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Accueil du site > Actualités > International > Madagascar : le pire n’est jamais sûr

Madagascar : le pire n’est jamais sûr

La vie politique malgache n’est pas un long fleuve tranquille. Pourtant, il semblerait qu’avec l’arrivée de Hery Rajaonarimampianina, une nouvelle période plus propice au développement s’ouvre enfin au peuple malgache.

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Un attentat a eu lieu à Anosikely juste à la fin de la cérémonie d’investiture du nouveau Président, lorsque la foule sortait du stade de Mahamasina le soir du 25 janvier 2014, entraînant la mort d’un enfant et cinquante-cinq blessés. L’auteur ou les auteurs voulaient tuer puisque la grenade qui a explosé a été jetée au milieu de la foule avec des débris de verre pour entraîner le plus de dégâts possible.

Les réactions ont été unanimes.
Hery Rajaonarimampianina (nouveau Président) : « Nous ne pouvons tolérer de tels actes de violence envers des personnes sans défense. Le nécessaire sera fait pour mener les coupables devant la justice. » et il a indiqué que l’État prendrait en charge tous les frais de soins et d’obsèques.
Jean-Louis Robinson (le candidat battu au second tour) : « Je condamne fermement l’acte terroriste qui s’est produit la nuit du 25 janvier 2014. Cet acte est d’autant plus inacceptable qu’il vise directement la population, dans des endroits fréquentés par de nombreux concitoyens innocents. Je présente mes condoléances à la famille des victime, en appelle à la sagesse de tous et en appelle au calme. » (26 janvier 2014).
Guy Rivo Randrianarisoa (porte-parole de l’ancien Président Marc Ravalomanana) : « Nous n’acceptons pas, et nous n’accepterons jamais les accès de violence. Le sang des Malgaches ne doit pas couler. » (26 janvier 2014).

Ce terrible attentat, qui a donc été condamné par toute la classe politique et considéré comme une provocation par celui qui prêtait serment, ne doit toutefois pas occulter l’étape décisive dans l’histoire politique de Madagascar.



Le premier Président de la IVe République malgache, Hery Rajaonarimampianina a en effet prononcé le 25 janvier 2014 un discours d’investiture de haute tenue en appelant à la réconciliation nationale et au rassemblement (on peut le lire ici, ou l’écouter là).


Le plagiat sarkozyen

Certes, ce discours d’une trentaine de minutes a été entaché d’un extrait du discours d’investiture du candidat Nicolas Sarkozy lors du congrès de l’UMP du 14 janvier 2007. Dès qu’il l’a su, Hery Rajaonarimampianina a renvoyé le collaborateur qui l’avait aidé à rédiger ce discours.

Détaillons la copie.

Hery Rajaonarimampianina a déclaré le 25 janvier 2014 :
« Aujourd’hui, je voudrais remercier tous ceux et toutes celles qui m’ont accompagné lors de cette campagne présidentielle ; tous ceux qui m’ont aidé, tous ceux qui m’ont soutenu, tous ceux qui m’ont entouré. Sans vous, tout ceci n’aurait pas pu arriver. Mais aujourd’hui, je vais vous demander, à vous, ma famille politique et mes amis, de m’aider une fois encore pour favoriser le grand dessein d’Unité nationale qui est le mien. Je veux que vous compreniez que ce n’est pas de nous qu’il s’agit mais de Madagascar, de notre avenir politique, de notre place dans le monde. Je demande donc à mes amis de me laisser libre, libre d’aller vers les autres, libre d’aller vers celui qui n’a jamais été mon ami, qui n’a jamais appartenu à notre clan, à notre famille politique et, parfois même, qui nous a combattu.
Car lorsqu’il s’agit de Madagascar, il n’y a plus de camp. Je vous demanderai de comprendre que je ne serai pas le Président des partis ; que je ne serai pas le Président d’une Région mais que je suis le Président de tous les Malgaches. Et je demande, même à mes adversaires politiques, de me faire le crédit de la bienveillance sans laquelle il n’y a pas de compréhension possible. »

Tandis que Nicolas Sarkozy avait déclaré le 14 janvier 2007 :
« Je demande à ma famille de m'aider. Je sais ce qu'elle a eu à souffrir. Je veux qu'elle comprenne que ce n'est pas de moi qu'il s'agit mais de la France.

