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Le Yémen : Encore et toujours la cible des extrémistes

Ce dimanche, nouvel attentat contre des touristes au Yémen. Cette fois quatre touristes Sud-Coréens et leur guide Yéménite sont morts. Quatre autres touristes sont blessés.
La presse européenne n’en parle pas, ou peu. Les touristes concernés ne sont pas nos voisins et le Yémen est trop mal connu et trop pauvre pour intéresser vraiment.

Les liens affectifs que j’ai depuis quelques années avec ce pays, presque oublié, l’émotion, la tristesse et la colère que je ressens aujourd’hui une fois de plus, mon amitié pour Hassan, guide yéménite, qui comme beaucoup d’autres, désespère de plus en plus de l’avenir de son pays, font que je sens un devoir de prendre la plume pour essayer d’informer et de témoigner sur la situation dramatique de ce pauvre et magnifique pays, pris en otage par des extrémistes qui cherchent à l’isoler, et qui ont malheureusement de fortes chances de parvenir à leurs fins.

 Hassan m’a écrit hier :
« … Ce qui s´est passé de nouveau est horrible et cela me rend très très triste que ces gens cruels n´arrêtent pas avec leurs attentats. Ce sont toujours les innocents qui paient.
 J´aimerais bien expliquer aux gens que le Yémen est un pays pacifique et ses habitants sont accueillants et chaleureux. Les gens qui commettent les attentats font très peur à nous-mêmes, et nous Yéménites condamnent leur comportement.
C´est difficile pour nous d´envisager un avenir tranquille et paisible. Il reste calme pendant quelques mois et on a de l´espoir et tout à coup la paix est détruite avec la perte des vies humaines.
… Je suis toujours choqué et cela me fait peur. Cette fois j´avais de la chance car j´ai été à Sanaá, mais on ne sait pas où je me trouverai la prochaine fois. C´est le fait qu´un tel attentat sera répété un jour qui me fait perdre l´espoir… »

 Hassan, n’était pas à Shibām dimanche. Un autre guide yéménite y était et il y est resté avec 4 autres innocents sacrifiés pour faire un exemple et maintenir le pays sur la liste noire de toutes les chancelleries.

Un attentat tous les 4 ou 5 mois, juste assez pour rappeler à tous les occidentaux que le pays est dangereux pour eux.

Les assassins poursuivent tranquillement le but qu’ils se sont fixé, faire replonger le Yémen dans la terreur, l’isoler du reste du monde et pouvoir s’en servir comme une base de repli. Des sortes de fonctionnaires du crime qui ajustent froidement la dose d’horreur nécessaire pour faire avancer leur projet.

 Et pourtant, le Yémen est un pays magique.
Il n’est pas question ici de faire un dépliant touristique, le moment serait bien mal choisi. Je livre seulement quelques bribes d’infos.
Le pays a tous les atouts… Ici il faudrait dire plus justement ‘’aurait’’ ou peut-être ‘’aurait eu’’, dans un conditionnel prudent, sous-entendant que les malheurs dont il est question risquent de triompher.
Je m’y refuse. Le pays a donc tous les atouts pour prétendre devenir un des must du tourisme international. Pas du tourisme de masse, non, surtout pas ! Mais un paradis de la visite pour tous ceux qui savent prendre le temps de découvrir un pays et ses habitants. Un tourisme respectueux du pays visité.
Un pays pour tous ceux qui aiment se plonger dans les lieux de culture et d’histoire.

Le Yémen c’est le pays de ‘’l’Arabie Heureuse’’, le pays de la reine de Saba…
Un pays pour les amoureux de paysages grandioses et somptueux, pour les sportifs amateurs de trekking, pour les passionnés d’architecture qui n’en finiront pas de s’émerveiller du charme de la vieille ville de Sanaa (classée au patrimoine mondial), des superbes villages, de véritables nids d’aigles avec leur cultures en terrasses de l’audace de Shibām, la célèbre ‘’Manhattan du désert’’ (elle aussi classée au patrimoine mondial de l’Unesco) et où justement le dernier attentat en date vient de se produire.
Là même où Hassan nous avait conduit une fin d’après-midi pour une vue de Shibām illuminée par le soleil couchant.

