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Accueil du site > Actualités > International > Leadership en Afrique : Le maillon manquant !

Leadership en Afrique : Le maillon manquant !

Dans son récent rapport intitulé Afrique au travail : création d'emplois et croissance incluse, McKinsey Global Institute (MGI), la division recherche en business et économie de McKinsey & Company, vient de publier un article approfondi indiquant que l'Afrique est la 2ème région où la croissance est la plus rapide du monde, où la pauvreté est en baisse, et où près de 90 millions de ses ménages ont rejoint la classe des consommateurs dans le monde.

Après avoir fait une première lecture le rapport de MGI, je me suis empressé, assez naïvement il faut l’avouer, de partager celui-ci sur mon profil Facebook (FB). Pourquoi ne devrions-nous pas être enchantés pour une fois de lire de bonnes nouvelles sur le développement en Afrique ? Ensuite, les commentaires que j'ai reçus de mes amis FB rappelèrent le débat entre les partisans du développement économique et les défenseurs du développement humain. Oui, l’Afrique est la deuxième région au monde qui se développe rapidement ; mais mes amis estiment qu'il existe une différence fondamentale entre le développement économique et le développement humain, et que les pays africains ont le plus désespérément besoin de développement humain. Pour eux, les améliorations économiques sont de moindre importance, les réalités de la vie quotidienne à Douala, Lagos, Bamako ou Maputo ne reflétant pas les résultats du MGI. Le Mozambique est l’un des pays d’Afrique avec le plus fort taux de croissance, à savoir 7% en 2010 et 7,5% en 2011 d’après le FMI. Ce pays a été classé en 2011 (lire l’article de Agnès Ratsimiala sur SlateAfrique) parmi les 10 pays ayant les plus forts taux de croissance de leur PIB réel sur trois années, en se basant sur les chiffres du CIA World Factbook, les projections du FMI, et de l’indice de perception de la corruption de Transparency International. Mais malgré cette croissance rapide, 70% de la population vit encore en dessous du seuil de pauvreté !

La Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) a indiqué dans son Rapport économique sur l’Afrique 2011 que les économies africaines ont rebondi après la crise qui a été provoquée par la récession mondiale. Selon la CEA, l’Afrique a fortement rebondi, passant d’un taux de croissance du PIB de 2,4 % en 2009 à 4,7 % en 2010, même si l’on a observé un ralentissement de 2,7 % en 2011, en raison notamment des troubles politiques en Afrique du Nord. La CEA a indiqué dans son Rapport économique sur l’Afrique 2012 que le taux de croissance du continent devrait atteindre 5,1 % en 2012 et rester robuste à moyen terme.

Diverses études ont montré que les mesures de la consommation réelle basées sur la possession de biens durables, la qualité du logement, la santé et la mortalité des enfants, l'éducation de la jeunesse et de la répartition du temps des femmes dans le ménage indiquent que le niveau de vie en Afrique a, au cours des deux dernières décennies, connu une croissance de plus de 3% par an. Cependant, la pauvreté persistante est une réalité pour des millions d'hommes, de femmes et d'enfants. A titre d’illustration, sur une population de 16 millions de personnes au Cameroun, 7 millions vivent en dessous du seuil de pauvreté d'un dollar par jour, 8,5 millions résident dans les zones rurales et environ 1 million vivent avec le VIH/SIDA. En Afrique du Sud, 11 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté et près de 6 millions ont le VIH/SIDA. Au Nigeria, 110 millions de personnes sur une population de 158 millions de personnes vivent avec moins de 1 dollar par jour.

