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Les dessous des cartes de la libération d’Ingrid Betancourt (2e partie)

Nous avons vu dans la partie précédente que le matériel aérien américain et israélien avait joué un rôle important dans la libération d’Ingrid Betancourt. Ce qui a néanmoins surpris le plus le grand public, c’est le déguisement des deux hélicoptères puisés dans les stocks de l’armée en "hélicoptères de Chavez". Or, sur ce point, justement, les erreurs sont tellement grossières que l’on est en droit de se poser des questions sur la faculté des Farc à distinguer leur ennemi. "César" et "Gafas", les deux geôliers ont été présentés comme de véritables benêts, dans l’histoire. Or, le premier a 26 ans de guérilla derrière lui, et on s’étonne de son manque de discernement et son étrange façon d’accompagner ses prisonniers sans son arme habituelle : il monte totalement désarmé à bord d’un hélicoptère contenant onze militaires ou policiers... même menottés, faire ainsi est de l’inconscience. Nous allons voir aujourd’hui que l’opération ne s’est pas faite dans l’improvisation, et qu’elle a été préparée sur une base colombienne, certes, mais sur la base la plus investie par les Etats-Unis, déjà du temps de Pastrana pressentie pour devenir le nouveau Manta équatorien sur le sol même de la Colombie (elle ou Apiay, la base du Comando Aero de Combate 2 ou CACOM2- qui est aussi sur les rangs). L’histoire est digne d’un conte de fées, disions-nous, comme celui que nous vante la mascotte de la base de Tres Esquinas, "Capitan Paz", sorte de détournement de Dora Exploratrice destiné à nous vendre un modèle d’armée humanitaire. Encore un peu et, dans quelques semaines, on pourra trouver en découpage les fameux hélicoptères repeints sur le site. On y trouve déjà les Blackhawks... munis de leur caméra spéciale Arpia III…, la fameuse petite boule verte à l’avant, mais sans leurs terribles canons Gatling. Pour ce qui est de déguiser la réalité, le service de presse de l’aviation colombienne a tout compris. Il ne faut pas effrayer les enfants, c’est bien connu, et penser aussi à endormir aussi les adultes avec de belles histoires...

