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Accueil du site > Actualités > International > Les paysans n’ont pas dit leur dernier mot

Les paysans n’ont pas dit leur dernier mot

Un peu partout dans le monde, de nombreux paysans se suicident. Ils n’arrivent tout simplement pas à s’ajuster au marché. Tous ces drames pourraient-il être évités ? Oui si l’on en croit Vandana Shiva. Ils sont de plus en plus nombreux dans le monde, comme elle, à lutter pour une autre agriculture.


Shiva, du mouvement Navdanya, est on ne peut plus claire : l’OMC et la Banque mondiale sont responsables du suicide de plus de 40 000 paysans en Inde seulement depuis 1998.

This genocide is a result of deliberate policy imposed by the WTO and the World Bank, implemented by the Government, which is designed to destroy small farmers and transform Indian agriculture into large scale corporate industrial farming.

Movement to stop the genocide of farmers.

Les petits producteurs agricoles de l’Inde se suicident parce qu’ils sont trop endettés. C’est la hausse des coûts de production combinée à la baisse des prix sur le marché, les deux phénomènes étant causés par le libre-échange et les politiques de libéralisation, qui entraînent cet endettement excessif.

Une tendance de fond à la baisse

Pour la plupart d’entre nous, que les prix aient baissé est facile à imaginer. Avec l’ouverture de son marché intérieur, l’Inde aurait accepté d’introduire une concurrence internationale qui désavantage nettement ses propres petits producteurs agricoles sur son marché intérieur.

Or, il semble bien que l’Inde protège son marché intérieur en maintenant une structure tarifaire et non tarifaire assez élevée. Imaginez l’hécatombe si elle cessait de le protéger.

C’est du côté des marchés mondiaux qu’il faut se tourner pour comprendre le phénomène. Selon les données de la FAO (Évolution récente des marchés des produits agricoles, avril 2005), on assiste à une tendance à la baisse des prix réels à long terme sur les marchés mondiaux.

La FAO s’est prononcée en faveur de la libéralisation des marchés agricoles dans le rapport La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 2005 (SOFA 2005). Elle a toutefois émis une importante mise en garde : des « infrastructures et les institutions de base doivent être mises en place avant l’ouverture des marchés agricoles nationaux à la concurrence internationale », et « des mesures compensatoires de transition ciblant les pauvres durant les premiers stades de la libéralisation du commerce ».

Il se trouve que déjà, en plus de la tendance à la baisse sur les marchés mondiaux, plusieurs paysans sont confrontés à un envahissement de leurs marchés intérieurs par des produits qu’ils n’arrivent pas à concurrencer.

Où sont les mesures compensatoires de transition pour ces paysans que leur gouvernement n’a tout simplement pas les moyens de soutenir ?

Mainmise sur les intrants

Ce que propose la FAO serait-il suffisant ? On peut en douter face au second phénomène que dénonce Vandana Shiva : la hausse des coûts de production.

Partout dans le monde, les producteurs agricoles font face à cette hausse. Elle est particulièrement catastrophique dans les pays en développement.

D’où vient-elle ?

Depuis quelques années, quelques multinationales dont la plus célèbre est Monsanto tentent avec un certain succès de mettre la main sur le marché des semences et des intrants agricoles. Ces entreprises sont très actives dans les couloirs de l’OMC.

Contrôler les semences tout en libéralisant les forces du marché. Belle contradiction !

Un paradigme de plus en plus contesté

La forte pression pour libéraliser les échanges dans le domaine agricole est fondée sur un paradigme qui heurte de plein fouet les paysans :

La mouvance mondiale rapide, passant de marchés fermés, sur un axe national (protégé et subventionné) à des marchés mondiaux, ouverts (concurrentiels et moins subventionnés) constitue la pièce maîtresse de ce nouveau paradigme.

Promotion du bien-être mondial : Un nouveau paradigme pour revitaliser le développement agricole et rural. (Texte paru en 1998.)

Bref, partout l’agriculture doit s’adapter, devenir un business là où elle n’en est pas un, même au prix de la faillite de millions de petits producteurs.

