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Accueil du site > Actualités > International > Maroc : Les réformes nécessaires à le démocratisation

Maroc : Les réformes nécessaires à le démocratisation

La révolution de jasmin, totalement inattendue même au Maghreb, soulève un certain nombre de problématiques au Maroc, où des points communs, mais aussi des spécificités propres au royaume peuvent être spécifiés. Cette grille d’analyse peut par la suite être utilisée pour concevoir un plan d’action pour la démocratisation des mentalités, et du pays par les forces significatives de la nation, intellectuels, homme politiques, société civile etc…

Des points communs entre certains pays arabes (dont le Maroc) et la Tunisie, on a déjà dit l’essentiel. Pauvreté et pouvoir d’achat minime des citoyens, corruption généralisée, hégémonie d’un chef d’Etat sur les contre-pouvoirs politiques sont autant de facteurs qui ont fait explosé le système Ben Ali et qui sont aussi présents dans nombre de pays arabes.

Je suis d’avis que chacun de ces pays dispose tout de même de ces propres spécificités, dont le Maroc.

Tout d’abord, le degré de liberté entre le régime marocain et celui de Ben Ali est sans commune mesure.

 Certes, on ne peut pas dire que la liberté d’expression est un droit reconnu au Maroc. Le contrôle sur les médias écrits et Internet est toutefois plus souple, plus relâché et utilise des techniques utilisant un semblant de légalité (procès en diffamation et autres poursuites légales). Cela n’a pas empêché le journal le plus critique envers le régime (Le Journal hebdommadaire) d’arrêter sa diffusion du fait des coups de boutoir du pouvoir. Les journalistes pratiquent aussi un degré relativement important d’autocensure. Mais, si les commentaires ne dérangent habituellement pas le pouvoir, force est de constater que la presse relate plus ou moins fidèlement les faits.

Les élections sont quant à elles, du moins jusqu’aux législatives de 2007, plutôt propres. Le contrôle, il est vrai se déroule beaucoup plus en amont, avec les médias audiovisuels tous étatiques, la presse subventionnée par le « makhzen économique » et le découpage électoral. Le système électoral (une sorte de proportionnelle locale) est customisé afin d’éviter que tout parti puisse prendre une majorité absolue au parlement et donc concurrencer réellement le pouvoir monarchique, nonobstant les autres niveaux de contrôle sur les résultats (les médias, la loi sur les partis les amenant à s’allier à toutes sortes de notables véreux et donc à se discréditer etc…).

Le fait islamiste est quant à lui beaucoup plus présent au Maroc. La norme salafiste (femmes voilées, homme barbus, discours moralisateurs …) est partout présente dans les classes populaire, alors qu’en Tunisie, du fait de méthodes répressives d’autres facteurs, elles est beaucoup moins importante. Le principal parti d’opposition parlementaire, (en fait la seule opposition ayant une idéologie différente de la majorité) et la seule grande force d’opposition illégale (mais tolérée), respectivement le Parti de la Justice et du Développement et le mouvement Al Adl Wal Ihssane sont issus de l’idéologie islamique. En d’autre terme, la seule opposition organisée, que ce soit contre le gouvernement ou contre le régime sont des mouvements islamistes.

Enfin, le Maroc est loin derrière la Tunisie dans tous les classements touchant à la richesse par habitant, au niveau de vie et au développement humain. La pays est encore à forte composante rurale (40% de la population), avec un niveau d’éducation plus faible (40% d’analphabétisme par exemple) et une pauvreté plus grande, que ce soit pour la proportion de lumpen ou pour le niveau de vie médian dans la société.

Donc, entre un système de contrôle politique beaucoup plus doux, l’importance des islamistes dans la société beaucoup plus importante, et un niveau de développement moins important, la situation marocaine, malgré les points communs du despotisme (éclairé ou non), de la corruption et de l’ascenseur social en panne n’est pas identique à la situation tunisienne.

Du fait de ces spécificités, la situation au Maroc nécessiterait préférablement une transition plus douce vers la démocratie qu’une révolution populaire. Cette transition douce permettrait ainsi d’éviter un scénario à l’iranienne, un possible bain de sang (du fait d’une intervention de l’armée) et d’éviter un vide politique qui ménerait droit le pays vers un nouveau régime tout aussi despotique, qu’il soit islamiste ou du fait d’un « homme providentiel » qui rétablirait l’ordre après des troubles qui ne pourraient être canalisé que par des islamistes.