Le plus étonnant dans cette histoire, justement, c’est la différence énorme de look extérieur et de décorations entre les hélicoptères colombiens et ceux de l’expédition précédente, fournis par Hugo Chavez, pour aller chercher Clara Rojas en janvier 2008. La première est celle de la présence d’un énorme logo de mission humanitaire qui n’existe même pas, Misión Humanitaria Internacional, car démentie par Global Humanitaria, entreprise indépendante barcelonaise qui aurait été à l’origine de l’association fictive. Le choix d’une organisation espagnole n’est pas un hasard : l’Espagne est associée avec les Français dans les contacts avec les Farc et ce sont ces deux-là qu’Uribe souhaite éloigner durant l’opération. L’autre incongruité est le fait de repeindre sur les hélicos un numéro de registration colombien, HK-3781, par exemple, pour l’un d’entre eux : en le voyant atterrir, les Farc savaient obligatoirement que ce ne pouvait être ceux de Chavez, immatriculé au Venezuela sous le numéro pour le plus connu d’entre eux, le YV-0111. Chaque pays a son indicatif civil HK pour la Colombie et YV pour le Venezuela. Car le registre HK-3781 existe bel et bien, c’est le numéro civil d’un MIL MI-8 MTV-1 enregistré dans la région de Paramo de Sumapaz, au sud de Bogota. Mais c’est surtout un appareil qui date de 1992 (il a été enregistré au 13 octobre 1992 exactement), et fait donc partie du fameux lot des hélicos de "Tarzan", le narco-trafiquant russe émigré à Miami décrit ici-même. Les appareils de Chavez étaient beaucoup plus récents, et avaient été photographiés par des spotters à Caracas depuis janvier 2007 au minimum sous leurs couleurs rouge-orangé et blanc, sous l’intitulé Servicio de Busqueda y Salvamento de l’INAC, l’institut aéronautique civil du Venezuela. La mise en disponibilité civile de deux Mi-17 (MI-172) par Chavez pour récupérer Rojas avait même mis en danger le service de recherches de sauvetage du pays, qui n’en possédait plus pratiquement alors aucun en état de vol. Les hélicos (3 sur 15 commandés) provenaient de stocks militaires récents et donnés aux civils, achetés aux Russes le 21 février 2006. Ils étaient partis de la base vénézuélienne de Buenaventura Vivas Guerrero. Deux avaient participé à l’opération. C’est à Villavicencio, en Colombie, leur escale, que leur avaient été apposé les énormes macarons de la Croix-Rouge, leur dernière étape intermédiaire étant San José de Guaviarne. Quitte à vouloir tromper, autant réutiliser la même provenance, se dit-on, ou des modèles plus fidèles. Or, il y a seize ans d’écart entre les deux modèles ! On reste coi de voir des habitués des survols des avions et des hélicos colombien commençant par "HK" se laisser ce jour-là berner aussi facilement. HK n’est pas YV ! Les Mi-17 colombiens sont tous répertoriés depuis longtemps. D’autant plus qu’un autre détail aurait dû faire bondir les Farc. La présence à l’avant de plaques de blindages, qui n’ont même pas été enlevées. Si on compare les hélicos de Chavez peints aux couleurs de la Croix-Rouge, opération humanitaire prise en accord avec le CICE, eux aussi atterris à San Jose de Guaviare, les deux ont gardé leurs coupe-câbles, nécessaires même pour les humanitaires pour ne pas se prendre les fils de courant ou de téléphone, plus fréquents qu’on ne pense dans la région. Les hélicos de Chavez avaient été préparés par les Colombiens à Villavicencio, mais ne disposaient pas de leurs plaques de blindages. Un appareil humanitaire muni de défenses militaires, il y a comme un hic. Et ceci sans remarquer non plus que l’arrière des Mi-17 de Chavez est plat, avec un plateau sur vérins, alors que les anciens hélicoptères d’Uribe sont avec arrière rond du type MI-8, s’ouvrant en coquille. Leur avant est aussi fermé et plus effilé, alors que les vieux Mil de Colombie ont leur avant entièrement vitré et sont arrondis. Sans oublier un autre "détail qui tue" : les Mi-17 vénézuéliens, beaucoup plus récents, ont des hublots rectangulaires, les colombiens des bons vieux classiques russes, tout rond ! Et sans oublier non plus les quatre flotteurs gonflables visibles (les sacs gris) sur les engins de Chavez (notamment sur les roues arrière), car les hélicos de Chavez étaient destinés au départ aux gardes-côtes. Pour des gens comme les Farc, qui disposent d’un matériel tel que télévision, téléphone satellitaire et internet au milieu de la jungle et qui se font survoler depuis quinze ans par des hélicoptères dont ils connaissent par cœur l’immatriculation, il y a de quoi se poser des questions... sur leur vigilance. Ou leur cécité commandée.

Des hélicoptères immatriculés en Colombie qui n’ont rien de neuf et une association humanitaire qui n’existe pas, non, franchement, ce jour-là notre "César" ne croit plus à sa cause : il vient de toucher le jackpot et s’apprête à mettre les voiles, et la sécurité est le cadet de ses soucis. C’est dans son attitude extrêmement décontractée qu’il se trahit... et trahit indubitablement son mouvement. La photo de son sourire à bord du Fokker qui le ramène à Tolemaida en dit long. Il est obligatoirement de mèche avec ceux censés l’arrêter, et a notamment les deux yeux bien ouverts... C’est LA photo qu’il ne fallait pas montrer si l’on voulait tenter de faire croire à une absence de collusion. L’explication officielle d’un projet fait au départ par deux jeunes officiers colombiens à leurs supérieurs, les généraux Padilla et Montoya ne tient pas debout un seul instant. Selon cette théorie, c’est justement la vision des hélicoptères de Chavez qui aurait servi à appâter les Farc. « Les guérilleros dans la jungle ont vu et revu ces images sur internet, lancent les deux officiers. Si nous réunissons une équipe qui leur ressemble, ils vont mordre à l’hameçon, baisser la garde et laisser monter les otages. Il faut qu’ils croient que Chávez est derrière ce coup ». Croire que des hélicoptères de guerre avec une immatriculation colombienne puissent provenir de Chavez ? Il faut être fou pour le croire ou totalement imbécile. Ou de mèche avec l’envoyeur. Mais il vrai aussi que l’auteur de ces lignes a tendance un peu trop à croire ce qu’on veut bien lui raconter.

