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Les leçons des élections politiques italiennes

Les enquêtes post-électorales sorties en Italie ces jours-ci informent comment se sont distribués les flux des électeurs qui ont changé leur vote par rapport aux dernières élections.

La « Repubblica » a publié le 17/4/08 une étude pos-électorale de « Consortium ». Et le 16/4/08, à Sciences-Po-CERI, Marc Lazar organisait un colloque sur les résultats des récentes élections italiennes et ses perspectives, qui a eu une forte audience, et qui comptait avec la présence de chercheurs de Sciences politiques de la LUISS de Rome.

Ces données, fournies par les uns et par les autres, fournissent une idée plus précise des effets du Vote utile (VU).

Certes, un changement de bulletin de vote constaté n’est pas nécessairement fait sous le raisonnement qui produit les VU : « ce parti - ce candidat, je ne l’aurai pas voté normalement, mais le mien n’a pas de chances de passer (les sondages le disent). Si je ne vote pas pour lui, ce sera l’"autre" qui passe et ce sera pire - ce sera une catastrophe ».

Le VU est clairement une « technologie politique » (manipulation) liée à la démocratie représentative (donc, ancien), d’une part, et, d’autre part, une « astuce » - bien mise au point aujourd’hui - des régimes que l’on nomme « libéraux » ou « néolibéraux ».

Dans les récentes élections italiennes, ce mécanisme a joué à fond. En 2006, les trois partis qui se sont réunis dans « Sinistra Arcobaleno » (SA), faisaient ensemble 3,9 millions de votes dans l’élection à la Chambre. En 2008, cette alliance comportait en plus une aile gauche de l’ex-parti DS (Démocrates de gauche), qui, avec la Margherita de Rutelli, a formé le Parti démocratique (PD). Donc, SA pouvait compter, en dehors de effets éventuels de la campagne électorale, avec un potentiel d’électeurs supérieur à 4 millions de votes, et un pourcentage-plancher entre 10 et 11 %.

Or, en 2008, les électeurs de SA ont été inférieurs, en nombre, à 2 millions. Environ 70 % de son électorat potentiel (2006) n’a pas voté pour l’alliance de ces partis.

L’étude de Consortium permet de vérifier que 55,5 % de ceux qui avaient voté dans un des deux partis se définissant communistes ont donné leur vote soit au parti de Veltroni soit à celui de Di Pietro (Italia dei Valori). Les électeurs des Verts ont voté soit pour le PD de Veltroni soit pour l’IDV de Di Pietro à 56,4 %.

Certes, le PD récupère la plupart de ces votes, le parti Italia dei Valori récupère lui aussi environ 6, 3 % chez les électeurs des deux partis communistes, et plus de 11 % des électeurs des Verts (sur les électeurs de SA en 2008 provenant de la quatrième composante, le courant DS de Fabio Mussi, les données sont manquantes).

Ceci confirme le rôle de joker qui a joué, en direction de la gauche, le petit parti-appendice qui s’est adjoint à Veltroni et au PD : « ça vous fait mal au cœur de voter Veltroni ?... Qu’à cela ne tienne, votez Di Pietro, et vous aurez par là même voté contre Berlusconi ! ».

Côté centre-droit, ce rôle était tenu par la Lega del Nord.

L’effet-joker fait que le VU et la bipolarisation n’ont que plus de chances de s’avérer et de croître, par la récupération des hésitants de chaque camp.

Ont revoté pour Rifondazione (Bertinotti) seulement 38,4 % de ses électeurs de 2006, et à peine 20 % de ceux du PCDI (Diliberto). Quant aux électeurs du parti des Verts, seulement un quart environ l’ont revoté.

Ceci est également confirmé par le fait que, dans l’étude Consortium, 36,2 % des votants du PD ont répondu que le vote utile (VU) avait déterminé leur choix. De même, pour 45,9 % de ceux qui ont voté pour le Popolo della Libertà (PDL) de Berlusconi, et 16,3 % de ceux qui ont voté Lega (pas de données pour l’IDV de Di Pietro).

Le parti de Berlusconi et celui de Bossi (Lega del Nord) ont aussi récupéré des votes des électeurs ayant voté les trois partis de SA en 2006 : 5,1 %des électeurs de PRC (Bertinotti), 5,6 % de ceux du PCDI, et 8 % de ceux des Verts.

L’effet VU est aussi vérifiable dans le fait que 23,3 % des électeurs ont décidé pour qui voter dans la dernière semaine, dont 9,8 % au moment d’être dans la cabine de vote, et 6 % se seraient décidés la veille ou l’avant-veille du vote. Ce ne sont pas forcément des électeurs influencés par la contrainte « soft » du vote utile. Mais l’on sait que la décision de ne pas voter pour le parti ou pour celui ou celle pour qui on votait habituellement, pour entrer dans la logique du VU, cela est laborieux. Il faut un certain temps avant de s’y décider.

Rappelons que les modalités de la loi électorale étaient déjà les mêmes en 2006. Ce qui a changé, c’est le fait de la décision du PD et de Veltroni de ne plus se présenter avec la gauche, pour devenir un parti (avec un joker intégré) PAREIL à celui de Berlusconi, pour faire un jeu à deux. C’est-à-dire, un bipartisme, bi-partidarisme ou bipolarisation, copié-craché du modèle de démocratie que constitue les Etats-Unis... lequel fonctionne avec moitié de l’électorat potentiel et élit des présidents avec 25 % ou moins des citoyens en possession de leurs droits civiques. Le bipartisme devient une machine à refouler les citoyens des enjeux politiques, parce qu’une quasi-majorité des citoyens ont des difficultés à s’identifier avec des discours qui se ressemblent et dans lesquels ils ne trouvent pas une quelconque résonance avec les questions qu’ils peuvent se poser quant au fonctionnement de la société, au quotidien, ou au-delà, quant au devenir de leurs enfants, de leur famille.

Nous savons que le bipartisme ou bipolarisation est souvent appelé « imparfait » (Royaume-Uni, Allemagne). En Italie, si la tendance se confirme, il est possible que l’on se trouve avec un cas semblable. Le bipartisme américain (« parfait » ou presque) crée une désaffection de 50 %. Le bipartisme à l’italienne produit 20 % d’abstention et 16 % de votes « inutiles »... De là à dire que l’imperfection est préférable à la perfection, il y a un pas...

Le VU est la conséquence d’une volonté de réduire le choix des gouvernants par les gouvernés. C’est soit A soit B, interchangeables - c’est-à-dire, une réduction à deux options des choix des citoyens. Ceux-ci, partout, normalement, entretiennent une « politico-diversité » bien supérieure. Certains ont estimé que les citoyens se déploient au minimum sur une offre de sept élaborations politico-idéologiques. Mais cela est bien plus difficile à gérer... en plus de l’incertitude que cela pourrait comporter.

Une fois éliminé le facteur incertitude que l’irruption des citoyens peut apporter à la gestion du système économique et social, les centres de pouvoir restent assurés à l’oligarchie qui occupe les postes politiques et qui gouverne pour le compte des grandes puissances économiques.

Albano Cordeiro, 17/04/08


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1 réactions à cet article    


  • tvargentine.com lerma 24 avril 2008 13:19

    L’alliance de parti centriste avec la gauche n’est pas quelque chose qui permet de bouger la société et c’est en cela que les italiens ont préféré une forme de radicalisme politique de droite

    La gauche s’est fait canibalisé par les "idées" centristes et a perdu toute crédibilité et à été sanctionné

     

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Alban Cordeiro


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