Dans son livre intitulé Complex Systems Theory and Development Practice, Samir Rihani estime qu'il ne peut y avoir de développement économique sans développement humain. Certes, il y a des millions de possibilités inexploitées en Afrique pour transformer le développement économique en développement humain. MGI a conseillé une stratégie en cinq volets visant à accélérer le rythme de création d'emplois en Afrique qui pourrait ajouter jusqu'à 72 millions de nouveaux emplois rémunérés au cours de la prochaine décennie, en augmentant la part de la main-d'œuvre à 36 pour cent ! La stratégie en cinq volets conseillée par MGI est la suivante : (1) identifier un ou plusieurs sous-secteurs à forte intensité de main-d'œuvre dans un pays africain qui dispose d'un avantage concurrentiel mondial ou pourrait combler la forte demande intérieure ; (2) améliorer l'accès au financement dans des secteurs cibles ; (3) construire une infrastructure propre ; (4) réduire la réglementation inutile ; et (5) développer des compétences dans des secteurs cibles.

On peut quand même douter que la simple application de la stratégie en cinq points proposée par MGI à elle seule soit suffisante à ajouter jusqu’à 72 millions de nouveaux emplois rémunérés au cours de la prochaine décennie sans les effets positifs d'autres facteurs de développement. Les approches appliquées par le passé qui étaient impulsées par l’État et tirées par le marché, n’ont pas permis de promouvoir la transformation économique du continent. En plus, l'Afrique se heurte encore aujourd’hui à des obstacles majeurs. Pourquoi ? Rihani, mais également Hernando de Soto (l’auteur de The Mystery of Capital) avant lui, ont démontré que le développement est un processus adaptatif complexe et non un processus linéaire newtonien comme présumé par erreur par divers théoriciens et réformateurs !

La linéarité est associée à l’ordre, la prévisibilité des causes liées et des effets, et aux lois universelles connues qui permettent des résultats souhaitables, pouvant être obtenus par l'application des entrées nécessaires à un système. Des paradigmes linéaires provenaient des idées avancées par des chercheurs tels que Hobbes, Descartes, Locke, and Newton. Mais l'Afrique est si complexe et imprévisible que la linéarité ne peut, dans la majorité des cas, nous aider ! En Afrique, des événements triviaux peuvent amener de grands bouleversements. Une cause donnée peut conduire à plus d'un résultat, et si le processus est répété, les résultats peuvent être, et sont souvent différents.

Alors, comment pouvons-nous aider l’Afrique ? L’ancien Président du Ghana, John Agyekum Kufuor, estime que "ce dont l'Afrique a besoin, c'est le leadership. Un bon leadership. Pas n'importe quel type de leadership, mais le leadership qui a été bien préparé à diriger un développement socio-économique, qui a une vision et est imprégné d'un zèle missionnaire pour s'attaquer à la myriade de problèmes qui interpellent le continent par ordre de priorité ".

La croissance économique en Afrique s’est accélérée au cours de la décennie passée, mais le bien-être des Africains ne s’en est pas pour autant amélioré. En raison de l’absence de lien entre la croissance économique et l’amélioration du bien-être, il est urgent pour les africains d’imaginer des nouveaux modèles de leadership pour s'attaquer à la myriade de problèmes qui interpellent le continent.

Il y a une crise de leadership qui empêche la gestion du processus de développement complexe adaptatif en Afrique. Les causes de cette crise sont multiples : mentalité coloniale des Africains et tous ses corollaires, mauvaise gouvernance et corruption, mépris total de l'intérêt commun et du bien-être des populations africaines par la classe dirigeante, conflits répétés, incapacité des Africains à mettre en œuvre des initiatives louables, absence d’ intégration régionale, etc., etc.

Le genre de leadership dont l’Afrique a besoin

Les conceptions traditionnelles ou hiérarchiques du leadership sont de moins en moins utiles, étant donné la complexité de l'Afrique. Le leadership traditionnel a été interprété de diverses manières. Il fait fréquemment appel aux images de vision, de courage, d'engagement et d'action franche. Les leaders sont généralement considérés comme des personnes qui possèdent une vision claire de ce qui doit être fait et sont capables de transformer leurs visions en résultats substantiels. Le leadership est un moyen de transformation personnelle, une attitude ou un comportement particulier d'aborder la vie et d'être engagé dans un processus continu et englobant qui mène vers l'accomplissement humain.

