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Accueil du site > Actualités > International > Les dimensions territoriales du Congo-Kinshasa, oeuvre du roi Leopold (...)

Les dimensions territoriales du Congo-Kinshasa, oeuvre du roi Leopold II

Il existe déjà une littérature abondante sur l’œuvre du Roi Léopold II au Congo, œuvre entreprise de 1876 à 1908.

 Cet illustre personnage a fait à la fois l’objet d’éloges chez certains écrivains et de sévères critiques chez d’autres écrivains de l’époque ou d’aujourd’hui, occidentaux ou non, critiques tendant à annihiler même les résultats de l’œuvre entreprise et à vilipender les défenseurs de Léopold II.

 Les uns ont peint Léopold II, mécène des explorateurs, comme un Roi habile, un génie, un Roi visionnaire, un Roi bâtisseur enseigné dans les écoles du Congo et de la Belgique 

 Les autres, par contre, l’ont présenté come un Roi avide, un Roi criminel, un Roi hypocrite, un Roi roublard, c’est –à-dire rusé et peu scrupuleux dans la défense des ses intérêts. 

 Parmi tous ces écrivains, Belges, Occidentaux ou autres, l’on retrouve des plumes objectives, ethnocentriques, pro ou anti-partisanes, concurrentielles, réactionnaires et aussi des plumes à la recherche de l’originalité ou que sait- on encore. 

 L’honnêteté intellectuelle nous contraint à l’objectivité. BRUNSHVIG, repris par Jean ROSTAND, disait : « la sensibilité au vrai est un des produits les plus rares de la civilisation occidentale » [1] 

 Le constat peut s’étendre : la sensibilité au vrai est un des produits les plus rares de l’humanité. 

 En attendant que des centaines de kilos des archives sur les correspondances et dossiers personnels du roi Léopold II, portées disparues depuis 1908, soient éventuellement retrouvées afin de permettre aux chercheurs de s’imprégner avec exactitude des intimes intentions du Roi sur ses projets d’outre –mer et précisément d’Afrique, l’analyse à faire sur les opérations et les démarches politiques du Souverain belge devait être politique et éventuellement économique ou sociologique et non morale.  

 Pour persuader ses contemporains, Léopold II dont on reconnaît le soin dans l’usage des mots ne pouvait qu’utiliser le langage de la tendance de son époque où plusieurs en Europe avaient la passion de répandre la civilisation européenne. 

 En effet, Léopold II était un homme d’Etat, individuellement mercantiliste non avoué, à la tête d’une monarchie constitutionnelle capitaliste. Certains analystes l’on tout simplement qualifié de commerçant, vu dans ses ambitions et ses acharnements outre –mer. 

 Il pouvait être les deux à la fois, homme d’Etat et commerçant ; car rien ne pouvait l’empêcher d’affermir sa fortune. 

 Fils du Roi Léopold Ier de Belgique (différent de l’Empereur Léopold Ier de Vienne), né à Bruxelles le 09 avril 1835, Léopold II ( Léopold Louis Philippe Marie Victor ) fut à partir du 17 décembre 1865, le deuxième roi de la Belgique indépendante et régna jusqu’en 1909. 

 Son père Léopold Ier rêvait de trouver une colonie outre –mer pour son pays la Belgique afin de lui assurer la prospérité en lui donnant une large expansion commerciale. ( [2] )

Aussi, influencé par la vision de son père et par ses propres voyages, Léopold II, dès sa jeunesse, cultiva –t-il la même pensée de se procurer un domaine outre – mer afin de la sauvegarde et du prestige de son petit pays coincé entre deux grandes puissances ennemies, la République française et l’Empire Allemand( [3]). 

 Ce fut à une époque où les puissances européennes, sorties de la guerre contre Bonaparte, conclurent les traités de Vienne (1815) et observèrent par après une sorte d’équilibre face à l’Allemagne redoutable sous le chancelier Bismarck, arbitre de l’équilibre. La Belgique sortie du joug de du Pays-Bas sous Guillaume Ier en 1830, n’était pas comptée parmi les puissances. 

 Léopold II a tenté, sans succès, l’acquisition de Bornéo, du Tonkin (Chine) de Chio et de Mytilène dans la méditerranée orientale ( [4]), le Japon, Fidji, le Haut – Nil, etc. ([5]). Certaines de ces ambitions datent d’avant l’avènement du Prince au pouvoir. 

