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Accueil du site > Actualités > International > Madagascar : Hery Rajaonarimampianina déclaré élu à la tête d’un pays (...)

Madagascar : Hery Rajaonarimampianina déclaré élu à la tête d’un pays très divisé

Andry Rajoelina est en passe de gagner son pari, celui d’éliminer électoralement toutes les velléités de retour de son prédécesseur, Marc Ravalomanana.

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La Commission électorale nationale indépendante pour la transition (CENIT) vient de proclamer ce vendredi 3 janvier 2014 peu avant 11 heures du matin (heure malgache) les résultats provisoires du second tour de l’élection présidentielle malgache du 20 décembre 2013. Résultats provisoires mais officiels de l’ensemble des 20 001 bureaux de vote, qui ne seront définitifs que lorsque la Cour électorale spéciale (CES) aura rendu son verdict sur les différents recours et contestations.

Le lent décompte du dépouillement avait donné la tendance dès les premières heures suivant la clôture du scrutin : une participation en berne (environ 50% au lieu des 61,9% du premier tour) et la victoire de Hery Rajaonarimampianina qui distançait très légèrement son concurrent Jean-Louis Robinson de seulement quelques pourcents.

Les pourcentages officiels sont donc les suivants, après l'annulation de vingt-deux bureaux de vote dont le nombre de votants était supérieur au nombre des inscrits, ou qui n'avaient pas fait parvenir leurs résultats.

Inscrits total : 7 969 119.
Inscrits pris en compte : 7 968 321.
Participation : 4 044 391 votants (50,67%).
Blanc et nuls : 182 166.

Suffrages exprimés : 3 862 225 voix.

Hery Rajaonarimampianina : 2 066 103 voix (53,50%).
Jean-Louis Robinson : 1 796 122 voix (46,50%).



Le problème, c’est que ces résultats sont contestés par l’équipe du candidat ayant perdu.

Dès le 30 décembre 2013, dans une conférence de presse, Jean-Louis Robinson a expliqué qu’il possédait des preuves de fraudes massives, sous forme de documents sonores, de photos, de vidéos et de données informatiques : « Le pouvoir ne se prend pas par la force. Nous demandons à ce que les voix soient recomptées. ».

L’ancienne candidate écologiste du premier tour Sarah Georget, qui soutient Jean-Louis Robinson, a à cette occasion exprimé ses grandes réserves sur la constitution de la liste électorale avec le rajout de plus d’une centaine de milliers de nouveaux inscrits entre les deux tours.

Au final, les avocats de Jean-Louis Robinson ont déposé environ trois cents requêtes à la CES pour contester les résultats dans trois cents bureaux de vote (sur 20 001) qui auraient fait l’objet de fraudes électorales portant sur plus de 300 000 voix. Or, ce nombre de voix correspond à peu près à l’écart de voix entre les deux candidats du second tour. De plus, Jean-Louis Robinson avait même contesté le 23 décembre 2013 l’impartialité de la présidente de la CENIT, Béatrice Atallah qui aurait été collaboratrice de Hery Rajaonarimampianina auparavant.

La CES a quinze jours à partir de la proclamation des résultats d'aujourd'hui pour statuer sur ces requêtes. Jean-Louis Robinson hésite sur le fait de faire pression sur la CES par des manifestations dans les rues. Le candidat déclaré élu Hery Rajaonarimampianina a, quant à lui, appelé au calme : « C'est tout à fait normal s'il y a des requêtes après constat d'anomalies. (...) Je pense qu'il y a lieu d'être positif, nous avons confiance au jugement de la Cour électorale spéciale, attendons calmement les résultats définitifs. ».

C'est aussi ce qu'implore l'un des représentants de la communauté internationale dans le processus électoral malgache, Joaquim Chissano : « Le rapport a été bien fait. On attend la décision de la CES pour voir si cela correspond au résultat final. Il faut rester calme et attendre les résultats définitifs de la CES. J'invite le peuple malgache à aider les institutions à adopter un bon jugement et à accepter le verdict des urnes. ».

