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Accueil du site > Actualités > International > Les œufs durs, conte moral à l’usage des candidats à (...)

Les œufs durs, conte moral à l’usage des candidats à l’aide humanitaire

Si vous n’avez encore jamais vécu l’expérience, imaginez-vous résidant dans une grande métropole africaine subsaharienne pour votre travail ou votre retraite. Après quelques mois de séjour, si vous avez l’esprit ouvert aux autres, vous n’aurez pas encore compris l’Afrique, mais la comprend-on jamais en sa totalité, mais vous saurez au moins où vous êtes. Vous aurez une notion des différentes ethnies qui vous entourent, des langues et des dialectes que l’on parle et un embryon de connaissance de la société, de la vie locale et de certaines traditions locales. Imaginez encore que vous soyez frappé d’altruisme, de compassion, de solidarité et pourquoi pas tout simplement d’amitié envers certains, peu importe le terme, et que vous décidiez d’aider quelques personnes sinon à bien gagner leur vie, du moins à améliorer leur quotidien. Pour commencer petit et sans expérience préalable du développement et de l’assistance technique, il est hors de question de construire une maternité, une classe pour une école primaire ou un entrepôt collectif pour stocker le maïs. Votre choix s’arrêtera sur la vente ambulante d’œufs durs, activité très basique, ne demandant pas de qualification spéciale et non nuisible à l’environnement. Et vous allez voir que vous pouvez avec de petits moyens faire de l’humanitaire comme Monsieur Jourdain faisait de la prose.

De fait, il ne faut pas grand-chose pour équiper et former cinq à dix vendeurs d’œufs durs. D’abord la matière première, les œufs se trouvent partout en ville, mais il vaut mieux avoir recours à la production industrielle, car les « œufs de la ferme » ne sont pas toujours d’une fraicheur assurée et ils ne sont pas calibrés, donc de taille inégale. Un débutant peut commencer avec trois douzaines. Il lui faut une gamelle en aluminium ou métal étamé importée de Chine suffisamment grande pour faire cuire les œufs sans qu’ils soient trop tassés. Ensuite le vendeur doit aussi posséder un seau en matière plastique avec un couvercle pour le transport des œufs durs, un réchaud à charbon de bois fait avec des métaux de récupération et enfin un peu de sel et d’épices, une cuillère pour écaler les œufs et quelques petits sachets transparents pour manipuler les œufs avec hygiène devant les clients. A cela il faut ajouter un savon et un peu de détergent pour nettoyer les ustensiles. Selon le coût de la vie dans le pays de résidence, vous en aurez pour moins de 400 euros pour équiper vos dix vendeurs.
Si vous vous sentez la fibre pédagogique, vous n’allez pas les lâcher comme ça dans la ville. Vous allez vérifiez s’ils savent bien cuire les œufs, les écaler sans abimer le blanc, vous leur donnerez quelques conseils de vente, comment choisir les endroits stratégiques et si vraiment vous avez envie de mieux encore les préparer vous leur donnerez des notions élémentaires de comptabilité et de gestion de leur petite entreprise. Même en travaillant et en prenant le temps pour cette action bénévole sur vos loisirs, vous en aurez au maximum pour deux fois deux sessions pendant les week-ends.
Pour le choix de ceux que vous allez aider, vous pouvez vous en remettre à votre instinct, à des collègues locaux, à des copains rencontré au bar ou à la piscine peu importe. Bien-sûr, rien ne vous empêche de choisir des femmes, ou même des jeunes filles, mais la vente des œufs est surtout le fait de jeunes hommes. Car les femmes vivant du commerce de rue sont le plus souvent astreintes à des métiers statiques, faits d’attente assise par terre à espérer le client pour des galettes, des beignets ou des légumes, souvent en compagnie d’un bébé au sein ou d’un petit enfant. Le vendeur d’œufs par contre est en perpétuel mouvement, à la recherche de l’éventuel consommateur en allant à ses devants, il doit marcher s’il veut trouver le client.
Maintenant, vous ne vous sentez peut-être ni le courage, ni la volonté ou la capacité d’organiser tout cela par vous-même, mais vous vous sentez solidaire et avez le désir d’aider quelques personnes. S’offre à vous plusieurs options :
L’ONG locale, association africaine de développement
L’ONG internationale, française ou autre
L’ambassade de France sur ses fonds propres
La Coopération bilatérale du pays occidental de votre choix
L’Union Européenne, par le biais de son Action Humanitaire
Les Agences spécialisées des Nations-Unies
Et enfin, et nous reviendrons par la suite sur la raison qui fait qu’elles sont en dernier sur la liste,
Les organismes confessionnels, église locale ou recours au vieux missionnaire barbu en sandales de cuir, sans oublier la bonne sœur qui est là depuis des lustres. Si vous doutez des chrétiens, reste la possibilité de s’adresser aux associations caritatives musulmanes, l’islam n’ayant a priori rien contre les œufs.
 