Intéressé par les publications des rapports des explorateurs qui venaient de pénétrer le cœur de l’Afrique équatoriale, particulièrement par la publication du journaliste – explorateur Henry MORTON STANLEY, après sa rencontre sensationnelle avec David LIVINGSTONE, Léopold II tourna ses pensées vers l’Afrique centrale. 

C’est ainsi que le 12 septembre 1876, le roi Léopold II organisa au Palais de Bruxelles, à ses frais et à titre privé, une conférence géographique internationale qui réunit sous sa présidence une trentaine de personnalités composées de géographes, d’explorateurs et de philanthropes, d’Allemagne, de l’Autriche – Hongrie, de la France, de la Grande – Bretagne, d’Italie , de la Russie et enfin de la Belgique, connues pour l’intérêt qu’elles portaient à l’Afrique noire. 

Le 19 septembre 1876, la conférence géographique de Bruxelles se conclut par la création de l’Association Internationale Africaine, « A.I.A. » en sigle, un organisme international placé sous la présidence du roi Léopold II avec comme mission d’explorer scientifiquement les parties inconnues de l’Afrique, y ouvrir les voies de pénétration de la civilisation européenne et rechercher le moyen pour la suppression de la traite des nègres d’Afrique. 

Une analyse quelque peut objective des faits peut démontrer que le revirement progressif et parfois très rapide des tactiques utilisées par le Roi était dicté aussi bien par ses ambitions avouées ou inavouées que par des difficultés monumentales que le souverain belge a eu à rencontrer. Il s’agit là, d’une caractéristique qu’on reconnaît à tout bon stratège, à savoir, sa capacité à vite s’adapter aux réactions de son environnement - ce qui a notamment permis au capitalisme d’éviter la disparition promise par Karl Marx. 

D’aucuns ont relevé que l’Association Internationale Africaine n’a rien eu d’ « Association », ni d’ « Internationale ». La conférence de Bruxelles qui l’a instituée n’a marqué que l’entrée en scène de Léopold II en Afrique où il a créé un Empire. 

Qu’advient –il lorsqu’un homme, voulant entreprendre un ouvrage ou une affaire demande une main d’association auprès des partenaires et ne l’obtient pas ? Soit il abandonne le projet, soit il prend le risque de l’entreprendre seul. 

L’appel à la coopération scientifique, humanitaire et civilisatrice lancé par Léopold II n’a pas de prime abord, suscité d’intérêt chez ses concitoyens belges ni chez ses interlocuteurs de puissances européennes. 

La Belgique, sans aucun passé colonial sous sa commande ni aucune ambition coloniale potentielle, connaissant les quelques tentatives coloniales précédentes du Roi vouées à l’échec, n’éprouvait nullement le besoin de s’embarquer dans les aventures Léopoldiennes. D’où , les souscriptions y furent modestes par rapport à l’ampleur de l’œuvre à affronter. « Dans l’opinion belge, la note dominante est soit l’indifférence, soit l’ironie » : on sourit de la « marotte » du Roi. Les milieux économiques belges ? Ils sont tout aussi peu favorable au type d’entreprises dont rêve le Roi : lorsque Léopold II constitue en 1878 le comité d’Etudes du Haut – Congo, chargé de financer l’expédition de Stanley au Congo, il a toutes les peines du monde à trouver dans ces milieux quelques souscripteurs et ceux qui souscriront le feront avant tout pour être agréables au Souverain. Son entourage direct ? A la cour, dans la famille, c’est tout le contraire de l’enthousiasme : on craint que le Roi ne se ruine, et on craint même que l’échec prévisible de ses aventures d’outre –mer n’ébranle sa position en Belgique même » ( [6] ). 

La même chose du côté des pays européens, on a enregistré en majorité que quelques souscriptions individuelles, somme toute, qui n’étaient pas à la hauteur de la tâche envisagée. 

En Europe, il n’y eut au départ aucun engouement pour l’Afrique Centrale supposée être peu productive. La découverte et l’exploration de la source du Nil était à cette époque plus préoccupante que les autres sites de l’Afrique centrale. 

Parmi les quelques contributions de l’étranger, les écrivains signalent 20.000 francs d’une dame de Paris, Cécile Furtado – Heine, 10.000 francs du Baron Rothschild de Paris et 5.000 francs de M. Silster de l’Allemagne ( [7]). 