L’opération était secrète, dit-on, et les Américains n’y avaient que fort peu participé, paraît-il... voire mis au courant au compte-goutte. Or, un cliché incroyable découvert récemment démontre la fausseté de l’assertion. On y voit un responsable américain, et non des moindres, venir serrer la main des responsables colombiens bien AVANT l’opération à l’emplacement du lieu où les deux hélicoptères ont été repeints. Juste devant le hangar de tissu beige hautement reconnaissable et son assise de béton blanc. Le cliché est daté du 4 juin 2008, en post d’un site spécialisé en photos militaires. L’homme porte un béret noir, orné de quatre étoiles. Un militaire de haut rang de l’Army, donc, et pas le moindre. C’est le "Chief of Staff Of the Army", à savoir le responsable inter-armes juste en dessous du 22e secrétaire de la Défense américain, Robert Gates. C’est dire l’importance que revêt l’opération en cours pour les Américains, partie prenante et premiers concernés par l’opération ! L’homme ne nous est pas inconnu : petit rictus aux lèvres, cheveux grisonnants et petites lunettes ovales aux verres sans montures, c’est... lui, c’est bien George W. Casey Jr, celui qui a été débarqué de la responsabilité des troupes en Irak au profit du général Petraeus, pour être nommé à un rang supérieur en définitive. L’homme est venu avec son équipe... à bord d’un autobus, encore stationné devant l’un des quatre hangars construits, preuve que ce n’est pas en pleine jungle... comme on va le voir un peu plus loin, car l’endroit est plus connu qu’on ne pense. L’ambiance est à la rigolade, tout se passe alors bien : les délais (brefs) ont été respectés par les divers contractants, notamment le livreur de hangars. Ou un responsable non déterminé, à l’étrange casquette de football américain...

