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Les conséquences du pic pétrolier sur l’économie et la paix

Comme annoncé dans le titre, quelles peuvent être les conséquences du pic pétrolier sur l’économie et sur la paix ? Voici quelques pistes de réflexion...

Le problème du peak oil (pic pétrolier) [1] est un sujet qui me passionne déjà depuis longtemps (les acteurs économiques ainsi que les politiques concernés planchent déjà sur le sujet depuis quelques années en toute discrétion, on commence seulement à voir des articles auprès du grand public récemment, avec la une du Monde daté du 25 mai 2008, par exemple, mais seulement trois articles dans Le Monde en 2007 sur un problème qui constitue pourtant un casse-tête majeur de l’économie mondiale). Je suis convaincu, au vu de l’analyse des chiffres et de nombreuses discussions, que 2007 restera dans les annales comme l’année du peak oil. On peut « chipoter » à une ou deux années près, mais cela ne modifie pas la donne.

Concrètement les coûts énergétiques (autant que financiers) d’exploitation du pétrole sont de plus en plus élevés (c’est pourquoi l’exploitation du pétrole deviendra prohibitive à un horizon bien plus court que ne le permettent les réserves de pétrole), la demande augmente alors que les capacités de production stagnent et vont même déjà baisser dans les prochains mois. Ainsi, c’est révélateur, le président de Lukoil, 1er pétrolier russe - 1er pays au monde en termes de réserves de pétrole - a annoncé avoir atteint le max l’an dernier (quand c’est le cas depuis longtemps pour d’autres zones - comme la mer du Nord). Les pays du Golfe sont contraints d’abandonner certaines méthodes comme l’extraction de pétrole par injection de gaz. Les réserves des pays du Golfe sont revues à la baisse. Les nouveaux gisements découverts sont techniquement plus difficiles à exploiter - i.e. les gisements par -7 000 m de fond au large du Brésil. Les investissements nécessaires sont importants. Le prix du baril va vraisemblablement atteindre les 200 dollars dans les 6-24 mois et les 300 dollars dans les 3-4 ans. Ensuite la situation sera nettement dégradée car les conséquences sur les populations imposeront des évolutions de mode de vie ou de mentalités.

Logique de pronostiquer une crise mondiale importante étalée sur une vingtaine d’années à partir de 2020 environ : cette vingtaine d’année est avant tout le temps nécessaire à l’adaptation du système industriel aux défis technologiques posés par la disparition de la ressource pétrole (puis du gaz avec un décalage de 10-12 ans environ sur le pétrole). L’échéance est déjà à court terme (12-15 ans avant cette crise inédite, ce n’est pas demain, c’est après-demain, et ça aura beaucoup de conséquences concrètes sur la vie de tout un chacun). Auparavant, et on en voit les prémices actuellement, le système subit une succession de crises d’abord financières (puisque le temps est très rapide pour les transactions), puis économiques (le temps relatif aux cycles de production et aux échanges commerciaux), et géopolitiques, politiques et sociales, puisque l’économie fût-elle financiarisée à outrance, ne peut être déconnectée du monde réel.

Il me semble que le système capitaliste a intrinsèquement la ressource de diminuer les conséquences à très court terme, par une recherche de stabilisation des marchés, par l’intervention des banques centrales, par un rôle accru des Etats pour maintenir la rentabilité du loyer de l’argent. Il en va de la logique financière de notre système. Il y aura certainement une succession de krachs boursiers, avec la mise à niveau de la bulle spéculative plus en rapport avec l’état réel de l’économie. Mais il y aura une difficulté de taille, comment concilier une logique de la recherche de profits spéculatifs avec une économie en récession ? Comment le système pourra-t-il s’ajuster avec une économie qui ne pourra plus être éternellement en croissance ? D’ailleurs, la notion de croissance est à mon avis dangereuse à bien des égards.

La situation va, je crois, se dégrader par paliers et non brusquement (pas de souci, on peut encore rouler en 4x4 sur le périphérique parisien durant quelques années encore), et ce au gré de l’apparition de symptômes d’une crise plus profonde. Il est logique que les espaces économiques et politiques se raidissent afin de maintenir la rentabilité financière et économique. C’est le cas de l’espace européen ou des Etats-Unis. Les gouvernements et les alliances entre Etats jouent un rôle de régulation et d’anticipation des crises à venir, au service d’une certaine conception de l’économie. C’est osé, mais on pourrait parler de "drôle de crise" par référence à la drôle de guerre qui a duré quelques mois avant l’invasion de la France en juin 1940. Il en va de même pour la crise actuelle qui n’est que les prémices d’une crise autrement plus profonde et aux effets plus graves.

Exemple actuel de conflit et de collaboration au niveau monétaire, la Chine qui a beaucoup d’actifs dollar a intérêt à endiguer le dollar faible pour limiter l’effritement de ses positions. Les Etats-Unis ont besoin d’un dollar faible au regard du très fort endettement en dollar vis-à-vis du reste du monde. Le dollar est à la monnaie mondiale et pas seulement celle d’un impérialisme. L’Europe financière a besoin de rassurer les marchés avec un euro fort même au prix d’une vulnérabilité aux exportations, etc.

Sur le plan militaire, les États-Unis gardent la main, malgré une situation économique fragilisée et un endettement sans précédent, ceci grâce à la formidable capacité militaire. Un réseau de base tente de contrôler les voies d’approvisionnement en énergie, les gisements, les goulots stratégiques. Dans la logique des néo-conservateurs au pouvoir, il est essentiel de disposer d’une capacité de frappe de l’adversaire et concurrent économique. La Russie, avec respectivement 12,5 % et 31 % des ressources mondiales de pétrole et de gaz, est, pour des raisons qui ne tiennent pas qu’à l’Histoire et à sa propre capacité militaire nucléaire et conventionnelle, sa technologie, ses ressources naturelles, son espace, ses capacités économiques et financières, un ennemi tout naturel et désigné. La Chine avec son fort potentiel financier, son économie en développement, sa technologie également, est, en dépit de sa faible capacité de nuisance nucléaire, un autre ennemi désigné. Ensuite, on peut entrer dans le détail de la géostratégie pour telle ou telle zone. Les efforts technologiques consentis par les Etats-Unis sont à la hauteur des enjeux que ce pays se donne. La militarisation de l’espace, le bouclier antimissile [2], pièce maîtresse dans une stratégie d’attaque, afin de détruire ce qui reste des capacités de nuisance de l’adversaire naturel. Lire à ce sujet : Les Etats-Unis sont-ils une menace pour l’Europe ? [3].