 Devant cet obstacle de tiédeur du soutien financier des partenaires attendus, il ne restait au Roi qu’à se mesurer à l’obstacle en déployant tout son savoir faire ainsi que sa fortune et en contractant des dettes, l’Association Internationale Africaine ne restant plus que de façade et un instrument pouvant l’aider à trouver audience auprès des puissances de l’époque. 

L’avant – plan humanitaire de la déclaration royale n’est pas scandaleux d’autant plus que ce langage est tout simplement capitaliste, mercantiliste et commercial. Il est aussi vieux que le capitalisme et se retrouve jusqu’aujourd’hui dans le marketing où, le commerçant national ou international, étatique ou privé, poursuivant acharnement ses profits, parle plutôt au nom et au bénéfice du client, même quand il lui vend des produits nuisibles à sa santé ou des produits piratés. 

Après avoir réussi la collaboration du vaillant explorateur Stanley, lequel a démystifié l’Afrique centrale et fut premier à parcourir le fleuve Congo de son cours supérieur jusqu’à son embouchure, le Roi, avec la collaboration d’hommes d’affaires, créa en novembre 1878 un comité d’Etudes du Haut – Congo visant des buts commerciaux pour la quête des moyens de communication facile entre le Bas et le Haut-Congo. Au même moment, le Roi instruisit Stanley à conclure des traités avec les chefs indigènes pouvant lui permettre d’asseoir son autorité sur tout le territoire, dévoilant par là même ses desseins de domination coloniale.

Par la suite, en octobre 1882, ledit comité sera transformé en Association Internationale du Congo, « A.I.C », laquelle va engendrer l’Etat Indépendant du Congo, « E.I.C. », à la conférence de Berlin de 1885 qui a adopté la configuration du territoire actuel du Congo – Kinshasa. 

 L’A.I.A. s’est organisée en comité central, présidé par le Roi et en comités nationaux dans divers pays d’Europe et aux Etats-Unis. Elle eut à organiser des voyages d’explorations au Congo et à y implanter des postes hospitaliers et scientifiques. 

 L’entreprise prit une tournure décisive à partir de la rencontre en juin 1878 entre Léopold II et Stanley. Ce dernier, sous financement de la presse Dailly Telegraph et New York Herald, venant de traverser l’Afrique orientale et centrale de l’Est à l’Ouest, a eu à explorer les lacs Victoria, Albert ( découvert en 1864 par le Britannique Samuel Baker et non par Stanley 1876), Edouard et Tanganyika dans toutes ses rives et à découvrir le Mont Ruwenzori. 

 Il a parcouru le fleuve Congo de Kasongo où il a rencontré Tippo-Tip chef négrier arable jusqu’à l’embouchure sur l’océan Atlantique, contournant toutes les cataractes du fleuve, constatant les différents confluents et anéantissant sur son passage toutes les résistances des ethnies locales. Ce fut le premier explorateur à pouvoir faire un tel parcours du fleuve Congo, en bravant rapides et chutes, et à pouvoir éclairer le monde occidental sur l’Afrique centrale qui lui était encore inconnue. Ses prédécesseurs, Livingstone et Cameron, découragés par les arabes, n’ont parcouru que le cours supérieur du Congo, le Lualaba, respectivement en 1871 et en 1874. 

 Un contrat de cinq ans fut passé entre Léopold II et Stanley, le premier donnant un financement au second et le second, devant acquérir le Congo pour le Roi, était tenu au secret des rapports de ses explorations. Des expéditions vont étudier le pays, on va lancer les premiers bateaux, on va tracer les premières routes et construire le chemin de fer de Stanley Pool (actuel Kinshasa) à Matadi, on va bâtir des centres civilisés, etc. 

 De l’aventure de ces deux hommes, de ces deux rêveurs, va naître le Congo d’aujourd’hui. 

 Sur terrain, plusieurs obstacles prévisibles et imprévisibles attendaient l’entreprise du Roi et devaient nécessiter des orientations conséquentes. Ce fut encore le moment où les puissances européennes, en l’occurrence l’Angleterre et la France, rivalisaient pour planter leurs drapeaux sur des terres aussitôt découvertes, le droit d’occupation étant reconnu au premier occupant. 

