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Les leçons de la révolution tunisienne

Le 14 janvier 2011 restera un jour historique non seulement pour les tunisiens, mais également pour les arabes et les africains, puisque c’est la première fois depuis les indépendances qu’un peuple arabe et africain renverse pacifiquement un dictateur qui s’accroche au pouvoir depuis 23 ans. Un exploit, mais surtout un cas d’école plein d’enseignements pour tous les peuples aspirant à plus de liberté et de démocratie.

Des révolutions de velours sont possibles dans les pays arabes

L'éviction de M. Ben Ali vient réfuter la thèse de l’exception afro-arabo-musulmane selon laquelle la démocratie est un vœu pieu au regard de l’extrême concentration du pouvoir, la kleptocratie, le maillage policier, et l’étouffement systématique de toute forme d'opposition. La révolution tunisienne est la preuve que dans les pays arabes il existe des démocrates sans démocraties car les citoyens arabes et africains sont non seulement étouffés par leurs propres dirigeants, mais également enfoncés par les calculs géostratégiques des pouvoirs occidentaux. En effet, en soutenant des dictateurs au nom de la lutte contre l’islamisme politique, les régimes occidentaux sont responsables d’étouffer la démocratie dans les pays arabes au profit de leurs intérêts politiques et économiques du moment. En dépit de cela, à l’image de l'effondrement des dictatures d'Europe centrale ou d'Amérique du sud, des révolutions de velours sont désormais possibles dans les pays arabes.

Nécessité d’un nouveau contrat social

Lors de son arrivée au pouvoir, le contrat conclu entre l’ex-Président Ben Ali et le peuple tunisien était : prospérité économique contre libertés civiles. Toutefois, et malgré des rangs plus qu’honorables dans les différents classements internationaux, force est de constater que seule le clan de l’ancien président profitait des fruits de la croissance tunisienne. La « Famille » comme l’appelle les tunisiens s’est accaparée la part du Lion. Dans le contexte de cette concentration de la richesse, la récente flambée des prix des denrées de base a été la goute qui a fait déborder le vase. Morale de l’histoire : le modèle conjuguant ouverture économique et verrouillage politique n’est pas aussi viable qu’on le croit. Si à court terme, il peut constituer un certain compromis ; à long terme par contre, handicapé par sa rigidité, il ne peut garantir la paix sociale, surtout en période de crise ou de choc exogène.

Malheureusement, cette leçon ne semble pas être comprise, en témoigne la précipitation des autorités algériennes ou jordaniennes à répondre par des mesures budgétaires aux tensions conjoncturelles créées par la nouvelle hausse mondiale des produits alimentaires de base. Ne pouvant apporter des réponses aux lacunes structurelles de ces économies, les subventions et le contrôle des prix n’apporteront pas une paix sociale durable. Serrer les boulons sécuritaires, fera retarder peut-être l’échéance, mais amplifiera la chute du pouvoir plus tard. L’Egypte, la Jordanie, la Syrie et les voisins maghrébins sont susceptibles de subir l’effet de contagion, à moins que leurs dirigeants comprennent qu’il est impératif de redéfinir un nouveau contrat social où toutes les libertés seront respectées.

Jeunesse, réseaux sociaux et les nouvelles formes d’expression politique

Baptisée « révolution du jasmin » par les jeunes tunisiens, ces derniers ont joué un rôle déterminant en enclenchant et en développant le mouvement de soulèvement populaire. La jeunesse qu’on disait souvent insouciante et peu intéressée par le fait politique, vient par un mouvement spontané, sans leader, ni encadrement de parti politique, en 27 jours de mettre un terme à 23 ans de dictature policière. C'est à la fois la force et la faiblesse de cette révolte. Mais une chose est sûre, en l’absence d’une opposition réduite au silence ou à l’exil, de verrouillage politique, de complaisance étrangère, c’est la rue, plus particulièrement la jeunesse qui vient de renverser la dictature. Cette jeunesse ne serait-elle pas une force politique en émergence ? La question est légitime et l’exemple des jeunes tunisiens pourrait inspirer la jeunesse arabe et africaine pour croire davantage en elle-même, au lieu de se victimiser, et assumer son rôle dans le changement car elle représente l’avenir. La jeunesse a été particulièrement active, notamment pour mobiliser et organiser la révolte via les réseaux sociaux (facebook, twitter), des canaux d’information plus difficiles à contrôler pour les dictateurs que les médias conventionnels. La possibilité de s’exprimer, de diffuser de l’information a été décisive dans la réussite de la révolte tunisienne. Les nouvelles technologies de l’information seraient-elles le bourreau des totalitarismes ?

Certes, l’immolation par le feu du jeune tunisien est triste et extrême comme moyen d’expression politique. Au lieu de fuir dans les barques de la mort en direction de l’éldorado européen, les jeunes tunisiens et algériens se suicident désormais dans l’espace public en face des symboles de pouvoir (préfecture, direction de sécurité…) pour protester contre l’oppression et la mal vie. D’ailleurs, cela est en train de faire des émules puisqu’on a enregistré en Algérie cinq immolations de citoyens algériens depuis vendredi dernier en protestation contre la dégradation de la situation sociale. Malheureusement, le suicide est en train de devenir la réponse de citoyens opprimés qui semblent dire : vous pouvez m’enlever toutes les libertés que vous voulez, mais nous disposons encore de la liberté de nos corps pour échapper à votre répression.

Plusieurs pays arabes et africains présentent une situation sociale explosive similaire à celle qui a donné lieu à la révolte tunisienne avec des facteurs encore plus aggravants, mais assistera-t-on pour autant à un effet domino dans ces pays ? Certes, en dépit des ressemblances, chaque pays présente des spécificités, mais le risque d’avoir un effet boule de neige est plus grand dans les pays riches en ressources et dont la majorité des citoyens croupit dans la misère. Mais, cela dépendra de la position de l’armée. Si en Tunisie, l’armée s’est montrée républicaine en lâchant Ben Ali, il faudrait une armée au moins neutre dans les autres pays pour espérer qu’un soulèvement populaire aille jusqu’au bout...

Hicham El Moussaoui est analyste sur www.UnMondeLibre.org.


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1 réactions à cet article    


  • Emmanuel Aguéra LeManu 10 février 2011 17:54

    "Si en Tunisie, l’armée s’est montrée républicaine en lâchant Ben Ali, il faudrait une armée au moins neutre dans les autres pays pour espérer qu’un soulèvement populaire aille jusqu’au bout...« 

    Vrai. Elle est bien là, la question à laquelle je ne puis répondre (putain ça m’énerve) : Qui a retenu l’armée ? La Tunisie vient-elle d’inventer le soldat citoyen autoproclamé ?

    Et deux : Problème légèrement différent chez Mubark, lui-même »installé" par l’armée après le peut-être-pas-si-imprévu-que-ça assassinat de Sadate. Le Bon dictateur était en train de lui faire un enfant dans le dos, à l’armée, en préparant en interne une succession familiale...
    On la leur fait pas, aux vétérans du Sinaï, la main, ils la gardent. Mais soutiendront-ils le peuple pour autant ?... J’avoue que c’est moins clair dans ma tête, là... On est pas loin de Gazza... Je me demande seulement si dans ces conditions le Fatah va tenir longtemps, voilà ce que je me demande. Peut-il lui aussi maintenir son diktat si l’armée égyptienne soutient son peuple ?

    Le château de carte de la politique étrangère d’Israël est en train de s’écrouler méthodiquement. o tempora, o mores...

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EL MOUSSAOUI

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