L’ONG locale
 
Vous serez probablement accueilli à bras ouvert par un responsable affable (du moins au début) qui vous expliquera qu’il connait bien la population, que votre don, non, il dira investissement en faveur des plus démunis, est le bien venu et que vous avez choisi l’association idéale pour ce genre d’intervention participative, bref de microprojet. Bien sûr, son organisation survit avec de très faibles moyens et une part de votre don devra financer la structure administrative et le fonctionnement du bureau. L’équipe de cette ONG devra organiser des réunions préparatoires (le nombre ne vous sera pas précisé initialement) pour sensibiliser les habitants du quartier. Le responsable se chargera avec son groupe de la mobilisation et de la sélection des candidats. L’initiative est heureuse, mais il faudrait aussi penser aux femmes, il vous dira, « les mamans africaines », car une femme qui n’est pas mère n’est pas vraiment digne d’intérêt. Après un ou deux mois de palabres et d’âpres discussions en langue vernaculaire où vous vous sentirez un peu perdu, arrivera le jour de la distribution des ustensiles et des premiers œufs. Il se peut que cela fonctionne, car les œufs, ce n’est pas sorcier. Mais avant de vendre un œuf, le postulant aura dû s’imprégner de tout un vocabulaire et prendre conscience de son implication communautaire, mieux son appropriation, (community ownership, dans le langage des associations). Il lui faudra seriner des slogans avant de se faire cuire un œuf, ou plutôt de se le cuire lui même !
 
Au bout d’un certain temps, proportionnel à votre naïveté, vous vous apercevrez que tous les vendeurs sont de la même ethnie, celle des membres de l’ONG locale, si ce n’est des membres de leur famille élargie. Et en plus, on vous aura calculé pas mal de frais annexes, connexes et imprévus. Je ne parle même pas des escrocs qui auront tout simplement détourné votre participation financière ; cela est possible mais non obligatoire. Malgré tout, il existe des organisations africaines honnêtes et efficaces, mais elles sont perdues dans le maquis d’un milieu d’affairistes ayant créé de toute pièce des associations à but lucratif dissimulé, courant derrière les subventions. Des 400 Euros initialement prévus, vous en êtes déjà plus de 1000. Sans oublier que vos vendeurs, s’ils n’ont pas obtenu une garantie de protection risquent fort d’être rançonnés par la police. Il faudra donc envisager de leur acheter une carte de commerçant ambulant, mais dans certains pays cela ne suffira pas à les protéger des abus de pouvoir et du racket.
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L’ONG internationale,
 