 Le Portugal, par l’explorateur Diego Cao qui a découvert l’embouchure du Fleuve Congo en 1482 et par d’autres portugais qui s’en sont suivis, était déjà en contact avec le Bas-Congo où évoluait le Royaume Kongo politiquement organisé comme un Etat. Mais Diego Cao n’a pas franchi les premières cataractes. Après ses temps forts et ses temps d’échec dans ses relations avec le Portugal, la Hollande, le Saint – Siège, le Brésil, les envahisseurs Jagas, etc, l’Etat du Bas-Congo a sombré et la région était retournée à son isolement, rongée par le trafic des esclaves et abandonnée par le Portugal au profit de l’Angola jusqu’à l’avènement de Stanley. 

 Malgré les discrétions subséquemment imposées aux rapports de Stanley, sûrement les premières publications sur le continent mystérieux, sa description lyrique de l’immense bassin navigable au cœur de l’Afrique aux ressources incommensurables et les publications d’autres explorateurs doivent avoir réveillé l’attention des puissances coloniales et suscité un regain d’intérêts. 

 Les Portugais soulevèrent leurs prétentions sur le Bas-Congo, eu égard à la découverte de Diego Cao et à leur ancienne occupation de la région. Comme ils cherchaient un soutien à leur revendication, la Grande Bretagne s’y prêta et signa en date du 26 février 1884 un traité avec le Portugal par lequel il était reconnu à ce dernier la souveraineté sur l’embouchure du fleuve Congo, ce qui menaça de couper le Congo de la côte. Ce traité fut une mesure préventive que la Grande Bretagne prit, car se dit-elle que l’accès à cette partie lui sera plus facile avec le Portugal, une petite puissance, plutôt qu’avec la France, une grande puissance qui soulevait aussi des prétentions sur la partie occidentale du Congo. 

 Les Français réclamèrent la rive nord du fleuve au niveau où se trouve aujourd’hui le Congo-Brazzaville.

 Les Britanniques, par Cecil Rhodes, tentèrent de s’approprier la riche province du Katanga et avaient des revendications sur le Congo basées sur les découvertes et les explorations du Lieutenant Cameron antérieures à celles de Stanley (1873). En effet, parti du Tanganyika, Cameron a découvert la Lukuga, il a parcouru tout le fief dominé par les négriers arabes jusqu’à Nyangwe, la capitale arabe. Il fut le premier à déclarer nettement avec les arguments scientifiques que les eaux qui coulaient devant lui – que son prédécesseur Livingston tentait de confondre aux eaux du Nil – n’étaient pas celles du Nil, mais du Congo. Détourné par la ruse de Tippo – Tip, Cameron ne put poursuivre le cours du fleuve ; il rentra par le Lomami, arriva à Kamina et allant jusqu’à l’Atlantique en passant par l’Angola. 

 Au triomphe éventuel de toutes ces revendications, il ne resterait au Roi que la cuvette centrale et une partie du Nord-est du pays, qui seraient toutes enclavées. 

 Les enjeux, ici décrits en peu de mots, étaient tellement de taille qu’ils mettaient en compétition le monarque d’un petit pays agissant à titre personnel et exerçant une autorité de fait sur le bassin du Congo face aux prétentions étatiques. Ensuite, ces menaces annexionnistes de certaines parties du Congo aux colonies portugaises, françaises ou Anglaises risquaient, à l’ouest, de faire priver au Congo l’accès à l’océan Atlantique et, au sud-est, de rafler une portion importante de la plus riche province minière du Congo. 

 Devant cet autre obstacle tendant à amputer le futur Etat de certains de ses espaces vitaux, non les moindres, le Roi a eu à exercer son tact diplomatique. 

 Un de grands atouts du Roi était sa finesse diplomatique. Il entretenait de bonnes relations avec toutes les familles souveraines d’Europe. Il recourait fréquemment aux services de certains diplomates belges en poste à l’étranger - quoique cela fut un vice étant donné qu’il agissait à titre privé - et, le cas échéant, il utilisait ses agents propres. 

 On découvre du lyrisme dans ses lettres à ses partenaires virtuels ou potentiels, le choix et le soin des mots, le tout rendant ses écrits persuasifs. Tel en a été le cas dans les préparatifs et dans le déroulement de la conférence géographique de Bruxelles de 1876, tout comme dans la conférence de Berlin de 1884 à 1885.