Ce regain de tension et les défis majeurs qui se profilent (cette crise majeure pourrait-on dire) arrivent sur fond de dégradation de l’état de notre planète avec un réchauffement climatique dorénavant avéré et irréversible ainsi que des risques important d’épidémies liées sans doute à un laisser-aller dans l’appréhension de ces problèmes.

On peut évoquer comme conséquence un cortège possible de guerre, de famines, etc. Tout ceci existe déjà hélas. Dans une logique de laisser-faire, nul besoin d’attendre qu’un système dont la logique première n’est pas de placer le bien-être de l’individu au centre de ses préoccupations, va s’atteler à résoudre ce type de problème. Je crois au contraire, que les gouvernements et les experts concernés ont bien compris et savent analyser la situation à venir. Le problème n’est pas de comprendre à temps. Il est plutôt dans la capacité des mouvements de citoyens et de citoyennes à apporter des réponses démocratiques et justes. Il n’y aura rien de nouveau à voir fleurir des dictatures ailleurs ou à voir une restriction des droits démocratiques ici. En revanche, le combat pour permettre l’apparition de solutions justes passe par la promotion de valeurs qui nous sont communes, la paix, la justice, la solidarité, l’information du plus grand nombre et la démocratie. D’autre part, même en préservant la logique capitalistique du système, des efforts importants devront être consentis pour relancer l’économie industrielle qui n’est pas préparée à cette crise en raison de la logique financière qui prévaut à court terme dans n’importe quelle entreprise.

N’oublions pas que le but d’une entreprise n’est ni de produire ni de rendre un service, il n’est que de servir ses actionnaires. A l’heure où l’on peut vendre et acheter des actions sur les places financières en quelques clics de souris, on voit mal comment la logique de l’actionnariat pourrait tolérer d’affecter la profitabilité d’une entreprise en anticipant des évolutions technologiques qui ne seront nécessaires que dans quinze ans. De la même manière, les pétroliers n’ont pour l’instant aucun intérêt à investir sérieusement dans la recherche de solutions alternatives, en effet, même s’il ne reste qu’un seul baril de pétrole à vendre, et que celui-ci se négocie en milliers de dollars, la logique financière, seule prévaudra, sans intervention des Etats et des citoyens.

D’autre part, il est permis aux industriels de placer de grands espoirs dans les capacités du nucléaire à permettre durablement la fourniture d’énergie électrique - même si cela ne remplace pas le rôle actuellement alloué au pétrole pour nombre d’applications. Alors que les ressources en uranium ne dureraient que 300 à 400 ans au rythme d’utilisation actuel (voir sur le site du CEA : « Que savons-nous des ressources mondiales d’uranium ? [4]), un nouveau type de réacteur a permis de repousser cette limite à quelques milliers d’années (avec le retraitement), et le nouveaux type de réacteurs EPR [5] et avec ITER, l’utilisation de l’énergie de fusion l’hydrogène [6] de l’eau permet théoriquement une utilisation illimitée, et de résoudre durablement le problème des ressources en énergie électriques. Enfin, notamment parce que l’énergie nucléaire ne saurait être LA solution miracle, et pour répondre aux craintes légitimes quant aux risques qui sont liés à l’atome, des recherches sont menées sur d’autres types d’énergies alternatives ou renouvelables [7]. Le monde a encore de la ressource en dépit de la disparition prochaine du pétrole.

En ce qui concerne les conséquences attendues du peak oil [8] sur la démocratie, la santé, la qualité de la vie de toutes et tous, dans le monde, cela est un sujet dont le grand public, les peuples vont se saisir aussi, il semble raisonnable de penser que nous trouverons les meilleures solutions. La nature a horreur du vide, le capitalisme lui-même a horreur de l’incertitude sur les marchés financiers. Charge aux peuples de défendre les intérêts du plus grand nombre et de ne pas laisser des groupes de pression et des clubs d’initiés au service de la finance internationale décider de l’avenir de la planète.

Il y a donc des processus contradictoires qui sont à même à la fois d’enfoncer le monde dans une crise inédite, mais le monde possède des ressources. Et, lorsqu’on est un militant pacifiste et des droits humains, on a de bonnes raisons d’être optimiste face aux enjeux des prochaines années, non ?


Patrice Salzenstein, membre du Bureau national du Mouvement de la paix

Références :

1 Définition : http://fr.wikipedia.org/wiki/Pic_p%C3%A9trolier.

2 « Non au bouclier antimissile », Planète Paix, N° 529, février 2008.

3 Les Etats-Unis sont-ils une menace pour l’Europe ?, Le Monde diplomatique, avril 2008
http://www.monde-diplomatique.fr/2008/04/CONESA/15799.

4 « Que savons-nous des ressources mondiales d’uranium ? »
http://www.cea.fr/var/plain/storage/original/application/812673a6af277324960d426787f3eb86.pdf

5 « Réacteurs EPR » sur Wikipédia
http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9acteur_pressuris%C3%A9_europ%C3%A9en

6 « La fusion nucléaire contrôlée : une source d’énergie propre et inépuisable ? »
http://www.ulb.ac.be/sciences/intra/inforsc_archives/nrj/carati.htm

7 « Energies renouvelables » sur Wikipédia
http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89nergie_renouvelable

8 « Conséquences du pic pétrolier »
http://wiki.oleocene.org/index.php/Cons%C3%A9quences_du_pic_p%C3%A9trolier


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32 réactions à cet article    


  • Bernard Dugué Bernard Dugué 7 juillet 2008 11:59

    Article très intéressant !
    Assez étrange le début de votre article. L’allusion aux instituts qui à l’écart du grand public travaillent depuis des années sur le sujet, mais chuttt, les citoyens, faut pas les ennuyer avec ça.
    Deux options sociales, ou bien faire participer les individus aux mutations
    Ou bien gérer la crise à la dure, avec des mesures policières, bureaucratiques et coercitives


    • Bernard Dugué Bernard Dugué 7 juillet 2008 12:06

      Aujourd’hui sans doute, le baril va passer la barre des 150 dollars


    • Patrice SALZENSTEIN Patrice SALZENSTEIN 7 juillet 2008 12:20

      Oui tout-à-fait, je ne me suis pas privé de souligner que les "experts" planchent sur cette questions depuis quelques années déjà, et comme beaucoup de sujet qui devraient intéresser tout le monde, les peuples sont tenus à l’écart. Je crois au contraire qu’il faut que le plus grand nombre de citoyen(ne)s s’approprient toute question d’éthique ou qui touche à l’avenir de la démocratie par exemple, c’est la garantie que les solutions apportées ne le soient pas au détriment des peuples.


