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Le Tea Party et ses enseignements sociologiques

Les médias abondent en références au sujet du Tea Party movement qui est sans conteste le phénomène politique américain le plus important depuis l’élection de Barack Obama. Et pourtant loin de la simple moquerie devant les propositions de cette mouvance il convient d’en cerner le plus profond idéologique afin de totalement en comprendre les enseignements et les leçons qu’il nous offre sur la société, l’histoire et la mentalité politiques américaine.
 
Plus spécifiquement les rapprochements que la frange le plus extrême du Tea Party opère avec les groupuscules d’extrême droite ne peuvent que susciter méfiance et interrogations.
 
Le mouvement du Tea Party est un mouvement politique très conservateur né en 2009. Ce mouvement s’est pensé dès ses origines comme un mouvement populaire (a « grass-roots movement »). Par populaire il faut comprendre un mouvement né de la volonté de citoyens ordinaires désireux de servir le peuple prétendument trahit par les deux grands partis qui structurent le paysage politique américain. Dès ses origines le Tea Party se réclame ainsi d’une filiation idéologique évidente avec la définition de ce qu’il faut entendre par citoyenneté aux Etats-Unis. Là bas la citoyenneté se définit davantage comme une donnée innée, presque intrinsèque à chaque individu qui se doit d’en assurer l’exercice dans un souci de presque défiance vis-à-vis de l’Etat.
 
De même le Tea Party s’est très vite érigé en ce que les américains nomment un third Party au sein du système institutionnel. Ainsi même s’il a pour cible prioritaire le parti démocrate il ne saurait totalement se laisser intégrer au sein du parti Républicain, qui tout à la fois bénit ce mouvement mais qui parallèlement en craint l’excentricité et l’intransigeance.
 
Car là est le paradoxe pour les Républicains. Revigorés par le Tea Party après l’échec de 2008 ils prennent le risque d’avantager Barack Obama en se déportant trop sur leur droite s’ils s’alignent trop sur les positions du Tea Party.
Il y aurait là une évidente ironie, car explicitement le Tea Party s’est constitué en réaction à la politique, surtout économique, de Barrack Obama.
 
En effet dès l’origine le Tea Party souhaitait exprimer un très fort mécontentement vis-à-vis du plan de relance de près de 800 milliards de dollars octroyé à l’économie en 2008-2009. Pour ses membres il y a là une décision de nature à creuser exagérément la dette nationale qu’il faudra par la suite rembourser par plus d’impôts et de présence de l’état fédéral dans l’économie. D’ailleurs T.E.A. est un acronyme voulant dire « Tax Enough Already ». Le programme en 3 points des Tea Party Patriots se montrant explicite quant aux revendications du mouvement : « La responsabilité fiscale, un gouvernement limité et l’économie de marché ».
Avec de telles exigences le Tea Party reprend à son compte une double tradition qui lui autorise la plus logique des approches avec les groupes d’extrême droite. Il y a tout d’abord l’exigence anti-fédéraliste, puis la demande d’effacement de l’Etat propre aux libertariens de droite, pour qui l’Etat doit n’être qu’un « veilleur de nuit », pour reprendre l’expression du philosophe Robert Nozic.
 
Ici trois approches peuvent se dessiner comme autant d’inclinaisons idéologiques des groupes d’extrême droite américains.
 
Tout d’abord le versant patriote, c’est à dire comme pouvant se penser en accord avec ce que les politilogues américains appellent le « Patriot Movement ». Ce dernier se constitue d’une collection de mouvances ou de groupes indépendants qui se rejoignent sur des positions anti-gouvernementales. Emergeant au milieu du XX è siècle, ils atteignent un apogée évident au milieu des années 90, entre le siège de Waco (1993), que précéda de peu le siège de Ruby Ridge (1992), et l’attentat d’Oklahoma City (1995), d’ailleurs organisé par deux adhérents du mouvement patriote (Ttimothy McVeigh et Terry Nichols). Depuis cette date le FBI tachait de surveiller et d’infiltrer ces mouvances, au point d’en assurer la quasi disparition au début du 21 ème siècle. Mais la menace terroriste, les mesures liberticides du Patriot Act, l’élection d’un président noir en 2008 et la crise économique récente ont redonné à cette mouvance de l’élan et de l’entrain.
Voir ainsi de possibles liens se créer entre certaines franges du Tea Party et le mouvement patriote peut ainsi se lire sous un double angle. Celui, certes d’une proximité idéologique facilitant les passerelles, mais aussi plus largement celui d’une société américaine encline à beaucoup plus de radicalité depuis 10 ans. Ainsi la proximité du Tea Party avec la John Birch Society, rattachable à «  l’aile réformiste » du mouvement patriote, est tout sauf un hasard.
 
Deuxième proximité possible du mouvement Tea Party, celle avec la frange d’extrême droite dite des « gardiens de la République ». Les Oath Keeper (les garants du serment) en offre la plus parfaite illustration. Pour cette frange intransigeante quant à la question des libertés constitutionnelles et individuelles qu’offre le système politique américain il s’agit de s’engager, sous la forme milicienne s’il le faut, à résister face à un gouvernement jugé trop intrusif et inquisiteur.
 