 Au moment où les rivalités coloniales commencèrent à prendre de l’ampleur en Afrique, l’Allemagne quoique n’ayant pas d’ambitions sur l’Afrique centrale, n’était pas restée indifférente en tant qu’arbitre de l’équilibre européen. Le Chancelier Allemand Bismarck se proposa de désamorcer les tensions afin d’éviter que ces rivalités ne dégénèrent en guerre entre puissances européennes avec comme conséquence la compromission de l’hégémonie allemande et l’épuisement des puissances européennes qui, sans parler des questions coloniales, avaient d’abord à faire face à leurs problèmes intérieurs des mouvements révolutionnaires et ouvriers. 

 Pour régler à l’amiable les rivalités coloniales, Bismarck organisa une conférence à Berlin du 15 novembre 1884 au 26 février 1985, à l’issue de laquelle fut signé l’acte général qui consacre le partage de l’Afrique. Cette conférence réunit les gouvernements de Russie, de Etats –Unis et de douze pays européens , à savoir , l’Allemagne , l’Autriche – Hongrie , le Danemark , l’Espagne , la France , le Royaume – Uni , l’Italie , les Pays – Bas , le Portugal , la Suède – Norvège et la Turquie. 

 A cette occasion, l’Association Internationale du Congo dans sa configuration territoriale fut reconnue comme souveraine et neutre sous la dénomination de l’Etat Indépendant du Congo. 

 Les esprits des Etats conférenciers à Berlin étaient pour la plupart préparés par le Roi Léopold II. Il était question de neutraliser les ambitions annexionnistes du Portugal et de trouver un compromis sur l’expansion de la France afin que les bouches du Congo ne fussent pas occupées par ces deux puissances ; en même temps, veiller à ce que l’Angleterre ne s’empare de la partie Sud-est du Congo. 

 Pour apaiser la France, Léopold II lui promit, en 1884, la primeur de la commande du Congo au cas où l’Etat Indépendant du Congo, pour une raison ou une autre, serait amené à la dissolution. 

 A l’Angleterre qui a signé un traité avec le Portugal, il promit de lui accorder plus de facilités qu’elle espérait obtenir du Portugal. 

 A toutes les puissances de l’époque, il promit de faire de l’Etat Indépendant du Congo, un Etat sans douane - bien sûr, contrairement aux colonies françaises et britanniques. 

 La neutralité de la Belgique, dont d’ailleurs le Roi a fait mention en passant dans son discours d’ouverture de la conférence géographique de Bruxelles, a, pendant tout ce temps des tractations joué en sa faveur étant donné que chacune des grandes puissances de cette époque aurait souhaité confier le territoire du Congo, pays au cœur de l’Afrique, à une petite nation neutre qu’à son concurrent impérialiste. Là-dessus, Léopold II, déjà dans le fonctionnement de l’A.I.A. devenu A.I.C., il prit soin d’utiliser les agents de différentes nationalités pour s’attirer la sympathie de la communauté occidentale. 

 Evidemment, en plus des ces facteurs, il y a bien d’autres facteurs qui ont joué en faveur des visées du roi Léopold II, notamment l’appui de BISMARCK le chancelier allemand. 

 Un autre obstacle à l’entreprise Léopoldienne est la terre inconnue et non encore travaillée où le Roi s’était engagé et où il fallait poser les premiers fondements, briser les rocs, défricher forêts et savanes, tracer des routes et des voies ferrées, jeter des ponts etc. sur une étendue de 2.345.000 km² où il y n’y avait aucune infrastructure moderne. Le monarque n’y avait jamais mis ses pieds et donc n’avait qu’une connaissance livresque du milieu. Pour s’être rendu compte de la proportion du travail à y abattre, Stanley avait déclaré que le Congo ne valait rien sans chemin de fer. 

 La tâche était dure. Si pour construire le Congo d’aujourd’hui, au 21ème siècle, la tâche est extrêmement énorme, que dire du Congo du temps de Léopold II, où il n’y avait que forêts effroyables, savanes, ronces, plateaux, vallées, minerais bruts enfuis en terre, une multitude de rivières avec cataractes, cases, bicoques etc. , avec une population à 99% analphabète. Il n’ y avait aucun outil de travail sérieux. Tout était à commencer. 

 Au Bas – Congo, on pouvait trouver quelques personnes sachant lire et écrire du fait du contact avec les portugais depuis le XVème siècle. Cela ne fut pas le cas du côté de l’Est où les arabes avaient pénétré quelques années seulement avant le passage de Stanley. 

