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Les Occidentaux et Le Bahreïn

Ayant bien connu l'Arabie Saoudite, le Kuwait, le Qatar et Bahreïn pour y avoir vécu, je peux affirmer que ce dernier se distingue de manière particulière dans cette région du monde. Ce petit royaume (750 kilomètres carrés) est un archipel de 33 îles dont certaines sont inhabitées. Il compte un peu plus de 1,25 million d'habitants (55 % sont chiites) dont près de la moitié sont des nationaux (70 % sont chiites).
Les autochtones sont à 95% de confession musulmane (Les Bahreïnis se sont convertis à l'Islam en l'an 7 de l'Hégire). Les sunnites minoritaires (mais plus homogènes) détiennent le pouvoir et se prévalent d'une légitimité historique qui remonte à 1783 : date à laquelle les AL-KHALIFA unifièrent le Bahreïn et le gouvernèrent jusqu'à ce jour. Les chiites sont divisés en deux clans  : les chiites d'origine arabe (Baharna) qui revendiquent le fait d'être des Bahreïnis de souche et ceux de souche persane (Ajam) qui auraient été déplacés du sud de l'Iran vers Bahreïn par les Anglais pour servir de main-d'œuvre afin d'extraire le pétrole découvert en 1932. Le Bahreïn a été sous protectorat anglais de 1861 à 1971.
Ce petit royaume occupe une position très stratégique entre l'Iran et l'Arabie Saoudite à laquelle il est relié par un pont-digue (la chaussée du Roi Fahd) long de 25 km.
Le roi Hamad a essayé depuis son intronisation à la suite du décès de son père Cheikh Issa Ibn Salman AL-KHALIFA d’asseoir davantage l'esprit d'ouverture qui distingue son royaume dans la région.
Le multi confessionnalisme est une réalité de la vie de tous les jours : églises, synagogues et temples y sont autorisés au même titre que les mosquées. Les résidents ont le droit de consommer ce que leur culture ou religion autorise.
Les femmes y jouissent de la liberté vestimentaire, du droit au travail et de la conduite des véhicules. Elles ont même obtenu, depuis 2001, le droit au vote. Aujourd'hui nous y en rencontrons la ministre, la députée, la conseillère municipale et même 10 femmes au Conseil Consultatif (Choura) qui compte 40 membres dont 3 sont de confession juive. L'ambassadeur de Bahreïn aux États-Unis est une Bahreïnie juive … Un cas unique dans le monde arabe.
Le multipartisme est une évidence de la vie courante avec pas moins de sept partis légaux (d'autres ne le sont pas, mais demeurent actifs). L'opposition est présente au Parlement. La liberté de la presse est reconnue, effective et même très active.
Le Bahreïn est le premier pays au monde à s'être soumis, en avril 2008, à l'examen périodique universel du Conseil des Droits de l'Homme. Et la publication de ces rapports s'effectue sans la moindre censure.
Au même titre que le Hezbollah chiite au Liban, l'opposition chiite à Bahreïn est courtisée par l'Iran. Cela amplifie d'autant l'importance de ce petit royaume, clé de stabilité de l'Arabie Saoudite dont les régions orientales sont majoritairement peuplées de chiites.
Manama, la capitale de Bahreïn, abrite le Quartier Général de la Vème flotte américaine qui est à moins d'une heure de vol d'Abou Dhabi, la nouvelle implantation militaire française dans le Golfe Arabe ou Persique selon les appellations des uns et des autres.
Les visées de l'Iran sur ce "site" stratégique, à plus d'un titre, remontent au départ des Anglais. Déjà à cette époque, il avait fait part aux Nations-Unies de ses prétentions sur l'archipel. Si l'Iran arrive à mettre la main, d'une manière ou d'une autre, sur Le Bahreïn, la stabilité de toute cette zone sera menacée, car c’est le cœur de la richesse pétrolière saoudienne ainsi que le point d’approvisionnement pétrolier de l'Occident et d'une bonne partie du reste du monde. Avec des conséquences immédiates sur la présence de la Vème flotte américaine et celle des forces françaises dans la région.
Quand on parle du Bahreïn et de ce qui s'y passe de nos jours, il est totalement erroné de le comparer à ce qui s'est passé en Tunisie, en Égypte ou au Yémen. Les données économiques de ce royaume sont sans aucune commune comparaison avec celles des pays cités. Le PIB est de l'ordre 19,5 Mds USD et le PIB par habitant est de l'ordre de 18.000 USD. Le taux d'alphabétisation est de 91,5 % (H) et 84,2 % (F) et l'espérance de vie est de l'ordre de 75,6 ans. [Les données mentionnées dans cet article sont de 2009].
La frange radicale de l'opposition (très liée à l'Iran) a jugé opportun de profiter du printemps arabe pour pousser les Bahreïnis à manifester et la tension est allée crescendo jusqu'à réclamer l'instauration d'une république islamique (à l'Iranienne). L'Occident qui s'est trouvé à la fois pris de court par le mouvement populaire tunisien et lâche par son silence au début de celui du peuple égyptien, a pressé le roi Hamad de faire des gestes d'apaisement afin de calmer la rue. Or les revendications réelles ne sont pas les mêmes que celles des Tunisiens et des Égyptiens. Le roi a fait ce qui devrait calmer les esprits allant jusqu'à accorder des amnisties à ceux qui sont en exil. Mais rien n'y fait. Et Le Bahreïn a commencé à compter ses morts à la suite de ces troubles.
Les Occidentaux vont encore une fois "lâcher" leurs amis en poussant le paroxysme, cette fois, jusqu'à laisser l'Arabie Saoudite et Les Émirats Arabes Unis intervenir dans le cadre de l'accord d'entraide du "G.C.C" (Gulf Cooperation Council). L'assistance agissante (envoi des forces de l'ordre le 14 mars 2011) de ces deux pays a permis au gouvernement bahreïni de reprendre la main. Et ces mêmes Occidentaux ont, par la suite et encore une fois, au nom des droits de l'homme (à géométrie variable selon leurs intérêts du moment) dont ils se proclament, condamné l'intervention.
Ainsi dans cette bataille larvée pour leadership dans le Golfe Arabe ou Persique, la monarchie sunnite saoudienne a marqué un point sur la théocratie chiite iranienne. Mais les monarchies de la région commencent à se poser sérieusement les questions suivantes : 