Je demande à mes amis qui m'ont accompagné jusqu'ici de me laisser libre, libre d'aller vers les autres, vers celui qui n'a jamais été mon ami, qui n'a jamais appartenu à notre camp, à notre famille politique qui parfois nous a combattu. Parce que lorsqu'il s'agit de la France, il n'y a plus de camp.
Je demande à vous tous de comprendre que je ne serai pas que le candidat de l'UMP, qu'au moment même où vous m'avez choisi je dois me tourner vers tous les Français, quels que soient leur parcours, qu'ils soient de droite ou de gauche, de métropole ou d'Outre Mer, qu'ils vivent en France ou à l'étranger, que la France les ait ou non déçu pourvu qu'il l'aiment. Que je dois les rassembler, que je dois les convaincre qu'ensemble tout deviendra possible ! »

Comme on peut le constater, le plagiat est prouvé.

Mais fallait-il le blâmer d’avoir repris finalement une tirade plutôt de bonne facture ? Je préfère qu’il l’ait plagié là-dessus à ce qu’il reprît le discours de Grenoble par exemple.


Réconciliation

Présent à la cérémonie, le rival malheureux Jean-Louis Robinson, qui a pris la tête le 25 janvier 20143 d’un Comité national de coordination de l’opposition légale (CNCOL), a, par sa présence, reconnu la légitimité constitutionnelle de Hery Rajaonarimampianina. C’est une avancée essentielle : aujourd’hui, plus personne ne conteste l’élection de Hery Rajaonarimampianina. La page électorale est donc tournée.

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L’appel à la réconciliation nationale a été clairement compris : « En tant que Président de tous les Malgaches, je dois être libre de toute idéologie, éviter tout esprit partisan pour incarner l’intérêt général. C’est cela ma référence ultime. En ce sens, je m’entourerai de compétences de tous bords pour renforcer l’Unité Nationale et créer un Madagascar de l’Excellence. (…) Le peuple malgache ne supporte plus l’incurie et attend de son personnel politique et des agents de l’État : compétence, probité et loyauté. Nous y veillerons, nous ferons table rase des pratiques du passé et viserons l’efficacité. (…) Madagascar va renaître grâce au travail de son peuple uni et soudé dans ce rêve de réussite collective. Je serai toujours à vos côtés pour vous donner les moyens de relancer la croissance économique de Madagascar. ».


Lutte contre la corruption

Pour le Président investi, trois piliers sont à bâtir pour le renouveau : la sécurité, la justice et la lutte contre la corruption : « Je suis conscient de la fragilité de la sécurité intérieure, et de la mise en coupe réglée de nos ressources naturelles et des potentialités économiques. ». Sur la corruption, il a été assez clair : « Je ne partirai pas dans une chasse aux sorcières du passé, mais je veux que ceux qui se reconnaissent dans cette description et ces propos [sur la corruption] sachent que le changement est en marche, que rien ne pourra l’arrêter et que je n’admettrai aucune dérive. ».

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Et d’ajouter : « La culture de l’impunité est révolue et je m’engage à organiser une lutte sans merci contre tous les détournements de biens et de deniers publics ; contre tout enrichissement illicite, tout racket ou encore toute utilisation abusive des biens publics. Le rétablissement de l’autorité de l’État conduira au retour de l’État de droit, mettra un terme définitif au cycle de crises et favorisera notre croissance économique. ».

Beaucoup d’observateurs insistent sur le fait que Hery Rajaonarimampianina s’est ainsi dégagé de la tutelle de son protecteur, Andry Rajoelina.

