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Les Talibans s’en prennent aux radios afghanes

Les conditions de travail des journalistes afghans et étrangers se détériorent en Afghanistan. Enlèvements et assassinats… Les Taliban innovent encore. Ils s’en prennent désormais aux stations de radios afghanes et défendent à quiconque de se brancher sur les ondes. Témoignage de Mirwais, étudiant en journalisme à la faculté de Kaboul.

Il y a quelques jours, certains groupes Talibans ont décidé de s’en prendre aux stations de radio. Des lettres de menaces ont même été retrouvées dans l’Est du pays, enjoignant à la population de cesser d’écouter des informations qui ne s’accordent pas avec leur vision du monde », me rapporte dans son dernier mail, Mirwais, étudiant journaliste à la faculté de Kaboul (son nom a été modifié pour des raisons de sécurité). A travers ces lignes, le souvenir du jeune homme optimiste et jovial qui fut mon traducteur, conseiller culturel et véritable ami lors de mon expérience afghane, s’estompe.

Mirwais tire la sonnette d’alarme. Extrait : « Les gens écoutent la radio quotidiennement. C’est le média le plus populaire chez nous. Dans les provinces, nous savons que ça comble un vide immense. Pour certains, il s’agit du seul changement tangible dans leur vie depuis le départ des Taliban. Si les insurgés arrivent à leur supprimer cela, je ne vois pas ce qui pourrait inciter quiconque à s’opposer à leur retour. »

Les conditions de travail des journalistes afghans et étrangers se détériorent en Afghanistan. Dernier fait marquant : l’enlèvement d’un journaliste japonais début avril dans la province de Kunduz faisant suite à celui des deux journalistes de France 3 en Kapisa, il y a plus de trois mois. Leur sort, aux mains des insurgés, demeure dans tous les esprits. Le quotidien des journalistes afghans est tout aussi préoccupant. Si, ces deux dernières années, les Taliban se sont lancés dans une ambitieuse campagne de communication pour donner l’illusion d’un contenu idéologique cohérent à leur action, le rapport de Reporters sans frontières de mars 2009 (http://www.rsf.org/spip.php?page=article&_idarticle=30587) est sans ambiguïtés : pour les insurgés, les journalistes sont de simples relais de propagande, et il est fréquent qu’ils les agressent, lorsque les sons de cloches diffèrent. A cela s’ajoutent les multiples menaces des groupes mafieux, trafiquants, etc. Pour eux, tout étranger constitue un otage potentiel à la valeur marchande non négligeable. Et quiconque cherche à les mettre en cause directement peut faire l’objet d’une élimination physique. Aussi, « les menaces téléphoniques sont devenues le pain quotidien des correspondants locaux  », me dit Mirwais.

La liberté d’information est un combat permanent en Afghanistan. Début 2009, et après une violente campagne, les conservateurs ont obtenu la fermeture du quotidien Payman, relativement prospère. Ils ont eu un appui au plus haut niveau. Des imprimeries indépendantes ont aussi connu le même sort.

A noter cependant une fin plus heureuse (ce journaliste a finalement été libéré en septembre 2009), mais non sans efforts. Celle de l’étudiant en journalisme Perviz Kambakhsh. Son cas a connu un large écho auprès de l’opinion publique occidentale. Pour rappel, il a été condamné en 2007 à la peine de mort, pour avoir diffusé un texte sur la place des femmes dans l’Islam. Mirwais estime qu’une mobilisation en sa faveur a vraisemblablement influé sur la sentence originale : sa peine s’est transformée en une condamnation à vingt ans de prison. « Grâce à Dieu, il a été libéré récemment. » Malgré cette lueur d’espoir, ses inquiétudes persistent : « En Afghanistan, la tendance générale de toutes les partis est de chercher à nous empêcher de faire notre travail. Nous discutons beaucoup avec mes amis étudiants de notre avenir dans la profession. Mais nous avons du mal à le dessiner. »
 
par VirginieL lundi 19 avril 2010 - 23 réactions
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