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Mauritanie : du système démocratique au système des généraux

Remonter l’évolution politique de la Mauritanie, au lendemain des années de l’indépendance, permet de savoir que plusieurs systèmes politiques ont dirigé ce pays. Des régimes de parti unique, aux régimes militaires et semi-démocratiques peu respectueux des droits de l’homme et des libertés d’expression, la Mauritanie avait vu de tous les coups d’Etats jusqu’au coup d’Etat du 3 août 2005, une possibilité de tourner à jamais la page aux pouvoirs d’exception a été entrevue. Ceci est d’autant plus vrai, que la transition politique dirigée par des mains de velours par des officiers de l’armée a permis la mise en place d’institutions démocratiquement élues qui sont actuellement aux commandes du pays.

L’accession au pouvoir du président de la République démocratiquement élu M. Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi était aussi perçue comme une période de grands chantiers dans la voie d’une démocratisation graduelle du pays, dont l’aboutissement devait être couronné par la démilitarisation totale de l’appareil Exécutif, donc consistant à donner un coup de balai définitif à l’ordre kaki qui régnait de facto ou en filigrane.

C’est tout de même cette aspiration profonde des Mauritaniens de tout bord d’en finir avec le règne militaire qu’attendait le peuple au lendemain d’un certain 19 avril 2007.

Une année, après la commémoration de l’investiture du président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, on constate que la proximité et l’influence militaire s’est plutôt renforcée, quoiqu’une année c’est juste une période de grâce au cours de laquelle le pouvoir procède à des moments de reconnaissance et d’exploration avant de se décider à passer à la mise en œuvre. En effet, déjà cette locomotive de développement annonce ses couleurs, malgré quelques cas de mauvaise gestion et cette inopportune crise alimentaire, avec la flambée des prix et la dégradation des conditions de vies des populations.

De nettes améliorations ont été constatées alors dans les institutions de l’Etat au niveau de tous les départements ministériels. Mais, là où les choses vont mal et où le quiproquo sursaute aux yeux, c’est quand le pouvoir en place pérennise la mainmise des militaires dans la gestion des affaires de l’appareil d’Etat. C’est ce constat amer, auquel on assiste impuissant aujourd’hui, qui semble se dresser devant nous et se renforcer au fur et à mesure que le mandat de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi avance.

Cette militarisation a été non seulement privilégiée par une étude réalisée par des spécialistes de l’Armée française, sur demande des militaires proches de la présidence, en rapport avec les états-majors, mais institutionnalisée et dirigée par un état-major général des Armées dont la direction est dévolue à un officier général qui chapeaute tous les autres états-majors à savoir ceux de l’Armée, bien sûr, de la Gendarmerie, de la Garde Nationale... Puis rapprocher cet état-major du pouvoir au point qu’il n’est pas difficile de le manier à sa guise.

Le renforcement du pouvoir présidentiel devrait se faire essentiellement au détriment des pouvoirs - réels c’est-à-dire les militaires dans « l’ombre » - acquis par l’institution militaire dans la transition conduite par le CMJD.

En effet, si avant, nous étions en présence de colonels auxquels on attribuait de nombreuses fonctions, aujourd’hui on sent la présence de généraux de l’armée dont les décisions interfèrent avec celles du pouvoir démocratiquement élu. Ces généraux nous rappellent ceux de la Turquie et de l’Algérie, sauf qu’en Algérie, Bouteflika a intelligemment réussi à éloigner les généraux en les nommant à des postes figuratifs.

Pour rappel, en accédant au pouvoir, Bouteflika a hérité de la direction d’un Etat où les généraux se sont imposés depuis l’indépendance du pays. Des officiers militaires difficiles à écarter de toute gestion du vécu de l’Etat qui détiennent des moyens financiers énormes, des groupes de presse et des partis politiques. Ce que ne semble pas faire Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, qui utilise des procédés de nature à rendre impossible toute future indépendance du système démocratique mauritanien face à la mainmise militaire, contrairement aux premières impressions post-transition ayant porté sur un dispatching des ex-membres du Conseil militaire pour la justice et la démocratie, qui a été considéré comme une inspiration de la méthode Bouteflika. Ce dernier a fait des nominations pour disloquer le règne militaire. Car cette institution n’avait, fin 1998, d’autre choix que de s’accommoder d’Abdelaziz Bouteflika. Elle préférait au chaos institutionnel consécutif à l’annonce de la démission du président M. Zeroual en septembre 1998 ce personnage turbulent, peu disposé au rôle de « marionnette », mais assez charismatique et bon parleur pour redorer le blason du régime, terni par de longues années de répression et de gabegie économique.