  • Est-ce que les Occidentaux sont vraiment nos amis et jusqu'à quel point pourrons-nous compter sur eux ?
  • Comment contrecarrer les visées de l'Iran sur notre région et préserver nos intérêts si nous ne pouvons plus compter sur nos pseudo-amis ?
Les Occidentaux sont invités à bien se concerter avec les concernés de tout bord afin que la stabilité de cette zone et par extension d'une grande partie du globe soit préservée. Il est primordial qu'ils admettent finalement que leurs intérêts ne peuvent demeurer éternellement au-dessus de ceux des autres ou à leur détriment.
 
Lotfi AGOUN

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5 réactions à cet article    


  • katalizeur 15 avril 2011 09:36

    @ l’auteur

    bonjour..
     ...dans le meme style.. ;aurons-nous droit a un article sur la gentille douce et tres populaire monarchie des saoud.. ?

    ps : un conseil, arreter le chichon qui vous fait voir tout en rose et remplacer par la verveine a haute dose..vous verrez cela ira mieux...


    • dédé 15 avril 2011 10:46

      L’accord trouvé entre le roi d’Arabie Saoudite Abdallah et le monarque bahreïni, Hamad ben Issa Al-Khalifa, au sujet de l’annexion virtuelle de l’île pétrolière par Riyad, a tellement mis Téhéran en colère que des affrontements armés irano-saoudiens, pouvant éventuellement déboucher sur une guerre de grande ampleur, pourraient devenir inévitables, estiment les sources du Golfe et iraniennes de Debkafile. L’Irak, dirigé par les Chi’ites, pourrait soutenir Téhéran, dans l’explosion du premier baril de poudre chi’ite-sunnite allumé par la vague d’agitation qui secoue le monde arabe – par contraste avec la discorde intérieure qui fait rage en Libye et au Yémen.

       

      Au cours de la 3ème semaine de mars, Debkafile a révélé que le roi Hamad a donné son accord à la prise de contrôle, par Riyad, de la défense du Bahreïn, et de ses affaires extérieures, financières et intérieures. Les deux monarques ont confirmé le fils du Roi saoudien, le Prince Mutaïb, comme Commandant des forces saoudiennes et du Conseil de Coopération du Golfe, invitées à entrer dans le petit royaume pour mâter le soulèvement conduit par les Chi’ites, et ils se sont mis d’accord sur le fait que l’Arabie Saoudite commencerait bientôt à construire une grande base navale sur l’île qui fait face aux côtes iraniennes.