Enfin de façon très marginale et presque anecdotique une frange radicalisée du Tea Party pourra se rapprocher de ceux qui s’appellent les « birther » (les nativistes). Obnubilés par les origines de Barack Obama, ces militants n’ont de cesse depuis son élection d’accréditer l’idée qu’il a pu mentir sur son véritable lieu de naissance, ce qui rendrait son élection illégale et inconstitutionnelle.
Mais si le programme du Tea Party autorise les rapprochements avec l’extrême droite, impossible pourtant de faire de tous ses partisans des fanatiques. Parler de rapprochement entre le Tea Party et l’extrême droite ne doit pas nous incliner à faire de tous les américains qui s’y impliquent des miliciens ou des xénophobes. Incontestablement il seules les franges les plus extremes et périphériques du mouvement cèdent à la tentation. Mais à coté des explications d’ordre idéologique, les arguments touchant à « l’organisation interne » du mouvement Tea Party peuvent ici trouver leur utilité.
 
Car davantage qu’un mouvement uniforme et circonscrit le Tea Party se présente en réalité comme une myriade de petites structures reposant sur l’initiative individuelle.
 
En effet il y a à la base de ce mouvement des centaines de groupes et de structures de taille et de nature très différentes. Qui pensent s’y reconnaître ou simplement servir la cause peut se rendre aux réunions, monter une structure qui s’en réclame ou contribuer à son financement.
 
C’est pourquoi peuvent assister aux meetings des Tea Party tout un ensemble de mouvances en quête de visibilité, de recrutements ou de facilités financières. Bien souvent l’histoire et les traditions locales peuvent, le cas échéant, venir influencer la nature des revendications entonnées lors de ces rassemblements. Se précipiteront dès lors à ces réunions les passionnés de la cause anti avortement, les partisans des armes à feu, les militants anti-impôts ; les libertariens, les membres de milices patriotes, les souverainistes, les nostalgiques du sécessionnisme sudiste…
 
Pour complexifier la lecture de cette floraison d’intérêts divergents on pourra trouver en arrière plan à cette effervescence démocratique toute une série de groupes de pression conservateurs comme la FreedomWorks organization.
 
Libre ensuite aux plus grandes organisations du Tea Party de tenter d’ajouter chacune des structures Tea Party plus locales et de plus petite taille à leur liste d’affidés selon un principe de libre concurrence et d’initiative individuelles.
A cette fin il est logique qu’internet apparaisse comme un instrument très massivement utilisé par toutes ces organisations. En effet il épouse à la perfection les formes et les possibilités que la conception démocratique et citoyenne qui est celle de ces groupes trouvent légitime d’invoquer. Ainsi à coté des sites ; tout à la fois espace d’exposition des programmes, lieu de commerce et de sollicitations financières, des deux grandes mouvances du Tea Party (teapartynation.com et teapartypatriots.org) pullule une série d’autres sites vantant la cause. Par exemple le teapartyexpress.org exposant les dernières réunions organisées ou bien le site teapartyhd.com servant à visionner des vidéos enregistrées lors de ces réunions, site sur lequel il est possible d’arriver à partir d’un site de la mouvance patriote : resistnet.com.
 
Ainsi est le Tea Party tout à l’image de la vie politique américaine. C’est-à-dire profondément libre et démocratique, agitée à la seule force de la concurrence entre les êtres et les organisations ; et très souvent empreint de références intellectuelles qui peuvent nous échapper. Par exemple la romancière Ayn Rand, chantre de l’ultra libéralisme, y est très souvent invoquée, alors qu’elle est totalement inconnue, ou presque, dans le reste du monde.
 
Alors oui, certes le Tea Party effraie par l’excentricité de certains de ses candidats, l’intransigeance idéologique presque naïve de ses propositions ; mais force est de constater qu’il exprime un élan démocratique irriguant jusqu’au plus profond de la société américaine, ainsi qu’une inquiétude réelle de nombre de ses membres quant à l’avenir des Etats-Unis comme superpuissance.
 
Car loin de n’être qu’anecdotique le Tea Party semble tout à la fois l’expression d’un populisme de forme américaine et la caisse de résonance d’une inquiétude sourde épousant les formes d’une radicalité de protection inconsciemment employée pour tenter de se rassurer quant à ce qui attend les américains à l’aube d’un siècle qui ne sera peut être plus le leur, comme avait pu l’être le XX è siècle.

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10 réactions à cet article    


  • JL JL 30 octobre 2010 14:36

    Très intéressante analyse de ce phénomène trop ignoré en France.

    Au sujet d’ayn rand que vous nommez :

    « l’altruisme, est la position éthique la plus immorale qui soit. L’altruisme conçoit l’individu comme une bête sacrificielle, n’ayant aucune valeur en soi. L’altruisme est en fait un collectivisme : un principe d’organisation sociale niant la liberté et l’indépendance individuelle. » (Ayn Rand)


    • JL JL 30 octobre 2010 14:38

      Cette déclaration d’Ayn Rand c’est du « Greed is good » puissance 10 !


