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Les Tunisiens ont déjà gagné

Quel que soit le résultat des élections pour l'Assemblée constituante tunisienne, quel que soit le déroulement travaux de cette future Assemblée qui aura un an pour élaborer le texte fondateur de la nouvelle république, quel que soit le score obtenu par le parti Ennahdha, les Tunisiens ont déjà gagné. C'est le constat dressé par de nombreux spécialistes, dont Lotfi Bel Hadj hier dans le Journal du Dimanche.

"La Tunisie est dans cette période intense mais éphémère où elle peut décréter le futur qu’elle se choisit" affirme l'entrepreneur tunisien, et c'est déjà une victoire sur les années Ben Ali, synonymes de dictature et de muselage de l'opinion. "La Tunisie va décider librement d’un destin nouveau qu’elle a commencé à imaginer et à rêver aux premières aubes du soulèvement de janvier dernier". Cette liberté conquise, nul ne peut la retirer à présent.

Les électeurs se sont massivement rendus aux urnes lors de ce premier scrutin réellement pluraliste, démocratique et transparent. Le taux de participation a dépassé 90% dans la plupart des bureaux de vote.

Bien sûr, les médias, notamment les médias français, se sont surtout focalisés sur la percée d'Ennahdha, le parti islamique. Les rumeurs lui donnent 60 sièges sur 217 au sein de l'Assemblée constituante, soit moins de 30%. Tous ceux qui annoncent un basculement de la Tunisie vers l'islamisme se trompent. Les différents partis politiques vont apprendre à vivre et travailler ensemble. 

"Cette union survivra t-elle à la révolution ? Oui, parce que nous n’avons pas le choix. Depuis des mois, la bataille fait rage entre les laïcs et les islamistes, entre les opposants historiques et la jeunesse cyber-politisée. C’est normal : nous faisons l’apprentissage du désaccord, un mot auparavant interdit et dont nous avions une peur irraisonnée. L’échange, même vif, est nécessaire, il est salvateur, il est fécond." explique Lotfi Bel Hadj.

On se dirige donc vers une recomposition de l'échiquier politique tunisien. Ennahdha, en position de force pour occuper une place centrale dans la vie politique tunisienne, n’obtiendra cependant pas de majorité absolue nécessaire afin de dicter sa loi. Ce parti, qui bénéficie d’une assise populaire certaine, pourrait progressivement devenir l’équivalent tunisien de l’AKP turc, à savoir un parti très conservateur mais ni révolutionnaire, ni islamiste, au sein « libyen » du terme, pourrait-on dire au vu de l’évolution de la situation à Tripoli. Les forces libérales, progressistes et de gauche, comme Ettakatol, qui a fait une magnifique campagne, le Congrès pour la République (CPR), ou encore le Parti Démocratique Progressiste (PDP), par exemple, seront là pour servir de contrepoids s’ils arrivent à mettre fin à leurs querelles afin de constituer la plus large coalition possible.

La stratégie anti-Ennahda de certains partis a échoué. Le PDP, le Pôle Démocratique Moderniste (PDM) et l’Union Patriotique Libre (UPL) ont tenté en vain d’agiter l’épouvantail islamiste, pendant qu’Ennahdha multipliait les gages de bonne conduite, montrant patte blanche et multipliant les engagements en faveur de la consolidation du modèle socio-économique tunisien (statut de la femme, tourisme, libéralisme…). Ces mouvements devraient comprendre que la diabolisation ne marche pas et que les partis de gauche peuvent remporter davantage de voix que prévus en se focalisant sur leur programme, l’exemple d’Ettakatol le prouve.

Comme le dit Lotfi Bel Hadj, « il faut oublier ce langage qui divise. Les hommes et les femmes qui auront la charge de dessiner l’organisation politique du pays seront tous gagnants, parce qu’ils seront tous gardiens et gardiennes de la valeur cardinale pour laquelle les Tunisiens se sont révolté : la liberté. ». La Tunisie vient de réaliser un magnifique tour de force qui mérite d’être salué. En quelques mois, ce pays a mis un terme au régime de Ben Ali qui régentait toute la société. Ensuite, les tunisiens ont mis en place un processus institutionnel de transition qui devrait faire école dans le monde arabe. Dans le même temps, le pays a aussi encaissé un choc économique violent, avec notamment une baisse supérieure à 50% des recettes touristiques ainsi qu’un décrochage des exportations à destination de l’Europe, tout en accueillant des dizaines de milliers de réfugiés libyens quand, en Europe, certains dirigeants démagogues protestaient contre l’arrivée de quelques centaines de tunisiens dans l’île de Lampedusa.