Ne pensez pas contacter les grandes organisations tournées vers le développement ayant pignon sur rue en Europe, qu’elles soient françaises ou européennes, elles sont toutes tombées sous le carcan administratif et bureaucratique qui ne leur permet pas de traiter directement avec un petit donateur. Si vous êtes à Dakar ou à Abidjan, il vous sera conseillé de faire une libéralité par chèque ou encore mieux par virement au siège de l’association en France. Si vous insister, on vous donnera l’adresse e-mail du responsable des donateurs pour l’Afrique de l’Ouest. Vous ne le savez pas, bien sûr, mais il en existe aussi un pour l’Amérique du Sud, un pour l’Afrique Orientale et un pour le Moyen-Orient + Haïti (allez savoir pourquoi ?). Et ces quatre personnes travaillent au siège à plein temps sous la houlette d’un responsable du pôle Donateurs Privés. Il s’agit d’une unité de l’ONG totalement indépendante du pôle Fund rising spécialisé dans la collecte de fonds auprès des entreprises privées et des collectivités locales.
 
Une association plus petite, du genre Collectif Paysan Beauce Burkina Faso, acceptera votre argent sur place du bout des lèvres, si elle retient votre idée, mais voudra aussi y mettre sa touche personnelle. Là aussi, on vous fera comprendre qu’il s’agit d’un microprojet, mais que cela demande un travail administratif et comptable et qu’il doit être intégré dans les activités de l’association. Comme il faut « faire confiance aux Africains », après vous avoir délesté de votre enveloppe chez le trésorier, on vous orientera vers la responsable des microprojets. Il ne peut s’agir d’un homme, car un des crédos de l’ONG est de promouvoir le rôle de la femme africaine dans le milieu du développement. Rappelons que c’est elle qui sera l’interlocutrice de « vos » vendeurs. Probablement des ruraux récemment arrivés à la ville, car sans cela ils auraient déjà un boulot, peu habitués à négocier avec des femmes. Encore une fois, on vous fera remarquer que votre don est généreux, mais qu’il faudrait aussi penser à la valorisation du travail féminin non qualifié.
 
En insistant, vous allez tout de même obtenir la création de votre « brigade » de commerçants ambulants. Il y a fort à parier qu’ils seront sélectionnés dans votre dos sur des critères ethniques et familiaux par le personnel autochtone de l’association. Le turn over des expatriés étant tellement rapide, de six mois à un an pour la plupart, qu’ils n’ont pas le temps de comprendre où ils sont et comment fonctionne le pays dans lequel ils travaillent surtout quand il s’agit d’une première mission. Ils font confiance aux anciens du personnel local qui après quelquefois dix ans dans la place, dirigent de fait l’ONG en sous-main. Bref, si vous tenez à votre initiative et que vous arrivez à la faire accepter, il vous en coutera au bas mot entre 2000 à 3000 Euros pour un nombre de vendeurs passés à 20 ou 30. Ne tombez cependant pas dans la paranoïa, vous n’êtes pas obligé de tomber sur une nouvelle Arche de Zoé, on ne rencontre heureusement pas uniquement des irresponsables et des incompétents dans le milieu humanitaire.
 
L’ambassade de France
 
Vous avez de bonne relation avec votre ambassade, ou vous êtes Français, marié à une Belge, une Italienne ou une Allemande, vous avez été échaudé par l’administration française et vous vous allez directement à l’ambassade de votre conjoint. Le résultat variera en fonction du dynamisme des diplomates et de l’engagement politique et économique de leur pays. Les ambassadeurs sont souvent, mais hélas pas toujours, des personnes cultivées et d’esprit ouvert, vous avez de bonnes chances d’être écouté de façon bienveillante, par contre cela risque de se gâter aux échelons inférieurs et compétents pour traiter votre cas. Pour ne pas allonger démesurément la démonstration, restons entre Français.
 
