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Le traquenard politique : La Mauritanie soumise au jeu des grandes puissances ?

Au lendemain des élections présidentielles du 18 juillet 2009, des observateurs avertis ont interprété la précipitation de Paris, de reconnaître le pouvoir de Mohamed ould Abdelaziz, comme le signal de la primauté des objectifs sécuritaires des pays européens sur les considérations démocratiques.C’est la même analyse qui avait prévalu, face à l’attentisme de Paris lors du coup d’Etat d’août 2008 qui était apparu comme une caution accordée à la légitimation des putschs militaires en Afrique. Ceux qui, sur le continent, se définissent comme les défenseurs de la démocratie, en général les partis d’opposition et pour la Mauritanie, le front anti-putsh, ont dénoncé le sacrifice de la démocratie à l’autel de la sécurité : lutte contre le terrorisme, lutte contre l’immigration clandestine et lutte contre le trafic de la drogue dans la zone sahélo-saharienne.

Depuis fin décembre 2009, le président mauritanien, « l’homme des français », selon l’opinion , a ouvert un chantier inédit : le dialogue avec les salafistes. Cette démarche s’effectue avec l’intermédiation d’érudits musulmans, dont le chef historique du parti islamiste « Tawassoul », Ould Dedew, qui vient de dénouer une autre crise : celle du dossier dit « des hommes d’affaires mauritaniens ».

Alors que l’économie du pays est en crise et que l’incertitude gagne la classe politique, comment expliquer que le sujet « terrorisme » soit au coeur des préoccupations du pouvoir, au point de prendre le risque d’être mal jugé par une opinion à l’affût de ses moindres faiblesses ? Diversion risquée ou stratégie concertée ? En optant pour la seconde alternative, on pourrait imaginer, dans la logique des préoccupations sécuritaires européennes, que la partie en train de se jouer en Mauritanie entre le Président mauritanien et les islamistes ne serait qu’une infime partie visible d’un jeu de négociation entre les européens et l’AQmi qui détient, à ce jour, 6 otages occidentaux. Alors la Mauritanie, un pion au service des objectifs sécuritaires européens dans la zone sahélo-saharienne ou partenaire stratégique valable ? Le gouvernement mauritanien a-t-il les moyens, à la fois, de satisfaire les exigences de ses partenaires et de remplir son rôle d’acteur principal du développement ?

Les mauritaniens sont unanimes : "les temps sont durs". Pourtant, le "président des pauvres" a pris le risque d’une illisibilité de sa politique, en semblant faire passer au second plan, la priorité des nouakchottois, "le panier de la ménagère". Ils notent aussi l’essoufflement du programme de lutte contre la corruption et les crimes économiques, que les basses couches de la société avaient interprété favorablement comme une croisade contre les nantis. Même si dans "Le dossier des hommes d’affaires mauritaniens", l’affaire est très vite apparue, aux yeux de l’opinion non pas comme une illustration de la lutte contre la gabégie, mais comme une tentative de prise de position du pouvoir en faveur de concurrents économiques de ces derniers. D’autres analyses ont fait part d’un affrontement entre le pouvoir et les principaux milieux d’affaires mauritaniens qui s’étaient rangés, lors des élections présidentielles, du côté de l’opposition politique au régime. Les remous causés par cette affaire - manifestations de rue, prise de position de l’opposition, grogne de certains parlementaires de la majorité, sans oublier les préjudices causés à l’économie nationale et les interrogations des partenaires de la Mauritanie - ont permis la libération des personnalités incriminées.

 

Mais le principal artisan de cette libération et de l’apaisement social qui s’en est suivi, c’est une figure importante de la classe religieuse, considéré comme le véritable chef du parti islamiste, Tawassoul, ould Dedew. C’est lui qui a mené les négociations entre Ould Abdelaziz et les hommes d’affaires prisonniers. Sans nous arrêter sur cette étrangeté, qui révèle la nature politicienne de cette incarcération ainsi que l’assujetissement de la justice, interrogeons-nous sur la signification de ce positionnement inédit dans le champ politique mauritanien des islamistes.