      L’accord entre les monarques saoudien et bahreïni, est apparu pour la première fois, dans le n° 487 de Debka-Net-Hebdomadaire du 25 mars. Il révélait alors que le roi Hamad avait permis que son royaume devienne, de facto, la 14ème province d’Arabie Saoudite, dans le but d’endiguer le soulèvement chi’ite contre lui et son impact, frappant à la prochaine porte des deux millions de Chi’ites résidant en Arabie Saoudite.


      Ni Riyad ni Manama n’ont rendu ce pacte public. La province bahreïnie d’Arabie Saoudite différera des 13 autres provinces en cela qu’elle ne sera pas gouvernée par un prince saoudien comme les autres, mais par un membre de la famille royale Al-Khalifa, qui jouira de privilèges égaux  à ceux de ses pairs saoudiens.

       

      Nos sources rapportent que, lors de rencontres à huis-clos avec des princes saoudiens de premier rang, le Roi Abdallah a expliqué l’importance fondamentale de cette étape pour la sécurité nationale du royaume. Il a fait mention du fait que l’Iran et son supplétif, le Hezbollah, manipulaient activement l’opposition chi’ite à Manama, comme représentant la première phase visant à fomenter un soulèvement chi’ite contre le trône saoudien.

      Le 21 mars, Riyad a résolu d’étendre les termes de référence de l’intervention militaire des Saoudiens et de l’armée du Golfe, requise à la demande du roi Hamad. Au lieu de seulement veiller à sauvegarder le Palais royal et les installations stratégiques contre le déchaînement des manifestants, rapportent nos sources, il a été décidé d’étendre la mission à la défense des frontières du Bahreïn contre toute attaque extérieure – c’est-à-dire, venant d’Iran ou d’Irak.


      A cette fin, les renforts de troupe saoudiens n’ont cessé d’affluer au Bahreïn, depuis la dernière semaine de mars, comprenant des unités blindées et une grande diversité de missiles. Les sources militaires de Debkafile estiment que quelques 11 000 paires de bottes saoudiennes et des Emirats Arabes Unis ont frappé le sol du Bahreïn depuis lors.

       

      Quatre jours plus tard, le 25 mars, Manama a annoncé que des avions au décollage d’Irak ou du Liban ne seraient plus autorisés à atterrir dans le Royaume, de façon à couper la voie principale utilisée par l’Iran et le Hezbollah pour déployer des agents de renseignement et des instructeurs militaires pour aider et former l’opposition chi’ite.

      La seconde étape militaire importante mise en place, à présent, est le transfert des unités de la flotte saoudienne depuis le Golfe d’Oman et la Mer Morte vers la zone militaire du port de Bahreïn, où la Vè flotte militaire américaine tient ses quartiers-généraux et fait amarrer ses navires. C’est une installation provisoire, servant aux Saoudiens, jusqu’à ce qu’ils terminent la construction d’un port à Manama pour y parquer leur principal centre de commandement naval du Golfe arabo-persique, afin de répliquer aux installations en expansion sur le rivage opposé, appartenant aux unités d’assaut des commandos marine et de la flotte des Gardiens de la révolution iranienne.

       

      Le 31 mars, la commission des affaires étrangères et de la sécurité du parlement iranien a fermement condamné les nouvelles mesures militaires saoudiennes : “L’Arabie Saoudite sait mieux que n’importe quel autre pays que jouer avec le feu dans la région sensible du Golfe Persique n’est pas dans son intérêt », disait la déclaration.

       

      Depuis lors, les media iraniens n’ont pas cessé de dénoncer les actions saoudiennes au Bahreïn, les comparant à la conquête du Koweit par Saddam Hussein en 1990, qui a déclenché la première Guerre du Golfe contre l’Irak. Riyad a même été accusé d’accepter le soutien clandestin des Etats-Unis et d’Israël.

      Puis, samedi 2 avril, le Premier Ministre d’Irak, Nouri al-Maliki a mis son grain de sel en injuriant la politique américaine au Moyen-Orient comme discriminant entre les mouvements populaires en ballotage contre les différents régimes arabes dictatoriaux. « Quelle que soit la décision prise concernant la Libye, elle devrait être appliquée à tout gouvernement qui réprime son peuple  d’une main de fer et tire dessus », a-t-il déclaré.

       

      Dimanche 3 avril, les récriminations et les menaces venant de Téhéran et Bagdad ont poussé le Conseil de Coopération du Golfe à tenir une rencontre exceptionnelle des Ministres des affaires étrangères. Il a voté une résolution qui « condamne sévèrement l’ingérence iranienne dans les affaires internes du Bahreïn, en violation de tous les accords internationaux ».