A cette date, les préparatifs de l’opération vont en effet déjà bon train : c’est un mois avant l’opération, et quatre mois après la mort de Reyes. On ne peut que s’étonner de cette visite : si les Américains étaient si peu impliqués, pourquoi donc faire visiter le plus grand responsable militaire américain en dehors de W. Bush ? Une visite qui s’est faite en car, preuve que l’on est bien sur un site déjà desservi et non en pleine jungle comme on aimerait nous le faire croire dans les vidéos ! Quant à l’abri, lui-même, inutile de le chercher chez un fabricant local colombien : une recherche dans le catalogue des sous-traitants de l’armée américaine nous le donne assez rapidement. On aurait logiquement pensé au départ à l’entreprise qui fournit les hangars repliables du B-2 et celui du F-35, un hangar... motorisé, la société American Spaceframe Fabricators International (ASFI). Or, ce n’est pas elle qui est le fournisseur cette fois. C’est API, pour ALL POINTS INTERNATIONAL Fabric Structures, de Park Ridge, dans le New Jersey, fondée en 1985, entreprise de 34 employés seulement, faisant 10 millions de CA par an, dont le site internet donne tous les renseignements nécessaires et même la photo d’un F-16 à la place des deux hélicos (et un Sikorsky comme autre exemple). Leur slogan, outre un patriotique "our products are proudly manufactured in New Jersey" annonce clairement qu’ils fournissent l’armée américaine depuis longtemps : "API has 18 years of experience in supplying all branches of the United States and overseas militaries." En y ajoutant un "large inventory for immediate shipment, Erection supervisors or complete erection teams available worldwide, 24 hour per day stand by and availability" et "Airlift or ocean delivery". Son directeur, Robert Schroeder, tente aujourd’hui une carrière politique comme gouverneur républicain, bien sûr, à coups de millions investis, ceux provenant de ses liens étroits avec l’armée et ses contrats mirobolants. Bref, ce ne pouvait être que cette société dans cette affaire rondement menée. On ne sait si l’armée américaine a réglé la note par carte bleue, mais chez eux en tout cas on peut le faire sur leur site... A noter que la dernière découverte d’API est un matériau résistant aux explosions (d’IED !), le Zetix, qui utilise une particularité physique intéressante, l’auxétique, ou la déformation dans un seul sens. Evidemment API est sur-représenté en Irak : à Bagram, comme sur toutes les bases américaines en Irak, la firme est omniprésente comme nous le montre de façon impressionnante Google Earth ou Google Maps. Une firme colombienne, EEII Ltda, sur son propre site, explique qu’elle a participé à des travaux à Tres Esquinas, en 2004 déjà, car elle travaillait depuis plus de dix ans avec... l’armée américaine  : "desde el año 1997 hemos sido ininterrumpidamente contratistas del US Army Corps of Engineers. En la actualidad además de ejecutar estamos realizando trabajos para el municipio de Puerto Inírida, Embajada Americana (Grupo Militar) y Fondo de Prevención Vial." La firme se charge des terrassements : le béton peint en blanc c’est très certainement elle.

Si l’on suit donc cette logique de Farc entre l’Etat de Guaviarne et la frontière équatorienne pour le bombardement du camp de Reyes, aucun doute n’est permis. La base aérienne de Tres Esquinas est tout indiquée pour être notre point de départ de l’opération. Longtemps soupçonnée par les Farc, elle s’avère être la bonne candidate. Google Earth nous en donne la preuve flagrante. Une très longue piste, pour de gros porteurs voire des jets, un gros hangar de type souple déjà installé pour des Antonov 26 de l’AFSOC (voir ici plus loin) ou des compagnies privées, un bon vieux Dakota (remotorisé) qui traîne un peu plus loin... et quatre emplacements de béton blanc, avec des signes d’intenses travaux en cours sur une image qui date de début d’année. C’est bien notre emplacement : sur l’une des vidéos, on a bien le survol de quatre hangars souples et non de deux. Un bras de fleuve dessert même la base, au cas où. Et il y a même un superbe radar, installé au milieu des bâtiments militaires. Fourni par les Etats-Unis en 2000, par l’US Southern Command, pour 12 millions de dollars et censé servir à la lutte contre la drogue. Nos deux hélicos sont bien partis de là, direction... l’Ouest, obligatoirement.