Au lieu d’entraîner le chaos comme en Egypte, toutes ces épreuves ont fortement unis les tunisiens. Le pays offre maintenant le premier exemple concluant et significatif d’une transition démocrate dans le monde arabe et c’est déjà une victoire pour un peuple qui a eu le courage de mettre fin de lui-même et sans intervention de l’OTAN à un régime dictatorial.


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10 réactions à cet article    


  • Taverne Taverne 25 octobre 2011 09:29

    Attention ! Vous allez vous en prendre plein la figure ; sur ce site on n’aime pas les Tunisiens. Ils sont considérés avec mépris comme un peuple qui veut établir une dictature islamiste. Aussi ne vous étonnez pas de ramasser un paquet de votes négatifs. Les Français arrogants qui savent tout mieux que les autres, qui sont des observateurs et des politologues hors pair vous donneront des leçons et vous diront ce qu’il faut faire. Sans discuter..

    Bonne chance et bon courage !


    • bnosec bnosec 25 octobre 2011 12:47

      Attendons les résultats définitifs.
      Nous en tirerons les conclusions qui s’imposent.

      Mais ne serait-ce que 30% pour le parti islamiste, ça fait déjà froid dans le dos.
      Je serais d’ailleurs curieux de savoir les votes des francos-tunisiens. D’après moi ça aussi fera froid dans le dos...


    • Ariane Walter Ariane Walter 25 octobre 2011 10:50

      On souhaite tellement que vous ayez raison. mais un peuple qui ouevre, seul, pour lui, par les temps qui courent cela n’existe guère.
      mais je ne veux pas être pessimiste.
      il est vrai qu’il y a en Tunisie, tout à coup ,une grande passion de politique.
      mais est-ce une passion de politique semblable à celle qui a fait voter la france aux primaires socialistes. ?
      Si vous voyez ce que je veux dire.
      Chut ! non !!!je ne veux pas être pessimiste !


      • eric 25 octobre 2011 11:22

        A l’auteur : Entièrement d’accord avec vous, tout peut arriver, le meilleur, le pire et même rien du tout, mais ces élections et leurs résultats sont en soit une victoire pour tous les tunisiens. Bonne chance à eux et espérons que la France saura être à la hauteur de toutes nos proximités,quel que soit le choix qu’ils fassent.


        • docdory docdory 25 octobre 2011 12:07

          @ Peyiba 

          J’aimerais avoir votre optimisme, mais il faut se rendre à la raison : le score entre 30 et 40 % des électeurs qu’obtient ce parti islamique est l’équivalent du score qu’avait obtenu le NSDAP au moment ou il a pu s’emparer du pouvoir en Allemagne.
          Il suffit au parti islamiste de se trouver un ou deux partis collaborateurs opportunistes pour faire voter une « constitution » islamiste ( ce qui est une contradiction dans les termes ), et s’emparer ensuite des pleins pouvoirs à l’instar de ce qu’avait fait en Iran cette immonde ordure qu’était Khomeiny .
          Il suffira que ce parti décide de constituer des mouvements type « jeunesses islamiques » sur le modèle des jeunesses hitlériennes pour terroriser les filles qui se baigneraient en bikini ou qui ne mettraient pas de voile, et tous les réfractaires qui boivent de l’alcool ou qui mangent dans la journée pendant le ramadan.
          Dans un ou deux ans au maximum, c’en sera définitivement fini de la liberté que les femmes tunisiennes avaient pu acquérir grâce à Bourguiba.
          Le parti islamiste n’aura de cesse de liquider l’oeuvre de Bourguiba, de la même façon que Erdogan éradique méticuleusement de Turquie toute l’oeuvre d’Ataturk.
          Plus généralement, on ne peut qu’être consterné en voyant les résultats de ce « printemps » arabe :
          - Une nouvelle République islamique en Lybie, pays dans lequel la charia vient d’être proclamée,
          - Une très probable République islamique en Tunisie dans un ou deux ans,
          - La victoire quasi-certaine des frères musulmans en Egypte, pays dans lequel les prémices de l’inéluctable génocide des 10 % de coptes, qui se généralisera dès l’accession au pouvoir des frères musulmans, ont déjà commencé.
          - En cas de victoire des « révolutionnaires » en Syrie, la liquidation physique des 10 % de la population que constitue la minorité alaouite ainsi que celle des chrétiens de Syrie.
          C’est un long hiver arabe qui s’apprête à succéder au « printemps » . Cet hiver sera interminable, sombre et froid comme la mort. 
          Il durera plusieurs générations, comme avaient duré naguère celui du bloc soviétique, mais sera sans doute encore plus ténébreux ....