       

      On n’avait jamais entendu un langage aussi tranchant de la part des dirigeants du CCG. On peut l’attribuer, selon nos sources du Golfe, à la résolution inflexible du roi saoudien Abdallah de défier Téhéran de plein fouet sur tout problème affectant la sécurité de la région du Golfe, au point de faire intervenir l’armée saoudien si nécessaire – même au risque de précipiter une confrontation armée entre l’Arabie Saoudite et l’Iran.

      La République islamique s’est sentie confrontée à son premier défi franc et direct, dénué d’absurdité dans ses répliques : s’il plie devant l’activisme militaire saoudien, les communautés chi’ites à travers la région devront en conclure que l’Iran est, à la fois, incapable et, pas plus, n’a la volonté suffisante pour se tenir aux côtés d’une révolte arabe-chi’ite contre les régimes sunnites – que ce soit au Bahreïn, dans d’autres émirats du Golfe ou au Yémen et même au Liban.

       

      Le Premier Ministre irakien al Maliki est confronté au même dilemme, scruté par les chi’ites d’Irak, qui considèrent leurs coreligionnaires bahreïnis comme étant partie intégrante de leurs tribus et de leurs clans.

      Il est considéré comme acquis par l’Arabie Saoudite, les capitales du Golfe et les observateurs occidentaux des armées et du renseignement, que Téhéran a été repoussé dans ses cordes, à partir desquelles il ne peut pas se permettre de battre en retraite face à son engagement prédominant de parrainer les chi’ites bahreïnis. On s’attend, par conséquent, à ce que les Iraniens lancent, très prochainement, leurs réseaux chi’ites du Bahreïn dans des actions terroristes contre des cibles militaires saoudiennes. Riyad se prépare déjà activement à ces attaques – et pas seulement au Bahreïn, mais dans d’autres états du CCG, incluant l’Arabie Saoudite elle-même. Elles ne se dérouleront pas sans représailles ; d’où les prédictions extrêmes parmi les observateurs chevronnés, que des hostilités armées entre l’Iran chi’ite et l’Arabie Saoudite sunnite peuvent, à un certain point, être devenues inévitables.




      • LE CHAT LE CHAT 15 avril 2011 23:17

        ça se tient ! d’où la promesse du SP95 à 2€ le litre ....
        faudra que les ayathollas trouvent autre chose que le nucléaire pour être crédibles .....


      • dédé 15 avril 2011 10:49

        Et bien, on ne sait plus quoi trop penser, après les révélations de ce site spécialisé dans la divulgation des renseignements secrets, Ce sont les pays arabes qui sont aujourd’hui au centre de toutes les polémiques !!

        Des révélations, nous font savoir que les pays très sunnites comme l’Arabie Saoudite auraient demandé aux États Unis de s’occuper de l’Iran,

        Comme il est dit dans le Guardian indiquant par exemple que le roi Abdallah d’Arabie saoudite a appelé les Etats-Unis à attaquer l’Iran et à « couper la tête du serpent » pour mettre fin à son programme nucléaire.

        Concernant la Turquie , le Premier ministre turc Tayyip Erdogan,est surveillé de près par les Américains, et flatté par ces mêmes personnes pour ne rompre aucune relation !

        Puis les autres Présidents européens comme Sarkozy ou Berlusconi, sont gentiment moqués par l’administration Americaine, mais rien d’important !

        Mais le site WikiLeaks, est aussi surveillé de près, car dernièrement il a été victime d’une attaque informatique,et son dirigeant, Julian Assange, un crack informatique australien, a expliqué qu’il n’était pas dans l’inégalité :"Autant que nous sachions (...) pas un seul individu n’a été mis en danger à la suite de quoi que ce soit que nous ayons publié", a-t-il affirmé.

        Mais selon le New York Times, toutes ces révélations peuvent "mettre en danger« des individus ou »compromettre la sécurité nationale" …

        Mais je vous avoue que l’intervention de l’Arabie Saoudite qui demande aux États Unis d’attaquer l’Iran est une nouvelle qui risque de changer certaines données au moyen orient !

        Ahmadinejad, devrait préparer son bunker ….


        • Lotfi AGOUN 16 avril 2011 11:14

          Le fait que Le Bahreïn se soit soumis (et vous pouvez vérifier la véracité de ces propos : ici) à cet examen périodique ne veut pas dire qu’il s’est engagé à appliquer à la lettre les principes et recommandations qui en découlent.
          Le proverbe qui dit :« Les chiens aboient la caravane passe » est un proverbe universel et Le Bahreïn l’applique tout comme plein d’autres pays y compris La France.
          Bien cordialement.

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