 Le Roi Léopold II avait une fortune considérable, estimée à environ 50 millions de francs –or. Les souscriptions qu’il a réussies pour le fonctionnement de l’A.I.A. étaient estimées à 400.000 francs en 1878. A la fin de 1885 , le Roi a dépensé en tout environs 11 millions et demi de francs ( [8]). Mais la fortune du Roi n’était pas assez pour couvrir toutes les dépenses que nécessitait l’œuvre qu’il entrevoyait au Congo. 

 En tout réalisme, pareille entreprise, même si elle se déclarait honnêtement philanthropique, sa philanthropie ne serait indispensable que pour jeter des bases en vue d’une auto – suffisance future. Ensuite , quelle serait la nature des relations entre le philanthrope et les bénéficiaires de cette bienfaisance ? En tout cas , comme ces relations devaient durer, elles finiraient par être un rapport de commandement – sujétion. Le philanthrope finirait par instaurer la discipline que les bénéficiaires devaient suivre. Et le philanthrope d’où qu’il soit , travaillera-t-il jusqu’à se ruiner ? 

 Il s’est fait, malheureusement que les souscriptions que le Roi espéraient recevoir pour soutenir cette œuvre philanthropique n’ étaient pas suffisantes. Qu’il ait été honnête ou hypocrite dans ses déclarations initiales, que devrait faire le Roi si ce n’est que d’envisager comment rendre productrice l’œuvre projetée. 

 Ayant pris bonne note des excuses des Etats-Unis pour leur absence à la conférence géographique de Bruxelles, le Souverain Belge , à la quête des moyens pour financer son projet , s’est proposé de se rendre aux Etats-Unis. 

 Il s’exprima en ces termes en s’adressant au ministre Delfosse :

« Cher Ministre », 

 J’ai reçu une bonne lettre du Juge Daly. Pensez – vous que si j’allais cet été en Amérique, je parviendrai à y créer un mouvement considérable en faveur de l’œuvre africaine ? 

 Les lois des Etats- Unis autorisent – elles la loterie dans un but de bienfaisance et pour favoriser le progrès scientifique ? Pensez-vous que l’on pourrait faire aux Etats-Unis une loterie de 3 millions ½ de dollars ? Deux millions pour le capital international de l’œuvre africaine qui a son siège à Bruxelles ; un million pour être divisé parmi les numéros gagnants et un demi-million pour les frais du comité et ceux de la publicité et de l’affichage, etc. 

 L’appât de gagner un million de dollars ferait –il, croyez-vous, prendre pour trois millions ½ de dollars de billets ?

 Vous me répondrez après y avoir réfléchi et au besoin avoir consulté quelques personnes influentes et compétentes. Je ne voudrais pas naturellement risquer de passer la mer, de faire un grand voyage aboutissant à un grand fiasco. Je sais que les Américains ne s’intéressent pas beaucoup aux nègres, mais ici, il ne s’agit pas seulement de nègres ; il s’agit de routes, de stations hospitalières, d’observatoires, du progrès de la civilisation, de dernières découvertes pour connaître une grande partie du monde très riche mais imparfaitement ouverte. 

 Le vieux monde s’intéresse à l’œuvre qui progresse en Belgique, en Hollande, en Russie, en France et en Allemagne. Les Anglais sont tièdes. 

 Pourrais- je décider les citoyens des Etats-Unis à jouer le grand rôle dans cette croisade moderne ? 

 Lorsque le calme sera revenu dans les esprits, consultez quelques personnes, tâchez que le juge Daly forme un comité considérable et voyez si ces messieurs pensent qu’en l’employant comme prédicateur, on arriverait à un résultat très considérable. Ne craignez pas de faire différentes courses pour me renseigner. Je me charge des frais de vos voyages ; ne craignez pas surtout de me contrarier en arrêtant mon élan ; cela serait infiniment mieux que m’exposer à un insuccès qui pèserait sur toute mon existence »[9]

 Stanley était conscient du fait que l’entreprise était gigantesque, mais Léopold II, emporté par ses intimes ambitions, ne pouvait céder aux sentiments de découragement. En effet, il est parfois des entreprises où si le bâtisseur connaissait au préalable toutes les difficultés auxquelles il sera buté, il désisterait carrément. 