Aujourd’hui, chez nous, les patrons de l’armée nourrissaient l’espoir d’affecter Sidi Ould Chekhe Abdellahi principalement aux tâches de représentation internationale, avec la consigne de tout entreprendre pour «  soigner l’image de la Mauritanie ». S’ils ne comptaient pas l’exclure des domaines de souveraineté intérieure, ils n’en entendent pas moins les partager avec lui, dans un harmonieux ménage qui devrait obéir au schéma de cohabitation en vigueur dans les pays comme la Turquie et l’Algérie.

Selon les observateurs les plus avertis, les militaires aujourd’hui ont tout fait pour avoir les pieds dans le pouvoir, notamment en essayant d’avoir des confiances auprès des partis politiques, et en créant d’autres, des médias dont 4 semblent aujourd’hui être à leur solde, des organisations de la société civile... Aujourd’hui, des associations travaillant en souterrain au profit de nos gouvernants généraux sont nées et préparent un climat de confiance entre les tenants du pouvoir et la société civile, toutes catégories confondues.
Quand Abdelaziz Bouteflika était venu au pouvoir, il savait quel cadeau de la providence il était pour le système en crise, se promettait de profiter de l’affaiblissement politique de l’armée suite à la démission du président Zeroual.

Il suggérait à celle-ci qu’il la défendrait mieux contre les accusations d’atteintes aux droits de l’homme si elle lui cédait une parcelle de pouvoir supplémentaire. Au prix de clashs muets ou retentissants, il a réussi à l’épurer des principaux hauts gradés opposés à sa politique de réconciliation radicale avec l’islamisme armé et, surtout, à son ambition d’être, pour citer ses propres mots, « un président entier et non les trois quarts d’un président ». La purge a d’abord ciblé quelques influents chefs de régions militaires ainsi que le stratégique commandement des forces terrestres, à la tête duquel il a nommé un homme peu susceptible de s’opposer à lui, le général Gaid Salah. La dernière étape en a été la nomination de ce même général au poste très sensible de chef de l’état-major, en remplacement du général Mohamed Lamari, une des têtes pensantes de la conjuration qui a abouti, en janvier 1992, à la démission forcée du président Chadli et à l’interdiction du FIS, victorieux au premier tour des législatives de décembre 1991.

Tout le contraire de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qui disposait d’énormes atouts lui permettant sans effort de libérer définitivement le pays de toute emprise militaire, effective ou discrète soit-elle. En effet, notre système politique actuel légué par le Conseil militaire pour la justice et la démocratie a transposé avec fidélité toute la technique moderne des gouvernements militaires, comme celle de la Turquie. On retrouve dans la configuration politique au service de ces régimes militaires, des partis politiques issus de tous les courants idéologiques et communautaires (batthiste, nassériste, négro-africain et même islamiste...). En plus de la rumeur qui couve dans le parti au pouvoir où des militaires sont cités aux commandes. En termes de médias, 4 organes de presse sont financés, encadrés par des officiers, sinon confiés à des personnes interposées avec des moyens colossaux défiant toute concurrence, débloqués dès leur création, en plus de la bénédiction de la présidence. Toute cette armada est destinée à faire passer le message susceptible de soigner l’image de marque des personnalités pro-militaires ou à faire passer des politiques.

Cette stratégie visant à mettre la main sur tout ce qui bouge dans le pays, et démontre qu’aujourd’hui après un an de commande, le président Sidi Ould Chekh Abdelahi a cédé la Mauritanie à une nouvelle ère d’un Etat où les généraux sont maîtres et seigneurs de tout. Malheureusement, les élites n’arrivent pas à voir clair dans ces choses qui se préparent dans le palais présidentiel.

MN

Note : info POINTS CHAUDS bimensuel n° 97


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1 réactions à cet article    


  • Comité Cicéron 3 mai 2008 19:36

     

    Merci beaucoup pour cet article, je ne comprends pas pourquoi il n’a pas plus de commentaires.

     

    Pour ma part, je voudrais vous demander : Est-ce vraiment un problème à ce stade que la Mauritanie soit dirigée par l’armée ? En tunisie, cela réussit plutôt bien au pays, qui se développe très vite. En Algérie, l’armée n’est plus là, mais on ne peut pas vraiment dire que la démocratie règne...

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Bachir


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