Sauf si vous le connaissez personnellement ne comptez pas en toucher mot à l’Ambassadeur directement, ou alors le jour du 14 juillet entre deux coupes de champagne, entouré d’une foule bavarde et désireuse de se rapprocher du personnage. L’administration française étant frileuse et n’aimant pas un surcroit d’activité, il n’est pas évident que votre initiative plaise du premier coup. Après avoir obtenu un rendez-vous auprès d’un chargé de mission à la coopération, celui qui possède l’enveloppe de fonds FAC (fond d’aide à la coopération) et des fonds MAC (ceux de la Mission) dont il peut disposer selon les époques sans l’aval de Paris. Sont assimilés à ces fonds les dons, dans une certaine limite, parvenant d’entreprises françaises exerçant sur place. Votre largesse peut donc être acceptée après quelques hésitations et le remplissage obligatoire d’une série impressionnante de formulaires et d’imprimés. Sur le principe, votre idée va séduire, mais l’Ambassade, ou plutôt la Mission d’Aide et de Coopération ne peut directement intervenir. Il faudra passer par une ONG française officiellement reconnue par l’ambassade et le pays d’accueil.
Comme il s’agit d’une activité commerciale, il va être indispensable de prévenir le ministère local de tutelle, et selon les pays les Affaires Etrangères voire dans certains cas le bureau de coordination des ONG opérant sur le territoire national. On ne vous demandera pas de payer plus, la France peut se monter généreuse et le surcoût, environ le double de votre investissement initial, sera pris sur un reliquat qui doit être utilisé avant la fin de l’exercice budgétaire de la Mission de Coopération.
Par contre, votre projet, qui ne sera plus le vôtre, aura les honneurs de la visite des gens du Ministère venus en mission de travail depuis Paris et si vous avez de la chance, vous serez pris en photo lors d’une réception officielle, après une série de discours, les vendeurs d’œufs étant évincés rapidement après le premier verre pour laisser la place aux invités de marque.
 
La Coopération bilatérale
 
Si jamais, il vous venait l’idée saugrenue d’aller parler de votre histoire d’œufs durs à Paris au Ministère de la Coopération, oubliez tout de suite. Déjà en tant que particulier, vous allez vous faire évincer. Mais si vous avez suffisamment d’entregent pour ouvrir les portes, vous allez vous perdre dans les dédales du ministère avant de trouver un interlocuteur. Un fonctionnaire bourru, vous fera vite comprendre qu’il est débordé de travail, comme partout dans la fonction publique.
Il fera tout pour vous réorienter vers une ONG française qui fait du développement, comme ACF ou Care France non sans vous avoir prévenu que la mode actuelle est au développement rural et que le milieu urbain dans lequel évolue les vendeurs d’œufs a moins la cote. S’il est bien aimable et déchoit à perdre son temps avec vous, c’est vrai, vous avez été recommandé par un député de l’actuelle majorité, qui sévit dans le Rouergue, il vous renverra d’où vous venez contacter la Mission de Coopération.
 
La Commission Européenne et ses activités de développement 
 
A ce niveau et encore plus à celui des Nations Unies, ne comptez pas intervenir directement. Cela, évidement n’est ni le rôle ni le mandat de ces grandes organisations internationales, mais avec de la chance et de la persévérance, en contactant des conseillers techniques, votre concept peut être repris et développé au delà de votre entendement.
Il suffit qu’un responsable de la Direction des projets d’assistance ou au développement (la DG VIII pou l’Afrique) ou d’ECHO raisonnablement haut placé et écouté reprenne votre idée et la propose à l’un de ses partenaires pour la mettre en œuvre. Vous deviendrez l’inspirateur anonyme d’un nouveau concept européen ou onusien, sans que votre nom soit cité quelque part. Mais avant cela, l’organisation choisie devra pondre un avant-projet (un concept note en anglais), Une étude sommaire de faisabilité et d’impact sera exigée. De plus le projet devra répondre aux normes de genre (parité hommes/femmes), de respect de l’environnement, et être considéré sans distinction de race ou de religion ainsi qu’à toute une liste de critères techniques et budgétaires. La place des handicapés dans le projet sera un nouveau casse-tête, car il est difficile de se déplacer dans les rues en chaise roulante avec un seau sur les genoux.
 