Il y a un besoin urgent en Afrique d’un nouveau type de leadership possédant le courage et les compétences nécessaires pour construire et réinventer le continent en ces temps de changement complexe, dynamique, imprévisible et dans tous les domaines socio-économiques, politiques, et technologiques. Toute action de soutien à des initiatives ou programmes de développement des capacités de ce nouveau leadership pour le développement de l’Afrique est la bienvenue.

J'ai passé en revue les institutions existantes visant à développer les capacités en leadership de nos futurs dirigeants : ALI en Namibie, AfLI de l’Archevêque Desmond Tutu et TMALI du Président Mbeki en Afrique du Sud, pour en citer quelques-unes. L'objectif principal de toutes ces institutions est de renforcer les capacités d’un nouveau leadership africain prêt à faire face aux exigences du monde contemporain. Excellentes initiatives dans la même lignée que le Centre Colin L. Powell de leadership et de service, parfois avec les mêmes offres de formation.

Qu’est donc un nouveau leadership africain prêt à faire face aux exigences du monde contemporain ?

Un nouvel état d'esprit est en train d'émerger, qui reconnaît que les questions de développement en Afrique sont trop complexes et confuses, et ne peuvent être traitées par le leadership traditionnel. Les exemples triviaux qui mettent en lumière cette complexité sont légion : corruption endémique ; inondations ; maladies ; incendies ; coupures intempestives d'eau et l'électricité même dans les capitales africaines ; ou essor des Boda-boda à Kampala, Bendskins à Douala, ou Okada à Lagos, ces motos-taxis qui représentent une réponse « par le bas » à la crise de leadership actuel.

De manière générale, plusieurs questions devraient avoir des réponses pratiques si nous voulons réussir ce nouveau pari. Ces questions sont liées 1) à l’ensemble d'actions que nous mènerons dans le contexte de la globalisation, 2) aux approches stratégiques (sans doute cross-sectorielles) dans la lutte contre pauvreté, 3) à la gestion des conflits et à la résolution et la prévention de la violence, 4) à la légitimité des institutions étatiques, 4) à un monde d'interdépendance croissante, 5) à la gestion de transformations à grande échelle, 6) à la gestion des contradictions et des paradoxes, ou 7) à la lutte et la prévention de la corruption endémique qui mine le développement de l’Afrique.

Le nouveau leadership africain devra repenser le concept de développement et des impasses d’un processus de standardisation des sociétés en redécouvrant les styles et qualités existants dans la philosophie passée, la culture, et le comportement de l'Afrique. Le développement de l'Afrique devrait s’opérer dans un ensemble de paradigmes non-linéaires. Le développement tel qu’il est imposé aux sociétés africaines est fortement tributaire d’une culture et d’une vision du monde caractéristiques de la philosophie occidentale linéaire, la Banque Mondiale et le FMI assurant le service après-vente !.

Les résultats publiés par MGI sont certes encourageants, mais ils doivent être analysés en tenant compte des défis du développement humain, de la complexité et - pour beaucoup d'endroits – de l’environnement chaotique dans lequel nous vivons. Je suggère de relever ces défis en développant un nouveau modèle de leadership basé non sur la bureaucratie et la linéarité, mais sur la complexité.

Source : blog.nkoyock.net 


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13 réactions à cet article    


  • Rensk Rensk 10 octobre 2012 14:06

    Quelque part... vous nous dites que les boîtes envieuses des USA... sont plus que surprises des effets des investissements chinois...


    • Dr. Alain Nkoyock Dr. Alain Nkoyock 10 octobre 2012 16:27

      Non, les institutions de Bretton Woods ne sont pas surprises, mais vont reagir des que les gouvernements des pays africains (notamment au Sud du Sahara) comprendront la necessite de transformer cette croissance economique en des programmes sociaux qui touchent différents domaines comme la santé, l’éducation ou encore l’agriculture et.... entièrement subventionnées par les entreprises nationales.


