources judiciaires. Un groupe d’enquêteurs autrichiens, suisses et allemands a fait cette découverte en examinant des comptes bancaires dans le cadre de deux procédures, l’une portant sur les conditions du rachat de la banque autrichienne HGAA par la banque publique allemande BayernLB en 2007, l’autre sur la privatisation de la société immobilière autrichienne Buwog en 2004." Le magazine Profil venait de tirer sur un fil qui cachait en effet une belle pelote : Haider avait planqué de l’argent d’origine fort douteuse, et évidemment non déclaré dans son pays : bref, celui qui fustigeait tant les autres sur leur train de vie ou leur façon de gérer leur parti vivait de l’argent sale, celui des dictateurs ou des marchands d’armes !
C’est l’Irak tout d’abord sur lequel il avait jeté son dévolu : "Jörg Haider s’était rendu en Irak à plusieurs reprises en 2002 avec Ewald Stadler, un collègue du Parti libéral, officiellement pour des missions humanitaires. Un document du ministère de l’intérieur irakien, datant de 2008 et consulté par Profil, indique qu’en réalité, les deux hommes s’étaient engagés lors de ces visites à obtenir des soutiens en Europe au régime de Saddam Hussein, en échange d’une somme de cinq millions de dollars." Voilà qui nous rappelle un autre voyage, celui de Jean-Marie lePen en 1990... dont on n’a pas su grand chose à l’époque : avec les révélations de versement d’argent en échange de faire la publicité en Europe du leader, on est en droit de se poser la question à propos du leader français.
Mais Haider frappait aussi à d’autres portes, dont celle d’un autre dictateur : Muammar Kadhafi. Qui lui versait des versements réguliers cette fois, toujours en échange de quelques bons mots à son égard en Europe : "le magazine autrichien Profil révèle que des financements en provenance de Libye étaient au bénéfice des campagnes de Jörg Haider, ancien leader de l’extrême droite autrichienne. Un ancien proche raconte comment un des fils du dirigeant libyen Muammar Kadhafi, Saïf al-Islam Kadhafi, ami de longue date de Haider, « nous faisait parvenir régulièrement de l’argent en liquide avant les campagnes électorales ». Entre 150 000 et 200 000 dollars, à chaque fois, que l’entourage de Haider devait changer discrètement en euros". A faire pâlir Jean-Marie, mais pas Charles Pasqua, et dix autres personnalités françaises qui ont bénéficié lui de versements discrets eux aussi de Saddam à partir des contrats "nourriture contre pétrole" imposés au départ par l’ONU. Un dossier suivi par .... Philippe Courroye, qui mettra Pasqua en examen pour "trafic d’influence aggravé". Visiblement, Saddam ne recompensait pas ses amis que par des barrils de pétrole... avec une petite préférence quand même pour la droite dure, Vladimir Jirinovski ayant aussi bénéficié des largesses... (et Yasser Arafat aussi, ne l’oublions pas !).
Saddam Hussein, Muammar Kadhafi mais aussi un autre personnage encore. Le train de vie plutôt jet-set de Jorg Haider, ou ses factures astronomiques de champagne, réclamaient un troisième fournisseur de billets verts. Un généreux donateur lié à une banque autrichienne qui faisait beaucoup dans l’immobilier : " la justice cherche à établir si l’ancien gouverneur de Carinthie, décédé en 2008, a touché des commissions sur le rachat par la banque HGAA, dont la province a été actionnaire jusqu’en 2007, de biens et de terrains acquis à bas prix". Une banque qui a fini en fiasco mémorable (elle a dû être nationalisée !), révélant un autre bout de l’iceberg Haider, encore moins présentable, celle de liens entre des opérations immobiliières et l’argent en provenance de trafics d’armes. "Ces opérations ont été menées par d’anciens responsables de HGAA en cheville avec l’ancien général croate Vladimir Zagorec, condamné pour trafic d’armes en Croatie". Avec lui, on tombe en effet dans le sulfureux, rendant même les contacts avec les dictateurs cités au rang d’enfantiillages, car derrière Zagorec se profile un cimetière plein de mafieux assassinés. Zagorec, le "fugitif le plus décoré de Croatie" comme il avait été surnommé par la presse. Zagorec, bardé de médailles par les dirigeants croates.