Il est de règle qu’il vaut mieux avoir à gérer un seul budget de 2 millions d’euros que 10 de 200.000 ! Malgré tout, même à l’Union Européenne (mais pas aux Nations Unies) il ne viendrait pas à l’idée de mettre tous les œufs dans un même panier d’un million d’euros ! Les vendeurs, et cela est tout à fait légitime seront intégrés dans un vaste programme de promotion du petit commerce dans le secteur informel. Mais comme l’UE ne peut travailler dans l’illégalité, les détaillants seront membres d’une association de commerçants de rue reconnue par les pouvoirs publics, car dans un pays souverain il est hors de question d’encourager le travail informel (dans le sens d’illégal non soumis à patente et impôts). Enfin, qui dit œuf dit poule, et en ces temps de Grande Peur moyenâgeuse véhiculée par les risques de grippe, porcine ou aviaire, le volet d’assistance à l’aviculture sera probablement repoussé au nom du principe de précaution. On voit mal un représentant de l’Union Européenne ou un ministre d’un état membre inaugurant le projet avec un masque ! 
 
Les organisations onusiennes spécialisées
 
Peu de chance que votre initiative arrive à se finaliser auprès des agences spécialisées onusiennes comme le PNUD, la FAO (l’œuf est avant tout un produit agricole) ou encore l’UNIDO pour l’industrie, l’IFAD pour le développement agricole, le CNUCED pour le commerce ou même pour l’UNIFEM pour la promotion de la femme. Oubliez l’UNICEF et l’OMS, ce n’est pas leur mandat ! Mais dans l’hypothèse, fort improbable, que votre volonté aboutisse, le résultat atteindra des sommets de surréalisme et un coût abyssal. Vous avez lancé une idée, les Nations-Unies vont la réaliser pour leur compte et à leur manière au delà de tout ce que vous auriez pu imaginer tout seul. Le gaspillage à grande échelle peut commencer.
Après une étude d’impact et de faisabilité réalisée en 45 jours par un expert international en microréalisations venu spécialement en classe affaire du Danemark ou du Canada, le document qu’il aura élaboré sera analysé par un macro-économiste et éventuellement par un anthropologue. Après deux ans d’attente et de passage en commission d’évaluation des projets, les choses sérieuses vont commencer avec la mise en place des activités sous la houlette du personnel UN et en étroite collaboration avec le gouvernement local et les représentants de la société civile.
Le parcours sera complexe avec évaluation ex ante et post, sans parler de la réactualisation du projet à mi-mandat avec demande d’amendement budgétaire, rapports initial, à mi parcours et final. Le projet sera pharaonique, avec couverture de toute la capitale « d’unités mobiles de vente », au bas mot 2000 personnes. Et si cela ne suffit pas, la réplicabilité du projet sera envisagée après deux ans de projet pilote au reste du pays. L’organisation UN de tutelle invitera régulièrement une centaine de participants à des meetings de coordination et d’évaluation dans une salle de conférence d’un Hilton ou Sheraton du coin. Meeting riche en buffet et pause café, assortis de per diem, (jeton de présence) pour les participants locaux.
Au niveau des Nations Unies, l’œuf ne peut exister sans présentation Power Point, histogrammes et camemberts montrant les pourcentages de ventes et des tableaux Excel. Le fin-du-fin sera le « manuel des pratiques à l’usage des vendeurs d’œufs », publié sur papier glacé en français ou en anglais et dans au moins deux langues locales, avec des photos des participants aux divers meetings. Avec un peu de chance, sera institutionnalisée la « Journée Mondiale de l’œuf » comme il en existe une pour la femme, l’enfant, le sida ou la tuberculose. Belle occasion de s’autocélébrer en sortant calicots et posters et en organisant une marche de soutien comme les agences onusiennes savent si bien le faire lors des journées de mobilisation.
Au niveau comportemental donc grandes similitudes entre UE et UN, mais les UN coûtent encore plus cher en frais administratifs et les résultats sont quasiment toujours médiocres malgré les succes stories publiées officiellement de façon compulsive, même et surtout quand il s’agit d’un échec cuisant.
Si vous réussissez à intéresser une de ces nobles agences, vous aurez la forte probabilité de tomber sur un fonctionnaire UN carriériste, pas forcement médiocre, mais qui a renoncé à toute initiative non prévue par les procédures, les fameux guidelines des organisations et qui fera tout pour éviter les vagues qui pourraient nuire à son plan de carrière et à son avancement dans la hiérarchie UN.
Et s’il faut impérativement un volet promotion de la femme, dans cette histoire d’œufs, et bien il y en aura un contre toute logique commerciale et culturelle. Au lieu d’adjoindre une autre activité spécifique du commerce de rue féminin, il sera créé dans au minimum un quartier de la ville, un corps composé de femmes vouées à l’œuf dur, pas même à l’omelette qui permettrait pourtant la position assise d’attente du client dans une petite échoppe ou sur le sol. En fin de course, la ville sera inondée de vendeurs d’œufs arborant de magnifiques tee-shirts mais qui n’arriveront pas à vivre de leur activité tant ils seront nombreux. L’offre sera supérieure à la demande, malgré le soutien du volet marketing créé spécifiquement à cet effet et l’activité périclitera après avoir consommé plusieurs centaines de milliers de dollars. 
 