      DrAN

      • Hervé Hum Hervé Hum 10 octobre 2012 23:44

        Votre article fait l’impasse sur le poids des ingérences et des intérêts des anciennes puissances coloniales, notamment la France. Est ce voulu ? Pourtant il me semble qu’aucune analyse ne peut en faire l’économie.

        Le problème récurrent des pays africains est que leur frontières ne sont pas des frontières culturelles naturelles pour la plupart.

        Les pays d’Afrique sortiront véritablement de leur guerres sans fin le jour où ils auront réglés leur problèmes frontaliers... Intérieurs ! Entre minorité et majorité culturelles. Le developpement économique a un fort pouvoir d’anesthésie mais reste toujours sous la menace d’un réveil brutal en cas de récession. Bref, si vous avez totalement raison en ce qui concerne le leadership, celui ci doit surtout permettre aux pays africains de se retrouver autour d’une table pour régler une fois pour toute le problème des clivages culturels chevauchant les pays issus de la partition faite par les anciennes puissances coloniales. Ceci ajoutant à la complexité.

        Mais l’histoire du monde nous enseigne que la condition préalable à tout épanouissement social d’un pays tient à sa cohésion sociale et celle ci passe par l’intégration des différentes cultures la composant. A l’inverse d’une Europe qui se fédéralise à reculons parce que les nations qui la constituent sont séculairement structuré, un mouvement (volontaire) fédéraliste de pays d’Afrique aurait pour conséquence une régionalisation fondé sur la valorisation des frontières culturelles pré coloniales. Les pays d’Afrique pourraient aussi attendre que le temps structure ces pays nées de la colonisation, mais je crois que le monde n’attends plus. Cela veut dire que ces pays issus de la colonisation devraient terminer avec cette période en détruisant son plus puissant vestige, ses frontières...  


        • Hervé Hum Hervé Hum 11 octobre 2012 10:26

          Cher auteur, il m’aurait plu de connaître votre point de vue sur mon message et cette question :

          L’abolition des frontières coloniales n’est elle pas la meilleure manière de solder cette époque et de se réapproprier son histoire, sa cohésion sociale et son honneur bafoué ?


          • Dr. Alain Nkoyock Dr. Alain Nkoyock 11 octobre 2012 16:05

            Cher Herve,

            Merci pour cette très bonne contribution a ce débat sur le déficit de leadership en Afrique.

            Je remarque que le débat sur la responsabilité des occidentaux sur le niveau de pauvreté des nos pays ou notre sous-développement a tendance a nous dédouaner de notre propre responsabilité. On ne peut prétendre d’exercer un leadership efficace sur la marche de nos pays en fuyant nos propres responsabilités. C’est la raison pour laquelle j’ai volontairement esquivé cet aspect.

             

            Oui vous avez raison, cher Herve, sur les valeurs culturelles d’une société comme reflets de ses transformations économiques et sociales. Mais devons-nous ouvrir cette boite de pandore lié aux problèmes frontaliers (internes, sous-régionaux, ou régionaux) ? Il me semble que c’est risqué au vu des difficultés qu’ont certains blocs sous-régionaux a définir des mécanismes qui facilitent l’intégration et la coopération entre les pays. On le voit bien avec la CEMAC ou la CEEAC pour rester plus près de nous en Afrique centrale. Je ne parlerai pas des problèmes internes aux pays qui sont lies aux méfaits du tribalisme. 

            Par contre (et ceci fait déjà l’objet d’une réflexion séparée), on peut aisément établir une corrélation entre l’oubli/rejet des valeurs (culturelles et philosophique) des sociétés africaines au Sud du Sahara et leur sous-développement, même si on s’efforce aussi de montrer que les valeurs ne peuvent en être le seul déterminant et que le développement agit également sur les valeurs.

            En revenant sur la question des frontières culturelles naturelles, on remarque que même les défenseurs de la révolution bolivarienne (qui me fascine) n’ont pas pu reprendre le flambeau de Bolivar sur l’unification de l’Amérique Latine même avec le MERCOSUR, la CSAN (devenue UNASUR), l’Alba, etc. je ne suis pas convaincu que ca nous aidera d’ouvrir ce débat maintenant ; mais je peux me tromper. 