Des décorations pour bravoure données à quelqu’un qui n’avait dirigé des combats qu’au fond d’hôtels luxueux : encore un, qui, comme Jorg Haider, s’était fabriqué son propre mythe. Pas un ne l’a jamais vu l’arme à la main, en revanche tout le monde l’a souvent aperçu arpentant les couloirs du palais présidentiel de Franjo Tudjman, l’ancien président déchu de Croatie, qui avait distribué pas moins de 105 médailles à ses conseillers. La distribution de breloques, vieux plan des rapports gouvernementaux. Le 2 mars 2009, Zagorec, cet ancien ministre adjoint de la Défense et responsable des acquisitions d’armements, alors qui avait débuté comme simple chauffeur, était condamné à 7 ans de prison pour détournement de fonds publics. Comble de l’ironie : Zagorec, pour être condammné, avait dû être extradé par l’Autriche en septembre 2008, où il s’était réfugié... un Zagorec déjà arrêté en mars 2007 à la suite d’un mandat d’arrêt international fourni par la justice croate, mais qui avait été remis en liberté par le versement d’une caution d’un million d’euros. L’extradition de Zagorec, quelques semaines avant le décès d’Haider, signifiait aussi pour ce dernier la menace de révélations désastreuses : durant ces derniers jours, Haider s’était montré fort nerveux et s’était mis à boire plus que de coutume, signalent les observateurs.
Le trafic d’armes rapporte énormément, on le sait. L’Express résume ainsi l’ascension du marchand d’armes croate : "soumis à l’embargo international sur les armes contre les belligérants ex-yougoslaves, les Croates doivent pourtant trouver de quoi se défendre. Vladimir, simple chauffeur, se charge des commissions. L’argent de la diaspora vient à l’aide, comme les réseaux d’intermédiaires forcément louches, via des mercenaires ou des anciens de la Légion étrangère. La guerre est un gros gâteau. Et le jeune Zagorec s’en tire si bien qu’il est hissé, en quelques mois, au rang de vice-ministre de la Défense et de général de l’armée croate. Décoré tel un sapin de Noël, lui qui n’a jamais mis le pied sur un champ de bataille. Zagorec, autour de qui tournent pas mal de cadavres". Un bain de sang qui culminera avec le décès d’Ivo Pukanic, propriétaire (et ancien rédacteur en chef) de l’hebdomadaire croate indépendant Nacional, le 23 octobre 2008, lors d’un attentat à la voiture piégée. Pukanic, lui-même lié à Ante Gotovina, recherché par le TPI pour crimes de guerre. Pukanic, volatilisé le 23 octobre, soit 12 jours à peine après la mort d’Haider... les mafieux finissant d’effacer leurs traces compromettantes après un décès inattendu.
Jorg, et sa façade (bronzée) lézardée : à sa mort, en effet, son "confident" Stefan Petzner ( et bref successeur à la tête du parti,quelques semaines seulement, les pontes du parti de Haider ne supportant pas ses révélations posthumes) se lâche et avoue sa liaison homosexuelle avec le leader autrichien. Ce n’était un secret pour personne, cette bi-sexualité évidente, mais personne n’avait le droit de le dire, comme ironise le magazine Têtu : Haider avait en effet mené campagne sur campagne avec comme thème principal "la famille". Le leader autrichien, qui prônait une vie vertueuse pour ses ouailles vivait en réalité une vraie vie de patachon. Jorg Haider, mort raide bourré en roulant à 142 km/h à bord d’une Volkswagen Phaeton V6 de 2,2 tonnes en pleine ville : "L’autopsie ordonnée par le parquet après le drame a révélé que Jörg Haider conduisait avec 1,8 gramme d’alcool par litre de sang au moment de son accident dans la nuit du 10 au 11 octobre, soit près de quatre fois le maximum autorisé." Le résumé de sa dernière soirée étant édifiant nous annonce l’AFP : "Selon l’enquête, il avait débuté la soirée dans une discothèque, où il avait consommé du champagne, une sortie publique courante pour le gouverneur de Carinthie, qui, à 58 ans, aimait toujours à cultiver une image de jet-setter.Mais son emploi du temps a ensuite pris un tour plus privé avec une visite dans un bar homosexuel de sa ville de Klagenfurt, où, selon des témoins, il a vidé, en moins d’une heure et demie, une bouteille de vodka avec un inconnu."