 Quelqu’un va jusqu’à dire « il est certain que Stanley avait des doutes au sujet de la réussite de l’œuvre du Roi en Afrique ». ( [10]) 

 Il fait cette déduction à partir de l’attitude de Stanley devant les prétentions portugaises sur les bouches du Congo, attitude exprimée dans sa lettre du 23 juillet 1883, adressée à l’explorateur Hanry Hamilton Johnston à l’attention du Gouvernement Britannique. Devant l’imminence de la menace portugaise sur les bouches du Congo, Stanley écrit cette lettre pour susciter le Gouvernement britannique à s’impliquer dans la question congolaise. La lettre est écrite à l’insu du roi Léopold II, alors qu’existait entre ce dernier et Stanley un contrat de confidentialité des correspondances et rapports sur le Congo. 

 Dans cette lettre, Stanley énumère les avantages que le Congo peut offrir au peuple anglais dont il chante les qualités de façon dithyrambique. A lui d’ajouter : « on ne peut tolérer que les Français, les Portugais ou une autre nation privent, à la vue de tout le monde, l’Angleterre de ses droits et privilèges »enfin, il invite les Anglais, à proclamer leur protectorat ( [11]). 

 Mis au courant de cette correspondance, Léopold II eut une réaction très modérée, mais prit soin de faire une nette mise en demeure à Stanley tout en signant « Your good friend Leopold ». 

 Est –ce une grandeur d’âme de la part du Roi en tolérant de composer avec un traite ou la force des choses vu les intérêts à tirer d’un mal nécessaire ? Peut – être les deux

 L’historien Stengers le souligne si bien : là où il (Léopold II) a manifesté une singulière intelligence, c’est en comprenant que, pour le Congo, il fallait avoir Stanley, que Stanley était le seul qui pût mener à bien l’entreprise dont il rêvait. En l’enrôla, il prenait un risque. Il y avait de très grosse ombres sur la réputation de Stanley, et spécialement l’ombre de la brutalité » 

 LUWEL ajoute « L’origine fondamentale de leurs options souvent diamétralement opposées réside dans le fait que Léopold II et Stanley, tout en voulant faire tous deux quelque chose pour l’Afrique Centrale, représentaient deux sphères de travail totalement différents. Mais le Roi savait qu’il était difficile de trouver un remplaçant adéquat à Stanley et ce dernier savait, de son côté, qu’il lui serait difficile de rencontrer quelqu’un qui fût prêt à lui confier une mission aussi importante que celle dont Léopold II l’avait investi ( [12]). 

 C’est donc faute de mieux que Stanley a accepté de travailler avec le roi Léopold II et ce dernier le savait pertinemment bien dès le départ. En effet, en janvier 1878, quand Stanley revint en Europe, deux délégués du roi Léopold II, le baron Greindl et le général Sanford, l’accueillirent à Marseille et lui furent part des projets du Roi de créer un état dans le bassin du Congo. Stanley déclina l’offre. Ce n’est que cinq mois après, le 10 janvier 1878, après qu’il ait rencontré l’indifférence des gouvernements anglais et américains, qu’il se tourna vers Léopold II. 

 A propos de l’indifférence britannique, l’on souligne que la véracité des lettres que Stanley a apportées de la part de Livingstone fut mise en question et la reine Victoria d’Angleterre le reçu tout de même bien, mais indiqua par après qu’il était un « affreux petit bonhomme »( [13]). Toujours la reine Victoria ,qui régnait sur la moitié du monde ,( cousine du roi Léopold II chez qui ce dernier a passé une grande partie de son enfance), avait personnellement mis en garde Léopold II contre Stanley étant donné la réputation de brutalité. En 1884, Jules Ferry appellera encore Stanley « Le fusilleur et canonneur de nègres » ( [14]) 

 Il est fort probable que la course de vie de Stanley ait sensiblement influencé son caractère. 

 John Rowlands , bâtard , connu sous le nom de Henry Morton Stanley est né le 28 janvier 1841 à Dinbych au pays de Galles. Sa mère, Besty Parry, travaillait comme servante, et donna naissance à quatre autres enfants naturels les années qui suivirent. Elle n’avait jamais révélé à John qui était son père, cela pouvait être John Rowlands, un buveur bien connu dans la ville, ou aussi un avocat marié répondant au nom de James Vaughan Home. 