San José del Guaviare est cependant à 350 km, alors que Tres Esquinas n’est qu’à 100 km à peine de la frontière de l’Equateur où se cachait Reyes. L’armée colombienne nous renseigne sur l’emplacement de la détention et de retour des hélicoptères : "The real thing is that the helicopters belongs to the national Army and crewed by highly trained personnel from our intelligence and pick-up the kidnapped close to the department of Guaviare minutes ago and in the moment they are free, and sane in San Jose. There they will take a plane that will move them to Tolemaida". Un autre site indique la rivière Apaporis, comme on le savait déjà depuis le 24 février dernier. A la croisée des chemins des trois régions en fait : Vaupés, Guaviare et Caqueta. Entre Mitu et Caruru, des journalistes s’y sont promenés. C’est à Mitu qu’avait été pris en otage lors du coup de force des Farc de 1998 le policier colombien John Frank Pinchao Blanco qui s’était échappé en mai 2007 : il avait annoncé avoir été détenu avec Ingrid Betancourt et... Carla Rojas. L’article, qui cite "Gafas" (lunettes) comme geôlier de Betancourt (et a donc raison !) indique les alentours de la tribu des Indiens Yurupari comme étant ceux de la détention. Le général en chef de l’armée colombienne, en dévoilant lors de sa conférence de presse la forme du fleuve où a été fait le contact, révèle sa position précise : 0°50’56.24"N et 72°19’43.67"O. Les Farc, en effet, utilisaient les affluents amazoniens pour transférer de nuit leurs otages plus rapidement que par voie de terre, cachés sous des bâches au fond de pirogues ou de canots à fond plat. Le journaliste Michel Peyrard l’avait bien compris. On est tout prêt à le croire, et à indiquer que, pour se rendre sur les lieux, les hélicoptères ont 320 km à parcourir à partir de Tres Esquinas, soit environ un peu plus de 2 heures de vol. Mais il est vrai, ils ne se rendent pas directement sur place, mais passent la nuit dans un endroit resté secret, abrité sous des bâches, ce qui signifie qu’ils ont déjà atterri assez près de l’endroit où ils étaient attendus, sinon le camouflage ne s’imposait pas. On suppose que l’engin est alors ravitaillé sur place, les baraquements où attendent les pilotes étant suffisamment vastes pour contenir l’essence, apportée par hélicoptère ou tout autre voie (dont le fleuve, toujours le fleuve !). Arrivés en plein soleil, vers 12 h 30 pour emmener les otages, les deux hélicoptères ne restent que 22 minutes au sol (et 13 secondes dixit l’armée colombienne !) et repartent aussitôt. On annonce à Betancourt et à Marc Gonsalves, Thomas Howes et Keith Stansell qu’ils sont libres à 13 h 20. Les deux appareils se posent à nouveau sur leur point de décollage du matin, certainement pour faire de l’essence, des militaires colombiens étant sur place. Un cliché surprend l’un d’eux sur le chemin du retour tous feux allumés : il est déjà passé 17 heures, signe que l’arrêt de retour s’est un peu éternisé et les hélicoptères volent à une vitesse de croisière normale : capable de 250 km/h, maxi, le MI-17 vole plutôt à 150-175 km/h en effet, ce n’est pas un champion de vitesse, mais une bonne bête de somme plutôt. Au retour, non pas "in the moment" comme le clame l’armée colombienne, mais en une heure et un peu plus de vol (pour 200 km seulement), les otages sont à San Jose del Guaviare en fin d’après-midi. Un avion attend en bout de piste : c’est le Fokker présidentiel, prêt à décoller pour Toleimaida. Encore un rapide trajet (moins de 300 km effectués à près de 800 km/h : en moins d’une demi-heure) et c’est réglé, Ingrid peut téléphoner à sa mère pour lui annoncer la nouvelle. A 20 h 30 seulement, Uribe est informé du succès total de l’opération par Juan Manuel Santos, ministre de la Défense. Il est alors à l’extérieur, en train de survoler le fleuve Magdalena, entre Puerto Wilches et Barrancabermeja au nord de la Colombie, lorsqu’il a reçu un appel du ministre de la Défense. Ironie du sort : il survole une des régions en proie alors à de terribles inondations et parmi les plus sous l’emprise des groupes paramilitaires, dont les sinistres Black Eagles, sur lesquels il continue ostensiblement à fermer les yeux. Le président français l’apprend à 21 heures, sur le chemin de l’appartement parisien de Madame. Il fulmine, comme le raconte Le Canard enchaîné de la semaine : Alvaro Uribe ne l’a tenu au courant de rien ! Le lendemain, Ingrid Betancourt reprend l’avion pour Bogota, où elle descend d’avion avec tous ses collègues pour une première conférence de presse. C’est à cet instant qu’elle sort la phrase surprenante sur les Israéliens. A noter que l’avion présidentiel colombien traîne derrière lui une belle réputation : en 1996, c’était à l’époque un Boeing 707, on y a découvert 4 kg d’héroïne avant qu’Ernesto Samper ne décolle pour une conférence aux Nations unies, à New York...