Imaginez :
Vous arrivez à l’aérodrome de Sanaa, après une escale à Dubaï !
Une seule seconde vous a suffit pour savoir que vous alliez vivre des émotions fortes, que vous aviez quitté le monde que vous connaissez, que vous avez perdu vos repères. Dubaï vous avait horrifié par son clinquant, son luxe tapageur, sa richesse étalée de façon indécente.
Sanaa vous accueille simplement et pauvrement.
Et vous vous demandez immédiatement : Où est la vraie richesse ? A Dubaï ou ici ?
Mais si vous êtes venus ici c’est sans doute que vous aviez par avance déjà répondu à la question.
Le taxi déglingué qui vous emmène à votre hôtel, dans un vacarme de klaxons vous permet un premier repérage du pays et vous procure vos premières émotions fortes.
Le chauffeur commence, dans un vague anglais, à vous vanter la beauté de son pays. On le sent fier de son pays abrupt, sauvage. Content que des étrangers viennent l’admirer. Il vous indique le nom de son village, qu’il faudra absolument visiter. D’ailleurs son oncle y tient un funduq… (Funduq : Sorte d’auberge rudimentaire avec quelques dortoirs)

 Comme moi, peut-être, vous rencontrerez un guide qui vous conduira pendant une semaine ou une quinzaine de jours. Il vous invitera dans sa famille, chez des amis. Pendant 15 jours vous parlerez ensemble de tous les sujets. La politique, la religion, la société, le quat, les armes… Le soir au funduq, pendant les soirées sur les coussins du mafraj, vous reprendrez les discussions animées. Les voisins et votre hôte du jour prendront part aussi à vos conversations. Vous devrez vous aussi tenter d’expliquer, de justifier si vous y parvenez, votre mode de vie, l’image de l’occident, la politique de vos dirigeants. On ne vous parlera pas de l’indécence de vos femmes, mais on y pensera très fort. 

Hassan fut notre guide pendant nos deux longs séjours. Entre nos deux voyages il était venu plusieurs fois en France et nous l’avions reçu. Je lui avais alors servi de guide à mon tour pour le déplacer dans la région pour ses contacts professionnels. Nous avions ensemble étudié longuement les moyens de développer sa petite agence de tourisme à Sanaa.
C’était encore l’époque où des touristes étaient enlevés régulièrement par des tribus pour faire pression sur le gouvernement, et, en général, ils étaient relâchés sans aucun dommage. Presque du folklore.
C’était avant que le terrorisme ne décide de sanctuariser le Yémen, de le couper du monde, de faire fuir les touristes, d’effrayer la population et de créer une base arrière d’Al Quaïda et d’autres mouvances islamistes.

 Un pays attachant est en train de se faire étouffer par des islamistes fous, loin de nos yeux, loin de nos médias et du regard du monde.
Je repense à cette jeunesse croisée dans les petits villages du Djebel Haraz, comme surgissant de nulle part et ouvrant instantanément des petites échoppes sur notre passage. Il y en avait toujours 2 ou 3 qui parlaient un peu de français et qui devenaient nos guides attitrés pour le village. D’autres parlaient italien ou allemand et attendaient leurs clients tout en nous accompagnant… Une petite économie très sympathique, souriante, gaie et curieuse.
Je repense à ces hommes fiers, qui arborent chacun la jambiya, le fameux poignard à la ceinture, et qui nous souhaitaient la bienvenue.
Je repense avec moins de plaisir à ces femmes, fantômes noirs entre-aperçus, dont seuls les yeux ne disparaissent pas sous le voile strict. Combien des gamines malicieuses que nous avons croisées sont maintenant devenues ces sortes d’ombres ? Que sont devenues ces jeunes filles qui voulaient faire des études, voyager. Elles témoignaient pourtant d’une soif d’apprendre que l’on ne connaît plus autant chez nous.

 Hassan et les autres, savaient que leur pays en avait pour longtemps à chercher sa voie. Ils savaient que ce serait difficile. Il n’imaginaient pas que tous les efforts d’ouverture, toutes les timides avancées vers une société un peu moins dure et stricte seraient remis en question en moins de 2 ans par quelques furieux de la religion et de la tradition, par ceux qui ont décidé de prendre le contrôle du pays sans même chercher à y prendre le pouvoir, pas encore, simplement en distillant la terreur avec une régularité de métronome, en asséchant tout contact avec l’extérieur et en replongeant le pays des dizaines d’années en arrière.
L’Afghanistan n’est plus assez sûr pour les terroristes et l’annexion du Yémen leur sera beaucoup plus facile. 2 ou 3 attentats par an suffisent à bloquer toute l’activité touristique, à peine balbutiante. Le Yémen fait indirectement les frais d’autres offensives géopolitiques, il n’intéresse personne, à part les islamistes.

