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Les routes de la soie, réponse de la Chine au traité transpacifique des Etats-Unis

La tournée asiatique printanière de Barack Obama a mis en relief la volonté des Etats-Unis d’isoler économiquement la Chine via la signature du traité transpacifique, et d’utiliser dans cette optique les conflits territoriaux existant entre la Chine et son voisinage. Cette stratégie américaine, miroir de celle appliquée à la Russie, ne date pas d’hier, de même que la réponse apportée par la Chine pour éviter d’être endiguée.

Les conflits territoriaux opposant la Chine au Japon ou aux Philippines constituent un sérieux handicap pour mettre en œuvre des traités commerciaux. Les Etats-Unis l’ont bien compris et mettent à profit cette situation. Cependant, la Chine fait preuve d’initiatives pour développer les échanges avec ses voisins. Le Partenariat Economique Régional Compréhensif (Regional Comprehensive Economic Partnership, RCEP), un accord de libre-échange incluant les pays de l’ASEAN plus six autres pays, est perçu par de nombreux observateurs comme une tentative de la Chine pour faire contrepoids au traité transpacifique.

Le rail déjà opérationnel, mais pas la route

Parallèlement, au cours de sa visite d’octobre dernier en Malaisie et en Indonésie, le président chinois Xi Jinping a émis l’idée d’une renaissance de la route maritime de la soie. Mais abordons d’abord le côté terrestre dont il est question depuis plusieurs années et qui s’est concrétisé pour le rail. Lors de sa dernière venue en Europe en mars, Xi Jinping a visité le terminus d’une voie-ferrée reliant Duisburg en Allemagne à Chongqing en Chine en 16 jours quand le transport maritime classique prend à peu près un mois.

Cette ligne de chemin de fer passe par la Russie, la Biélorussie et la Pologne. Même si les échanges en train ne représentent que 5% des flux de marchandises entre l’Allemagne et la Chine, ils sont particulièrement intéressants pour les pièces détachées de voitures et les composants informatiques. Non seulement le train est deux fois plus rapide que le bateau, mais son coût est deux fois moindre. Les derniers évènements en Ukraine risquent cependant de mettre un peu de plomb de l’aile de ce nouveau lien économique.

Au niveau terrestre toujours, les projets routiers reliant la Chine à l’Europe ne manquent pas de prétendants. En effet, Le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et le Pakistan peuvent potentiellement accueillir ces nouvelles routes. Ce mois-ci, au cours d’une conférence en Chine, le premier ministre pakistanais Nawaz Sharif a ainsi évoqué la possibilité que son pays figure sur le tracé d’une prochaine route de la soie. Le Pakistan est idéalement situé géographiquement puisqu’il fournit aussi bien un accès vers l’Europe que le Moyen-Orient. Mais il lui faut fournir des preuves d’une plus grande stabilité politique.

Question remous internes, la Chine n’est pas en reste : l’attentat du 30 avril perpétré par les Ouïghours s’est produit dans la région du Xinjiang, concernée en premier lieu par la future route de la soie terrestre. Les difficultés à franchir pour aboutir à une route de la soie terrestre ne sont pas que d’ordre politique : les barrières douanières et les arrêts exigés à chaque frontière (rallongeant le trajet) constituent aussi des freins à ces projets pharaoniques.

La voie maritime

Passer par la mer apparaît moins innovant ou moins conforme à l’esprit de la route de la soie antique, mais plus réaliste dans une optique court-terme visant à éviter l’endiguement américain. Historiquement, cette voie maritime atteignit son apogée au XVème siècle quand l’explorateur Zheng He menait une armada de plus de 300 bateaux et 27 000 marins à travers l’Asie jusqu’au golfe persique.

De nos jours, ces corridors maritimes jouent un rôle vital pour approvisionner une Chine qui a fortement délocalisé à son tour la production de matières premières ou de composants en Asie, mais aussi en Afrique dont le potentiel de croissance ne laisse pas indifférent l’Empire du Milieu. La Chine accuse un déficit commercial conséquent vis-à-vis des pays asiatiques et africains, mais dégage un large surplus dans ses échanges avec les pays occidentaux.

Le fort développement des échanges entre pays asiatiques serait un atout pour la monnaie chinoise qui se verrait acquérir plus rapidement un statut mondial. Le parallèle avec la route de la soie est ici tout à fait pertinent puisque les pièces de cuivre chinoises servaient abondamment quelques siècles auparavant comme moyen d’échange le long de cette voie maritime.

Un autre élément à prendre compte dans cette nouvelle proposition d’alliance commerciale, est la diaspora chinoise. 32 millions sur les 50 millions de chinois vivant à l’étranger habitent en Asie du sud-est. Ils représentent une part importante de la richesse des pays de l’ASEAN et la Chine espère bien qu’ils seront moteurs dans l’établissement de cette route de la soie, permettant de contrebalancer les craintes liées aux conflits territoriaux.