 La mère laissa l’enfant à la garde du Grand –père. A la mort de celui –ci, John était âgé de 5ans, son oncle le confia à la garde d’une famille et, par après, lorsqu’il ne fut plus en mesure de payer la rente, il le plaça dans une maison de travail, équivalente aux maisons de correction en France où John vécut sous les terreurs des attaques que les plus âgés exerçaient sur les jeunes dont lui. Il profita néanmoins d’une certaine instruction scolaire dans cette maison de travail. 

 Pendant cette période, il ne rencontra sa mère qu’une seule fois, à l’âge de neuf ans, alors qu’elle amenait deux autres enfants à la maison de travail. 

 A 15 ans, il quitta la maison de travail, travailla comme journalier dans plusieurs places. A l’âge de 17 ans, il s’embarqua, comme apprenti marin (Mousse) sur un navire qui faisait voile vers la Nouvelle Orléans (Amérique) où il fut adopté par un négociant nommé Henry Stanley dont il prit le nom auquel il ajouta Morton plus tard. 

  En nouvelle Orléans, pendant la guerre de Sécession, il se bâti d’abord aux côtés des sudistes, puis il combattit comme nordiste et enfin opta pour la neutralité pour travailler comme navigateur et journaliste. Suite à son talent dans le journalisme, New York Herald, un journal à sensations, le prit comme correspondant. C’est ainsi qu’en 1867, le journal l’envoya en Abyssinie (Ethiopie) comme correspondant de guerre. En 1869, il fut rappelé à Paris où son éditeur, Bennett, lui donna la mission de retrouver David Livingstone, parti à la recherche de la source du Nil, dont on était sans nouvelles depuis 1866.

En 1870, bien équipé avec deux britanniques et plus d’une centaine des porteurs africains, il partit de Bombay, arriva à Zanzibar, rejoignit les rives du lac Tanganyika, alla à Ujiji où il retrouva Livingstone malade et à cours de vivres. Avec ce dernier, Stanley explora pendant cinq mois les rives de lac Tanganyika avant de regagner Londres où il écrit un best seller « comment j’ai retrouvé Livingstone » qui l’a rendu célèbre dans le monde entier. Livingstone resta en Afrique et mourut en 1873 épuisé par une dysenterie. 

 Emporté par le désir d’exploration, Stanley repartit en Afrique en 1874, de Zanzibar jusqu’à l’embouchure du Congo, suivant l’itinéraire déjà décrit plus haut, accompagné d’une forte caravane de plus ou moins 350 porteurs, 350 askaris ( soldats locaux) et trois européens. Parlant de ce parcours, Stanley se vante d’avoir livré sur son passage trente – deux batailles, d’avoir brulé des villages entiers, décimé les « têtes laineuses » qui faisaient obstacles à sa progression, d’avoir dynamité les monts de Crystal. Il n’hésitait pas à dire qu’ « il détestait ce continent de tout son cœur ».


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4 réactions à cet article    


  • Bobby Bobby 3 juillet 2010 20:35

    Très bel article ! merci !


    • chuppa 4 juillet 2010 20:10

      Bel article qui demanderait quelques précisions concernant les pratiques exclavagistes des belges durant la période de colonisation..... :(
      Mais quel homme ce Léopold, un autre article serait le bienvenu (?) concernant sa vie extra conjugale.....
      Allez visitez « son » musée d’Afrique à Tervueren (Périphérie Bxls) , un grand moment.
      Léopold tu nous manque en ce moment ou les « grands » hommes se font rares.


      • BARUANI MAYOMBO André BARUANI 5 juillet 2010 17:29

        Merci à Agoravox pour la publication de ct article.Dans la deuxième partie de mon article qui est en votre possession , non publiée par Agoravox peut être pour raison de sa longueur ou pour raison de considérations discutables y contenues, j’ai parlé des rapports d’enquête chargeant Léopold II notamment sur la pratique esclavagiste.Le but de cet article est d’enterrer les discours qui inscitent à la haine et de faire ressortir les acquis positifs de l’oeuvre léopoldienne dont la RDC profite jusqu’à ce jour, à savoir le vaste territoire dont les Congolais sont fiers aujourd’hui ; sinon le Bas-Congo et le Katanga seraient amputés . Lire la réaction de Boleya dans clicbox.com
        Quant aux publications proposées, elles peuvent être exploitées par des chercheurs qui en ont la documentation.Merci de la réaction de Chuppa


      • Bmpeniel 2 octobre 2012 17:56

        Moi je suis toujours dans l’attente de votre deuxième article. Sachez que cet article est superbe.

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