    • fonzibrain fonzibrain 7 juillet 2008 12:44

      plus de pétrole

      il faut que l’état impose de construire des véhicules propre


      • tvargentine.com lerma 7 juillet 2008 12:45

        Dans cet article vous avez à boire et à manger pour tout les contestataires du système !

        Avant tout chose,laissez tomber vos "certitudes" sur l’exploitation du pétrole car les ressouces existent et ce phénoméne de hausse continue est avant tout spéculatif.

        C’est le même phénoméne de la spéculation boursière (bulle internet),suivi du marché immobilier et en parallèle des matières premières.

        Les "informations" visant à voir croire à une pénurie de sucre (1975) pétrole (aujourd’hui) ne sont pas DES INFORMATIONS mais de la manipulation d’information, diffusées dans des revues subventionnées par ces mêmes groupes financiers qui spéculent en créant un environnement favorable à un "sentiment de rareté",justifiant la hausse des prix des matières premières.

        Pour votre culture ,la "presse spécialisée boursière" avaient participé activement à plombé des centaines de milliers de petits actionnaires avec des informations économiques non vérifiées

        Il faut dire que les pages publicitaires des banques et structures financieres font vivre ces mêmes journaux vous comprenez bien que ces journaux ne vont pas aller contre leur interet particulier

        Le problème est plutot lorsque que le marché va se retrourner sur les marchés des matières premières
        (pétrole,soja...) ,la chute sera terrible pour ces pays qui n’auront pas cherché à se diversifier et il y en aura beaucoup

        Regardez les USA,les 4X4 qui constituaient 50% du parc automobiles sont en chute libre et les occasions des 4X4 sont invendables !

        La réduction de la consommation de pétrole aux USA va entrainer un arrêt brutal de la spéculation ,ainsi qu’en Europe entrainant un effet domino sur les marchés










         


        • Aerobar Films Aerobar Films 7 juillet 2008 17:05

          +1 : le pic pétrolier, c’est pour dans 5 à 10 ans, les flambées actuelles relèvent de la manipulation et de l’intoxication,, mêlant des enjeux géopolitiques et d’autres, plus triviaux, de spéculation financière.

          Opposer pétrole et nucléaire, c’est faire état de sa méconnaissance profonde des questions énergétiques. Le nucléaire s’oppose au charbon, et le pétrole... ne s’oppose à rien car on n’a pas de substitut valable pour adresser les besoins de mobilité.


        • imarek imarek 7 juillet 2008 13:07

          Un bon article et des liens interessants.

          Juste un petit reproche, quand vous dites : N’oublions pas que le but d’une entreprise n’est ni de produire ni de rendre un service, il n’est que de servir ses actionnaires. C’est un peu excessif, c’est comme si vous disiez : n’oublions pas que le but d’un film c’est de servir son producteur. Bonne journée.


          • mac 7 juillet 2008 13:09

            Je vous trouve tout de même plutôt optimiste quant à la capacité du système à régler le problème.
            Si, comme vous le suggérez, le pic pétrolier est peut-être déjà franchi, la crise majeure risque bien d’apparaître avant 2020 ou sur le 20 années qui suivent (c’est à dire dans plus de 30 ans !).
            Il peut s’en passer des horreurs sur une telle durée, regardez ce qui s’est passé entre 1914 et 1945.

            Quant au peuple qui défendrait l’intérêt du plus grand nombre, ce n’est malheureusement pas le chemin qu’il prend.
            Beaucoup de gens se désintéressent complètement de la politique, les institutions supranationales on tendance à éloigner davantage les centres de décisions des populations et les médias jouent plutôt le jeu de la téléréalité que celui de l’information de personnes censées. Peut-être pour qu’on continue à rouler en 4x4 le plus longtemps possible en se disant que la vraie crise n’est pas pour demain mais seulement pour après demain ?




            • saint_sebastien saint_sebastien 7 juillet 2008 13:16

              Est il possbile d’envisager une guerre USA - Europe ?


              • Laurent_K 7 juillet 2008 17:00

                Elle a déjà eu lieu entre 1941 et 1945. Et l’Europe l’a perdu (heureusement vu qui la dirigeait d’ailleurs).

                Les troupes US sont partout chez elles en Europe alors une guerre serait perdue d’avance pour l’Europe dans la situation actuelle. Donc non, une guerre n’est pas envisageable entre l’Europe et les USA. 

                Une rivalité économique existe déjà et s’accroît ces derniers temps avec les politiques opposées de la Fed et de la BCE mais on est très loin d’une possibilité de guerre. Voilà au moins un sujet sur lequel on peut être optimiste pour les dix prochaines années. 


              • Marc Bruxman 7 juillet 2008 18:02

                Une guerre entre l’europe et les usa aujourd’hui. N’importe quoi. Les troupes US sont la parce qu’il y a alliance entre l’UE et les USA et les américains le savent très bien. Je vous rappelle que quand De Gaulle les as prié de dégager ils l’ont fait.

                Et honnétement je ne présagerai pas aussi vite du vainqueur si il devait y avoir un accroc. Regardez ce qui se passe actuellement en Irak. Si la population européenne ne veut pas des troupes US, ils se prendront une raclée comme partout ailleurs. La vérité c’est que de 1945 à nos jours, ils étaient globalement les bienvenus.


              • Laurent_K 7 juillet 2008 18:39

                On dit la même chose de deux façons différentes sur les troupes US en Europe.


