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Les lendemains de la Tunisie

 Les lendemains de la Tunisie ? Quels seront-ils pour ce petit pays parmi les plus évolués du monde arabo-musulman sur lequel il a soulevé, voilà près d’un an, les vents de la liberté ? Parmi les plus proches également, dans sa culture, des nations de la rive occidentale de la Méditerranée ? De quelles couleurs se revêtiront-ils après la victoire aux premières élections sans contrainte de son histoire si riche, en l’occurrence celles pour une Assemblée Constituante, d’un parti « islamiste » qui se dit modéré ?

 La réponse est très simple et apaisée, comme l’a été son peuple, après avoir reconnu la victoire du vainqueur, Ennahda (Renaissance).

 Il est bon de souligner que dans ce contexte, une fois encore les dirigeants français ont manqué de tact. En effet, après les élections, les propos récents et plus ou moins menaçants « question défense de la démocratie tunisienne » de Nicolas Sarkozy et d’Alain Juppé, ont été assez mal accueillis à Tunis. Il est vrai qu’après MAM et d’autres courtisans de l’ancien pouvoir, on n’est plus à une grosse gaffe près chez ceux qui ont à commander la Gaule actuellement.

 Que les voix dissonantes qui se sont donc élevées ici où là, avec une pointe d’effroi difficilement contenu, en Occident comme en Orient, se rassurent. La laïcité et la maturité que cette nation a su, dans la souffrance, se forger au fil de sa vie et notamment depuis la colonie et les régimes indépendants qui lui ont succédé, souvent dans la tyrannie, sont toujours intactes. Certes, malgré un peu plus de 41% des voix sur pas loin de 6 millions 500 mille votants (record absolu dans ce pays) et 90 sièges sur les 217 de la future assemblée, le fameux parti Ennahda qui avait été interdit sous l’ancien régime, n’obtient en aucun cas la majorité dans le pays. Pas loin de 60% des électeurs – faut-il à nouveau le préciser – ont fait confiance à ses adversaires, presque tous laïcs, sous la forme quelquefois extravagante d’un panel de petits partis. Nombreux mais laïcs, profondément et inexorablement laïcs. Ces derniers, qui forment pour l’instant l’opposition et au sein desquels militent le ferment de la révolution à savoir de nombreux jeunes, entameront très bientôt les démarches de regroupement et peut-être de rapprochement avec les poids lourds de la laïcité.

 Une multitude des électeurs de dimanche dernier ignoraient et continuent d’ignore la signification des mots démocratie et surtout élections. Depuis son indépendance la Tunisie n’avait connu que « les frauduleux bourrages d’urnes » et sous l’ancien régime, le pouvoir n’avait donné à son peuple le droit de s’exprimer, et donc paradoxalement de s’épanouir ou se soulager, uniquement dans …la prière, chez soi ou dans les mosquées qui n’étaient ouvertes qu’à l’heure des cinq recueillements quotidiens de l’Islam. Ainsi, au fil des années de plomb (un peu plus de cinquante ans de parti unique après le colonialisme), la religion s’est enracinée dans les masses pauvres et surtout en zone rurale qui continuent d’ignorer tout du Coran. Ensuite, dans un grand nombre de cas, alimenté chez les électeurs par les partisans d’Ennahda, le vote islamique a été en quelque sorte le rejet du mode de vie à l’occidentale qui aurait tendance, disent-ils, à renier les traditions, orientales plutôt que musulmanes, profondément ancrées dans toutes les familles tunisiennes.

 Pour avoir un rôle à jouer dans la gouvernance de l’Assemblée Constituante destinée à n’avoir qu’une vie courte (un an, le temps de rédiger une nouvelle Constitution), le parti majoritaire a d’ores et déjà quémandé le concours des deux formations qui le suivent, à savoir le Congrès Pour la République dirigé par un ex-exilé lui aussi, le Docteur Marzouki ancien leader tunisien de La Ligue des Droits de l’Homme et le mouvement Ettaktal. Un parti de centre-gauche pour l’un avec 30 élus et de gauche pour le second avec 21 députés. 

  Compte tenu donc qu’ils seront entourés de laïcs purs et durs, ayant de surcroit une longue expérience de la politique, tout porte à croire que les « islamistes » élus, qui ont eu sous la conduite de leur leader Rached Gannouchi exilé pendant 22 ans à Londres, le succès « humble », seront contraints de tenir leurs promesses. Tout en n’évoquant jamais « la charia », ils ont dit qu’ils ne remettraient pas en cause les statuts de la personne et notamment de la femme (interdiction de la polygamie et divorce reconnu) acquis sous le régime d’ Habib Bourguiba voilà plus de cinquante ans. En outre, ils ont ajouté à plusieurs reprises que, « conscients de l’importance économique du tourisme dans le pays, précisant « qu’en Tunisie on n’était pas en Arabie Saoudite », qu’il ne serait jamais question « d’interdictions » (alcools ou vestimentaires) et que les libertés d’expression et de culte seraient respectées. Plus significatif encore, ils ont été en quelque sorte « adoubés sinon acceptés » par les hommes d’affaires locaux qui représentent un poids non négligeable dans le pays et surtout les financiers dont le système bancaire sophistiqué – étroitement lié dans plusieurs secteurs au système français par exemple – est l’un des plus puissants d’Afrique.

 Et quand les affaires et le fric sont d’accord !...


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3 réactions à cet article    


  • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 29 octobre 2011 16:16

    Angélique !


    A quoi sert de se référer à l’Islam si l’on souhaite conserver les acquis de la laïcité ?
    Attendons de voir ce qu’il en sera effectivement...

    • OMAR 29 octobre 2011 20:18

      Omar 33

      Qu’il existe une démocratie « Chrétienne » quoi de plus normal...

      Mais dés qu’il s’agit de démocratie ’Musulmane" et c’est....la levée de boucliers...

      Mourot, réparez votre balance, car elle est bancale...


      • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 30 octobre 2011 10:03

        La « démocratie chrétienne » n’a existé en tant que telle qu’à partir du moment où le Pape (et les catholiques) a accepté la laïcité de l’Etat. Les protestants, eux, en France, ont été parmi les premiers partisans de la laïcité et n’ont jamais créé de parti protestant, préférant s’insérer, sur des critères politiques et non religieux, dans les partis existants.


        Quant à ma balance, elle est juste. Je n’apprécie pas plus la « démocratie chrétienne que la »démocratie « musulmane ». Mais je constate que les chrétiens politiques aujourd’hui se font plus discrets que les musulmans politiques... Je n’oublie pas pour autant les siècles d’oppression chrétienne sur les sociétés européennes du passé...

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