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Accueil du site > Actualités > International > Mexique : L’armée aux portes de la cité

Mexique : L’armée aux portes de la cité

Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark, écrivait Shakespeare. Pour le Mexique, le terme approprié serait : tout ou presque tout. Les narcos phagocytent l’ensemble de la société et des institutions mexicaines. 

 Certains faits seraient à rire pour ne pas en pleurer : Tel la police et le conseil municipal de Amalizan dans le Michoacan qui décident, sous la pression d’un baron local et d’une guerre de clans terrible, de donner leur démission en bloc, créant une situation imprévue par la constitution et les lois. Tel la communauté des artistes interprètes qui, sommés de ne plus chanter les exploits des narcos dans leurs corridos, manifestent et pétitionnent en ripostant : notre choix serait donc entre la prison et l’exécution sommaire ? Tel le procès d’une bande exclusivement féminine qui est condamnée non pas pour trafic de drogue mais pour avoir édulcoré la cocaïne avec « des substances dangereuses pouvant entraîner des problèmes de santé ».

La mort violente d’Arturo Beltran Leyva, baron des barons (qui jouait le rôle de juge de paix entre les cartels) a soufflé un vent de panique dans tout le Mexique. « Désormais la guerre des clans est inéluctable ». Ajouter de la violence à la violence est une possibilité « qui est considérée comme une overdose fatale pour les mexicains ». En d’autres termes les forces armées auraient du s’abstenir. Mais quelle partie des forces armées ? La marine, qui a pris le chemin des vallées et des montagnes, considérée comme la seule à ne pas être encore corrompue. Pour la police la messe est dite : il ne se passe pas un jour sans annonciation de l’arrestation de narcos et de policiers pris la main dans la main. L’armée de terre ? Pas une de ses opérations n’a connu du succès, le lieu, les personnes visées et l’heure étant divulgués aux narcos par des infiltrés à l’Etat Major mais aussi dans toutes les structures de l’Etat, gouvernement et parlement inclus. Bref, la situation n’est plus contrôlée, c’est un euphémisme.

Dans le pays des trente mille assassinats par an dus au trafic des drogues, l’action de l’armée était pourtant considérée par le président Felipe Calderon et Washington comme la solution. Mais en quelques mois, celle ci n’a pas amélioré la situation, bien au contraire : elle est désormais accusée d’être, en même temps, partiellement vendue aux cartels et agir au dépit des règles élémentaires des droits de l’homme. Quant aux narcos, ils semblent considérer l’armée comme une bande parmi tant d’autres. Hier encore, une famille d’un officier de la marine tué dans la lutte contre les cartels, vient d’être décimée en représailles.

Ainsi, reviennent les pratiques de la guerre sale des années 1980 qui ont marqué l’ensemble de l’Amérique latine, avec, comme facteur aggravant la manque de contre poids des mouvements insurrectionnels de l’époque et une implication directe de l’armée dans cette guerre qui, il y a trente ans, l’a emmenée, par des pronunciamientos successifs au pouvoir dans la quasi totalité du sous continent. On pensait cette époque quasi révolue. On pensait aussi que l’armée était définitivement cantonnée dans les casernes. Le coup d’Etat aux Enduras, critiqué par la communauté internationale dans un premier temps a pourtant abouti à des élections cocasses qui ramènent l’oligarchie traditionnelle au pouvoir. Entérinant ce fait comme un moindre mal, la communauté internationale ouvre pourtant la boite de Pandore en créant un précédant calamiteux. Au Mexique le message est passé cinq sur cinq : des voix s’élèvent un peu partout pour prévenir : engager les forces armées dans une guerre de plus en plus sale contre les narcos, associé au fait que le président est pour le moins inefficace et que la classe politique notoirement corrompue, aboutira en fin de compte à un face à face qui mènera inévitablement l’armée au pouvoir. Dernier en date, l’archevêque de Baija, appelle les narcos « à cesser la spirale du mal qui annonce une catastrophe totale », et celui de Rio exige « que l’armée reste à sa place », « respecte dans sa lutte les droits de l’homme » et « qu’elle n’oublie pas qu’elle est aux ordres de l’exécutif ». Cependant, l’insécurité et la violence qui désormais s’est étendue sur l’ensemble du territoire mexicain ne sont pas le meilleur allié de l’ordre constitutionnel, loin de là…