Pour que le projet aboutisse, la Chine va devoir faire preuve de persuasion, notamment dans le fait qu’elle agit dans un but pacifique, ce dont tout le monde n’est pas convaincu à l’heure actuelle. D'autant que Pékin vient d'annoncer la construction d'une plateforme pétrolière dans une zone qui appartiendrait aux eaux territoriales vietnamiennes. 

En Inde, un ancien secrétaire aux affaires étrangères dénonçait dernièrement cette route de la soie qui ne sert selon lui que les intérêts chinois ; il préférerait se rallier aux Etats-Unis. En Asie comme en Europe, nous en sommes au temps du choix. Mais est-il nécessaire de choisir un camp ?

Joaquim Defghi

Blog : actudupouvoir.fr

Twitter : https://twitter.com/JDefghi

 

Sources complémentaires des liens dans l’article :


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7 réactions à cet article    


  • ObjectifObjectif 13 mai 2014 12:40

    Bravo, article très intéressant, et vous mettez bien en évidence l’intérêt de certains à déstabiliser les pays sur le chemin.

    Finalement, la question de base, je me la posais lors de mes premiers cours de géographie : pourquoi nous enseigner qu’il y a 2 continents, l’europe et l’asie ?

    Je vois bien sur la carte qu’il y a un seul continent, selon la définition même qui m’est enseignée : une terre d’un seul tenant, sans séparation par une mer.

    M’aurait-on donné un enseignement politiquement orienté ?


    • Lisa SION 2 Lisa SION 2 13 mai 2014 12:53

      En l’Afrique, Le problème est la lourdeur du climat, vous y tenez sur la plage sous un palmier, mais seuls les noirs indigènes peuvent y travailler, ce qui fait qu’aucune colonie de peuplement n’a pu exister depuis l’antiquité. Donc, l’Afrique , 6OX+ grande que la France, est capable de constituer avec sa collaboration technique l’élaboration de son réseau routier, mais juste établi pour exporter sa matière première vers un réseau portuaire.

      L’autre problème est que, sur la route de la soie qui relie la Chine au continent africain, Israël, ce verrou ethnique et ce péage elfique vous attend au tournant...pour réussir une route terrestre entre le monde et le continent africain, il faut d’abord faire sauter le verrou israélien et restaurer cet espace palestinien et la paix. Le président libyen est l’exemple de ce qu’il advient de celui qui organise la croissance et la fertilité en territoire africain...


      • Lisa SION 2 Lisa SION 2 13 mai 2014 13:37

        Autre problème de ce continent surchauffé, c’est que celui qui importe la radio et les machettes, peut y déclencher des génocides...L’Afrique est la plus formidable mine de matières premières, mais l’exploitation pour les intérêts externes est suicidaire pour les deux, les peuples africains et externes. La seule perspective utile serait la protection de ce continent comme réserve naturelle mondiale.


      • coinfinger 13 mai 2014 20:09

        J’aimerai savoir comment vous calculez pour dire que le transport ferroviaire est deux fois moins cher que le maritime ?
        Et puis pour juger du commerce à long terme il me semble utile de comparer les profits d’une zone à l’autre et réciproquement , plutot que des volumes et surtout comment se repartissent les profits .


        • Lisa SION 2 Lisa SION 2 13 mai 2014 20:17

          coin,
          l’entretien courant d’une motrice électrique coûte cent fois moins qu’un moteur diésel


        • coinfinger 14 mai 2014 00:56

          - cout de l’energie
          -des infrastructures
          -entretien
          -cout de la sécurité : une route commerciale doit etre protégée militairement .


        • coinfinger 14 mai 2014 01:25

          Historiquement la route de la soie est d’abord la route terrestre qui passe par le Khazakstan ,partie vers l’Inde , partie vers l’Europe et le Moyen orient puis se partage ou erre selon les contextes politiques vers Constantinople ou
          méme la Baltique , le Levant , l’Arabie ...
          Une partie du commerce de la Chine se faisait directement vers l’Inde par l’Hymalaya , son bord Est .

          La route maritime ne sera ouverte par les Chinois (Songs du Sud) que lors des invasions Mongoles et encore était-elle sous le controle des Indous du Sud puis sera controlée par l’Islam .
          La domination mondiale de l’Occident est due dans un premier temps au controle de la route terrestre grace aux Mongols qui ont parallélement détruits toutes les autres civilisations . Aprés la défaite des Mongols et l’ouverture de la route du Sud . L’Occident a repris le dessus en prenant le controle de cette route , éxpeditions Portugaises .
          Et les Russes de leur coté se sont substitués aux Tatars pour la route terrestre tombée en désuétude .
          Le leg de l’Histoire est énorme et pas favorable aux Chinois , ni pour l’une ni pour l’autre route . Cette route de la Soie partait du Setchouan et passait par le Thibet deux régions sécessionnistes en Chine . L’Islam est toujours fortement présent sur les deux routes .
          La Russie sur l’une , l’Inde et les Etats-Unis sur l’autre .

          Forte partie ! La Chine se réveille mais elle a dormi longtemps .

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