              • Frédéric Guinot Frédéric Guinot 7 juillet 2008 13:46

                "De la même manière, les pétroliers n’ont pour l’instant aucun intérêt à investir sérieusement dans la recherche de solutions alternatives, en effet, même s’il ne reste qu’un seul baril de pétrole à vendre, et que celui-ci se négocie en milliers de dollars, la logique financière, seule prévaudra, sans intervention des Etats et des citoyens."

                Ceci est vrai pour les pays producteurs mais pas nécessairement pour les Compagnies Pétrolières. Il faut distinguer les compagnies nationales (NOC) - Aramco, Pemex, NIOC, PDVA, etc... - des Compagnies "Publiques" au sens anglo-saxon du terme ou Internationales (IOC) - ExxonMobil, Total, Shell, bp, etc... -.
                Les NOCs possèdent la très très grosse portion des réserves pétrolières connues pour lesquelles ils sont localement en situation de monopole. Ce sont elles qui produiront les derniers barils et pourraient asservir le monde s’il reste drogué aux hydrocabures.
                Les IOCs, si elles ne veulent pas disparaître doivent trouver d’autres réserves (soit par l’exploration soit par acquisition) pour maintenir leur production ou s’orienter vers d’autres énergies. Si on observe les messages publicitaires de Chevron et de Shell ces dernières années, ils font leur promotion dans ce sens et pas seulement pour l’image, mais ils y ont un intérêt stratégique vital. Il y a quelques années, bp a changé sont acronyme de "British Petroleum" en "beyond petroleum" (au-delà du pétrole)... tout un programme.


                • Willien 7 juillet 2008 15:19

                  Bon article mais il manque une composante essentielle au tableau : la dépendance absolue du système monétaire et bancaire actuel à la "croissance".

                  En effet, 85%* de la monnaie en circulation provient de prêts bancaires. Ces prêts doivent être remboursés avec des intérêts supérieurs à l’inflation, d’où la nécessité impérieuse d’avoir une croissance macroscopique d’au moins 2% par an (hors inflation, donc). Dans le cas contraire, les prêts ne sont pas remboursés, les banques font faillite, et il y a destruction de monnaie et donc risque de déflation.

                  Répondre au problème de la pénurie énergétique implique donc un changement complet de système monétaire et bancaire, en plus de tout ce qui a été évoqué dans cet article.

                  * En effet, une banque possédant 10 euros a le droit d’en prêter 60 (chiffre variable selon les législations), et donc de créer 50 euros ex nihilo, sous forme de prêts.


                  • Marc Bruxman 7 juillet 2008 15:32

                    La solution à la crise énergétique n’est pas la décroissance mais la dématérialisation.

                    On a les technologies pour se passer entiérement d’échanges de documentations papiers via la signature électronique. Il n’y a besoin de la poste que pour les colis. Pourtant on fait encore des tournées en mobylette tous les jours.

                    On a les technologies pour ne plus utiliser de supports matériels afin de distribuer la musique. Le changement est en cours mais on vend encore des CD. Et idem pour les DVD. On sait également s’en passer pour les livres, la presse, ... Et n’oubliez jamais toute la chaine plaçée derriére ce produit que vous dématérialisez. Si vous dématérialisez la presse, plus besoin d’industrie pour produire le papier, l’encre, plus besoin d’imprimeur, plus besoin de transporter le journal dans les kioskes etc, etc...

                    Le commerce en ligne et ses livraisons consomme moins de carburant que le passage chez le commerçant. (Optimisation des tournées).

                    La banque se dématérialise avec la création de banques 100% en ligne.

                    Nombre de meetings (mais pas tous) sur place peuvent être remplacés par des visioconférences.

                    Tous ces changements sont flippants même lorsque l’on est du bon coté de la barriére. Ceux qui sont du mauvais coté n’en pour beaucoup pas encore conscience de ce qui arrive. Il n’est cela dit pas trop tard pour suivre des formations et se préparer au changement.


                  • Willien 7 juillet 2008 18:27

                    Bonjour,

                    la dématérialisation n’est pas LA solution. C’est une solution parmi des centaines d’autres, et elle ne suffit pas à elle seule à sauver la croissance. C’est sympa de pouvoir écouter ses mp3 et gérer ses comptes en ligne, mais quand les prix :

                    • des carburants (pour aller bosser, pour voyager, pour mettre dans le tracteur, pour se chauffer)
                    • des aliments (à cause des tracteurs, des engrais, des pesticides, des pompes pour arroser, des bâches en plastique des serres)
                    • des médicaments (à base de pétrochimie)
                    • des produits d’hygiène et de beauté (idem)
                    • du béton (très énergivore)
                    • de l’eau (qu’il faut pomper, chez les particuliers comme chez les agriculteurs)
                    quand tous ces prix, donc, augmentent, et bien je doute qu’il reste de quoi faire progresser la vente des disques de la StarAc de manière significative. A moins de vendre des réunions avec ses collègues de bureaux dans Second Life...

                    Plus sérieusement, et pour aller dans votre sens du développement des services en ligne, le développement de la livraison à domicile serait un vrai plus dans le contexte de pénurie énergétique à venir. Les hypermarchés sont de grandes surfaces (par définition) entre cinq planches de tôle pas du tout isolées, chauffées l’hiver, climatisées l’été, avec des lumières aveuglantes allumées en permanence et des frigos ouverts aux quatre vents. Les remplacer par des hangars noirs et isolés, où l’on stockerait des produits sans packaging excessif et d’où une même voiture de livraison partirait livrer N familles en une course, économiserait énormément d’énergie.

                    Par contre ces mesures ne sauveront jamais l’économie réelle, trop dépendante des transports routiers (souvenez-vous du "zéro stock" ou des "stocks roulants" des pros de la logistique).

                    Le maximum d’énergie disponible par humain sur la planète Terre a été atteint au début des années 80. Depuis, ça descend... La décroissance n’est donc pas une "solution", vous avez raison : c’est le futur de l’occident, quelque soit le sens dans lequel vous tournez la question. Il faut donc soit se préparer à ce futur, soit le subir.