En effet, on se souvient que le parti Tawassoul avait pris ses distances avec le front anti-putschiste et avait fini par s’allier avec le parti de la majorité présidentielle, pour les sénatoriales.L’annonce, après l’intermédiation réussie de Ould Dedew , d’une entrée au gouvernement des islamistes avait été interprétée comme la conclusion d’un marché gagnant-gagnant avec Ould Abdelaziz. Certes, ould Dedew a su habilement sortir ould Abdelaziz de l’impasse dans laquelle il se trouvait avec le dossier des hommes d’affaires, mais pourquoi Aziz prendrait-il le risque de s’aliéner ses partenaires occidentaux ? A moins de supposer que ces derniers auraient un intérêt à faire des concessions aux islamistes et d’apporter des garanties à leurs ennemis, à condition de ne pas perdre la face et d’éroder leur image : Le pouvoir mauritanien, avec ses incertitudes et ses atermoiements serait ainsi, le pion tout désigné pour cette stratégie ? En tout état de cause, le contexte actuel pourrait le laisser supposer.

La Mauritanie est au coeur du dispositif régional européen de lutte contre le terrorisme, dans la zone sahélosaharienne. Du fait de sa situation géographique, le pays est devenu, ces dernières années, un lieu de passage de toutes sortes de trafics, ce qui a été un des critères qui a facilité l’extension du réseau de l’AQMI (Al Qaida au Maghreb Islamique). Pour les spécialistes de la question sécurité, les réseaux islamistes sont désormais solidement implantés dans le pays. L’AQMI détient six otages européens au Mali et essaye de monnayer la vie de l’otage français contre la libération de quatre de ses membres dont deux Mauritaniens,détenus au Mali. Un premier ultimatum lancé le 10 janvier, pour le 30 janvier, vient d’être repoussé. On pourrait comprendre alors que devant ce chantage monstrueux, et compte tenu du précédent de l’otage britannique exécuté, que les partenaires de la Mauritanie ne négligent aucune piste et soient prêts à toutes les compromissions ?

Dans ce jeu donnant-donnant, L’Union européenne a déclaré le 25 janvier la reprise totale de la coopération avec la Mauritanie : Une aide dans le domaine du développement.qui représente 210 millions d’euros pour les programmes en cours, plus une promesse de 156 millions supplémentaires.

Un bémol toutefois dans cette logique et qui renforce l’opinion de ceux qui décrivent la politique du président mauritanien comme illisible et sans ligne directrice, et au coup par coup . La nouvelle amitié avec l’Iran couronnée par des visites officielles et des annonces de coopération vient brouiller les cartes du jeu, dans le contexte du partenariat que nous avons décrit.Que peut gagner le Président mauritanien dans une relation avec un régime mis au ban de la communauté internationale ? Il est vrai que l’on en est pas à une contradiction près, quand on se rappelle que l’ une des premières décisions du général putschiste a été la fermeture de l’ambassade d’Israël,dont l’implantation en Mauritanie avait contribué à renforcer une image positive de la Mauritanie auprès des occidentaux. Pourquoi, en même temps, qu’il se place comme un partenaire valable dans le domaine de la sécurité dans la région, chercherait-il à se mettre à dos une communauté qui lui a offert une légitimité ?

En tout état de cause, il semble qu’un jeu est en train de se mettre en place où le président mauritanien, grâce à sa tactique du coup par coup, et à cause de ses fragilités internes, a placé son pays dans une situation paradoxale. Dans cette situation, toute l’habileté des partenaires sera de maintenir un équilibre juste entre les facteurs qui contribueraient à renforcer un pouvoir personnel, dommageable pour la paix sociale, et les facteurs favorables au développement, attendus par les populations.

Alain Bart pour Ciesma

Copyright mauritanidees février 2009


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