          • adeline 25 octobre 2011 12:15

            Merci à l’auteur, doc, ils votent ce qu’ils ont envie de voter, imaginez vous qu’en Italie Berlus est encore très populaire, et ici Sarkozy a toujours 22% d’affecionados, alors que pouvons nous proposer comme moral ?


          • Peyiba Peyiba 25 octobre 2011 12:47

            @docdory je suis content de ne pas partager votre pessimisme :) ! Ennahdha est, certes, un parti islamique conservateur, mais ils ne souhaitent pas instaurer une constitution régie par la charia (ni l’AKP en Turquie d’ailleurs). Il faut rappeler le message d’Erdogan devant les islamistes égyptiens : « n’ayez pas peur du sécularisme ! » Certes, le CNT libyen semble bien plus préoccupant car profondément divisé entre radicaux et politiques, mais Ennahdha n’a rien à voir avec eux. Bien sûr, je ne dis pas qu’ils sont libéraux au niveau des moeurs, mais rien d’indique qu’ils veuillent instaurer une république islamique.


            Il faut également relativiser un peu leur succès : vu que le taux de participation réel, dans tout le pays s’élève à un peu moins de 60%, Ennahdha représente environ un quart des tunisiens, pas plus. La constitution devra être soumise à référendum. 

          • docdory docdory 25 octobre 2011 13:02

            @ Peylba

            On en reparlera dans un an ou deux. 
            J’aimerais avoir tort, mais les exactions récentes contre une télévision tunisienne qui avait passé le film « Persépolis » de Marjane Satrapi à l’antenne, et les intimidations dont a été victime la salle de cinéma qui voulait passer cet excellent film d’une tunisienne athée pro laïcité ( « Laïcité inch ’ allah » ) laissent mal augurer des conséquences vraisemblablement funestes et liberticides de ce très alarmant score des islamistes ....

          • docdory docdory 25 octobre 2011 13:38

            @ Peylba

            Non, mais sérieusement, vous croyez un seul instant aux discours que peut faire Erdogan, l’un des plus sournois islamofascistes qui infestent cette planète ? Je vous trouve bien naïf ...

          • docdory docdory 25 octobre 2011 15:14

            @ Adeline

            Qu’est-ce qu’on peut proposer comme morale ? Un truc très bien, universel et indépassable, qu’on a inventé en France en1789, qu’on ferait bien d’appliquer avec plus de précision chez nous, et qui s’appelle la déclaration des droits de l’homme et du citoyen
            Cette déclaration explique clairement que le peuple lui même ne peut pas voter contre les droits fondamentaux exposés dans son texte. Autrement dit, le peuple ne peut pas demander, même démocratiquement, à être asservi .
            Ceci permet en principe d’éviter, autant que faire se peut, le paradoxe de la démocratie : quelle liberté doit-on laisser aux ennemis de la liberté ? Si ceux-ci prennent le pouvoir et suppriment les libertés, le pays dans lequel un tel malheur survient n’a, ipso facto, plus de constitution.
            Lire en particulier l’article XVI, qui explique en quelques mots pourquoi une « constitution » islamiste équivaut en réalité à l’absence de constitution : en effet, la charia, fondement d’une constitution islamique, ne respecte aucun des droits de l’homme exposés dans la DDH de 1789.

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