Les organismes confessionnels,
 
Comme la langue pour Esope, on retrouve dans le milieu religieux à la fois le meilleur et le pire, mais un point commun celui d’évangéliser par le biais de l’aide au développement. Il existe en Afrique une myriade de nouvelles Eglises, souvent d’obédience protestante évangéliste, influencée par les Etats-Unis, mais aussi du christianisme local teinté de syncrétisme. Certaines sont dogmatiques, d’autres sont purement à but lucratif déguisé. C’est seulement si vous acceptez de prier quatre heures durant pendant sept jours d’affilé avec les membres de certaines églises que votre proposition sera étudiée.
Heureusement, il existe encore des gens sérieux et raisonnables parmi le clergé catholique et protestant traditionnel. Prêtres africains dévoués et vieux missionnaires italiens, belges ou hollandais ou bonnes-sœurs dans le pays depuis quarante ans et parlant couramment la langue vernaculaire du pays. Ceux là feront usage de votre argent avec tact et parcimonie.
La seule contrainte à laquelle s’exposeront les vendeurs sera de prier avant de partir travailler et aller à l’office du dimanche pour les catholiques, ou du samedi pour les adventistes. Pour les églises évangélistes, les prières seront plus fréquentes et les vendeurs d’œufs peuvent devenir des prosélytes de la bonne parole s’ils sont born again, témoins de Jéhovah ou adventistes.
Et comme il est dit plus haut, si le Christianisme ne vous inspire guère, vous pouvez toujours vous adresser à un imam de quartier, ils ne sont pas tous, loin de là, membres d’Al Qaïda et certains vous écouteront avec bienveillance.
Si les organisations confessionnelles sont en fin de liste, c’est qu’elles sont les plus économes en ressources. Là où vous auriez dépensé 400 euros en agissant seul, elles accompliront la même chose pour 250 ou 300 euros en faisant jouer leur réseau de donations.
 
Morale de ce conte.
 
Conclusions désespérantes, certes, mais il ne faut pas confondre les petites actions ponctuelles, à la portée de toutes les bonnes volontés, avec les « Grands » projets de développement. Un particulier ne peut conceptualiser et mettre seul en œuvre un tel projet nécessitant connaissances spécifiques, technologie et ressources humaines.
Il y a tout de même de quoi désespérer les bonnes volontés, car si l’action humanitaire, née des désastres d’après le second conflit mondial s’est modifiée au fil des ans pour devenir moins caritative plus professionnelle et plus technique, elle s’est aussi coupée progressivement de la réalité du terrain en devenant une pléiade d’organisations souvent pléthoriques, bureaucratiques et noyées dans la paperasse.
 
