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Les trois vices des présidentielles américaines

Aux États-Unis, la course à la magistrature suprême comporte au moins trois travers portant atteinte aux exigences démocratiques les plus élémentaires.

Si les États-Unis peuvent se targuer d’organiser les élections les plus suivies au monde, le mode de désignation de leur président souffre en revanche de plusieurs vices plutôt fâcheux. Le premier d’entre eux permet au candidat minoritaire de remporter le scrutin. Ce fut notamment le cas en 2000, quand George W. Bush a coiffé Al Gore au poteau. Cela résulte directement de l’application du « winner-take-all » : même en cas de résultat serré, le vainqueur d’un État glane tous les suffrages exprimés, empochant ainsi chaque grand électeur y étant en jeu. Ces derniers, représentant ensemble tout le territoire américain, forment le collège électoral, à qui revient la charge de désigner tous les quatre ans le président qui prend les commandes du pays. Une seule voix peut donc faire basculer tout un État dans un camp ou dans l’autre – démocrate ou républicain. La Maison Blanche peut dès lors hériter d’un candidat laminé presque partout, mais légèrement majoritaire dans quelques contrées très peuplées – les côtes, par exemple. Le second travers du système américain relève du poids accordé à chaque électeur. Si la logique voudrait qu’une démocratie attribue le même crédit à tout citoyen, les États-Unis se posent, eux, en contre-exemple absolu. Chaque État envoie au collège un nombre de grands électeurs équivalant au total de ses sénateurs – deux – et de ses représentants au Congrès – proportionnels à la quantité d’habitants. Le processus favorise par conséquent les territoires les moins peuplés, souvent ruraux, blancs et proches des républicains. Dans les faits, un grand électeur représente en moyenne 500 000 Américains. Le collège en comprend actuellement 538. Mais il existe une forte disparité entre les petits États, comme le Wyoming, où il équivaut parfois à moins de 200 000 habitants, et les grands États, comme la Californie, où il peut avoisiner les 650 000 voix. Les distorsions se révèlent donc au mieux gênantes – et au pire antidémocratiques. Enfin, la dernière faiblesse du système états-unien réside dans l’influence démesurée des swing states, ces États indécis qui basculent régulièrement d’un parti à l’autre. Ces territoires particulièrement disputés polarisent toutes les attentions, tirant de fait la couverture politico-médiatique à eux durant toute la campagne présidentielle. Les États acquis se trouvent par contre orphelins de tout enjeu, et donc grandement, voire gravement, déconsidérés.

 

Citation. « Prenez 15 des 50 États les plus petits : ils représentent 56 voix dans le collège électoral, leur population totale est d'environ 16 millions d'habitants. L'État de Californie compte quant à lui une voix de moins que ces États, c'est-à-dire 55 voix, mais la population représente plus du double. On constate parfaitement qu'un biais très fort favorise les petits États. » – Michel Balinski, directeur de recherche au laboratoire d'économétrie de l'École polytechnique et au CNRS, dans Le Nouvel Observateur, en 2004.


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3 réactions à cet article    


  • Neymare Neymare 19 février 2013 15:36

    Les USA sont un ersatz de démocratie, la majorité d’entre nous est au courant. Le pire n’étant pas leurs élections mais la façon dont la vie politique est corrompue par les lobbys, et par la propagande venant de tout bord


    • epicure 19 février 2013 23:58

      Sans compter le poids de l’argent dans la campagne, où ce sont les plus riches qui font la pluie et le beau temps au niveau finacement.


      • Mmarvinbear Mmarvinbear 20 février 2013 10:38

        Le système américain est certes critiquable pour plusieurs raisons, mais il ne faut pas oublier de tenir compte de plusieurs éléments.


        Tout comme le Président est ici de la République, Obama est lui Président des Etats, non du peuple américain. Même si les Etats procèdent du peuple.

        Le recours au suffrage indirect a été établi au XVIIIè siècle afin de lutter contre le populisme supposé du peuple, évitant qu’un candidat trop extrême ne soit choisi. Ce système avait aussi été préféré pour souder entre eux les Etats d’une Union alors toute récente. Enfin, les fondateurs n’imaginaient pas qu’avec le temps, il se ferait jour de telles disparités de populations qui feraient qu’un Etat puisse avoir 3 voix au Collège Electoral alors que son voisin pourrait en aligner 50.

        Soulignons aussi le fait que de plus en plus d’ Etat renoncent au « winner takes it all », recourant à plus de proportionnalité dans la répartition des Grands Electeurs.

        Quand à la plus grande influence des Petits Etats en terme de proportionnalité, elle est inutile. Les républicains peuvent s’escrimer à rafler effort une ribambelle d’ Etats ruraux à 3 voix, cela ne sert à rien car ce sont les Etats peuplés et industrialisés qui font le Président au final.

        De plus, on ne peut dire qu’ils sont sur-presentés, on devrait dire que les Grands Etats sont sous-représentés.


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