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Accueil du site > Actualités > International > Maréchal Al Sissi : pour un accès au « trône » à tous prix !

Maréchal Al Sissi : pour un accès au « trône » à tous prix !

Il a fallu très peu de temps au Maréchal Abdel Fattah Khalil al-Sissi pour imposer son culte de la personnalité aux quatre coins du Caire. Tout d’abord dans les boulangeries [1], premières à vendre des gâteaux d’anniversaire « coup d’Etat » couleur vert kaki à l’effigie du Maréchal. Ensuite dans les avenues du centre-ville où ses portraits figés [2], tirés en grand format, défient les hauteurs pyramidales. Enfin c’est dans les mosquées égyptiennes qu’il va se dissoudre dans les sermons. Ce qui précède le vote de la Constitution égyptienne est un air de déjà vu, un spectre shakespearien anti – révolutionnaire qui attendait son heure. Mais voilà sans la fabrication de preuves à charge contre l’ancien Président Mohamed Morsi pour enterrer ad vitam aeternam la vie politique des Frères Musulmans la sortie du spectre se fait plus qu’impatiente.

 

Un vivre-ensemble brisé ?

Dans cette chasse aux sorcières menée sans relâche contre les membres des Frères musulmans qui a débuté depuis l’arrestation de leur leader et Président légitime Mohamed Morsi, empêchant ainsi les FM d’approcher le palais présidentiel via l’affichage de banderole avec pour slogan « les Frères Musulmans sont interdits d’entrer »[3], le général al Sissi a brisé l’espoir d’un vivre- ensemble prégnant à la chute de Hosni Moubarak tel que le décrit le cinéaste Samir Abdallah[4] « Ce qui m’a frappé à Tahrir tout de suite à Tahrir, c’est la liberté totale, l’esprit de corps, de peuple uni , vraiment quelque chose de très fort, une vraie camaraderie où les gens se découvrent eux-mêmes dans l’humanité ».  Aujourd’hui encore des membres de la confrérie des Frères Musulmans sont arrêtés pour « incitation à la haine sur réseaux sociaux » [5].

Elu par 51,7 % des voix au second tour avec 13 millions de votants sur un total de 82 millions d’habitants Il est vrai que Mohamed Morsi a été contesté par une branche révolutionnaire de la jeunesse du mouvement Tamarod dont le but était au départ de réunir les gens pacifiquement autour d’une pétition obtenant ainsi 20 millions de signatures [6]. Le sentiment de s’être fait voler la révolution par les Frères Musulmans, leur inexpérience en stratégies politiques, une mauvaise maîtrise des manipulations de la SCAF [7] (le Conseil Suprême des Forces Armées) et les nombreuses exactions par la police imputées au Président Morsi durant son mandat et non à son invincible Ministère de l’Intérieur ont jeté ces jeunes apprentis dans les griffes de ceux qui plus tard condamneront cinq de leurs membres pour incitation à la violence et trouble à l’ordre public. 

 

Manipulation – Conspirations : les FM coupables sinon rien.

Le gouvernement al Sissi n’a pas seulement joué ses cartes sur une partie de la jeunesse égyptienne mais a également profité de semer la confusion dans les esprits anti- frèristes entre les Frères Musulmans et les jihadistes afin de les discréditer comme l’avance le politologue Stéphane Lacroix spécialiste de l’Egypte interviewé par Lilia Marsali le 28 septembre 2013 « les partisans du pouvoir actuel ont voulu donner l’impression que les attaques de groupes jihadistes dans le Sinaï étaient téléguidées par les Frères. Non seulement il n’y a aucune preuve d’une telle connivence entre Frères et jihadistes, mais cela semble improbable quand on connaît les profondes divergences idéologiques qui les opposent. » C’est dans cette quête qu’Al Sissi s’est lancé pour fabriquer des preuves sur des liens entre les FM et les groupes jihadistes afin de les utiliser à charge contre Mohamed Morsi lors de son procès pour trahison et complicité avec des groupes étrangers, Hamas et Hezbollah inclus, intention de semer le désordre en Egypte, participation dans les activités terroristes contre l’Etat, incitation à la violence et aux meurtres de manifestants, espionnage et outrage à la justice [8].