On aurait pu facilement s’en douter précise Die Welt : Haider, dans ses discours, avait constamment épargné les homosexuels : "Naturellement, les journalistes politiques autrichiens un peu chevronnés en savaient long sur l’homosexualité de Haider. Même ses opposants politiques le savaient, comme la communauté homosexuelle. Les gens se taisaient, cela se chuchotait à l’oreille. En Autriche ce n’était jusqu’à présent pas à l’ordre du jour. Peut-être que dans ce tabou s’incrit un reste de bienséance. Dans l’arène des oppositions démocratiques, on n’aborde pas la vie privée. Cet impératif implicite a été respecté dans le cas de Haider comme dans peu d’autres cas. Jörg Haider, qui s’acoquinait avec des SS, qui fulminait contre les étrangers, les demandeurs d’asile et ceux qu’il appelait les « parasites sociaux », qui n’a pas toujours mis sa rhétorique, son talent communicatif au service des bonnes choses, n’a jamais eu en public un seul mot contre les homosexuels." S’en prendre aux gitans mais pas aux homosexuels, voilà aussi qui nous rappelle l’actualité.... française.
Juste avant de mourir, il peaufinait un de ses derniers projets : "Sa dernière « grande idée » était de confiner les demandeurs d’asile malades dans un centre spécial (Sonderanstalt) à 1200m d’altitude, gardé par une milice privée. La grande Elfriede Jelinek y est allée de son petit texte, mordant et percutant comme il se doit." Voilà qui n’est pas sans rappeler encore une fois certains échos français en ce moment... Haider traînait son héritage sans le renier, au contraire, même, nous dit Libération : "passé nazi. Elevé lui-même par des parents nationaux-socialistes convaincus, Haider assure que son mouvement n’a rien à voir avec ce passé. Il n’en a pas moins pavé son ascension politique de petites phrases ambiguës, dénonçant à plusieurs reprises la « criminalisation » de la génération nationale-socialiste. Pour tous ses opposants, le rapport avec ce passé nazi, toujours mal digéré en Autriche, ne fait guère de doutes : « Bien sûr que Haider a à voir avec ce passé, lance un conseiller municipal socialiste de Keutschach. Ici, on l’appelle le petit Hitler. »
A lire ses mensonges, ses détournements et ses dissimulations, on se demande qui va bien pouvoir admirer encore Jorg Haider, qui, il est vrai aussi, possédait pourtant des fans, répandus jusqu’ici dans nos colonnes. Un Jorg fondamentalement menteur et dissimulateur qui a eu droit à Klagenfurt à un enterrement assez surréaliste, avec grande pompe kitsch, (très kitsch !) veuve et amant éploré dans les mêmes travées d’église, et la présence de personnalités telles que Said Kadhafi.. au départ, Jean-Marie Le Pen et la petite-fille de Mussolini avaient aussi promis d’y assister... la grande famille de l’extrême droite qui ne faillit pas aux traditions : depuis son décès, c’est évidemment d’un complot qu’il est mort, raconte-t-elle partout. A 142 km/h en ville, avec un taux d’alcool quatre fois la normale, un complot... elle nous fera toujours rire, l’extrême droite. Il aura droit en tout cas à un musée, où on pourra admirer ses culottes de peau, ses chapeaux tyroliens... et même son cheval à bascule d’enfance, mais pas le portrait de son amant ou les cadeaux de Kadhafi et de Saddam.
Son musée-sanctuaire, c’est à se tordre, est situé dans un ancien abri souterrain des unités SS...

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