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Les jeux politiques d’un oligarque russe en Suisse

Être amis avec les politiciens est la meilleure manière d'influencer l'opinion publique et le système judiciaire. Rusal, la compagnie appartenant à l'oligarque russe Oleg Deripaska est très célèbre pour ses méthodes musclées en Russie, en Grande-Bretagne et Guinée. La Suisse est-elle la prochaine victime ?

Il y a quelques jours le journal Handelszeitung a publié un article “Guerre et paix” au sujet des oligarques russes en Suisse. L'article décrit des faits intéressants concernant l'invitation de conseils nationaux à une séance d’information où ces derniers furent mis au courant des moindres détails sur le procès en cours qu'intente Oleg Deripaska à la banque privée Hyposwiss. Cet épisode est un des volets de la guerre sans pitié que se livre Oleg Deripaska et Vladimir Potanin, lui aussi oligarque russe, pour le contrôle de la société Norilsky Nickel. D’autre part il est intéressant de constater que la personne qui a organisé cet événement de relation publique est Thomas Borer, l’ancien ambassadeur de la Suisse en Allemagne. Thomas Borer est actuellement le conseiller et représentant officiel de Victor Vekselberg, le plus fortuné citoyen du canton de Zug qui est également président du conseil d'administration de Rusal. On comprend donc bien l’intérêt que peut avoir l’oligarque à soutenir son associé de longue date, Oleg Deripaska. Ceci pourrait également expliquer pourquoi Deripaska a obtenu un tel soutien de la part des médias suisse-alémaniques comme en témoignent les divers articles de journaux ainsi que les nombreux interviews télévisés donnés ces derniers temps.

Le portail internet « Moscow post » a récemment publié un email envoyé par le stratège de Deripaska, un certain Dimitry Afanasiev, qui illustre bien les méthodes de travail utilisées pour tirer parti et manipuler l’ordre juridique. L'email décrit la stratégie à mettre en oeuvre dans le cadre du procès qui oppose Deripaska à Potanin sur l`île des Caraïbes Nevis : « Je crois que nous avons peu de chance de succès en se basant uniquement sur la substance et les faits objectifs du cas litigieux. Par conséquent, notre seule chance est soit de saboter la continuation du procès ou alors de faire considérer ce dernier comme rétrospectivement illégal. Les détectives que nous avons engagés hier n'ont pas trouvé de preuves suffisantes pour récuser le juge. La seule manière qui nous permettrait de saboter la suite des auditions ou de les faire considérer comme rétrospectivement illégales est de proclamer haut et fort devant le tribunal que nous suspectons nos adversaires d'entrave à la justice délibérée ». Deripaska a perdu ce procès mais les méthodes utilisées sont plus qu’éloquentes.

Ces méthodes de gangster envers la justice ne sont pas le seul exemple. CNN a récemment publié un article qui décrit de manière détaillée comment le management de Rusal sous les ordres d’Oleg Deripaska a tenté « d’influencer voir même de renverser le gouvernement » en Guinée. L'histoire commence en 2002 lorsque Rusal reçoit une concession lui permettant d’exploiter la plus grande usine de bauxite de Guinée, Friguia, pour une durée de 22 ans. La Guinée possède un cinquième des réserves mondiale de bauxite. Le président Lansana Conte « a permis à Rusal de privatiser Friguia pour une somme ridiculement modeste de 19 millions de dollars ». En 2006 Conte décède et son successeur Dadis Camara lance une campagne anti-corruption, suite à la quelle le nouveau propriétaire est invité à payer un montant compensatoire de 860 millions de dollars pour la pollution provoquée par l’usine. Deripaska refuse. S’en suit une série de manifestations menées par des autochtones qui dégénère en conflit armé. Rusal développe alors un « plan d'actions » qui est décrit dans une communication interne et qui fut publiée l'année dernière par des journalistes. Le « plan » comprend les actions suivantes : « Implémentation de mesures visant à remplacer le préfet de la ville de Fria par un fonctionnaire loyal, remplacement du ministre Diallo et interdiction de sa participation en tant que leader syndical du pays, création d'un gouvernement complaisant et acquis à la cause de Rusal. »

Le lobbying politique est une des activités favorites des oligarques Russes. En 2008, la presse britannique a publié un article traitant de l’amitié entre Deripaska et Lord Peter Mandelson, le Commissaire au Commerce de la Commission Européenne qui a été soupçonné de corruption.

Finalement je conclus en rappelant qu’Oleg Deripaska est un des oligarques russes le plus connu agissant en Suisse. Mais il n’est de loin pas le seul. Le journal Handelszeitung a publié de nombreux articles concernant les méthodes belliqueuses de Polonsky, Lebedev, Fridman, Galtschew et Krasnyanska.

La Suisse deviendra-t-elle le prochain champ de bataille des oligarques russes ?


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Thomas Martin

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