Chose facile est de rendre coupable un innocent pour redorer un grand mensonge. Aussi l’égyptien Muhammad al Zawahiri membre du Jihad Islamique et frère du leader d’al Qaeda se démarque de toute association à la confrérie FM ou assimilation au jihadisme radicale en affirmant le 04 octobre 2012 sur la chaîne Memri TV [9] n’appartenir à aucune organisation affiliée ou non à al Qaeda, ni être directement affilié à cette dernière. Il nuance toutefois son propos en apportant une précision sur le « dénominateur commun » idéologique qui le lie à toutes les organisations jihadistes à savoir la sharia islamique qu’il souhaite mettre en œuvre sans vouloir dénaturer son caractère légitime. Cependant il dit s’exonérer de toute intention à participer aux actions pratiquées par certaines organisations précisant ne pas les faire siennes. Si les actions directes d’al Qaeda en particulier n’attirent pas Muhamed al Zawahiri, la démocratie n’est pas non plus ce qu’il affectionne dans ces printemps arabes. Au fil de son discours Il désavoue toute campagne électorale en Egypte et renie l’élection du Président Morsi. Ironie du sort : Muhammad al Zawahiri sera, d’après la déclaration de son fils Abdel Rahman al-Zawahiri au journaliste Al-Masry Al-Youm, arrêté « injustement » le 17 août 2013 au checkpoint de Giza par les forces de sécurité égyptiennes, faussement accusé d’avoir participé aux réunions de protestations pro Morsi dans la mosquée Rabaa al-Adaweya et à la place al-Nahda [10].

 

Un printemps jihadiste manqué ?

Le tort d’al Zawahiri aura été de rappeler au gouvernement en action dans son coup d’Etat une étrange affirmation ramenant au passé révolutionnaire du Jihad islamique. Aussi al Zawahiri assure que le succès des révolutions arabes est dû aux actions du mouvement jihadiste. Stéphane Lacroix retrace la période historique de la participation du Jihad Islamique dans la chute de Hosni Moubarak : « Le Jihad islamique, comme la Gama’a Islamiyya, ont mené pendant les années 1980 et 1990 une guerre d’usure contre le régime Moubarak, qui s’est soldé par des milliers d’arrestations et par la mort de nombreux militants. C’est pour cette raison qu’ils considèrent avoir été les premiers à s’être opposés au régime – ce qu’ils font aujourd’hui valoir. ». Les échecs se soldant Ayman al-Zawahiri, le frère de Muhammad, et le « cœur actif du Jihad Islamique » ont majoritairement rejoint le mouvement Al Qaeda fin des années 90 comme l’affirme Stéphane Lacroix. Le Jihad islamique connaîtra l’exil pour les uns, la prison pour d’autres jouant par défaut un rôle inactif durant le renversement de Hosni Moubarak « Ils sont ainsi passés complètement à côté des mobilisations de rue commencées en 2004-2005 sur fond de contestation sociale, et qui ont fini, sept ans plus tard, par avoir raison de Moubarak. » conclut Stéphane Lacroix.

 

Sissi Président de la République Egyptienne ?

Si les sondages fournis par le journal al Watan Egypte [11] placent al Sissi comme la personnalité la plus appréciée en Egypte au sein des diverses catégories socio-professionnelles il n’en reste pas moins qu’une machine de guerre discriminant la majorité des Frères Musulmans ne favorise guère un vivre ensemble entre les acteurs – citoyens des composantes politiques tout comme il est certain qu’avant d’occuper le trône tant désiré, al Sissi s’est fixé comme but d’éradiquer toute forme d’opposition, à savoir celle des Frères Musulmans dont la tactique fut l’islamisation par le haut. Les charges sans preuves irréfragables lancées contre Mohamed Morsi le bouc émissaire mis en cage insonorisée, portent sur des exactions passées. Elles sont par conséquent des éléments de preuve d’un mécanisme judiciaire étatique destructeur propre aux tyrans – laïcs qui ne laisse aucune place à la bonne foi de la défense. Les juges ont reporté le procès au 22 janvier 2014. Le savant égyptien Yusuf Al-Qaradawi reste quant à lui très optimiste sur le devenir des Frères Musulmans qu’il voit rebondir face aux confrontations imposées avec une force inouïe et une détermination plus grande : « Al-Sissi ne sera pas Président d’Egypte, même s’il le voulait ; ainsi en était-il de même pour Gamal Mubarak. » affirme-t-il avec conviction [12].

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Bloodshed in Egypt, in The World Post

 

Lilia Marsali

 

 

[1] https://twitter.com/AssemMemon/status/368793991807909889/photo/1  consultée le 29 janvier 2014.

[2] https://twitter.com/RomainCaillet/status/428901684761214976/photo/1  consultée le 29 janvier 2014.

[3]http://instagram.com/p/bLi0YlHEH_/# consultée le 28 janvier 2014.