Ce que le nouveau Président, qui fut pourtant quatre années aux Finances pendant la longue période de Transition (2009-2014), a finalement décrit, c’est un pays sinistré par les querelles politiques et la corruption.

Ce discours peut donc être entendu presque comme un sévère réquisitoire contre l’action de l’ancien Président de la Transition, Andry Rajoelina, présent à la cérémonie : « Depuis trop longtemps, l’autorité de l’État est bafouée, sapée, privatisée au préjudice des plus vulnérables et des plus humbles ; (…) le peuple malgache a terriblement souffert et il veut voir ses conditions de vie s’améliorer (…) ; depuis bien trop longtemps, le peuple malgache a le sentiment de vivre dans un monde d’iniquité où les droits ne sont pas les mêmes pour tous. ».

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L’éditorial de "Madagascar Tribune" du 28 janvier 2014 est d’ailleurs très percutant, allant jusqu’à craindre pour la vie du nouveau Président : « Démocrates, on va peut-être être obligé de choisir le camp de Hery, parce que face à ces puissances financières et face à ces mafias organisées qui se sentent en plus certainement flouées, il va falloir que la coalition derrière le Président soit la plus solide possible pour espérer écarter la menace Rajoelina et sortir le pays des ténèbres. Au bénéfice du doute, mais a-t-on le temps de tergiverser ? D’autant qu’avec les fous furieux en face, un scénario à la Ratsimandrava n’est pas à exclure. ».

Richard Ratsimandrava (1931-1975) fut désigné un peu par hasard chef de l’État et du gouvernement le 5 février 1975, mais fut assassiné six jours plus tard à Tananarive. Il avait les pleins pouvoirs et souhaitait alors appliquer une politique originale basée sur une politique de décentralisation autour des villages et une politique économique plus équitable et juste en adaptant les nécessités rurales à l’économie de marché, plus urbaine. Au bout d’une courte période transitoire, le 12 juin 1975, Didier Ratsiraka a finalement pris le pouvoir (qu’il conserva jusqu’au 27 mars 1993 et fut également élu pour le réoccuper du 9 février 1997 au 5 juillet 2002).


L’initiative économique

Sur le développement économique, Hery Rajaonarimampianina n’a pas caché qu’il faut que tout le monde y mette du sien, il a demandé des efforts et des sacrifices à tout le monde : « Nous devrons tenter l’impossible, chaque semaine, chaque jour, chaque minute. (…) Que les systèmes de micro-finance soient crées pour favoriser l’accès de tous au crédit et développer notre entrepreunariat. Je tiens à ce que cette relance et ce progrès se fassent avec l’implication personnelle de chaque Malgache et doivent se faire par la valorisation du travail. (…) Cette croissance, nous allons la fabriquer avec nos talents, avec notre imagination, notre audace et notre courage. ».

Cela rappelle un peu l’esprit sarkozyen : « La croissance, j’irai la chercher avec les dents, s’il le faut ! » (Discours de Nicolas Sarkozy le 30 août 2007 à l’Université d’été du Medef).

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Il a aussi insisté sur l’attractivité financière du pays : « Nous devons aussi être attractifs aux investisseurs étrangers. (…) Nous devons leur donner envie de contribuer, en faisant preuve de créativité en matière juridique et fiscale, pour que Madagascar devienne, dans le respect des normes internationales, une place attractive et sûre. ».


Entre défaitisme et espoir

Refusant le fatalisme et le défaitisme, le nouveau Président a d’abord voulu voir les énormes ressources du peuple malgache : « [Les] cyniques ne peuvent pas comprendre que Madagascar a déjà changé. Notre population est jeune et dynamique, elle a soif de changement et de reconnaissance. Les arguments de politique politicienne auxquels nous avons eu droit depuis si longtemps ne valent plus rien. Les défis face à nous sont immenses et les Malgaches ont en eux toutes les valeurs pour les affronter : le travail, l’honnêteté et le courage, et le respect des règles, la tolérance et la curiosité, la loyauté et le patriotisme. Elles sont vraies et intimement liée à l’âme malgache. ».


