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Accueil du site > Actualités > International > Maroc 2006 : 50 années d’indépendance

Maroc 2006 : 50 années d’indépendance

Il y a déjà plus d’un demi-siècle, le 16 novembre 1955, le roi Mohammed V est revenu de son exil à Madagascar. Une foule énorme, peut-être plus d’un million de Marocains, l’attendait à Salé et à Rabat.

Ce jour-là, ce souverain qui allait être le plus grand de l’histoire contemporaine du Maroc, prononça un discours fondateur dans lequel il annonçait la « fin du régime de tutelle et de protectorat » et « une ère de liberté et d’indépendance ».

Il y a déjà plus d’un demi-siècle, le 16 novembre 1955, le roi Mohammed V est revenu de son exil à Madagascar. Une foule énorme, peut-être plus d’un million de Marocains, l’attendait à Salé et à Rabat.

Ce jour-là, ce souverain, qui allait être le plus grand de l’histoire contemporaine du Maroc, prononça un discours fondateur, dans lequel il annonçait la « fin du régime de tutelle et de protectorat » et « une ère de liberté et d’indépendance ».

Le 3 mars suivant, son royaume, après une éclipse de quarante ans, reconquérait sa souveraineté, et l’année suivante, Sidi Mohammed ben Youssef, le sultan, devenait roi du Maroc sous le nom de Mohammed V, 1168 années après sa fondation, en 788, par Idris 1er de la monarchie marocaine..

Cinquante ans après ce véritable tournant historique, l’heure est aux bilans dans la 316e année de la dynastie alaouite, une des plus anciennes du monde. Un bilan officiel a été promulgué en diverses langues et forme un volume de quatre mille pages.

Ainsi, le mois de mars 1956 a marqué, pour le royaume, le début d’un long processus de démocratisation, provoqué par le désir le plus profond de sa population d’évoluer vers une monarchie constitutionnelle parlementaire à partir d’une royauté paternaliste, théocratique et absolue. Déjà devenu un pays d’aspect moderne, sous un protectorat à la fois dictatorial et constructeur, le Maroc s’est développé lentement tout au long de trois règnes, dont le premier fut celui d’un sage libérateur, le second celui d’un despote éclairé tenté par la tyrannie à laquelle il a succombé, et le troisième celui d’un un jeune homme bien intentionné, inexpérimenté, mais à la recherche de lui-même. Personnage, timide mais avenant, il est devenu le point de mire de tout un peuple. Il devra compter avec tous les pièges qui lui seront tendus par une partie vieillissante de l’establishment (le « Maghzen »), par les pontifes de la bourgeoisie, les conservateurs prêcheurs, ou « agit prop » islamistes, tandis que, parallèlement, le fait de favoriser l’avènement d’un pluralisme politique contribuera probablement à lui mettre à dos les fondamentalistes purs et durs, donneurs de leçons.

Après cinquante ans, l’établissement d’un bilan, positif, sous bien des aspects, autorise à poser des questions qui fâchent, celles qui ne manqueront pas d’être soulevées à l’intérieur comme à l’extérieur de ce pays où vivent, en 2006, 29,1 millions d’habitants, qui forment une population trois fois plus importante qu’en 1950 .

L’histoire du Maroc contemporain tient à la fois du miracle et de l’insuccès dans une course effrénée en direction du modernisme technologique et de la démocratie. Miracle parce que la politique économique de Hassan II a permis de maintenir rigoureusement parallèles les courbes démographique et macro-économique du pays.

Les efforts accomplis l’ont été tous azimuts. Le fils de Mohammed V, souverain sans état d’âme, était un redoutable homme d’affaires et d’action. Sous son impulsion, les investissements étrangers, les réformes dans l’agriculture, l’exploitation des ressources non renouvelables comme les mines du Haut Atlas, et les phosphates de Khouribga et des provinces sahariennes, dont le Maroc est un des plus importants producteurs dans le monde - un des fondements de l’économie - les industries de transformation, l’explosion des activités dans les domaine des services et du tertiaire, l’essor des technologies de pointe, ont permis d’éviter qu’une population, dont 45% est agricole et soumise aux caprices météorologiques d’un zone semi- aride, ne meure de faim.

Le PIB qui était de 1275 dollars par an en 2001 est même monté à 1400 dollars an 2005. Les Marocains sauvés de la pénurie sont, dans leur ensemble, encore loin de l‘opulence. Les économistes ont même constaté que l’écart entre riches et pauvres est abyssal. Ils ont noté que 9% de la population ne dépensent pas plus de 900 dirhams (80 €) par mois, alors que le salaire minimum industriel est officiellement de 2000 dirhams (181 €).

Ce tableau socio-économique n’a pas empêché cinquante années d’oligarchie renforcée. Il a favorisé le développement quantitatif d’une classe moyenne plus nombreuse, mais il a été la cause de l’explosion démographique du lumpen proletariat dans les "bidonvilles" de la côte, provoquée en particulier, au rythme de 305 000 migrants par an, par l’irruption de nouveaux occupants venus du bled, comme il y a un demi-siècle, au temps des Français, fuyant leur pauvreté rurale, à la recherche d’introuvables emplois dans les villes de la côte atlantique.