            Meilleures salutations.

            DrAN.


            • Hervé Hum Hervé Hum 11 octobre 2012 17:53

              Merci pour votre réponse.

              Ouvrir la boite de pandore des frontières « coloniales » paraît risqué. Si l’on s’en tient à l’exemple de l’Europe, celles ci ont nécessités beaucoup de temps et de guerres avant de se stabiliser. Mais si l’on prend le cas de l’ETA on peut voir que le sujet est très, très sensible.

              Si maintenant on prend l’exemple de l’Amérique du sud on peut remarquer la quasi absence de guerres culturelles. Bolivar à fait souffler le vent de l’indépendance et après ? Plus rien excepté quelques conflits mineurs et de courte durée. A quoi cela tient ? A la préeminence des colons européens (majoritairement latins) sur le pouvoir politique et économique de ces pays. Bref, une même origine culturelle et linguistique car les populations précolombiennes étaient soumises par les colons européens.

              L’exemple de l’Amérique du sud montre donc que la cohérence culturelle est la base d’une véritable paix civile. L’Afrique montre tout l’opposé, une diversité culturelle et linguistique prodigieuse qui dans les conditions actuelles est e pire de ses handicaps. Par contre, si les frontières culturelles étaient redessiné pour correspondre avec la réalité culturelle, cette diversité deviendrait la grande force de l’Afrique et de mon point de vue lui permettrait de faire du gagnant-gagnant sur tout les aspects, social, culturel, santé, économiques, politiques, etc.

              A juste titre vous soulignez l’importance pour les citoyens des peuples africains de prendre leur responsabilité et d’assumer autant le passé que le présent pour construire un avenir meilleur. Mais celle ci ne passe t’elle pas par l’ouverture d’une table ronde ouverte à tous les peuples ? Ouvrir une sorte d’assemblée générale des peuples d’Afrique dont le but serait d’abolir les frontières coloniales pour tracer celles des peuples d’Afrique. Frontières basé sur la culture et non plus sur la nationalité ou nationalisme qui conduit toujours à la guerre et à la dictature.

              Nombre sont ceux qui en Europe redoutent la régionalisation, mais celle ci est la structure la plus proche des particularismes culturels et donc pour leur défense. Ils craignent un super pouvoir étatique européens incontrôlable, mais en fait, celui ci existe déjà au niveau des états et il est tout aussi incontrôlable... Le contrôle tient à l’implication des citoyens et celui ci ne s’organise pas au niveau d’un pouvoir centralisé mais bel et bien d’un pouvoir décentralisé remontant de proche en proche vers ce qui n’est alors plus un pouvoir, mais un organe gestionnaire.


              • Hervé Hum Hervé Hum 11 octobre 2012 20:38

                Oups, je m’aperçois de cette erreur « les frontières culturelles étaient redessiné pour correspondre avec la réalité culturelle »

                Biensûr je parlais des frontières nationales


                • Hervé Hum Hervé Hum 12 octobre 2012 09:52

                  Bonjour Dr Alain Nkoyock

                  Suite à l’objet de mes commentaires, si vous ne connaissez pas je vous invite à regarder le modèle confédéral Suisse.

                  Mon regard d’occidental, donc extérieur, me fait voir les citoyens des pays d’Afrique sautant le plus souvent leur appartenance à leur drapeau national. Je veux dire qu’ils me paraissent passer directement de leur identité culturelle tribale ou de peuple à leur appartenance raciale soit l’africanité.

                  En conclusion, il me semble que le maillon manquant pour voir naître un grand leadership africain est plus que tout une pensée qui soit porteuse de la fierté africaine et capable de faire le pont entre l’ancienne Afrique pré-coloniale et la nouvelle post-coloniale. Donc, capable de faire le deuil de la période coloniale en en faisant le procès moral (faire un bilan du négatif et positif), seul moyen pour s’en libérer totalement.