Les plus forts vont émerger et assurer le progrès des pays qui vont courageusement s’ouvrir à la concurrence mondiale, répondent ceux qui soutiennent la libéralisation. Au prix de combien de suicidés ?

De plus en plus d’organisations paysannes dans le monde développé et en développement disent non à ce paradigme. Il se trouve que les dégâts causés à l’environnement par l’agriculture industrielle impliquent aussi une sérieuse remise en question.

Pour les organisations de défense du droit à une autre agriculture, l’heure de la souveraineté alimentaire a sonné.

En Inde, cela passe par le Bija Yatra 2006-2007.


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17 réactions à cet article    


  • Globalia (---.---.212.62) 7 août 2006 12:20

    Merci pour l’article.

    Contrairement à ce que l’on entend parfois, il n’y a pas que les agriculteurs français (éternels raleurs) qui ne veulent pas de l’agriculture de l’OMC & co.


    • Michel Monette 7 août 2006 16:18

      Si vous avez quelques minutes, prenez le temps de réécouter l’entrevue de Vandana Shiva, alors qu’elle venait appuyer en France les faucheurs d’OGM, diffusée le 22 juillet dernier dans le cadre de l’excellente émission « Terre à terre » de France culture. Outre Shiva, il y a aussi une entrevue de Sylvia Perez Vitoria, économiste, sur son livre « Les paysans sont de retour ».

      L’intégrale de l’émission est ici.


    • Zamenhof (---.---.62.4) 14 août 2006 22:51

      Vive Vandana Shiva ! c’est un des « phares » de notre époque. Et en plus elle est belle !


    • Internaute Internaute 7 août 2006 17:52

      Il faudra bien un jour qu’on explique au petit peuple quels sont les avantages de l’OMC. Je pense que si on ne l’a jamais fait c’est tout simplement parcequ’il n’y en a pas.

      La paysannerie française est tombée de 3,5 millions à 500.000 en l’espace d’une seule génération. Notre nourriture est de plus en plus dégueulasse, les marchés se vidant de tous les fruits et légumes régionaux. Il y avait en France 150 variétés de pommiers avant guerre, aujourd’hui on cultive et on importe seulement 3 types de pommes, la verte, la jaune et la rouge, qui ont toutes le même goût. Nos rivières s’assèchent à arroser du maïs que nous sommes contraints de cultiver sur ordre de Bruxelles.

      Les paysans ne peuvent plus vivre que de subventions. Ce sont devenus des mendiants alors qu’ils ont traversé les siècles souvent pauvres mais toujours indépendants et la tête haute. Il y a quelque chose qui ne fonctionne absolument pas dans ce système mis en place avec la collaboration du PS et de l’UMP.

      L’OMC c’est l’appauvrissement garanti des populations et la désertification de nos campagnes.

      Le dernier coup de salaud, connu depuis un an, est la dérégulation des fruits tropicaux. Les antillais, bien qu’ils ne ratent pas une occasion de critiquer la France, nous vendent leurs bananes et ananas à des prix qui leurs permettent de vivre. Maintenant, ils sont mis en concurrence libre et non faussée avec les esclaves du Guatémala ou de l’Equateur que les compagnies américaines comme Monsanto (bananes Del Monte) payent 2 euros par jour. Grâce à l’OMC et à nos politiques, l’avenir du martiniquais est d’être payé 2 euros par jour. Ceci est une réalité et non pas une conjecture.

      On essaye temporairement de calmer les passions par des subventions qui seront payées par la dette, encore et toujours. Sans travail et déclassés socialement, les jeunes martiniquais iront plus que jamais tenter leur chance en Métropole et gonfler les squats parisiens, ne faisant qu’augmenter le mal vivre d’une ville qui fut sous Louis XIV appelée la ville des lumières. L’OMC c’est l’augmentation du communautarisme et des bidons-villes en France. Bravo, Merci à nos députés euopéens, merci à Bayrou à Chirac à Hollande.