Malgré cette misère permanente, illustrée, selon des données officielles, par la présence de quatre pauvres sur cinq paysans dans les campagnes, et un habitant sur cinq dans les villes, l’état sanitaire du royaume s’est amélioré. Les Marocains, affirment les experts, ont gagné « vingt-cinq années de vie supplémentaire » car le taux de mortalité est passé de 2,5% en 1950 à 0,5% en l’an 2000, grâce à l’éradication des épidémies de typhus et de typhoïde, à la suppression presque totale du paludisme et de la tuberculose qui étaient des maladies endémiques avant-guerre.

Par ailleurs, les Marocains, assez fatalistes (Mektoub) - « c’est écrit » - ont été induits à la résignation par la vénération qu’une majorité d’entre eux professe à l’égard de la dynastie alaouite et de son roi, commandeur des croyants... La crainte des châtiments, dont on parlait à mot couvert sous le nom de « jardins de Hassan II » sans oser prononcer celui de Tasmanar, a contribué sans doute à juguler les explosions révolutionnaires. Colère peut-être, contenue et tempérée naïvement par l’espoir de pouvoir obtenir un jour - en échange d’un « fabor » - ce passeport et le visa qui leur ouvriraient les portes de ce qu’ils croient, avec naïveté, être le pactole européen.

Il y a eu un demi-siècle de progrès lent mais continu de la macroéconomie, dû à Hassan II. Ce souverain, monté sur le trône à 31 ans, élevé comme les jeunes occidentaux de son temps par une kyrielle de professeurs français, sous la direction de son père Mohammed V, était devenu un redoutable homme d’affaires publiques et privées. C’est grâce à lui qu’ont afflué les investissements étrangers nécessaires à un nouvel essor de l’industrialisation, des travaux publics, des voies de communication et d’autoroute, de barrages hydrauliques supplémentaires qui ont empêché la population de devenir une des plus pauvres du monde et de se maintenir au 124e rang sur 177 pays en matière de développement humain.

Ce redémarrage de la machine économique, affectée de 1951 à 1955 par quatre années de « lutte pour l’indépendance », a pu être effectué à partir des bases solides créées, à partir de 1947, dans le protectorat, dans les domaines des travaux publics et du bâtiment, financés par les capitaux honteux sortis des « lessiveuses » remplies avec les gains de la « collaboration » de certains industriels et négociants français en Métropole, pendant la guerre.

Ainsi se sont écoulées cinquante glorieuses années d’enrichissement de la grande bourgeoisie marocaine des affaires, et de l’establishment en général. Ceux-ci ne paraissent pas avoir été atteints par l’insuccès de l’Etat dans la lutte contre de corruption à tous les niveaux de la société. Personne n’a condamné au nom de la morale l’augmentation inespérée de la production de chanvre indien sur 130 000 hectares, qui a fait de ce royaume un des principaux producteurs de résine ; résultats dont se sont réjouis les paysans rifains, enrichis par la culture de cette plante. Celle-ci n’a été jusqu’à présent remplacée par aucune autre, au nom de la lutte internationale contre les drogues... D’ailleurs, ainsi que l’avait fait remarquer le roi Hassan II dans une interview, « le contrôle de la drogue est du ressort, de la responsabilité des pays qui l’achètent. »

Par contre, cinquante années d’indépendance ont a valu à ce royaume millénaire et à son peuple, valeureux dans les guerres et courageux dans la paix, son admission à part égale sur la scène internationale, la jouissance d’une notoriété internationale, magnifiée par la signature en 1995, avec l’Union européenne d’un important accord de libre-échange et d’une autre convention similaire avec les Etats-Unis.

Le premier accord a consacré son désir de jouer le rôle d’un pont entre l’Europe et l’Afrique. Le second a mis en évidence le rôle transatlantique du Maroc, inauguré en 1786 par la signature, à Marrakech, par Thomas Barclay, consul américain à Paris, et le sultan Mohammed ben Abdallah, pour une durée de cinquante années, d’un « Traité de paix et d’amitié entre les Etats-Unis d’Amérique et le Maroc. »

Un troisième facteur allait renforcer le prestige du Maroc : sa solidarité avec les pays du monde musulman, ainsi que ses interventions discrètes en faveur du règlement du conflit palestino-israélien lui ont ouvert la perspective de jouer un rôle dans les imbroglios du Moyen-Orient.