Il ne s’agit pas de se décourager et de rester dans l’égoïsme et l’indifférence, mais de constater que l’argent dépensé en théorie pour « les plus pauvres et les plus démunis » rate souvent sa cible et que trop de fonds sont gaspillés pour un rendement très faible, pour ne pas dire médiocre, voire nuisible dans certains cas caricaturaux. Cette aide, souvent inadaptée, peu soucieuse des réalités de terrain est cependant indispensable en certaines situations où ni le secteur privé ni les Etats n’interviennent. Mais le développement d’un pays ressort plus de la politique des Etats et de la normalisation des termes de l’échange, de la lutte contre la corruption, mais elle existe partout et pas uniquement en Afrique, contre le népotisme et le tribalisme. L’humanitaire en soi n’a jamais permis à un pays de sortir la tête hors de l’eau.
Alors, si vous le souhaite, vous pouvez continuer à donner pour ce que l’on appelle communément une grande cause, mais ne le faites pas aveuglement. Celui qui s’engage financièrement est aussi responsable de son don.
 

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13 réactions à cet article    


  • rocla (haddock) rocla (haddock) 27 octobre 2009 15:34

    Excellente démonstration Monsieur l’ auteur .

    Entre la réalité sur le terrain du petit vendeur ambulant et les « millions de connards » payés à rien foutre il y a un Himalaya d’ incompréhension .


    • Laminak 27 octobre 2009 16:34

      Excellent en effet. La derniere phrase me plait particulierement.
      Celui qui s’engage financièrement est aussi responsable de son don.
      Lami.


      • foufouille foufouille 27 octobre 2009 16:44

        on dirait la france avec ses taxes et ses bureaucrates
        chez nous on prefere les contrats aides precaires ............


        • Rough 27 octobre 2009 17:42

          Excellentissime !

          Il est vrai qu’à Nairobi vous êtes merveilleusement placé pour observer la pègre humanitaro-tiers-mondiste dans ses oeuvres...mais votre analyse est d’une remarquable accuité et de surcroit bien écrite....


          • antonio 27 octobre 2009 17:58

            Monsieur Georges Yang
            Je vous remercie pour votre article sur les oeufs durs :il m’a fait un bien fou ! Il confirme tout ce que je pressentais sur l’aide humanitaire en Afrique, en particulier comment une bureaucratie tatillonne se nourrit de cette aide ( excepté bien sûr certains membres « vertueux ») et comment beaucoup de ces actions traduisent le mépris pour les autochtones (je n’idéalise pas les africains !) et leurs spécificités (cela concerne par exemple les femmes vendeuses immobiles,ce que vous en dites).
            Encore merci de vos informations et continuez longtemps.
            Antonio2


            • Fergus Fergus 27 octobre 2009 19:04

              Très belle démonstration, Georges, d’une réalité que l’on pressentait à défaut d’avoir pu en faire le constat nous mêmes.
              Comme Laminak, je trouve la conclusion très pertinente.

              Bonne soirée.


              • ZOULOU 6 27 octobre 2009 21:08

                Excellente démonstration, malheureusement bien trop vraie !


                • Ornithorynque Ornithorynque 27 octobre 2009 22:21

                  Terrifiant.

                  Travaillant au quotiiden avec les grosses ong, je dois dire, que mâme avec la meilleure volonté du monde, j’ai un peu de mal à comprendre la tracabilité de l’argent. je vous invite néanmoins à visiter le site http://www.cowforce.com/ , des Gallois completement braques, et finalement les plus sérieux que je connaisse sur le terrain.

                  Les bonnes ONG sont celles qui avouent que 50% de leurs projets échoeunt pour des raisons de tribus, de familles, de malhonèteté, de mauvais ciblage... quand elles ont compris ça, elles font plus gaffe !