Le Premier Ministre malgache, Jean Omer Beriziky, a tenu également ce 3 janvier 2014 le même discours : « Les candidats, ainsi que leurs partisans, ont pleinement le droit de contester le résultat provisoire de la CENIT, mais ils doivent toutefois se ranger à la décision de la seule institution habilitée à étudier leurs requêtes, c'est-à-dire, la CES. ».


Gino Razafindrabe, chargé de communication du Socle (Suivi et observation citoyenne pour la limpidité des élections, organisation non gouvernementale qui a déployé mille deux cents observateurs dans près de trois mille bureaux de vote) a admis le 30 décembre 2013 sur RFI : « À Antananarivo, à peu près un tiers des plis n’étaient pas scellés. Nos observateurs ont aussi pu constater que dans la région Diana [dans le Nord], il n’y avait pas de matériel pour sceller les colis. Les fraudes sont possibles, et on traite ça encore jusqu’à maintenant. ».

Jean-Louis Robinson était arrivé en tête au premier tour le 25 octobre 2013 avec 21,1% des voix, soit une avance de 5,2% par rapport à son concurrent. Soutenu par l’ancien Président Marc Ravalomanana qui avait été destitué à la suite du coup d’État du 17 mars 2009 et qui était parti en exil à Johannesburg, Jean-Louis Robinson (61 ans) avait réussi à rassembler pour le second tour beaucoup de personnalités marquantes, en particulier l’ancien Premier Ministre Camille Vital (également candidat au premier tour) et Sarah Georget.

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Hery Rajaonarimampianina (55 ans), au contraire, est soutenu par le pouvoir en place depuis cinq ans, et en particulier par le Président de la Transition Andry Rajoelina. À l’origine expert-comptable diplômé de Tananarive et du Québec, il a créé son propre cabinet à la tête d’une cinquantaine de collaborateurs présents sur tout Madagascar tout en enseignant à Tananarive mais aussi à Metz, en Lorraine.

Ministre des Finances et du Budget de ce pouvoir issu du putsch, de 2009 à 2013 et président du conseil d’administration d’Air Madagascar depuis juillet 2011, Hery Rajaonarimampianina n’était pas parvenu à convaincre les propres troupes d’Andry Rajoelina au cours d’une primaire au sein du parti présidentiel (TGV) mais avait finalement était candidat au dernier moment par un artifice procédural (certaines candidatures ayant été déclarées irrecevables par la CES, les candidats invalidés pouvaient désigner un autre candidat pour les représenter, c’est ce qu’il s’est passé pour Étienne Jules et Roger Kolo qui l’ont désigné comme remplaçant le 20 août 2013).

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Au cours de sa campagne assez courte, Hery Rajaonarimampianina n’avait pas lésiné sur les moyens pour assurer sa présence au second tour, bénéficiant de l’absence de réglementation en cette matière (il n’existe pas de plafond des dépenses de campagne et c’est la principale mesure qui est aujourd’hui proposée par les délégations étrangères).

Les observateurs étrangers avaient donné globalement un "quitus" sur le déroulement des opérations de vote lors des deux tours de l’élection présidentielle. Un moyen surtout d’accélérer la transition et de tourner la page d’une période qui était sortie trop longtemps du cadre constitutionnel de Madagascar.

Pour autant, le faible écart de voix entre les deux candidats, la contestation de l’un et les constats de fraudes dans certains bureaux de vote laissent un goût amer sur ce scrutin qui pourrait tourner comme en 2002, où la moitié du pays était assiégée par l’autre. La différence notable est que les deux rivaux sont plus ou moins originaires des hauts plateaux et qu’il n’y aura donc pas d’opposition ethnique entre les merinas et les côtiers.