Mais tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Pour Reyes, le chemin du retour passait pour lui par Puerto Asis. Une piste en bitume abîmé, dévorée par le climat humide et avec fort peu de marquages au sol, est bien celle de Puerto Asis "Tres de Mayo" (le jour de la fondation de la ville) : c’est le chemin habituel du retour des missions contre les Farc du sud de la Colombie : quand on ramène en effet le corps de Reyes, tué en Equateur, rappelons-le, c’est par cet aéroport qu’il passe et non par Tres Aquilas ni San Jose. Situé à 248 m d’altitude seulement, avec une piste de 1 798 m (5 900 pieds) sur 40, l’aéroport accepte les petits cargos. Le corps ensanglanté de Reyes, le pied droit déchiqueté par une explosion avait été ramené de Puerto Asis à bord d’un très petit avion de transport, un CASA 212 colombien, reconnaissable entre mille à sa porte de chargement arrière. A propos des images du corps de Reyes, on constate qu’on a pris un malin plaisir à ne montrer que le haut, auquel on a rajouté une ou deux balles histoire d’accréditer la thèse officielle : ses jambes ont constamment été enveloppées dans le plastique noir réglementaire. Un mort, ça s’utilise aussi pour une opération de désinformation. Ne pas montrer le pied déchiqueté du dirigeant des Farc a un but, celui d’accréditer la thèse d’une attaque par balles uniquement. A vous de trouver pourquoi, à ce moment-là, où les Tucanos ne sont pas encore prêts à recevoir leurs bombes guidées, on cherche à montrer qu’il n’y a pas eu de bombardement alors que les faits montrent le contraire. Cacher le bombardement du camp de Reyes, ne montrer que le haut de son corps, c’est cacher celui d’une implication directe de l’aviation américaine, rien d’autre.

C’est à San José en revanche aussi qu’est parqué le très particulier avion-espion offert par les Etats-Unis à la Colombie. Après avoir utilisé longtemps un Schweitzer Condor RG-8A contre les narco-trafiquants (et les Farc !) voilà qu’arrive à San Jose del Guaviare... un énorme et très étonnant Grob Egrett (D-FSTN) Strato 1/E, très reconnaissable. Il n’en n’existe pas beaucoup d’exemplaires au monde : cinq seulement, plus un d’entraînement. La dernière fois que l’on pouvait en voir un c’était en 2006 sur la base de Van Nuys. En train d’échanger des pièces de radar avec un A-3 Skywarrior. Que vient faire pareil engin en Colombie, nul ne le sait. Destiné à la recherche scientifique au départ, on ignore son rôle sur place. Il travaille officiellement pour "l’ U.S. Department of Energy’s Atmospheric Radiation Measurement Program." Mais l’avion est souvent présenté comme ’l’U2 du pauvre". On sait que l’U2 avait été présenté comme un avion de recherches météo, de même d’ailleurs que son équivalent russe, le très élégant M55 Geophysica (devenu Mystic). Le Venezuela doit logiquement recevoir sa visite régulièrement en fait... les U-2 disposant d’une base particulière en Amérique du Sud, au Chili. Dès 1987, sous couvert d’études de la Nasa, un U-2 photographiait régulièrement à partir de là le continent Antarctique. Le Chili est la porte nécessaire vers le pôle Sud, où atterrissent aujourd’hui des C-17. La Colombie intéresse donc les Etats-Unis à plus d’un titre, si la base équatorienne n’est pas reconduite, ce vers quoi on s’achemine à l’échéance de 2009. C’est une évidence. Les Etats-Unis ont besoin d’un "porte-avion terrestre" en Amérique du Sud, et la Colombie fait figure de première candidate.

Et ce n’est pas tout, demain nous verrons que d’autres éléments encore accusent les Américains dans cette évasion rocambolesque, qui ont signé leur aventure par des éléments particuliers, armes et véhicules compris, ainsi que par la préparation d’un coup de pub touchant au pathos dont ils ont le secret, sans oublier l’usage abusif des macarons de la Croix-Rouge, qui en dénoncera l’utilisation abusive.