                  • Arunah Arunah 28 octobre 2009 07:00

                    Excellent article !
                    Il confirme malheureusement ce que l’on pressentait sur l’aide au développement. Ce sont encore les bonnes soeurs avec quarante ans de terrain au compteur ou le vieux curé qui sont le meilleur choix pour ce type de projet. Mais bien sûr, on retombe sur les problèmes de confession, d’ethnie ou de tribus, de clans, etc... 
                    Le seul à avoir évité la plupart des écueils est Mohammed Yunus et ses projets de micro-crédit mail il est vrai au prix d’un inlassable travail de fourmi. Encore est-il critiqué car il ne permet pas aux circuits officiels de prélever une dîme...

                    Par ailleurs, j’enrage lorsque je reçois des cadeaux émanant d’ONG, cadeaux accompagnant des demandes de dons. Cadeaux bien entendu inutilisables qui vont directement à la poubelle, mais qui dissuadent toute personne dotée de bon sens de donner le moindre kopeck pour une telle gabegie.

                    Pas de solution en vue pour le problème...

                    @ l’auteur

                    Avez-vous réellement mis en oeuvre le projet des oeufs durs ?


                    • Georges Yang 28 octobre 2009 09:22

                      l\L’oeuf dur est une metaphore du petit projet !
                      J’ai cependant eu l’occasion d’aider a titre individuel, quelques africains et commencer une petite activite> Cela dit, il ne faut pas confondre action personelle et projet de developement
                      Helas, ceux qui en sont responsables sont souvent en dessous de tout>


                    • Mr.K (generation-volée) Mr.K (generation-volée) 28 octobre 2009 12:03

                      Excusez moi mais là je marre doucement.
                      Votre demonstration est un bon exemple de l’hypocrisie « humanitaire ».
                      Pour développer l’activité de vos 10 vendeurs d’œuf dur vous choisissez des oeuf industriel ,ruine des petit producteur et de la gamelle chinoise ,ruine des petit artisan.
                      Qu’allez vous faire de ces producteur et de ces artisans ruinés ??des vendeurs d’œuf ??


                      • Georges Yang 28 octobre 2009 14:44

                        Mentalité d’écolo tiers-mondiste jamais sorti de chez lui. Dans une grande ville africaine, les oeufs de poulailler artisanal sont soit déjà couvés soit trop petits. Pour la vente de rue, seul l’oeuf de batterie est utilisable. Quant a la quincaillerie elle est  importée d’Asie dans le monde entier. La dinanderie artistique, c’est bon pour décorer les fausses cheminées des bourgeois écolos.


                      • Mr.K (generation-volée) Mr.K (generation-volée) 29 octobre 2009 12:26

                        Ai-je commencé mon commentaire par« mentalité de moralisateur qui voit même pas que c’est l’essence meme du système qui empêche l’Afrique de sortir de la pauvreté. ».Non cars je ne connais pas votre vison complète.
                        Vous vous ne connaissez pas mon parcours,alors tenez vous en à ce que je dit.

                        Les oeufs artisanaux n’ont pas la meme forme et alors,expliquez moi pourquoi cela pose probleme ??A l’heure ou l’europe abandonne peu à peu la mani stupide du calibrage,j’ai du mal à comprendre.

                        Quand au batteries chinoises et le « tout le monde en achete »,c’est faux.J’ai accueilli en France un agronome nigerien qui tenté de développer justement une chaine commercial afin de sauver les artisans qui fabrique des ustensiles de cuisson et qui sont peu à peu ruinés par l’afflux de marchandises chinoises.

                        L’afrique à deux gros problème, la concentration des grande terre agricole et des gros élevages dans quelques mains parfois étrangère qui pousse les petits paysans vers les villes par une concurrence déloyale.Et l’incapacité à transformer elle même ses matières premières
                        à grande échelle pour équiper les personnes et l’environnement.
                        Votre intention est louables mais dans votre exemple vous créez du développement social en vous appuyant sur des activité qui le casse.

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