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Les naxalites, ou quand Mao rencontre Gandhi

Lire le journal indien ne donne pas vraiment envie d’aller se balader dans l’Orissa (Etat de l’Est de l’Inde). Entre une attaque de tigre, un motard qui se fait lyncher pour avoir écrasé une chèvre et un jeune d’une tribu qui tue sa tante à coups de hache en l’accusant d’être une sorcière, il y a de quoi hésiter à sortir des sentiers battus. Mais surtout, pas un jour ne s’écoule sans que l’Indian Express n’écrive un article sur ces extrémistes maoïstes qui terrorisent la région à coups d’attentats en tous genres et de meurtres de policiers. Un tel acharnement journalistique n’a pas manqué d’attiser ma curiosité sur cette bande de joyeux lurons.
 
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Parade naxalite légèrement retouchée
 
Née en mars 1967, quand les paysans du village de Naxalbari (Bengale-Occidental) ont saisi le riz d’un propriétaire terrien, la guérilla maoïste naxalite a retrouvé un second souffle ces dernières années et étend aujourd’hui ses activités dans 16 des 28 Etats indiens. Elle est même considérée comme "le plus grand défi pour la sécurité intérieure qu’ait jamais dû relever notre pays" par le premier ministre Manmohan Singh.
 
Comment expliquer la recrudescence de cette idéologie d’un autre siècle, comme aiment la qualifier les réfractaires à la prose du vieux Karl ? Qu’est-ce qui pousse un paysan indien à s’engager dans une guérilla ? Aux traditionnelles revendications de terres par des paysans expropriés ou exploités par des grands propriétaires (patati et Zapata) et aux ancestrales discriminations dont sont victimes les individus des basses castes, viennent désormais s’ajouter les effets pervers de la mondialisation. En effet, afin d’industrialiser le pays, les gouvernements encouragent la mise en place de Zones Economiques Spéciales, qui attirent les investisseurs locaux et étrangers grâce à des atouts considérables : les entreprises n’y paient aucun impôt et peuvent abolir la législation normale du pays en matière de droit du travail et de respect de l’environnement - un rêve pour tout entrepreneur. Certes, ces zones créent des emplois mais dans le même temps, les tribus voient leur habitat naturel partir en fumée et les paysans sont chassés de leurs terres. Des dizaines de milliers de paysans se suicident ainsi en Inde chaque année. D’autres préfèrent se consoler dans les bras de Mao.
 
Pourquoi s’engager dans la lutte armée quand on a la chance de vivre dans un des rares pays où l’on peut s’exprimer par les urnes, demanderait alors un être naïf tel que moi ? Hélas, la plus grande démocratie au monde est loin d’être la moins corrompue : les achats de voix seraient fréquents et des politiciens attiseraient les tensions communautaires pour asseoir leur pouvoir. De plus, dans de nombreux Etats, les gouvernements qui répriment les paysans et appuient les ZES sont de gauche et même parfois communistes, ce qui rend encore plus difficile de croire au changement par les urnes…
 
La guérilla naxalite ne cache pas ses ambitions de prendre le pouvoir dans l’ensemble du territoire indien, portée par la victoire des maoïstes au Népal. Forte de 10 000 à 20 000 combattants, armée par des artisans locaux et par ses attaques de policiers, financée par le bon vieil impôt révolutionnaire, auquel se plient les entreprises à proximité de ses maquis, elle projette désormais d’étendre son influence aux villes, en diffusant sa grisonnante propagande (oseront-ils sortir une nouvelle version du petit livre rose ?).
 
Evidemment, tout cela n’est pas du goût des gouvernements, qui expérimentent des opérations de contre-insurrection inspirées des tactiques américaines lors de la guerre du Vietnam : Dans le Chhattisgarh (Etat du centre de l’Inde), outre la création de milices antiguérilla, les autorités déplacent des dizaines de milliers de villageois dans des camps, dans le but de les empêcher de soutenir les guérilleros – et par la même occasion, d’accélérer l’implantation de projets industriels.
 
Le besoin d’industrialisation de l’Inde justifie-t-il le mépris des populations concernées ? Celles-ci ressentent ces projets comme une injustice car elles savent bien qu’elles ne bénéficieront pas des fruits de la croissance. Sans vouloir critiquer l’idéologie libérale qui sous-tend ces Zones Economiques Spéciales, j’aimerais juste faire remarquer que le progrès n’en est un que s’il est partagé. L’injustice nourrissant le naxalisme, plutôt que de le combattre par la force, les gouvernements seraient bien inspirés de s’attaquer à la source de ces injustices, en se mettant à l’écoute de la population rurale et en recherchant des solutions concertées entre les différents protagonistes. S’ils en sont incapables, je ne peux pas en vouloir à des gens qui réclament le droit de vivre dans la dignité.
 
Je ne peux pas non plus résister à l’envie de conclure mon exposé soporifique par une petite blague de très mauvais goût : Ce ne sont pas les naxalites qui ont la peau lisse aux fesses ; c’est la police qui a des laxatifs au cul…
 

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5 réactions à cet article    


  • zelectron zelectron 20 octobre 2009 16:46

    Le « naxalisme » est le seul espoir que ces pauvres perçoivent, si l’état indien avait fait son devoir et éduqué ces populations rien de tout ça ne serait arrivé. Maintenant l’effort va être disproportionné : dix, vingt, cent fois plus cher qu’intervenir au tout début de l’incendie.


    • Le péripate Le péripate 20 octobre 2009 18:54

      Prendre le pouvoir en Inde ? Les naxalistes n’en sont pas là. Mais la vie politique de l’est indien, et surtout de Calcutta est une curiosité. Il y a deux partis communistes, et c’est de très bon goût d’afficher ses préférences partisanes en peignant une faucille et un marteau sur sa maison. Les jours d’élections on relève des morts un peu partout, deux lignes dans les journaux. Ne parlons pas de la gabegie étatique (l’Inde est une fédération, ne l’oublions pas, et il y a différentes sortes de gouvernement)

      Contrairement à une image d’Epinal très convenue, la vie indienne peut être très violente.


      • ASINUS 20 octobre 2009 18:58

        exact peripate
        il n est que de relire kipling* , l angelisme indou n existe que dans la tete des beatniks
        et autres doux reveurs.




        *+100 ans je sais mais hier pour l inde donc encore présent


        • zelectron zelectron 20 octobre 2009 19:28

          Je suppose que l’énorme puissance voisine voit d’un très bon œil ce mouvement et l’aide certainement très discrètement en sous-marin, avec une guerre civile à la clé ou pour le moins des désordres de grande amplitude.


          • Arunah Arunah 21 octobre 2009 10:34

            La guérilla naxalite est une catastrophe pour l’Inde ! Certes, de nombreux paysans rejoignent la guérilla mais souvent contraints et forcés par les guérilleros et leur situation n’est guère enviable, pris en sandwich qu’ils sont entre les méchants ( la police ) et les encore plus méchants ( les naxalites ). Aucune issue favorable en vue...
            Le gouvernement communiste de l’Etat du Bengale est calamiteux, gestionnaire exceptionnellement incompétent d’une ville ( Calcutta ) asphyxiée par des afflux incessants de réfugiés du Bangladesh, corrompue au-delà du raisonnable...

            Puis-je vous suggérer de passer vos vacances au Bhoutan, encore protégé pour quelque temps ? 

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