      • (---.---.59.170) 7 août 2006 18:30

        Il va bien falloir que ces agriculteurs s’adapte aux exigences des clients, que cela leur plaisent ou non.


        • Michel Monette 7 août 2006 19:52

          L’adage a beau dire que le client a toujours raison, nous sommes tout à la fois « client » et « être de raison ». Comment concilier ces deux entités en apparance contradictoires : par une consommation responsable. Du côté de la production, le mot paysan cesse d’être péjoratif lorsque ceux-ci, justement, contribuent à l’avènement de cette consommation responsable. Non seulement c’est meilleur pour l’environnement et notre santé, mais en prime cela a bien meilleur goût. Il y a des exemples, un peu partout, de pratiques paysannes tournées vers les marchés sans renier l’appartenance profonde au terroir, mais avec une volonté de répondre aux besoins de clients qui ont choisi de mieux consommer. Nous aurons l’occasion d’y revenir.


        • Plus robert que Redford (---.---.145.170) 7 août 2006 22:20

          C’est bien malheureux pour vos belles idées sur la qualité, cher IPXXX.X6.132.2, mais l’exigence N° 1 de la majorité des « clients », reste encore de bouffer PAS CHER, même si c’est pour se payer des Rollers, Ipodes ou autres gadgets du même tonneau.


        • Plus robert que Redford (---.---.145.170) 7 août 2006 22:28

          Pardon, ce n’est pas IPXXX.X6.132.2 mais IPXXX.X7.59.170 qui fait l’objet de mon humeur !


        • Plus robert que Redford (---.---.145.170) 7 août 2006 22:15

          Le discours de Mme Shiva, militant à l’extrême, me rappelle celui des gauchistes tendance Mao de 1968 et après. On y assène des vérités qui s’imposent comme « naturelles », et on en appelle aussi à la figure mythique absolue (ce n’est pas Mao, mais Ghandi). Il en ressort un certain malaise car on sent se profiler la dérive sectaire. C’est nous les Pauvres, les Bons, tous les autres sont les méchants !

          Malheureusement, les choses sont beaucoup plus complexes, et l’appel à la « désobéissance civile » comme fondement de l’action contre les lois iniques, pour révolutionnaire qu’elle soit, ne résoud pas tellement de problèmes. L’action des faucheux d’OGM qui cherche avant tout la médiatisation, n’est qu’une forme différente de totalitarisme, et s’il n’y a pas « crime » au sens judiciaire du terme, il y a quand même destruction d’un organisme vivant, pas nécessairement nuisible, destruction du travail d’autrui et violation de propriété, toutes choses qui, si elles intervenaient à l’encontre de nos gais faucheurs, affectant leurs biens et leur propriété, serait probablement peu appréciées par eux. Je reste profondément légaliste et considère qu’un différend de cette nature doit être traité dans le cadre de la loi, même si, je partage totalement l’approche de Mme Shiva qui place la menace des OGM avant tout comme le danger de la main-mise des grands groupes agroindustriels sur la production agricole, bien loin devant d’hypothétiques risques écologiques ou de toxicité !


          • Globalia (---.---.212.160) 8 août 2006 08:56

            « destruction du travail d’autrui et violation de propriété, toutes choses qui, si elles intervenaient à l’encontre de nos gais faucheurs, affectant leurs biens et leur propriété, serait probablement peu appréciées par eux »

            C’est le cas, mais de manière moins visible.


          • (---.---.159.2) 8 août 2006 12:59

            et si mon champ de maïs Bio est pollué par du pollen de maïs transgénique, c’est pas de la « destruction du travail d’autrui et violation de propriété » ? Et si après on me colle un procès parce que j’ai soi disant utilisé le gène breveté par monsanto sans payer les droits, ça s’appelle comment ? De la vente forcée ?


          • Jean Pierre An Alré (---.---.124.107) 14 août 2006 13:27

            « mon champ de maïs bio » ?

            Ce n’est pas très contradictoire ? Le maïs en France ça sert surtout à nourrir les bêtes et particulièrement à jaunir la chair des poulets. C’est une façon très stupide de nourrir les animaux et absolument pas dans l’esprit « bio ».