 Ce matin j’ai répondu à Hassan.
… Les paroles optimistes que je voudrais t’adresser restent coincées au fond de ma gorge.
Une fois de plus je pense à toi en me disant que toi, que vous tous les yéménites, vous êtes les victimes directes d’une guerre d’un autre temps.
Les victimes de salopards qui mènent leur combat idéologique, avec application et méthode.
Pour le moment ils sont gagnants. Ils parviennent à ce qu’ils veulent, isoler un peu plus le Yémen, en faire un sanctuaire.
Et je ne sais plus quoi te dire pour essayer de te remonter le moral.
J
e vais faire un article sur un site internet français à propos du Yémen. Je voudrais que l’opinion ici sache ce qui se passe chez toi, sache comme ce pays est magnifique, comme les yéménites sont accueillants, amicaux.
Pour que les français ne confondent jamais les yéménites avec les terroristes.
Pour que les français comprennent que vous souffrez et pour qu’ils aient envie de vous soutenir.

Gardons la foi dans un monde meilleur, plus tard, mais le plus vite possible...

 J’espère que quand ce cahot cessera, l’un ou l’autre d’entre vous qui lisez ce texte aurez l’envie et la curiosité d’aller voir de plus près le Yémen et ses habitants. Je sais que vous y serez émerveillés et que vous éprouverez comme moi l’envie d’y retourner.

Je sais que ces fous mènent un combat d’arrière garde et que le peuple du Yémen saura les foutre dehors.

Enfin, je l’espère, pour Hassan et pour tous les yéménites.

par Philippe D mercredi 18 mars 2009 - 47 réactions
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  • Par Philippe D (xxx.xxx.xxx.204) 18 mars 2009 15:55
    Philippe D

    @ Loule
    J’ai du mal à bien comprendre votre commentaire.
    Le Yémen a besoin de temps, de calme et de paix pour avancer. C’est aussi par des contacts avec l’extérieur qu’il pourra se transformer à son rythme, contacts qui deviennent beaucoup plus rares depuis le lancement de cette campagne d’attentats.
    Les femmes yéménites n’ont certainement pas une condition enviable vue avec nos yeux d’occidentaux mais elles n’auraient vraiment rien à gagner si le pays devait se refermer sur lui-même.
    Un pays ne peut pas disparaître. S’Il disparaît de nos médias et de nos centres d’intérêt ses habitants continueront à y vivre dans une misère un peu plus noire et dans des conditions encore plus difficiles.

  • Par fergus (xxx.xxx.xxx.206) 18 mars 2009 16:50
    Fergus

    Au risque de vous surprendre, Loule, sachez que l’une de mes amies passionnée d’architecture est allée, SEULE, au Yémen il ya un quart de siècle. Elle a visité, TOUJOURS SEULE, Sanaa et les villages environnants en suscitant une grande curiosité certes, mais aussi un énorme respect et un sens exemplaire d’hospitalité de la part des yéménites. A son retour, elle a déclaré se sentir plus en insécurité en faisant de l’auto-stop au crépuscule dans notre bonne vieille France. Il est vrai que, depuis, les choses se sont dégradées et qu’il y a eu, ici et là, des enlèvements crapuleux au Yémen. Sans doute ce genre de voyage ne serait-il plus possible aujourd’hui.

  • Par Le péripate (xxx.xxx.xxx.212) 18 mars 2009 16:11
    Le péripate

     Le Yemen.... je ne connais pas le sud, où a eu lieu ce drame. J’avais visité le nord, et ses villages d’aigles. J’ai passé quelques jours dans un village où il se raconte qu’avait été retenu captif un touriste américain et son chien. La légende dit que le chien avait un poulet par jour, et le touriste sa bouteille de wiskey. Vrai ou faux, je ne sais pas.
    J’avais été séduit par les yéménites, même si l’usage quasi généralisé du qat ne nous facilitait pas le travail (le chauffeur devait se ravitailler tous les jours au marché). Il avait aussi une kalachnikov avec laquelle il s’amusait beaucoup à tirer en direction des vautours, alors que nous nous soulagions tranquillement sur le bord de la piste... smiley Surprise garantie !

    C’était il y a plus de dix ans, et je me sentais en sécurité, même dans les ruelles de Saana la nuit.

  • Par Ahlen (xxx.xxx.xxx.132) 18 mars 2009 18:12
    Ahlen

    @ Philppe pour sa réponse @ Loule

    Je suis maghrébin, presque 70 ans. Je me rappelle, je n’avais pas encore la dizaine, ma défunte mère portait le voile. Elle s’en est débarassée dès l’indépendance, en 1956. Plusieurs femmes de l’entourage, à l’époque, avaient carrément adopté la tenue européenne ! Quel consternation de voir qu’en 2009, de jeunes filles venant de je ne sais quelle planète, se vêtir à qui du hijab, à qui de noir comme des corbeaux ! Si le monde "libre" se désintéresse des pays où sévissent les extrêmistes de tous bords, ce monde-là ne sera plus libre lui-même.

    Ne dormez pas sur vos lauriers, Loule !

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