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Mais qui a peur de Renika Lesnik ?

​ ​​​​Prénom : Renata. Nom : Lesnik. Profession(s) : journaliste, spécialiste du monde soviéto-russe, politologue et criminologue. Nationalité : ex-soviétique. Pays de résidence : France. Signe particulier : craint pour sa vie. Son crime : refuser de se taire. Penser qu’informer est un devoir. Quand bien même cela devrait lui coûter la vie. L’histoire de Renata pourrait être celle d’un mauvais polar. D’un roman d’espionnage. D’une traque. D’une incroyable volonté de (sur)vivre. Quelque part entre les univers d’Igor Panich et de Reggie Nadelson. Mais Renata n’est pas une héroïne de série noire. Pas plus que sa vie n’est une fiction. Résumer ses années d’existence ? Difficile tant elles sont riches de courage et de douleur. Le courage de refuser de subir aveuglément un système totalitaire dont on ne compte plus les victimes, de dire ce que Moscou voudrait que nul n’entende. De s’être opposée au KGB. De dénoncer aujourd’hui le comportement du FSB, son digne héritier, dirigé habilement par Poutine et les siens. Sa douleur ? D’en avoir payé le prix fort. D’avoir vécu le viol, la torture, l’internement psychiatrique, la mort clinique, la perte de ses proches. Celle d’une mère, plusieurs fois arrêtée par le KGB. D’un père, officiellement décédé d’une crise cardiaque. D’un frère, emprisonné sans motif ni procès, qui lorsqu’il cherchait à comprendre ce dont on l’accusait se voyait répondre un « demande à ta sœur, qui vit très bien à Paris... ».

Dans son dernier ouvrage, La rebelle aux pieds nus, Renata ne dit mot de ces derniers épisodes familiaux. Son histoire s’arrête au 9 mars 1981, lorsqu’elle réussit à fuir l’Union soviétique, son ex-mari guébiste et tout un système qu’elle n’a eu de cesse de dénoncer de l’intérieur. Lorsqu’elle parvint à se jouer des autorités soviétiques et à rejoindre la France le 20 avril de cette même année, via un court séjour au Brésil. Lorsque détentrice d’un statut de réfugiée politique elle bénéficia, dès le 13 mai, de la protection de la DST. Ce que ne dit pas son livre - teinté d’une remarquable ironie malgré les épreuves qu’il décrit - est qu’après toutes ces années, l’ex-KGB a la rancune tenace et une vision très personnelle de la souveraineté territoriale. Condamnée à mort en septembre 1983 par Andropov pour « haute trahison d’Etat » (lors d’un « procès » où les services guébistes étaient partie civile...), en raison de son passage à l’ouest mais également suite à la publication de son premier ouvrage français « Ici Moscou » et à sa participation à la création, depuis Paris, d’un comité de soutien au journaliste russe de Radio Moscou Internationale, Vladmir Dantchev (interné en asile psychiatrique pour avoir dénoncé à l’antenne l’invasion soviétique en Afghanistan), Renata craint désormais pour sa vie sur le sol français. « En fait, même si je ne peux pas désigner de commanditaire, on ne m’a pratiquement jamais laissée tranquille, confie-t-elle par téléphone. Je pense à des personnes qui m’ont rencontrée comme par hasard dans la rue, alors que je prenais un café avec un journaliste. Aux fois où ma maison a été visitée en mon absence. Ou à des tentatives de kidnapping », les autorités soviétiques n’ayant jusqu’alors pas le droit d’exécuter la sentence hors de leur territoire. « Jusqu’alors, car depuis, ce droit ils l’ont pris. Poutine a récemment été très clair sur ce point. Le Russes sont libres de frapper en n’importe quel endroit du monde où se trouvent des terroristes. » Terroriste l’ancienne traductrice et journaliste ? Au yeux du Kremlin, la chose ne fait guère de doute, poursuit Renata : « D’après Poutine, je tombe dans cette catégorie dans la mesure où je m’oppose à la guerre en Tchétchénie. Sans compter le fait que cet homme est à genoux devant la mémoire d’Andropov, son idole. » Celle-là même qui avait condamné Renata à la peine capitale sans que la sentence ne puisse être exécutée. « Comprenez, cela fait désordre... »

Plus fortes, les pressions le sont indéniablement. Par le biais de menaces de morts anonymes et téléphoniques, bien sûr. Mais aussi par des approches énigmatiques. « Pas plus tard qu’hier soir, une berline m’a suivie dans la rue. S’est arrêtée devant ma porte. Arrivée à mon appartement, j’ai allumé la lumière. A cet instant précis, la voiture est repartie. Bien sûr, il pourrait s’agir de quelqu’un qui me protégeait mais j’en doute. » Autre lieu, autre situation : « Alors que je prenais le bus, je suis tombée nez à nez avec un parfait sosie de l’un de mes anciens chefs. J’étais prostrée. Vous savez, même si quelque chose me disait qu’il ne s’agissait pas de la personne que j’avais connue autrefois, cela fait un choc. Lorsque je suis descendue à mon arrêt, l’homme m’a suivie quelques temps. Je me suis alors rendue chez des amis. Plus tard, dans la journée, pour rentrer chez moi, je devais traverser un petit square. L’homme y était... ». Et quand on demande à Renata si le jeu en vaut véritablement la chandelle, s’il ne serait, au moins pour elle, pas préférable de se faire toute petite, la réponse ne souffre aucun commentaire : « Si je ne parle pas, ils me tuent ». Des mots que l’on ne peut s’empêcher de rapprocher de ceux de Tahar Djaout, journaliste et écrivain algérien assassiné le 2 juin 1993 pour avoir justement refusé de se plier à cette loi du silence. « Tu parles, tu meurs, écrivait-il. Tu te tais tu meurs, alors parle et meurs. » Ce qui pourrait préserver Renata d’une fin aussi tragique ? Une mise en lumière de son histoire. De sa parole. Lui accorder une véritable aura médiatique. Non pas par souci de promotion de son livre. Mais simplement parce que la notoriété médiatique protège. Et parce qu’il n’est pas admissible - encore moins sur le territoire français - qu’un Etat tiers puisse, dans l’indifférence générale, exécuter une sentence qui n’a pour seul but que de d’éteindre à jamais la liberté d’expression d’un individu dont la seule ambition est de partager un vécu et d’informer.

Christophe Nonnenmacher est journaliste

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