                  Cela ne peut venir que d’un discours fort qui ne soit pas seulement un réquisitoire à charge mais surtout un appel pour une véritable Afrique porteuse d’espoir et de libération et donc contenir un ou des voies de solutions. Le modèle politique confédéral suisse est en ce sens le plus proche de la réalité africaine.

                  Mais peut être que je me trompe !


                  • Thierry Duval 12 octobre 2012 11:07

                    Bonjour M. Hervé Hum

                     

                    J’ai lu avec beaucoup d’attention vos différentes interventions qui sont par ailleurs très intéressantes. Dans un monde idéal, vous avez raison. Une Afrique des peuples et des cultures, en gommant les frontières venues de la colonisation, serait peut-être, sous un système fédéral, une bonne solution. Pourtant, je n’en suis pas si sûre, et ceci pour plusieurs raisons.

                     

                    La première est que l’histoire montre bien qu’on ne revient jamais en arrière sur le plan historique. Même dans des situations où les frontières, c’est vrai, ont été décidées de façon complètement arbitraire et parfois chaotiques, la situation ne revient jamais en arrière.

                     

                    Il faut à cela ajouter que au sein des nations africaines est né aussi durant ces longues années de colonisation et post colonisation un sentiment d’appartenance nationale, ce qu’on constate dans la plupart des pays, sentiment qui a pris de plus en plus d’importance. Prenez le cas du Cameroun, où les vrais indépendantistes qui se sont battus contre la France au moment de la Françafrique, je pense entre autres à Um Nyobé, qui avait créé le mouvement Union des Peuples du Cameroun, ainsi que d’autres indépendantistes, qui y ont laissé leur peau, parce qu’ils ne jouaient pas le jeu de la France. Ces gens –là avaient compris que l’union fait la force. N’oubliez pas que le Cameroun abrite env. 250 ethnies avec chacune sa culture et sa langue.

                     

                    La solution est une solution à inventer, une solution d’avenir. Un système fédéraliste, comprenant comme entités les ethnies avec leurs cultures, langues, traditions, etc. perdrait en efficacité sur le plan politique, certaines petites ethnies étant totalement « noyées » sous le nombre.

                     

                    La solution serait peut-être un système fédéraliste, à l’intérieur des pays qui ont acquis un sentiment nationaliste, système basé sur des régions, ce qui permettrait de prendre en compte les intérêts spécifiques des régions, tout comme nous avons chez nous des cantons. A l’intérieur de ces régions, des ethnies, des systèmes traditionnels africains, qui auraient également leur rôle à jouer, un rôle traditionnel à l’intérieur de leurs sociétés respectives.

                     

                    Le grand défi de l’Africain aujourd’hui est celui-là. Comment conserver toute cette richesse culturelle, ethnique, toute cette richesse qui provient des traditions, tout en entrant dans un monde moderne, qui suppose la mondialisation ? C’est un virage qu’il devra prendre dans l’harmonie, de façon démocratique, sans nostalgie d’un passé pré colonial, un virage qui verra naître une autre Afrique, celle des nations, des régions au sein de l’Afrique, des régions au sein des pays, et celle du respect des traditions et des cultures. Espérons que ce défi sera relevé !


                  • Dr. Alain Nkoyock Dr. Alain Nkoyock 12 octobre 2012 11:36

                    Je ne pense pas que l’Afrique, dans sa globalite, peut adopter le modele confereral Suisse. Le Nigeria est entrain de reussir, avec beaucoup de difficultes il est vari son federalisme avec 36 Etats et FCT (Abuja). Quelques pays africains adoptent petit a petit ce modele. Au Cameroun par exemple, la decentralisation est effective avec 10 regions avec un role important aux mairies. 