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3 réactions à cet article    


  • ZEN ZEN 23 décembre 2009 10:13

    Merci pour ce rappel
    L’armée au pouvoir ? C’est probable
    Un pays si fascinant et si riche pourtant, qui souffre aussi de son puissant voisin
    A Ciudad Juarez en 2008, on déplorait plus de morts qu’à Bagdad : 1800.
    Pauvres Mexicains, victimes d’une violence et d’une corruption croissantes grangrénant l’Etat, entre l’enclume des narcotraficants colombiens , relayés par les bandes organisées du pays et le marteau des puissants intérêts des Etats-Unis, magasins d’armes , demandeurs de drogues et investisseurs intéressés par la proximité et l’extrême pauvreté de plus de 60% de la population !..

    Un pays au passé compliqué devenu presque incontrôlable. Un tableau noir.

    "
    Le peuple perd confiance dans ses institutions, la justice est absente, la réforme de l’Etat, en panne. Et des narco- trafiquants maintiennent la pression sur une société de plus en plus violente...Faute de justice, l’ordre social se dilue. Dans la ville, les automobilistes ne respectent plus le code de la route. La piraterie s’installe partout grâce à la corruption. Le syndicat des professeurs vend les postes de l’Education nationale. Les hommes politiques se remplissent les poches. En fait, tout le monde triche et il est illusoire de pouvoir rester dans la légalité. Conséquence : de nombreux conflits se règlent de manière radicale. Le Mexique a l’un des taux d’homicide les plus forts du monde (15 assassinats pour 100 000 habitants, dix fois plus que la moyenne européenne)...« 

    - »Elena Azoala ( conseillère du procureur général de la République et professeur de sociologie) : « Les causes fondamentales de cette violence sont liées aux énormes inégalités de la société. Non seulement il y a la pauvreté qui explique la violence, mais surtout l’écart qui existe entre ceux qui gagnent peu et ceux qui sont immensément riches », explique-t-elle. Il est effectivement incroyable que le Mexique ait 12 milliardaires en dollars et 60 % de sa population qui vit avec moins de 3 dollars par jour.

    Desaparecido | AgoraVox


    • cathy30 cathy30 23 décembre 2009 12:10

      L’armée au pouvoir à venir ?
      C’est plus que probable. elle est partout, surarmée, habillée comme robocop, c’est assez impressionnant. Elle controle sans cesse la population. Elle est surtout là, pour éviter tout rassemblement de foule, les mexicains pauvres sont dans le gouffre. Calderon a très peur d’une révolte.
      Tout l’argent de l’etat passe dans la lutte anti drogue et rien pour le peuple ? Dans quel but ?
      le peuple survie comme il peut. Pays avec des frontières trop proches des Etats unis, malheureusement pour lui.


      • nilasse nilasse 27 décembre 2009 17:42

        la proximité avec les états unis est un véritable problème pour ce pays. la cocaïne va dans un sens,les armes dans un autre. mais est ce vraiment étonnant ? les plus gros acheteurs et consommateur sont les américains,dans le même temps,ils exportent un modèle violent et vénal,ou seul la force et l’argent sont rois. la corruption non plus n’est pas étonnante,il se passe la même chose de l’autre coté de la frontière,ou flics,douaniers et politiques touchent un bakchich pour garder les yeux fermés. l’armée,si elle n’était pas pourrie jusqu’à l’os,pourrait être une solution,aussi regrettable soit elle. aux grands maux,les grands remèdes. il ne serait pas surprenant qu’une guérilla voit le jour avec comme but principal l’endiguement du trafic de stup.

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