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Accueil du site > Actualités > International > Les grands chantiers de Barack Obama

Les grands chantiers de Barack Obama

Une campagne présidentielle se construit avant tout par l’image que le candidat véhicule. Plusieurs années avant l’élection, les candidats établissent un réseau d’amitiés télégéniques, façonnent leur garde-robe, leur allure, leur parler et élaborent un roman autour de leur vie pour séduire l’électorat. La réalité est souvent assez loin de l’image projetée à travers les télévisions, les journaux…

Et dès que le roman-photo s’efface, le fossé se creuse entre l’image autrefois porteuse de rêve et d’espoir et la réalité de la politique et ses conséquences sur la vie des citoyens. Il suffit souvent de quelques mois pour que le Président nouvellement élu incarne la source de tous les maux du quotidien.

La frénésie autour de l’élection d’Obama se dissipera sans doute dans un an, quand les Américains verront que leur système économique n’a pas été remis à flot. La déception pourrait être plus importante encore pour une partie du peuple américain qui assistera à la modification des principaux repères de l’idéologie impérialiste des États-Unis. D’un point de vue international, la baisse de l’influence de l’impérialisme américain constituera un bienfait pour toute la planète. Mais dans une Amérique qui a vécu si longtemps repliée sur elle-même, il ne sera pas aisé de changer les mentalités et d’expliquer que la superpuissance américaine doit désormais composer avec les autres pays et non les soumettre comme autrefois. Plusieurs intellectuels américains avaient prédit bien avant l’élection d’Obama qu’une ère nouvelle verrait le jour : l’ère d’un monde post-américain où les rapports de force dans le monde seraient nécessairement repensés.

Après l’enfermement protectionniste des années Bush, les États-Unis doivent s’ouvrir impérativement sur les autres peuples, écrit Fareed Zakaria (1). Mais cela suppose que le pays perde de sa hauteur et se contraigne à admettre que l’unilatéralisme, l’unipolarité ne sont plus que de l’histoire ancienne. Pour ce faire, Barack Obama devra tout d’abord réussir à dépasser l’angoisse de l’érosion de la suprématie américaine qui hante le pays depuis les années 50, comme le montre un excellent entrefilet du Monde diplomatique (11/08) « Malaise à Washington. En 1952 déjà… ». Autant dire que la tâche risque d’être délicate pour le nouveau président qui devra intervenir dans le conflit israélo-palestinien, pacifier l’Irak, l’Afghanistan et établir une période de « veille militaire » pour faire oublier au monde que la guerre n’est pas le seul moyen de cohésion sociale, économique et culturelle aux États-Unis (2).

Confronté à une situation budgétaire catastrophique et au chaos de la politique internationale des années Bush, Obama sera contraint de lancer des chantiers de relance de l’économie et des relations diplomatiques. Ainsi, n’en déplaise à certains Américains, les ennemis d’hier, ces fameux « états voyous » pourraient bien être les amis de demain, les seuls capables aux côtés des États-Unis de construire une véritable politique de relance (3).

La crise des subprimes a mis plus que jamais en évidence la dépendance aux capitaux étrangers de toute l’économie des États-Unis. Barack Obama devra faire admettre à la population américaine que les ennemis de Washington sont les principaux amis de Wall Street. Dès lors, l’Amérique du nouveau président devra être plus innovante que jamais et bâtir une coexistence pacifique avec les principaux piliers étrangers de toute son économie, au risque de rompre avec la grande idéologie de l’hégémonie américaine.

Car la croyance patriotique qui consisterait en la persistance d’une éternelle domination américaine est bien en train de vivre ses derniers instants au vu du rééquilibrage des rapports des forces entre les différentes nations. (Voir ci-dessous le tableau des investisseurs étrangers aux Etats-Unis (4)).

Laurent Monserrat

  1. Farred Zakaria, The Post-American World, le livre est chroniqué par Hubert Védrine sur le site du Monde diplomatique.
  2. La paix indésirable ? Rapport sur l’utilité des guerres, Galbraith, Calmann-Lévy
  3. « Finance, puissances, le monde bascule », article du Monde diplomatique, Martine Bulard (11/08)
  4. Rapport des investissements étrangers aux États-Unis, source United States Treasury Department


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7 réactions à cet article    


  • morice morice 1er décembre 2008 10:32

     Il y a l’espace, aussi...


    • Internaute Internaute 1er décembre 2008 15:39

      Obama a été élu sur un espoir de changement. Pour ce qui est du changement en politique étrangère il a déjà dit qu’il fallait plus de soldats et pris dans son gouvernement deux faucons des administrations Bush (Gates) et Clinton. Son secrétaire à la présidence est un israélien qui s’est battu dans l’armée israélienne contre les libanais et qui occasionnellemnt a aussi la citoyenneté américaine. Donc il n’y a rien à attendre de ce côté là. Pour ce qui est de la politique économique son conseiller (Rubin) est l’ancien secrétaire au trésor, ancien conseiller de la CitiGroup qui a toujours soutenu l’idée du commerce des produits dérivés. Donc, il n’y a rien à attendre de ce côté là non plus. Ce sera le gros morceau pour les banquiers, la planche à billet et la baisse des taux d’intérêts.