                    Mais quelque soit le modele adopte, mon argument ici est que le manque du leadership africain est lie a l’abandon de la culture et la philosophie africaines, a l’application des modeles lineaires pour resoudre les problemes complexes. J’insiste sur la prise en compte de la tryptique culture—>philosophie—>leadership dans un environment complexe.

                  • Hervé Hum Hervé Hum 12 octobre 2012 14:39

                    Merci de votre réponse argumenté.

                    Je n’ai pas une grande connaissance (pour ne pas dire ignorance) des constitutions des pays africains, cependant, le point commun à tous les conflits du monde et en tout temps, est la lutte pour la terre sous entendant au 1er chef la culture. L’Afrique ne fait pas exception, mais son problème est augmenté par le fait que les frontières coloniales ont été édifiés sur le principe de la division des peuples. Le post-colonialisme c’est essentiellement appuyé sur cette division pour continuer à tirer les ficelles et nourrir les guerres civiles inter ethniques afin de contrôler les pouvoirs en places, vendre ses armes et continuer à exploiter les matières 1eres.

                    Le problème résiduel que l’Afrique a et aura du mal à résoudre concerne donc les zones transfrontalières où des peuples sont partagés entre deux voir trois pays différents. Ce phénomènes se rencontre partout dans le monde. Cachemire entre Inde et Pakistan, pays basque entre Espagne et France, conflit israélo-palestinien. Bref, même s’il y a des différences, tous les conflits ont la même origine commune. Les soi disante guerres de religions ne sont que des leurres car à quelques exceptions près, toutes les guerres ont la même source, La terre. Car sans elle vous n’avez aucun droit, autre que ce que vous consent celui qui la possède !

                    Si vous prenez une carte et faites un diaporama de tous les peuples ainsi partagés entre différents pays d’Afrique, combien en comptez vous ? Pour combien de conflits ?

                    L’histoire ne revient jamais en arrière, je suis d’accord avec vous, mais le présent à force de loi sur le passé. Sinon, tout serait figé dans le marbre. L’ancien Zaïre c’est transformé en RDC. La Yougoslavie c’est divisé en Slovénie, Croatie, Bosnie, etc. Bref, ce qui importe est d’arriver à trouver une solution permettant à chacun de vivre en paix avec son voisin. Nombres de conflits ne trouvent leur solution qu’en redessinant les frontières entre pays ou bien par la création d’un nouveau pays. Mais après combien de morts et combien d’autres encore ?

                    Le manque de leadership est criant (mais pas seulement en Afrique), celui d’une volonté de justice sociale et de paix civile. Et de mon point de vue il doit passer par la résolution des problèmes transfrontaliers issues des peuples assis à cheval sur ces zones sur lesquelles s’appuie tous les dictateurs africains, comme tout bon dictateur, ici ou n’importe où sur Terre.

                     


                    • Dr. Alain Nkoyock Dr. Alain Nkoyock 12 octobre 2012 20:01

                      Il ya des exemples similaires en Afrique qui sont entrain d’etre regles par la CIJ : Bakassi entre le Cameroun et le Nigeria ; le conflit entre le Niger et le Burkina Faso, etc. Mon probleme c’est une question de priorite au moment ou l’Afrique a des problemes urgents a regler.


                    • Hervé Hum Hervé Hum 12 octobre 2012 22:11

                      Bonsoir,

                      Je ne voudrai pas abuser de votre temps. Mais pour finir, tant que les problèmes transfrontaliers ne seront pas réglés, la prospérité africaine restera une utopie. Car l’histoire enseigne que la prospérité ne vient pas pendant les conflits mais toujours après. Pendant les conflits, l’urgence est partout et ne profite qu’aux vendeurs de malheurs. Un conflit ne se résume pas aux zones de combats, mais aux zones périphériques plus ou moins larges, si l’on considère toutes ses cohortes de déportés.

                      Souhaitons que la CIJ trouve des règlements définitifs aux conflits qu’elle juge. Si par bonheur il en est ainsi, les solutions viendront d’elles mêmes... Et l’urgence disparaîtra avec les conflits.

                      Bonne soirée

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