[4] http://www.mondomix.com/e/samir-abdallah Samir Abdallah réalisateur de GAZA STROPHE en collaboration avec khéridine Mabrouk, consulté le 28 janvier 2014.

[5] http://www.aljazeera.com/news/middleeast/2014/01/egypt-cracks-down-online-dissent-2014130195929931354.html%20%20c consulté le 28 janvier 2014.

[6] Naji Ismaïl and Sana Amin interviewed by Lilia Marsali, consultée le 28 janvier 2014. 

[7]http://www.youtube.com/watch?v=6NWiHwvSJUw consultée le 28 janvier 2014.

[8] http://www.theguardian.com/world/2014/jan/28/mohamed-morsi-charged-2011-jail-break-conspiring-foreign-groups?CMP=twt_fd&nbsp ;&nbsp ; consulté le 29 janvier 2014.

[9] http://www.youtube.com/watch?v=DzYfDhTIo3s consultée le 28 janvier 2014.

[10]http://www.egyptindependent.com/news/son-mohamed-al-zawahiri-condemns-father-s-arrest consulté le 28 janvier 2014.

[11] Note : Traduction de Tewfik Aclimandos, postée sur sa page Facebook le 29 janvier 2014. Consultée le 29 janvier 2014.

“Le sondage publié par al Watan aujourd’hui est intéressant et semble crédible. Quelques résultats surprenants : al Sissi est surtout très populaire chez les ouvriers (87, 5%), chez les fonctionnaires (70,9%), chez les chômeurs (67,1%), etc… mais il ne fait que 16,7% chez les paysans. Il est plus populaire auprès des étudiants (58,9%) que chez les cadres du secteur privé étranger (55%)… Les gouvernorats où il est le plus populaire sont ceux de Gharbiyya (93,3%) et de Port Said (84,4%)… il fait plus de 56% dans le gouvernorat de Sharqiyya (celui de Morsi), mais à peine 41% à Alexandrie.. ; ses scores dans la région de la capitale sont honorables…73,3% à Guizeh et 63,1% au caire”.

[12] https://www.middleeastmonitor.com/news/middle-east/8938-al-qaradawi-al-sisi-has-lost-his-relevance-and-will-not-be-president-of-egypt  consulté le 29 janvier 2014.


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4 réactions à cet article    


  • zygzornifle zygzornifle 1er février 2014 14:40
    Al Sissi impératrice .....

    • claude-michel claude-michel 2 février 2014 09:15

      Tiens...un nouveau Moubarak.. ?


      • Jonas 3 février 2014 15:13

        A l ’ auteur de l’article. 

        Je n’ai aucune sympathie pour les « Frères », j’avais comme beaucoup de ceux qui connaissent l’économie égyptienne et la mainmise de l’armée sur celle-ci effondrement de ceux-ci. Des gens plus spécialisés dans le caritatif que pour la direction des affaires du pays.

        Alors j’aimerai avoir votre avis sur cette vague de militarophilie" qui s’est emparée de l’intelligentsia égyptienne. Cette même intelligentsia qui avait vilipendé l’armée et la police sous Moubarak ? 

        Pour mémoire, le général Abdel Fatah al-Sissi ( devenu maréchal pour le récompenser de son coup d’Etat réussi) a été le chef des renseignements militaires sous Hosni Moubarak et c’est ce grand général devenu maréchal qui avait justifié les tests de virginité des manifestantes sur la place Tahrir. 

        • Lilia Marsali Lilia Marsali 6 février 2014 21:52

          J’avoue Jonas n’avoir rien compris pour l’instant à cette vague d’engouement d’une gauche arabe si prompt à encourager le tout sécuritaire donc l’armée et la police , ayant connaissance de ce qui s’était passé sous d’autres « démocraties laïques » gouvernés par les pinochets arabes. Comme vous le soulignez si justement : pas besoin d’être pro ou anti frères pour se rendre compte qu’il y a vraiment un anti frèrisme affiché de la part d’intellectuels arabes qui leur préfèrent les salafistes d’Al Nour ou Al Sissi tout court.
          A présent les faits sont là : un universitaire le professeur Emad Shahin faussement accusé, l’armée qui dément la candidature de Al Sissi à la présidence, des journalistes emprisonnés pour avoir fait leur travail, et de nombreuses arrestations censurées.
          A quoi sert le soutien des intellectuels arabes anti FM à l’armée sachant que si éradication des FM il y a (hypothèse) les problèmes de fonds ne seront pas règlés et qu’une troisième voie (ni Morsi ni Sissi) est impossible ou alors si elle est formée ,risque de déboucher sur un scénario « à l’algérienne » ?

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Lilia Marsali

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