Documents joints à cet article

Les dessous des cartes de la libération d'Ingrid Betancourt (2e partie) Les dessous des cartes de la libération d'Ingrid Betancourt (2e partie) Les dessous des cartes de la libération d'Ingrid Betancourt (2e partie) Les dessous des cartes de la libération d'Ingrid Betancourt (2e partie) Les dessous des cartes de la libération d'Ingrid Betancourt (2e partie) Les dessous des cartes de la libération d'Ingrid Betancourt (2e partie) Les dessous des cartes de la libération d'Ingrid Betancourt (2e partie) Les dessous des cartes de la libération d'Ingrid Betancourt (2e partie) Les dessous des cartes de la libération d'Ingrid Betancourt (2e partie) Les dessous des cartes de la libération d'Ingrid Betancourt (2e partie) Les dessous des cartes de la libération d'Ingrid Betancourt (2e partie) Les dessous des cartes de la libération d'Ingrid Betancourt (2e partie) Les dessous des cartes de la libération d'Ingrid Betancourt (2e partie) Les dessous des cartes de la libération d'Ingrid Betancourt (2e partie) Les dessous des cartes de la libération d'Ingrid Betancourt (2e partie) Les dessous des cartes de la libération d'Ingrid Betancourt (2e partie) Les dessous des cartes de la libération d'Ingrid Betancourt (2e partie)
par morice mardi 19 août 2008 - 157 réactions
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  • Par Olga (xxx.xxx.xxx.112) 19 août 2008 14:04
    Olga

    @Calito

    Personne ne regrette la libération d’Ingrid Bétancourt. Ni Morice, ni vous, ni moi... Tout le monde préfère la voir auprès de ses enfants et de ses proches, plutôt que prisonnière dans le bourbier colombien.
    Je ne vois même pas ce qui vous pose problème. Si l’article de Morice vous déplaît, vous pouvez exposer vos arguments contradictoires dans un commentaire, voire dans un article. Et tous les rédacteurs d’Agoravox peuvent faire de même.
    Est-ce que quelqu’un a été empêché de publier un article contradictoire au sujet de la libération d’Ingrid Bétancourt ? Si oui, il y a un véritable problème de droit d’expression ; Si non, Agoravox permet bien, à qui le veut, de donner sa vision sur des faits, tels que la libération D’Ingrid Bétancourt.

  • Par morice (xxx.xxx.xxx.89) 19 août 2008 11:07
    morice

     Pour le minutage de l’opération, j’ai une autre source (en heure locale) :

    10H50, les hélicos qui étaient sous bâche décollent.
    11H15 les otages commencent à monter dedans.
    11H30 les otages apprennent déjà qu’il sont libérés (et non à 13H).
    A 13H10 ils sont à San José del Guaviare.
    A 13H50 le ministre de la défense fait sa conférence de presse (Uribe est donc déjà prévenu).
    A 4H25 les otages sont dans l’avion du président.
    A 5H10 de l’aprém ils se posent à Catam.
    A 5H40 ils font leurs premières déclarations.
    A 6H (18H) première déclaration d’Ingrid Bétancourt.


  • Par morice (xxx.xxx.xxx.89) 19 août 2008 11:09
    morice

     par lerma (IP:xxx.x1.72.24) le 19 août 2008 à  11H04 

     
    Et oui,avec vos adresses IP en doublant ,notre ami manipulateur à été découvert dans toute sa splendeur. 


    Toto, je suis seul, bosse seul GRATUITEMENT et n’ai ici qu’un seul pseudo : que ce soit clair. Quand à me prendre pour Meyssan, faut vraiment en tenir une couche. 

  • Par morice (xxx.xxx.xxx.89) 19 août 2008 11:31
    morice

     un article qui va fait 70% de non, jusqu’à ce que morice trafique les votes avec des ip bidons et nous fasse plein de commentaires avec ses nombreux profils.... that’s all folks !

    qui va fait, qui va fait....

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