    • JL JL 30 octobre 2010 16:26

      "Ayn Rand, romancière fétiche de la droite américaine

      Ni dieu, ni maître, ni impôts

      Très populaire aux Etats-Unis et vénérée par Ronald Reagan, la philosophe et romancière Ayn Rand (1905-1982) met en scène dans ses œuvres de fiction des héros solitaires en butte au conformisme borné de leurs semblables. Un tel éloge du créateur incompris permet d’accréditer la vision d’un individu existant en dehors de tout lien, ne trouvant son salut qu’en lui-même et ne devant rien à personne. Et puis, la célébration du génie prométhéen déboucha sur celle du moins d’Etat et des paradis fiscaux... "

      La suite là :

      Par François Flahault (LMD, août 2008)


    • sam turlupine sam turlupine 30 octobre 2010 19:15

      L’avatar à apparence modernisée du bon vieux KKK...


      C’est ça, les bienfaits de la « démocratie » bipartite à l’américaine....



      • pigripi pigripi 30 octobre 2010 20:53


        Contrairement à ce qu’affirme l’auteur, la Tea Party fut en 1773 le premier acte de révolte des Américains contre les Anglais et annonça le début de la guerre d’indépendance
        http://fr.wikipedia.org/wiki/Boston_Tea_Party

        La Tea Party de Boston au cours de laquelle des caisses de thé furent vidées, est un symbole fort du nationalisme américain, un peu comme notre prise de la Bastille.

        Les Tea Parties ont toujours existé chez les conservateurs et leur renouveau depuis la présidence Obama n’est que la réactivation d’un mouvement très populaire vieux de + 300 ans.

        Pour les anglophones, une vidéo de manif Tea Party avec ses slogans édifiants
        http://www.youtube.com/watch?v=2zhPA6XkCYE&feature=related


        • pigripi pigripi 30 octobre 2010 21:07

          Je pense que le renouveau spectaculaire du patriotisme américain est trs semblable au renouveau du nationalisme européen dont la conséquence la plus marquante est le virage à droite des votes populaires.

          J’y vois deux causes principales : la mondialisation avec ses conséquences économiques et culturelles désastreuses et l’impérialisme musulman qui s’affirme avec ses fonds souverains et l’imposition de la charia.

          Réduire ces mouvements au KKK pour les US ou ou FN pour la France est une grossière erreur qui témoigne d’une profonde ignorance des mécanismes sociaux.

          En ce sens, l’analyse de la complexité du mouvement Tea Party sous Obama par l’auteur de cet article est très juste.


          • LE CHAT LE CHAT 30 octobre 2010 23:04

            je pense moi aussi que l’emergence de ce nouveau courant répond à une absence d’offre électorale , les gens ne veulent pas forcément de ce bipartisme républicains/démocrates comme ici en France un choix limité à UMP / PS ,n ’offrant qu’une alternance sans aucune alternative . Le Tea Party est une nouvelle forme de parti nationaliste en réaction à la mondialisation .


          • JL JL 31 octobre 2010 16:36

            Le vrai clivage n’est plus entre la gauche et la droite de gouvernement, ces partis qui sont devenus à l’insu de leur plein gré des partis néo-pétainistes inféodés à l’impérialisme financier (les marchés votent tous les jours !) et sont omni-potents dans les médias où la propagande quotidienne s’apparente à du matraquage idéologique.
             

            « La « rupture », c’est quoi ? Le démantèlement des acquis sociaux, le fait que les riches paient moins d’impôts, qu’on privatise de façon rampante l’université, qu’on donne les coudées franches aux affairistes. Cette façon de déguiser une soumission au capitalisme mondialisé en révolution nationale relève en soi du « pétainisme », au sens formel. » « De quoi Sarkozy est-il le nom ? »,  (par Alain Badiou)
             
            « Le libéralisme économique préside tous les imaginaires » Edouard Glissant"). (Phase trois du capitalisme : l’économie du savoir



            • franchamont franchamont 7 novembre 2010 17:17

              Certaines informations intéressantes, mais l’ensemble est parcellaire. Vous parlez surtout de ce qu’on sait en écoutant les « mainstream media ». Vous n’avez pas cherché en profondeur, sinon vous auriez au moins atteint et mentionné la tribune d’Alex Jones, infowars.com, et appris beaucoup plus de vérités, en particulier que c’est Ron Paul, un représentant du Texas, qui est à l’origine du Tea Party. Mais les média ont tout fait pour cacher cet important élément car cette personne entrave les plans des élites corrompues.

              Ron Paul et son fils Rand (qui est sénateur élu à l’heure où j’écris, oh, surprise n’est-ce-pas !) veulent s’attaquer à l’establishment du GOP et démanteler la Federal Reserve, tout du moins la placer sous le contrôle du Congrès, alors qu’à présent ce n’est qu’un cartel de grosses banques. Ils veulent faire cesser la guerre. Mettre des barrières douanières aussi. Tenter de sauver réellement le pays. Ce n’est pas rien. 
              A voir :

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