Par ailleurs, l’enjeu n’était pas seulement sur l’identité du Président de la République. Le scrutin du 20 décembre 2013 a également permis d’élire les députés qui reprendront la place parlementaire qui leur revient selon la Constitution du 11 décembre 2011. Le Président Andry Rajoelina avait mis beaucoup d’espoir pour s’assurer une majorité au sein de ce nouveau parlement, s’imaginant devenir Premier Ministre dans un scénario à la Poutine.

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La CENIT devrait proclamer les résultats des élections législatives le 10 janvier 2014 et la nouvelle Assemblée prendra ses fonctions dès la constitution de son bureau, qui aura lieu parallèlement à la dissolution du Conseil supérieur de la Transition (CST) et du Congrès de la Transition, les deux chambres mises en place sous la Transition, conformément à une décision de la Haute cour constitutionnelle (HCC) prise le 28 décembre 2013.

Tant que le candidat déclaré officiellement élu n’est pas reconnu par tous les protagonistes, la crise politique continuera...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (3 janvier 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Nuages noirs sur le processus électoral.
Le second tour de la présidentielle.
Duel Robinson vs Rajaonarimampianina.
Les résultats officiels du 1er tour de la présidentielle malgache (à télécharger).
Victoire du processus électoral malgache.
Jour J de la démocratie malgache : présentation des candidats.

L’élection présidentielle du 24 juillet 2013 aura-t-elle lieu ?
La feuille de route adoptée.
Un putsch en bonne et due forme.
Le prix du sang.
Et si cela s’était passé en France ?
La nouvelle Constitution malgache.
Le gouvernement malgache pour appliquer la feuille de route.
Liste de mai 2013 des candidats à l’élection présidentielle.


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3 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 3 janvier 2014 14:14

    il faut mieux l’appeler Riri , c’est pas possible des noms pareils !  smiley  smiley


    • leypanou 3 janvier 2014 15:40

      Article de peu d’intérêt où on lit en filigrane que l’auteur regrette la victoire du candidat qui a eu la majorité.

      Sinon pourquoi parler de très légère avance (53,5% contre 46,5% qui fait 7%) ; par contre, quand il écrit : « Jean-Louis Robinson était arrivé en tête au premier tour le 25 octobre 2013 avec 21,1% des voix, soit une avance de 5,2% par rapport à son concurrent », il n’a pas voulu préciser que c’est une très légère avance.

      Les élections dans beaucoup de pays, pas seulement en Afrique, ne sont que des mascarades et n’ont jamais réglé les problèmes de sous-développement, corruption, népotisme, vassalisation de l’économie pour des intérêts particuliers, absence d’état de droit, pauvreté massive, enrichissement scandaleux d’une infime minorité, etc, etc...

      Quand des dizaines de milliers d’enfants malgaches ne sont même pas déclarés lors de leurs naissances et on ose courir après un ordre constitutionnel de pacotille, cela laisse rêveur...

      Pour en savoir un peu plus, lisez par exemple ceci même si je ne partage pas toutes leurs prises de position antérieures.


      • JP94 4 janvier 2014 08:25

        Les fameux observateurs internationaux n’avaient qu’une seule volonté : celle que le peuple malgache soit évincé du pouvoir : ce processus électoral pourri ne pouvait mener qu’à l’élection de ce type de candidat qui s’en contrefiche de son pays et de son peuple , et qui confond intérêt personnel et intérêt du pays .


        Il n’est qu’à voir leur réaction au début des événements qui ont mené à la démission de Ravavomanana ( envisagée sous égide nord-américaine et piquant tout dans les caisses de l’Etat avant de partir ).

        Ensuite Rajoelina est de la même eau : la non-prise en considération de la volonté du peuple , la poursuite de la cession des terres malgaches à des Multinationales , tout cela le condamne .
        Toutefois , Ravalomanana a fait pire et est homme à régler ses comptes sans aucuns scrupules : son retour serait extrêmement dangereux . 

        La question est donc : quand le peuple malgache aura donc le pouvoir et jouira des richesses de son propre pays ? 

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