De tels succès diplomatiques n’ont pas pu faire oublier cinquante années de contentieux sans solution avec Madrid, à Ceuta et Melilla, deux ports situés sur la côte méditerranéenne du royaume ; pas plus que vingt-cinq années de récupération d’Ifni et de reconquête du Sahara occidental, sur l’Espagne. Cette politique d’affrontement avait été inaugurée en novembre 1975 par la « Marche verte » de 350 000 Marocains à pied, à cheval et en camions, lancée à la manière d’une croisade par Hassan ; elle s’est transformée en guerre des sables, inachevée, ruineuse, subventionnée en partie par l’Arabie saoudite, contre le « Polisario ». Ce mouvement indépendantiste, soutenu matériellement et financièrement par l’Algérie, n’a pas fini de contester la souveraineté du Maroc sur ce qu’il estime devoir être un Etat indépendant, entre l’oued Draa, l’Océan atlantique et la Mauritanie. Les millions de dollars dépensés par Rabat dans cette aventure auraient pu servir à l’amélioration des conditions sociales du royaume. On y craignait les sécheresses et la pauvreté, mais Hassan II a choisi la gloire des armes.

Et pourtant, ce cinquantième anniversaire fait ricaner une jeunesse - 55% de moins de 25 ans - sortie des lycées et des universités et marquée par l’évanouissement son optimisme, alors qu’elle est avide de travail non disponible, de vie moderne, et de démocratie efficace. L’accession à l’indépendance avait ouvert à un peuple toutes les portes de l’espoir après sa lutte pour la liberté. L’attente paraît très longue, au bout d’un demi-siècle de patience. Cette jeunesse demeure incrédule, en dépit de quelques réformes d’importance récentes : l’instauration d’élections au suffrage universel, l’évolution d’une royauté théocratique, décrite comme constitutionnelle, vers un régime parlementaire et démocratique, la promulgation, par Mohammed VI, d’un statut visant à octroyer le respect qui leur est dû à la femme et à la famille, dont les Marocaines attendent encore les pleins effets.

Même le suffrage universel a déçu. « Des élections générales ne veulent pas automatiquement dire que l’on est en démocratie », disent les bacheliers diplômés.

Les élus, eux-mêmes, tenants du parti islamiste, pourtant en net progrès, n’y croient pas vraiment. Certains hommes politiques ont même affirmé qu’elles avaient été « organisées » par le pouvoir.

"Pourquoi voter alors, quand on sait bien qu’avec ces gens-là, ce sera toujours pareil", entend-on dire au sein de la jeunesse qui pourrait être aussi bien celles des banlieues difficiles que celle des grandes métropoles de France.

De telle sorte que les plus déçus, voire les sans espoir, agissent aujourd’hui comme leurs grands-parents il y a cinquante ans, au temps du protectorat, et se rendent nombreux dans leurs sanctuaires pour implorer Allah, pour que ça change !


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3 réactions à cet article    


  • karim (---.---.64.149) 24 février 2006 01:11

    je trouve que vous n avez pas parlé du tout de l anlaphabétisme qui est un des grnads facteurs de sous developpemnt dans ce pays . En effet 50% de la population marocaine est selon le gouvernement analphabète. C est ce qui explique cette deshonorable 124 eme place ne matiere d idh mais aussi que la population marocaine va voter massivement en 2007 en faveur du parti islamiste puisqu il n ont pas acces au savoir a la philosophie qui est interdite d enseignement a la philosophie socialiste libéral, tres peu ont acces a ces information. Aussi vous n avez pas souligné l exploitatioln des enfants de ces enfants opprimés exploités des leur plus jeune age pour finir petite bonne ou apprenti d un illétré.De plus vous n avez pas parlé de la delinquance au maroc des enfants abandonnés condamnés a rester dans la rue a faire la manche pour acheter des colles ou de la drogue. Qui plus est vous n avez pas parlé de ces meres celibataires qui sont victimes de l hypocrisie de la sociéé marocaine société archaique qui ne veut pas évoluer ( car analphabète ne loublions pas) . Aussi l hypocrisie de la société qui interdit les alcools quel qu ils soient alors que l alcool est la deuxieme boisson la plus conssommée chez les marocains apres le thé. Enfin quand vous disiez que hassan 2 avait reussi a reduire la dependace agricole c est completement faux la preuve ne est que l agriculture represente non moins de 20% du PIB marocain ce qui est enorme par ailleurs tres peu de choses ont ete faites pour réduire la dependance marocaine a la pluie puisque tres peu de terres cultivablees sont irriguées. autant vous dire seulement que vous dressez un porttrai trop positif de ce maroc ce maroc qui certes a accompli des proges mais des prges minimes au vu de ce qu on fait d autres pays dans le meme laps de temps j pense a lespagne qui avait une situation plus catastrophique que la notre qui a reussi a deveznir la 9eme puissance mondiale ou encore a la corée du sud egalement en plus mauvaise position et bine ce petit bout de terre est devenu en moins de 50 ans la 11eme puissance mondiale et pourtant ces deux pays ne sont partis de rien mais a force de travail et d envie d ameliorer ses conditions de vie on y arrive . Chose loin d etre acquise pour le maroc


    • Bertrand C. Bellaigue (---.---.102.41) 24 février 2006 01:26

      Vous comprendez certainement qu’en 1900 mots il n’était pas question de faire une encyclopédie mais d’évoquer les grandes heures du Maroc. Bien à vous


    • Rachid (---.---.150.9) 3 avril 2006 12:42

      Merci pour cette article

      Rachid

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