      Le seul changement sous sa présidence sera le comportement des américains quand ils verront qu’ils se sont laissés berner par des sornettes "Yes we can". We can what ? fuck you of course. smiley


      • Laurent Monserrat 1er décembre 2008 15:47

        Bonjour,

        Il sera quand même obligé de rentrer dans une période pacification, car il ne peut pas faire autrement étant donné la situation internationale et les difficultés financières des Etats-Unis.

        Bien à vous,

        Laurent


      • Gzorg 1er décembre 2008 18:22

        Bonjour Laurent,


        Il est toujours important de s’interroger sur la santé du pays qui possède le plus gros budget militaire au monde.

        Il me semble cependant que vous oubliez deux choses dans votre analyse :

        1°) Le problème "Pentagone" , véritable monstre technocratique qui est devenue la colonne vertébrale de la corruption et de la redistribution de "prébende" aux USA.
        Le budget colossal et totalement intenable pour les années à venir va être une cause de déstabilisation majeur des USA, car aujourd’hui encore les différents projets militaires à l’étude au pentagone servent de levier électoral à toute la classe dirigeante US, par l’attribution de "marché" liés aux usines d’armements des différents États (garantissant ainsi la réélection des gouverneurs).
        Ce financement déguisé et budgétivore va s’arrêter net dans les deux années qui viennent et les conséquences vont être terrible , tant au niveau de l’emploi que vis à vis du soutien de l’industrie US.

        2°) Le Deuxième concerne la véritable mise à mort du Dollar qui risque d’intervenir avant la Fin de l’été 2009 selon certain Analystes, la aussi des conséquences encore incalculables...
        La Chine risque par cette "fin du Dollar" de se retrouver ruiner des 15 dernières années de son labeur, avec des "Bonds" américain qui auront perdu toute leur valeur...et tout les tensions qui en découleront.
        La Crise est loin d’être terminée, nous n’avons pas encore vu le départ de la "grande panique" face au Dollar, quand celle ci va commencer, l’heure ne sera a la négociation molle de la fin d’un leadership, ça va être sauvage , violent avec cris et pleurs.


        Pour Finir, j’espère comme vous que Obama est a la hauteur car nous allons rentrer dans une période extrêmement dangereuse pour l’humanité et les USA n’auront pas à gérer que les menaces internes (révoltes des pauvres, poussées sécessionnistes etc...), ils vont devoir surtout gérer le danger venu de l’ouest.

        Oui il faut vraiment espérer que Obama sera à la hauteur des enjeux.


        • Laurent Monserrat 1er décembre 2008 19:00

          Bonsoir et merci pour votre commentaire,

          C’est une vision assez angoissante que vous proposez-là. Pour ma part, je reste assez modéré quant à la chute du dollar dans la mesure où les Etats-Unis restent quand même le pays le plus créatif surtout dans le domaine des nouvelles technologies. Même si la bourse se porte mal, les investissements étrangers confirment en quelque sorte la bonne santé du génie américain. Je crois plus volontier comme Hubert Védrine le dit que l’avenir pourrait se dessiner comme "une roue de bicyclette dans laquelle les Etats-Unis seraient le moyeu et tous les autres pays les rayons".

          Bien à vous,

          Laurent


        • Gzorg 1er décembre 2008 19:31

          Que l’on soit d’accord, je n’esperais en rien une situation aussi dramatique...j’ai un enfant et je n’ai pas envie de le voir grandir dans un monde explosé et violent.

          Mais il y a des espérances et des faits...les USA le pays le plus innovant ...soit !
          mais à moins de continuer a croire les mantras de l’ultra libéralisme (qui s’est si splendidement planté dans les faits), l’innovation c’est une chose mais elle n’égale pas la puissance industriel et elle n’assure surement pas la crédibilité monétaire.

          La question est donc : Obama reussira t-il a être le "Gorbatchev" de la chute de l’empire américain.
          Je le souhaite de tout mon coeur car il en va de notre interret à tous.

          Quand à croire que le ballon n’eclatera pas, nous n’en sommes plus là, une simple analyse de l’inflation monetaire actuel du dollar ainsi que du gonflement de la dette comparée à l’allemagne des années 30 et tout est dis...

          Enfin nous pouvons prendre acte , je me repete j’espere profondement me tromper, j’espere aussi croire que nous sommes en guerre contre des mechants terroristes, que les USA sont un pays de gentil bombardeur de peuples rétifs et que la marmotte met aussi le chocolat...comme ça là !

          Malheureusement ce que la chute de la Russie nous a appris c’est que la derniere loi qui regne : c’est la gravitation..et le retour au réel , n’en deplaise au sieur Vedrine (qui a passé sa vie à se tromper sur tout et à peu pret nimporte quoi) une montgolfiere s’eleve toujours élégament et retombe toujours violement apres explosions (même avec tout plein de high technology inside)...

          Rendez vous en Aout 2009 donc...



        • François M. 1er décembre 2008 19:13

          Essayons de comprendre qui est Barack Obama, ses influences et ce qu’il entend par “changement”. Le prochain président des États-Unis commence déjà à choisir les personnes qui vont occuper les plus hautes fonctions dans son administration.

          Obama : le vrai changement ?

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