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Libye : dans Benghazi libérée de Big Brother

La deuxième ville du pays fête sa victoire sur la dictature. Les photos qui illustrent ce billet viennent directement d’un habitant et ont transité par une connaissance. Elles datent des premiers moments de la libération. Aujourd’hui des journalistes font des reportages en ville, tant mieux, il faut parler des libyens, et de ce qu’ils ont enduré.

Le prix a été très lourd. Des centaines de morts, peut-être davantage. Des corps déchiquetés par des missiles antiaériens, selon ce que la presse en a dit. Des tirs tendus à hauteur de visage et de poitrine : le but était de faire le plus de mal possible, de tuer le plus possible. Les Libyens n’ont pas eu peur de la mort. Ils sont morts pour la liberté. Cet héroïsme et ce courage forcent le respect.

Des trois pays arabes qui ont chassé ou chassent encore la dictature, la Libye est aujourd’hui le plus meurtri. Mais rien n’est définitivement joué. Le photographe - appelons-le Omar - souhaite encore rester anonyme. A son correspondant qui lui fait remarquer que si Benghazi fête sa liberté, Tripoli est encore aux main du dictateur, il répond :

« Yes, the cleaning will take sometime, about the big brother, it is evident now that he's completely crazy, and in the sense that he's crazy. You can use the pics anyway you like of course, [..].
This morning there will be a big demo in Benghazi in support of the Capital, I'm going out soon to join. God bless."


Traduit au mieux :
CIMG4321-400.jpg
« Oui, le nettoyage prendra un peu de temps, au sujet du grand frère (big brother = Kadhafi - ce surnom fait évidemment penser à 1984 de Orwell), il est évident qu’il est maintenant complètement fou, réellement fou. (...) Ce matin il y aura une grande démonstration à Benghazi pour soutenir la capitale, j’y vais dans un instant. Dieu nous bénisse. »

Big Brother : la comparaison est violente. Elle exprime ce que vivaient les libyens depuis des années. Je pense alors à ces témoignages vus hier : un homme dont le frère a été tué après qu’on lui ait coupé les doigts. Son crime : avoir écrit un article critiquant Kadhafi. Un autre rappelant que la place où ils sont est celle où le pouvoir pendait périodiquement ses opposants. Je pense aux pendus du bout des grues, à Téhéran.

Big Brother. Cela signifie que la société libyenne était un univers concentrationnaire. Il a pourtant donné le change, Big Brother. Les camps de prisonniers africains ont rarement fait la une. Les camps de prisonniers politiques non plus. Le silence est une des armes de l’oppression.

CIMG4417-400.jpgJe me souviens mon voyage en Libye, en mars 2003. Hubert Reeves nous accompagnait. Avec des passionnés d’astronomie j’allais assister à l’éclipse de soleil en plein désert. Tous les libyens rencontrés étaient d’une grande gentillesse, et très désireux de correspondre par la suite. Mais gardant toujours une distance, comme freinés. Nous avons échangé quelques courriels puis cela s’est tari. J’étais frappé par un discours assez uniforme et peu abondant sur le système politique. Aujourd’hui je comprends pourquoi.

Il n’y avait pourtant pas de soldats partout. Nous n’avons vu que peu d’uniformes. L’oppression n’a pas toujours besoin d’uniformes pour s’exercer. Big Brother était là, invisible. Kadhafi était une saleté.

J’ai en mémoire cette gentillesse des libyens quand je vois les massacres, et quand je les vois en photo monter sur un char.

Je ne jette pas la pierre aux gouvernements : je n’ai pas assez de bras. Tous, de gauche ou de droite, d’un côté de la Terre ou de l’autre, ont côtoyé le dictateur. Tous ont tenté d’en faire un personnage civilisé, ou de bénéficier de ses largesses et de son pétrole. Des vedettes occidentales ont chanté en privé pour lui, moyennant de gros cachets. Nelly Furtado, la chanteuse canadienne, vient d’annoncer qu’elle abandonne son cachet de 1 million de dollars à des associations caritatives.
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Comment a-t-il pu tenir aussi longtemps ? Comment les autres tribus de Libye ont-elles pu le laisser faire ? Des questions qui viennent, en écho à celles qu’ont dû se poser des européens en découvrant l’ampleur de la Shoah. Comment l'ONU l'a-t-elle laissé faire ?

Mais aussi des craintes qui naissent. Les massacres ont été perpétrés par des mercenaires africains venus de pays du sud, jusqu’au Zimbabwe. Aujourd’hui à Benghazi, la population s’en prend à tous les africains. Or tous ne sont pas des mercenaires. Comment trier ? Comment ne pas commettre d’autres injustices que celles déjà vécues par le passé et lors des massacres ?

Je ne sais pas si les habitants de la ville pensent à cela. Ils veulent d’abord éviter un retour en arrière et faire tomber le dictateur au plus vite. Mais les africains noirs innocents ne doivent pas payer pour les autres.

Sans quoi la fête ne serait plus la fête.

A écouter : Libye : à Benghazi, l’enfer pour les travailleurs africains


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