La solution consiste donc à, graduellement et pacifiquement, mener des actions afin de mener le pouvoir hégémonique du pays, le cercle monarchique, à en venir lui-même à une ’option démocratique véritable.

L’action visant cet objectif devrait être une action de masse et devrait être menée non pas avec des organisations ou des hiérarchies mais avec des réseaux, moins contrôlables par des leaders toujours manipulés.

Mais que faire ? Les conditions pour une démocratie au Maroc sont nombreuses. Une réforme de la constitution limitant les pouvoirs du personnel nommé au profit des personnalités issus des urnes (le Parlement en d’autres termes) est nécessaire. Par ailleurs, une réforme de la loi sur le financement des partis, permettant aux partis de se passer des notables locaux à l’enrichissement douteux est aussi nécessaire. Enfin, un système électoral uninominal à deux tours aux législatives permettrait la création de coalitions véritablement proches idéologiquement qui donneraient une certaine cohérence au champ politique. Ces réformes conduieraient à la réhabilitation de la politique partisane, à un véritable pouvoir des instances élues, tout en conservant un cercle royal comme garde-fou contre des aventures (islamistes, militaire ou populiste) qui ramènerait le pays à la situation présente, voire pire. Mais les réformes législatives et constitutionnels ne sont pas suffisantes, une véritable culture de la pluralité des opinions doit naître, et c’est là aussi que les élites démocratiques doivent intervenir, réfutant toute éradication pour « nihilisme », « athéisme » ou autre « salafisme » des idées débattues et donc permettant un débat sain sur le futur sociétal du pays.

Enfin, au niveau populaire, tout type d’action amenant à ces divers objectifs est souhaitable. Je me permets toutefois d’appeler la population à ne pas participer aux élections pour le moment présent, tant que les conditions constitutionnels et légales d’un véritable pouvoir élu, ne d’écrasant pas systématiquement devant le pouvoir éxécutif monarchique toujours hégémonique, ne sont pas réunies. Un taux de participation minime, comme en 2007 (37%) qui se répéterait ménerait quasi-automatiquement vers un système de plus grande représentativité des élus (dans le cadre d’un système électoral moins loufoque) et aussi probablement d’un réél pouvoir des instances représentatives.


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7 réactions à cet article    


  • OMAR 26 janvier 2011 17:28

    Omar 33

    Bonjour Bensred :"Le fait islamiste est quant à lui beaucoup plus présent au Maroc..

    Mais sa portée est insignifiante sinon nulle, le Roi du Maroc etant le est commandeur des croyants, car descendant du Prophète.. 


    • Ben Slimane Mohamed Réda bensred 26 janvier 2011 19:32

      Pour schématiser, il existe un islamisme « traditionnaliste légaliste » et un islamisme « militant contestataire ».
      En réalité, pour caractériser l’islamisme au Maroc, il faudrait tout un article, car le fait islamiste est extrêment disparate au Maroc.
      On ne peut résumer par le roi est le commandeur des croyants, le statut de commandeur des croyants étant lui-même contesté par des islamistes et aussi des laiques.
      Par ailleurs si ce fait était insignifiant, le PJD (parti islamiste légal) ne clamerait pas à tout bout de champ que le roi est commandeur des croyants, les islamistes qui ne reconnaissent pas ce statut ne seraient pas persécutés, voire pour les salafistes d’entre eux torturés dans des prisons secrètes etc...
      Ceci n’étant qu’une partie de ce qui devrait être dû sur ce statut...


    • Png persona-nongrata 27 janvier 2011 01:27

      @ L’auteur ,

      Vous usez d’un vocabulaire et d’une sémantique trés mainstream , les islamistes ? La norme salafiste ? Non on dit les partis islamiques aprés la barbe ou le voile ne veulent rien dire ,bah quoi faut avoir le col blanc et la cravate comme les banksters que vous représentez ? Vous conseillez donc au marocains une révolution mais douce , un peu à la Besancenot avec des BN , des ballons et des chansons pendant que vous continuez à vous partager les bénéfs et quand je dis vous c’est l’univers que vous représentez car à mon avis vous êtes loin des salaires d’un cadre de la BNP ou de la Ste Generale.... et c’est ce qu’il y’a de plus triste dans cette histoire

      A force de vendre de l’usure la raison s’obscurcie.....

      • Martin D 27 janvier 2011 09:53

        à l’auteur,

        pourquoi utilisez-vous le terme partis islamiste ?
        pour vous ce sont des intégristes ? des terroristes ? des fondamentalistes ? des  ?
        et en quoi ils seraient plus dangereux que des athées ou laïques complètement corrompus ?