                  • Guit'z Guit’z 7 juillet 2008 18:31

                    Et la bouffe - c’est-à-dire la complexité prodigieuse des activités qui s’enchâssent dans sa production et sa distribution - la bouffe, dis : tu la dématérialises la bouffe ?
                    Dématérialiser, c’est bien. C’est dans l’air du temps, c’est nomade comme l’art bobo et transparent comme la société policière.
                    Mais dématérialiser ne résoudra rien au problème qui nous attend : une pénurie alimentaire globale, aggravée de la spécialisation vulue par les oligarques de l’OMC, l’OCDE, la Banque Mondiale, etc.
                    Dématérialiser ne suffira pas : il faudra surtout RELOCALISER - et ça, nos financiers et autres technocrates vénaux qui les servent, ne l’accepteront que sous la pression populaire.
                    Bref, la lutte des classes - ce refoulé de l’âge des "experts" - a de beaux jours devant elle !


                  • Willien 7 juillet 2008 18:36

                    Tiens ça tombe bien voici un article sur les pannes d’Internet qui privent des millions de gens de services administratifs et culturels divers, et ce de manière de plus en plus fréquente :

                    http://pisani.blog.lemonde.fr/2008/07/06/les-defaillances-du-net-se-multiplient/


                  • Marc Bruxman 7 juillet 2008 20:00


                    C’est sympa de pouvoir écouter ses mp3 et gérer ses comptes en ligne, mais quand les prix :


                    • des carburants (pour aller bosser, pour voyager, pour mettre dans le tracteur, pour se chauffer)

                    • des aliments (à cause des tracteurs, des engrais, des pesticides, des pompes pour arroser, des bâches en plastique des serres)

                    • des médicaments (à base de pétrochimie)

                    • des produits d’hygiène et de beauté (idem)

                    • du béton (très énergivore)

                    • de l’eau (qu’il faut pomper, chez les particuliers comme chez les agriculteurs)

                    C’est parce que vous ne prenez pas en compte un phénoméne. C’est que si la dématérialisation était poussée à l’extréme, la consommation d’énergie par habitant diminuerait de façon non négligeable. Et donc les prix du pétrole suivraient.

                    Et il ne faut jamais oublier l’ensemble de la chaine. Quelle est l’emprunte énergétique de toutes les postes de France ? Cela va du papier gaspillé pour les enveloppes, à la papetterie qui les produisait, à l’usine qui produisait les timbres en passant par l’alimentation en énergie des bureaux de postes, le chauffage de ces mêmes bureaux, etc, etc, ... Passez par les centres de tris, les machines qui équipent ces centres de tri, etc, etc, ... A l’année il y a de quoi économiser quelques barils. Ah oui et si on vire le papier des bureaux, vous virez aussi les ciseaux, la colle, les divers classeurs de rangements ... Et vous simplifiez le mobillier.

                    Prenez un autre exemple le navigo. (Le pass sans contact qui sert à prendre le métro en ile de France). Avant le navigo la maintenance des tourniquets coutait plus cher parce que l’aspirateur à tickets tombait fréquamment en rade. Au final, on récupére une mécanique plus simple, des couts de maintenance plus réduits, une consommation moindre de papier etc, etc...

                    Enfin prenez le cas de la comptabilité. On reçoit des factures de nos fournisseurs par email (c’est déja un progrés) que l’on imprime pour pouvoir les classer et les remettre à un comptable qui va les faire saisir (alors qu’elles l’ont déja été par le fournisseur). Pour qu’au final il puisse faire son boulot.

                    Lorsque l’on considére toute la chaine, la dématérialisation a le pouvoir d’économiser énormément sur notre consommation d’énergie. Les problèmes sont par contre les suivants :
                    • Problème d’adaptation des comportements : changer les habitudes prend du temps. 
                    • Problèmes sociaux : Le plus difficile. Dématérialiser génére du chomage notamment pour les emplois peu qualifiés. Cela se fait actuellement petit à petit ce qui permet à nos sociétés d’encaisser le choc. Alors qu’une dématérialisation massive et très rapide serait probablement analogue à ce qui s’est passé au XVIIIème et XIXème siécle quand l’amélioration des techniques agricoles a mis au chomage des millions de paysans. L’industrie a à l’époque permis de les recycler. Dans quoi cette fois ci allons nous recycler tous les travailleurs qui vont perdre leur emploi ? Services à domicile ? Peut être. Mais il est très difficile d’apporter une réponse à ces questions.
                    quand tous ces prix, donc, augmentent, et bien je doute qu’il reste de quoi faire progresser la vente des disques de la StarAc de manière significative. A moins de vendre des réunions avec ses collègues de bureaux dans Second Life...

                    J’ai cité les réunions via visioconf, skype et autres. On le fait déja dans ma boite. Ca n’élimine pas toutes les réunions mais on en élimines un pacquet. Le télétravail va également certainement se développer. On peut aussi prévoir une reconcentration vers les centres villes et zones urbaines denses au détriment de la lointaine banlieue


                    Par contre ces mesures ne sauveront jamais l’économie réelle, trop dépendante des transports routiers (souvenez-vous du "zéro stock" ou des "stocks roulants" des pros de la logistique).


                    Il n’y a pas d’économie "réelle" ou "virtuelle", les deux correspondent à une consommation de biens. Et justement si le fait de dématérialiser permet de diminuer la consommation de pétrole et si l’on couple cela à des économies d’énergies (ampoules basses consommation, voitures économiques voire hybrides, logement HQE...) il y a une grande possibilité que les cours du pétrole se stabilisent voire diminuent. N’oublions pas qu’il y a aujourd’hui des gaspillages d’énergie. Et les gaspillages ne sont pas bons pour l’économie.

                    Si je devais par contre prédire ce qui va changer je dirai :
                    • La ruralité : Vivre à la campagne va devenir un tel luxe si l’on est pas paysan que l’on risque fort de voire apparaitre des villages fantomes en France. De même pour la banlieue éloignée des grandes villes. On va certainement recommencer à densifier les centre villes. Vouloir maintenir la ruralité comme un conserverait un vestige du passée est un gouffre à fric. 
                    • L’amélioration des transports collectifs : Par la force des choses. Cela coute de toute façon déja souvent moins cher que la voiture pour faire de longs trajets. Il va falloir certainement doubler la ligne de TGV Paris - Lyon, en construire de nouvelles et augmenter la vitesse commerciale pour que le TGV devienne viable sur des distances plus grande. La libéralisation du transport ferroviaire devrait de plus faire baisser les prix. Notons enfin qu’il suffirait d’abandonner les 40% de voies qui receuillent 6% du traffic pour donner à RFF de grandes marges de manoeuvre sur les nouveaux projets et l’entretien des voies "utiles".
                    • Le développement de la voiture en temps partagée : Ne serait-ce que parce qu’elle évite d’avoir à se garer dans les centre villes. A Paris de mémoire je crois qu’une voiture sur 5 circule .... parce qu’elle cherche une place ! Si la voiture en temps partagée comprend des places de parking comme c’est prévu cela marchera. Et aussi cela permettra de prendre le relai des transports collectifs. Voyager en train puis louer une caisse à l’arrivée. Une partie de ces bagnoles seront électriques ce qui les basculera en plus vers une source d’énergie nucléaire plutot que le pétrole.