            Si on veut nourrir les animaux en bio, il faut leur donner une alimentation de qualité et variée (et adaptée à leur dentition et à leur système digestif).

            Jean-Pierre


          • Paldeolien (---.---.113.141) 8 août 2006 00:20

            bah ça alors !

            Moi qui préfères manger les salades de jardins qui valent rien, et tout les fruits et légumes que l’on ne trouve pas dans les étalages des supermarchés ! Faire attention à sa santé c’est avant tout faire attention à ce qu’on mange ! Si un jour je vois une amanite phaloîde à l’étalage, croyez bien que je saurais la remarquer. Ainsi tout ceux qui ne font pas attention à ce qu’ils mangent sont de sombres nigaux, il serait très aisé de les empoisonner, l’amanite phaloîde a paraît-il un délicieux goût de noisette et de très bel aspect. L’odeur est attirante aussi. Cet accompagnement si délicat doit donner un formidable gôut a quelques plats en sauce. smiley Ce serait vraiment dommage de périr suite à une necrose des reins ! Tout ça parce-qu’on préfère manger pas cher et acheter des rollers ! hum, voilà qui s’appele prendre les gens pour des imbéciles. Il faut garder à l’esprit qu’il y a deux sortes d’individus, le con-somateur, et le consomateur. Derrière les paroles de certains, je ne peux y voir qu’une attitude de con-sommateur. Pour tout il existe un juste milieu, manger bien et avoir des rollers n’est pas incompatible ! Il est évident que ces pauvres paysans ne vivent que de subventions. La mondialisation écrase tout ce qui ne peut pas s’aligner, c’est tellement facile ! Quand on a de l’argent, on peut produire bcp a pas cher, quand on en a pas, on peut pas investir. Donc, c’est impossible de s’aligner. Il ne faut pas avoir fait l’ENA pour comprendre ça ! Moralité, mangez de la merde, et vous mangerez encore plus de la merde produite encore plus vite et encore moins cher cher smiley On en a toujours que pour son argent ! A propos de MONSANTO, il me semble que ce sont les premiers à avoir introduit des semences ...stériles Afin de vendre plus de ...graines Et faire plus de ... profits Faudrait un jour sortir la tête du trou de balle les gens qui achètent pour ...pas cher.


            • Michel Monette 8 août 2006 01:52

              « Il est évident que ces pauvres paysans ne vivent que de subventions. »

              Je comprends l’ironie de vos propos, mais je vous suggère tout de même d’écouter ceci (ou d’en lire la transcription, disponible sur la même page que le fichier audio) :

              Who Owns the World ?

              Après, vous saurez à qui vont les subventions.

              MM


            • Zamenhof (---.---.62.4) 14 août 2006 22:46

              Or c’est le type d’agriculture qu’on va imposer aux paysans polonais à partir de leur entrée dans le Marché Commun.

              Et bien sûr disparition des 3/4 d’entre eux, qui viendront rejoindre les millions de chômeurs, de travailleurs de usines délocalisés où il EST INTERDIT de se syndicalsier à « Solidanocz » (maintenant que le communisme est tombé on n’en a plus besoin alors à la poubelle ! si ça ne fait pas comprendre à quels gens on a affaire !) ou de travailleurs sous contrat Bolkestein en Europe occidentale .....


            • Zamenhof (---.---.62.4) 14 août 2006 22:38

              « La paysannerie française est tombée de 3,5 millions à 500.000 » Et à part ça il paraît que le néo-libéralisme c’est pour la libre-entreprise ! ...... La libre entreprise de qui ?.....

              Celui qui donnera la réponse aura tout de suite tout compris.


              • Yann (---.---.181.9) 14 août 2006 22:51

                Seul Jean Marie Le Pen propose des solutions au drame viticole et agricole Français par une ingénieuse politique de taxe à point et d’aide à la ruralité qui fonde notre civilisation, nous avons la possibilité de nourrir le monde entier et nous laisserions crever notre agriculture au seul bénéfice de voleurs en cols blancs ? Votez Français !!!!

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