        • Ben Slimane Mohamed Réda bensred 27 janvier 2011 19:41

          Bonjour,
          je vais essayer de répondre à toutes ces interrogations :
          1/ la majorité du peuple au Maroc ne serait pas d’accord avec un régime fondamentaliste, ils seraient plus pour un régime où la religion officielle serait certes l’islam mais où les libertés publiques (tels qu’ils ne les connaissent pas) et les libertés individuelles, aussi au niveau de la pratique religieuse (tels qu’ils les connaissent) seraient garanties, le problème étant que cette majorité, généralement démocrate n’est représentée par personne puisque l’opposition au régime est fondamentaliste ou laique/athée, une révolution populaire risque de se retrouver face à un vide de représentation (voir l’Algérie après les émeutes de 1988)
          2/ persona-nongrata, la norme islamiste (barbe et femmes voilées), ce n’est pas la même chose que le vote islamiste, on est bien d’accord, pour être clair, je touche plus de dix fois le SMIC marocain, et un peu plus que le SMIC français, je vis très bien tbark lah, mais je ne roule pas sur l’or, si vous avez un problème avec ça, venez travailler au Maroc si vous pouvez.
          3/ mek 123, l’objectiof serait de créer par le boycott une situation de blocage qui amènerait à une démocratisation ou, je le conçois, un durcissement du régime, ce qui amènerait là à une situation similaire à la Tunisie de Ben Ali... 


          • mek123 30 janvier 2011 17:02

            cher

            amis pour ton salaire tant mieux pour toi, se n’est pas la question,
            moi même je gagne très bien ma vie car je suis un marchand.
            nous savons très bien que tu a partien a la classe moyen est que il y’a plus de pauvre que des gent de ta classe.

            Est pour le boycote .
            Désoler je ne voix pas se que tu veux dire.

             


          • BA 30 janvier 2011 15:02

            Dimanche 30 janvier 2011 :

            Egypte : les Bourses du Golfe plongent.

            Plusieurs Bourses arabes du Golfe plongeaient dimanche, avec une baisse de plus de 6% à Dubaï, dans la foulée des tensions en Egypte, secouée par une contestation populaire sans précédent contre le régime.

            A la Bourse de Dubaï, l’indice DFM a chuté de 6,7% à 1.505,62 points, peu après l’ouverture à 06H00 GMT, selon le site internet de la Bourse.

            Après une heure de cotations, l’indice était encore en baisse de 6,27%.

            Le géant immobilier, Emaar Properties, titre vedette de la Bourse de Dubaï, perdait à l’ouverture 10%, le seuil maximum autorisé par les régulations du marché.

            Emaar Properties, qui a construit Burj Khalifa, la tour la plus haute monde, compte plusieurs projets en Egypte.

            Pour sa part, la compagnie aérienne Air Arabia de Charjah, l’un des sept membres de la fédération des Emirats arabes unis, plongeait de près de 10%. Ce transporteur à bas prix a un hub en Egypte.

            D’autres marchés du Golfe étaient également en chute.

            La Bourse d’Abou Dhabi perdait 3,74% à 2.559,89 points durant les premiers échanges.

            Le titre du géant des télécommunications Etisalat, qui opère en Egypte par le biais d’Etisalat Misr, perdait 3,35%.

            A Koweït, la Bourse, le deuxième marché arabe après l’Arabie saoudite, perdait aussi 2,14% à 6.795,6 points.

            La Bourse du Qatar a ouvert sur une baisse de plus de 5%.

            Le marché saoudien, le plus important du monde arabe, avait cédé 6,43% et clôturé à 6.267,22 points samedi, au premier jour de cotations de la semaine dans le royaume saoudien. Dimanche, il ouvre plus tard dans la journée.

            « Une exposition directe à la violence en Egypte est un problème pour certaines compagnies saoudiennes qui ont pris des participations dans des firmes égyptiennes », a indiqué dimanche le bureau de conseil, Jadwa Investment, dans un communiqué.

            L’Egypte est en proie depuis mardi à un mouvement de contestation populaire sans précédent contre le régime du président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 30 ans. Au moins 102 personnes, dont 33 samedi, ont été tuées depuis le début de ces manifestations, selon des sources de sécurité et médicales.

            http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=2d11374a6d4bf5b7abfe0f570cd991d8

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