                    Le maximum d’énergie disponible par humain sur la planète Terre a été atteint au début des années 80. Depuis, ça descend...

                    Et bien justement depuis les années 80 notre niveau de vie s’est largement amélioré. Mais la consommation énergétique de nos appareils, l’isolation de nos maisons, tout ca s’est amélioré. On continue sur cette voie avec des voitures neuves qui consomment entre 4 litres au 100 voir moins.

                    La décroissance n’est donc pas une "solution", vous avez raison : c’est le futur de l’occident, quelque soit le sens dans lequel vous tournez la question. Il faut donc soit se préparer à ce futur, soit le subir.

                    Ah ah ! Beaucoup en révent mais ce n’est pas sérieux. Il est impossible de faire dans la décroissance car cela ferait faire un "game over" au système financier et plongerait immédiatement l’occident dans une situation de famine. Tout le monde le sait, y compris les politiques qui feront tout ce qu’il faut pour ne pas en arriver la. Et en soit on ne peut pas les blamer.

                    Il y a des marges de manoeuvres pour ne pas avoir à subir la décroissance. Cette marge de manoeuvre s’appelle l’innovation. Le marché s’occupera de la régulation. Vous avez vu les ventes de 4x4 aux US ? Depuis que le pétrole est cher c’est terminé ! Pas besoin de loi et de branlades politiques. Celui qui propose un produit économe en énergie gagne (c’est pareil dans l’informatique ou pour les serveurs j’achéte de la faible consommation parce que c’est rentable). Et bien voila, les problèmes vont se régler et si tout se passera bien.

                    Si toutefois on avait raison et que la décroissance devait nous être imposée, vous repenserez à ces discussions sur AV en admirant le désastre. Qui ressemblera fort probablement à un bain de sang.



                  • Marc Bruxman 7 juillet 2008 20:08


                     
                    Et la bouffe - c’est-à-dire la complexité prodigieuse des activités qui s’enchâssent dans sa production et sa distribution - la bouffe, dis : tu la dématérialises la bouffe ?

                    Si tu dématérialise ce qu’il est possible de dématérialiser, il y a largement de quoi fournir le pétrole pour la bouffe.

                    Mais dématérialiser ne résoudra rien au problème qui nous attend : une pénurie alimentaire globale, aggravée de la spécialisation vulue par les oligarques de l’OMC, l’OCDE, la Banque Mondiale, etc.


                    Non il y a ce qu’il faut pour bouffer. Faut arréter la fumette.

                    Dématérialiser ne suffira pas : il faudra surtout RELOCALISER - et ça, nos financiers et autres technocrates vénaux qui les servent, ne l’accepteront que sous la pression populaire.


                    Tu sais la pression populaire ne fera pas revenir ce qui est déja parti ! Tu va relancer des productions à partir de rien ? Rien que le coût de l’investissement initial et tu es mort avant d’avoir commençé. Tes produits seront plus chers que ceux importés. Bien sur tu bloquera les produits d’importations parce que c’est mal. Et donc les gens paieront plus cher ce qu’ils auraient eu de toute façon.

                    La seule façon qui aménera les financiers à relocaliser c’est ci ca coute moins cher de produire en Europe qu’ailleurs. Pour le reste, si un jour le coco venait à prendre le pouvoir, un billet d’avion c’est pas cher, un virement bancaire encore moins. A faire dès le soir de l’élection ! Et les pauvres révolutionnaires pleureront sans comprendre.

                    Bref, la lutte des classes - ce refoulé de l’âge des "experts" - a de beaux jours devant elle !

                    Ah la lutte des classes ! Ce beau concept infantilisant ! La seule chose qui est fréquamment oublié c’est qu’il y a interdépendence entre les fameuses classes. Le prolo sans le bourgeois est fort mal en point. D’ailleurs on a tenté au XXème siécle.

                  • Aerobar Films Aerobar Films 7 juillet 2008 23:46

                    Et la bouffe dématérialisée, c’est bon ?


                  • Barbathoustra Barbathoustra 8 juillet 2008 00:06

                    Super conquérant, un des leader européen de la papeterie que je connais, n’a jamais fait autant de bénéfices. Par exemple, les gens n’ont jamais autant acheté de ramettes de papier pour imprimer tout et n’importe quoi avec leur imprimante.

                    --->

                    Super Conquérant, un des leader européen de la papeterie que je connais, n’a jamais fait autant de bénéfices pourtant. Par exemple, les gens n’ont jamais autant achetés de ramettes papier dans le but d’ imprimer tout et n’importe quoi avec leur imprimante.

                    Bref, pour moi les techniques semble s’empiler plus vite qu’elles ne parviennent à se substituer pour l’instant.


                  • Barbathoustra Barbathoustra 8 juillet 2008 00:09

                    La solution à la crise énergétique n’est pas la décroissance mais la dématérialisation.

                    On a les technologies pour se passer entiérement d’échanges de documentations papiers via la signature électronique. Il n’y a besoin de la poste que pour les colis. Pourtant on fait encore des tournées en mobylette tous les jours.



                    — ->

                    Super Conquérant, un des leader européen de la papeterie que je connais, n’a jamais fait autant de bénéfices pourtant. Par exemple, les gens n’ont jamais autant achetés de ramettes papier dans le but d’ imprimer tout et n’importe quoi avec leur imprimante.

                    Bref, pour moi les techniques semble s’empiler plus vite qu’elles ne parviennent à se substituer pour l’instant.