Bon démarrage

Dans l’attente des résultats définitifs des élections législatives, Hery Rajaonarimampianina a demandé au Premier Ministre démissionnaire, Jean Omer Beriziky, d’assurer l’intérim jusqu’à la nomination du prochain gouvernement, qui sera une étape décisive pour transformer les paroles en actes.

Les premiers pas du Président Rajaonarimampianina sont pour l’instant très encourageants. Je l’écris d’autant plus facilement que sa candidature avait suscité en moi le doute et l’inquiétude. La fonction peut créer la personne.

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Expert-comptable venu tard à la politique, Hery Rajaonarimampianina a peut-être compris que par son élection (très peu prévisible il y a encore six mois), il incarnerait désormais un pays et un peuple et que seul, l’intérêt général allait prévaloir.

Un pays parmi les plus pauvres du monde et qui, pourtant, a un extraordinaire potentiel. Réussira-t-il là où tous ses prédécesseurs ont échoué depuis cinquante ans ? Je le souhaite. Aussi, évidemment, il sera jugé sur les actes et sur les résultats, plus sûrement que sur ses déclarations d’intention. Le fait que Jean-Louis Robinson ait accepté de jouer le jeu démocratique apporte déjà une partie de la réponse.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 janvier 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours d'investiture de Hery Rajaonarimampianina du 25 janvier 2014 (texte intégral).
Vidéo du discours d'investiture de Hery Rajaonarimampianina.
L'angoisse de la page blanche.
Résultats de la CENIT (3 janvier 2014).
Nuages noirs sur le processus électoral.
Le second tour de la présidentielle.
Duel Robinson vs Rajaonarimampianina.
Les résultats officiels du 1er tour de la présidentielle malgache (à télécharger).
Victoire du processus électoral malgache.
Jour J de la démocratie malgache : présentation des candidats.

L’élection présidentielle du 24 juillet 2013 aura-t-elle lieu ?
La feuille de route adoptée.
Un putsch en bonne et due forme.
Le prix du sang.
Et si cela s’était passé en France ?
La nouvelle Constitution malgache.
Le gouvernement malgache pour appliquer la feuille de route.
Liste de mai 2013 des candidats à l’élection présidentielle.



(Photos de Harilala Randrianarison de madagate.com)


 

 


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4 réactions à cet article    


  • spartacus spartacus 28 janvier 2014 21:51
    Ces gens méritent mieux qu’un DJ qui n’aurait jamais du sortir de la discothèque.


    • leypanou 28 janvier 2014 22:16

      Les premiers pas sont encourageants : quels premiers pas ? Un discours n’est pas un premier pas.

      Et puis dire qu’on veut utiliser toutes les compétences disponibles sans parti pris, ne pas faire d’idéologie, n’importe quel politicien débutant peut sortir ce genre de platitudes.


      • wawa wawa 29 janvier 2014 14:08
        Puissiez vous avoir raison !

        Ce qui m’a marqué chez les malgaches, c’est l’absence de projection. Seul le présent compte, le futur n’existe pas. C’est amha la première cause de leur pauvreté. Ajoutez une corruption endémique et un pillage par le néocolonialisme et vous obtenez un pays parmi les plus pauvre alors qu’il a les moyens d’être riche.

        • leypanou 29 janvier 2014 15:36

          « Seul le présent compte, le futur n’existe pas. C’est amha la première cause de leur pauvreté » : non, la première cause de leur pauvreté c’est l’accaparement des richesses par une infime minorité de parasites cautionnée par une Communauté pseudo-Internationale dont le premier objectif est la vassalisation de l’économie locale pour des intérêts autres que ceux de la population locale.

          Si on doit tous les jours chercher comment manger à sa faim, on ne pense pas au futur.

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