                    Edit : cafouillage, dsl


                  • Willien 8 juillet 2008 14:43

                    Je ne dis pas qu’aucune adaptation n’est possible, bien au contraire. Et je suis persuadé autant que vous que des innovations techniques/financières vont fleurir afin de rendre un peu moins rude la transition vers un monde de sobriété énergétique forcée.

                    Par contre l’argument suivant (relatif à l’idée de décroissance) :

                    Ah ah ! Beaucoup en révent mais ce n’est pas sérieux. Il est impossible de faire dans la décroissance car cela ferait faire un "game over" au système financier et plongerait immédiatement l’occident dans une situation de famine.


                    me laisse pantois. C’est un peu comme dire "c’est impossible qu’il y ait des tremblements de terre, ça risquerait de casser des maisons et de rendre les gens malheureux".

                    Le fait est qu’il y a actuellement 85 millions de barils de pétrole qui sont utilisés chaque jour dans le monde, ainsi que 3 mille milliards de mètres cubes de gaz chaque année. Dans dix ans ou dans vingt ans (certains disent à partir de 2007 pour le pétrole conventionnel), ces chiffres vont baisser jusqu’à ce qu’il soit plus rentable énergétiquement de laisser le pétrole et le gaz dans le sol plutôt que d’aller les chercher. Les alternatives à ces énergies fossiles sont plus compliquées à mettre en oeuvre et ont un rendement moindre. De plus, à l’heure actuelle on utilise du pétrole ou du gaz pour les produire, les transporter, les maintenir. Tout ceci sera aussi plus compliqué à l’avenir.

                    Je ne comprends donc pas comment, à énergie globale inférieure (et décroissante dans un premier temps) on peut continuer à penser que le PIB augmentera sans limite. Si l’on accepte qu’il n’augmente pas sans limite, alors on doit admettre qu’il peut — voire qu’il doit — décroître, au moins temporairement, avant de se stabiliser un jour, peut-être (ou faire le yoyo indéfiniment). Ou alors définir un PIB complètement déconnecté de la réalité et de la capacité de l’Homme à agir sur son environnement.

                    Pour en revenir à la dématérialisation, dois-je vous rappeler que la production de silicium pour maintenir l’infrastructure technologique debout est grosse consommatrice d’énergie ? Que les réserves de cuivre mondiales sont chiffrées en dizaines d’années au rythme de consommation actuelle ? Que l’extraction, le raffinage, le transport, le recyclage du cuivre et de tous les métaux sont tous consommateurs d’énergie ?

                    Il faut donc anticiper au maximum la pénurie énergétique (pénurie au sens économique de pénurie relative de l’offre par rapport à la demande, pas dans le sens "plus une goutte de pétrole dans 40 ans") dans tous les secteurs en réduisant notre impact sur les ressources naturelles de manière planifiée (ce mot ne va pas plaire à tout le monde), et pas seulement dans celui de la consommation de papier ! Le mur des ressources naturelles est devant nous, le moment est venu de lever le pied de l’accélérateur.



                  • Marc Bruxman 7 juillet 2008 15:21

                    Mais il y aura une difficulté de taille, comment concilier une logique de la recherche de profits spéculatifs avec une économie en récession ?

                    Techniquement, une économie en croissance permet une redistribution des profits et la création d’une classe moyenne. Une économie en récession ou faible croissance rogne sur la classe moyenne et tend à concentrer la richesse.

                    Comment le système pourra-t-il s’ajuster avec une économie qui ne pourra plus être éternellement en croissance ?


                    Le manque de croissance est très dangereux mais pas tant pour le système capitaliste que pour le système politique auquel nous sommes attachés : la démocratie. Le maintient en occident de sociétés démocratiques est largement du au fait que les conditions de vie en occident s’amélioraient à grande vitesse.

                    Or il est prouvé que quand les gens s’enrichissent, leur volonté de changer de dirigeants est faible. On le voit en ce moment dans la chine des grande villes ou une bonne partie des jeunes sont tout à fait conscients de ne pas avoir de démocratie mais sont prêts à payer ce prix parce qu’ils jugent leur gouvernement "efficace". C’était la même chose en France ou les partis révolutionnaires n’ont jamais pesés lourd aux élections.

                    Si au contraire la croissance faiblit, la tentation de voter pour les extrémes va être plus grande et le système va se raidir soit à la suite de l’élection de ces extrémes, soit à titre de mesure défensive contre ces extrémes.

                    N’oublions également pas que ce changement déstabilisateur survient juste après une révolution technologique sans précédent (informatique, internet) et qu’on augmentant les coûts de transport, on favorise la dématérialisation de bien physiques (visioconférence plutot que meeting sur place, email plutot que poste, billet électronique plutot que billet papier pour les avions et les spectacles, mp3 plutot que CD, etc, etc...). La fin du pétrole va donc accélérer cette révolution technique plutot que la freiner. Tout cela alors que rien dans la société actuelle, de l’éducation à la politique n’y est prêt.

                    On va alors assister à :

                    • Une perte de pouvoir d’achat et de richesse liée à la hausse des prix du pétrole. 
                    • Un transfert de revenus vers les acteurs de secteurs technologiques au détriment des anciennes activités matérielles sans qu’il y ait pour autant création d’activités de remplacement. C’est la aussi déja en cours et le processus s’accélére.
                    • Une inadaptation des élites actuelles à la compréhension du nouveau système et leur remplacement par une nouvelle élite au fait de la technologie. (Sans que la nouvelle élite ne soit forcément meilleure ou moins bonne que l’ancienne je ne porte ici aucun jugement de valeur).
                    • La possibilité pour la nouvelle élite de blamer l’ancienne élite des maux dont la nouvelle élite est en réalité responsable. La financiarisation de l’économie sera très probablement citée comme coupable des problèmes rencontrés par la population alors que le vrai responsable sera la destruction systématique de nombreux emplois par les nouvelles technologies.
                    Tout cela a effectivement le pouvoir de créer bien des troubles politiques et sociaux. Il ne fait aucun doute que dans certains pays ces troubles seront de nature révolutionnaire alors que dans d’autres il y aura une évolution accompagnée par le pouvoir politique en place. Il est à craindre que au vu de notre histoire, la France choisisse la solution révolutionnaire. Je ne le souhaite pas. Mais une seule chose est sure, cela sera intéressant à suivre.


                    • Barbathoustra Barbathoustra 8 juillet 2008 00:21

                      En gros, vous êtes en train de nous expliquer que le pouvoir d’achat va baisser mais que les gens vont se ruer sur les lecteurs mp3 et autres activités de loisirs ? Y’a quelque qui me chiffonne là ...


                    • tolosa 7 juillet 2008 15:44

                      Bonjour
                      Article quelque peu confus à mon goût et comprenant certaines erreurs
                      1) La russie n’est pas le premier pays en terme de réserve
                      2) Sauf erreur, les pays du golfe n’ont pas abandonné la technique d’injection de gaz dans les puits ?
                      3) Les nouveaux gisements du brésil (gisement de tupi ?) ne sont pas à 7 000 metres de profondeur !!

                      Et je passe sur les phrases telles que le but d’une entreprise n’est ni de produire ni de rendre un service, il n’est que de servir ses actionnaires qui attestent que le monde des PME ET TPE est inconnu de l’auteur...


                      • Frédéric Guinot Frédéric Guinot 8 juillet 2008 09:15

                        Vous avez raison, sauf sur le 3ième point :

                        1. La Russie possède les plus grandes réserves de gaz, mais c’est l’Arabie Saoudite qui déclare posséder les réserves de pétrole les plus importantes.
                        2. Les injections d’eau, de gaz et même l’alternance des deux est toujours en vigueur partout où cela peut améliorer la récupération, y compris dans les pays du Golfe. Il n’y a aucune raison (surtout au prix actuel du baril) pour ne pas se donner les moyens d’en récupérer le maximum.
                        3. Le gisement de Tupi est sous environ 2100 m d’eau et 5200 m de terre, soit 7300 m verticaux sous le niveau de la mer.

                      • Falkland 8 juillet 2008 00:02

                        On aura plus de petrole mais est ce qu on aura des idées.....


                        • Walid Haïdar 10 juillet 2008 11:29

                           Au sujet du problème du cuivre et des matières premières qui constituent le hard des nouvelles technologies, leur extraction est coûteuse, leur rareté se fait préocupante, mais, me semble-t-il, il est possible de les recycler...non ?

                          De plus, si on regerde à quel point le matos est fait pour se dégrader en vue d’un remplacement (c’est à dire d’un achat) futur, on se dit qu’on a des marges de manoeuvres.

                          Il faut bien voir que les gentils industriels guidés par la loi du marché (la meilleure, c’est bien connu) on quand même mené une politique de gaspillage de matières premières assez faramineuse, et scandaleuse (de nombreux fabriquants de voiture par exemple, prennent soin de fabriquer les voitures qui soit le moins durables possibles tout en respectant les normes : quelle voiture neuve tient plus longtemps qu’une BX ? Avec les progrès de la technologie, guidés par une meilleure voix que celle du marché (ou disons la voix du marché et du citoyen, mais avec au moins autant de citoyen que de marché), on aurait pu avoir des voitures qui tiennent bien plus longtemps que les vieilles BX).

                          Enfin, même en terme de dématérialisation, y a de la marge. Par exemple, si tout le monde passait sous mac ou linux, on économiserait énormément de temps de résolution de bugs, et on serait pas obligés d’acheter la dernière crotte de microsoft qui sert à rien : ça mettrait des concepteurs de logiciels au chômage, ce qui changerait des malheureuses caissières.

                          Concernant la question du remplacement des métiers obsolètes (caissière ou ingénieur chez microsoft), il y a effectivement les services à la personne, et le service à l’humanité. Du genre des métiers de gens qui refléchissent et diffusent l’information, l’innovation technologique, les maîtres de formation, la culture, la gérance, et aussi : le chômage.

                          Pendant le chômage, payé peu certes, les gens peuvent réfléchir, se cultiver, se former à des métiers en vogue... et ainsi acquérir un comportement d’abord plus intelligent, donc moins coûteux, puis plus productif grâce à la formation acquise.

                          J’adore l’idée de la supression des supermarchés et vente en ligne. C’est un procédé qui pourrait être utilisé pour le développement des coopératives, qui, en rémunérant mieux les producteurs de bouffe, leur permet de baisser les prix (si la coopérative se développe, plus de concurrence entraînera une baisse des prix).

                          Je pense qu’on ne mesure pas l’ampleur du gâchis que produit notre mode de vie tout pourri.

                          Combien de tune a été passée dans L’Oréal, la boîte qui fabrique à la chaîne des choses inutiles avec de nouveaux flacons ? Tellement de tune que la femme la plus riche du monde en a créé son pactole.

                          On vit comme des porcs, mais bien utilisée, notre intelligence peut nous permettre de vivre comme des princes élégants.


                          • Bobby Bobby 11 juillet 2008 10:57

                            Bonjour,

                            Bien qu’il me paraisse correspodre à une bonne logique, cet article me paraît bien optimiste.

                            En effet, si je regarde autour de moi, je vois de plus en plus d’exclus, de pauvres, dans nos pays "riches"... je vois de plus en plus de policiers et des régimes qui s’arment et préparent la répression (exercices des armées, etc.), une libéralisation à outrance fabricant plus de nouveaux riches... laissant avec un coéfficient nottable encore plus de nouveaux pauvres sur le carreau.

                            Non, je ne partage pas votre optimisme, Monsieur. Je ne le puis, même si je portais des oeillères à la manière des chevaux ... et que je les refermais sur le nez afin de ne pas voir ce qui me serrait insoutenable : Le monde dans sa réalité actuelle et surtout future !

                            Votre article, fort bien fait, je le souligne, me paraît pécher pour le moins d’un idéalisme très pur, laissant de côté la réalité bien plus ambarassante de la majorité de la population qui se voit paupériser sans pouvoir agir. Demain, toute la France cera ses citoyen flicqués par puces fnis, on commence par les délinquants... puis on continue ! un moyen à relativement peu de frais de contrôler que l’on ne remette pas en question les privilèges que les "plus égaux" ont a protéger.....

                            à 60 piges, je risque de voir votre "paix" s’évanouir, je n’en suis pas fier, j’y ai, moi aussi contribué par mon ignorance, par mon manque d’analyse !

                            Je vous souhaite de rester en paix le plus longtemps possible... comme à tous !


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