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Accueil du site > Actualités > International > Mise en place d’un vol régulier entre Taiwan et la Chine : le dégel (...)

Mise en place d’un vol régulier entre Taiwan et la Chine : le dégel des tensions ?

Il n’est désormais plus nécessaire de faire escale à Hong Kong pour tous les usagers désireux d’aller de Chine à Taiwan et inversement : la première liaison sans escale entre les deux pays est enfin effective. Le 4 juillet 2008, l’A330, et ses 258 passagers, de la China Southern Airlanes en provenance de Canton atterrissait sans escale à Taipei, capitale de la République de Chine (RDC) alias Taiwan.

L’on entend crier au dégel des tensions entre Taiwan et la Chine, voire, chez les plus enthousiastes, au dénouement de la crise. Mais qu’en est-il vraiment ? Comment peut-on comprendre la création de cette ligne ? S’agit-il de la liaison entre deux provinces comme souhaiterait l’entendre dire la RPC ? Ou entre deux Etats distincts l’un de l’autre, mais à l’histoire commune ? L’ouverture de cette ligne est un élément important tant d’un point de vue diplomatique qu’économique, mais il ne faut pas oublier que le point central est la recherche de la réappropriation de Taiwan par la Chine en tant que province alors que l’île mène son combat pour sa reconnaissance internationale : un exercice des plus périlleux pour un Etat de 23 millions d’habitants face au géant chinois, première puissance démographique mondiale.

Taiwan est l’un des Quatre Dragons : il s’agit d’un pays riche, développé et excessivement dynamique dans la région d’Asie du Sud-Est. Relais stratégique de la zone grâce à une position géographique idéale avec son ouverture sur le Pacifique, l’île a toujours été convoitée par ses voisins. La Chine a tout intérêt à souhaiter une réunification avec son ancienne province afin de compléter et d’assurer le dynamisme de sa propre croissance, confortant ainsi son poids et son influence dans la région.

Dire que les relations entre la Chine et Taiwan sont tendues depuis 1949 reste un doux euphémisme. Depuis la fuite du gouvernement chinois alors nationaliste devant les communistes de Mao, les rapports entre les deux pays sont évolutifs autour d’une même question : du côté chinois tenter de récupérer Taiwan et du côté taiwanais trouver une politique évolutive se résumant à l’heure actuelle par une « non-réunification » et une « non-déclaration d’autonomie ». Aujourd’hui, la politique du statu quo permet à l’île de Formose de ne pas entrer en guerre avec son ancien occupant chinois.

La question du Détroit de Taiwan est complexe et teintée de l’histoire de la région. Lorsque le gouvernement nationaliste a été forcé de quitter le territoire chinois, la Chine a changé sa Constitution pour devenir la République populaire de Chine (RPC, octobre 1949). Le conflit actuel est donc entre la RPC et la République de Chine : Taiwan (RDC). Taiwan est un pays développé en voie de reconnaissance internationale. Les grandes puissances occidentales n’osent pas reconnaître le pays afin de ne pas blesser la sensibilité exacerbée de la RPC sur cette question. A l’heure actuelle, seuls 23 pays ont reconnu l’île comme le Salvador, le Guatemala, Haïti, Panama, mais également le Vatican. Taiwan n’en est pas pour autant abandonnée par la scène internationale. Bien qu’elle ne soit plus présente au sein de l’Organisation des Nations unies (ONU) depuis le vote de la résolution 2758 en 1971 laissant sa place au profit de la RPC, Taiwan continue à entretenir une relation privilégiée avec les Etats-Unis. Les Taiwanais sont sous la « protection » américaine : s’ils sont attaqués par l’autre rive du Détroit, ils seront protégés. Ce soutien informel bloque ainsi les visées belliqueuses chinoises.

L’entrée en fonction de Ma Ying jeou comme nouveau président taiwanais depuis mai 2008 laissait croire à une nouvelle grille de lecture du conflit. Il a tout de suite réaffirmé que le statu quo serait conservé et protégé. La mise en place de cette ligne aérienne, présente depuis longtemps dans les promesses diplomatiques est enfin une réalité. Coïncidence ? Cette mesure est profitable sur le court terme pour les deux rives du Détroit. Les entrepreneurs taiwanais peuvent profiter d’un gain de temps importants dans leur trajet hebdomadaire vers la Chine et les Chinois peuvent profiter de Taiwan comme destination de loisir privilégié. Trop simple, trop facile, trop simpliste. Il ne faut pas se leurrer sur cette stratégie : les Chinois viennent d’effectuer un pas important vers Taiwan comme il l’aurait fait auprès d’une province. Pour les Chinois, la question taiwanaise est centrale. La RPC est un grand pays, géographiquement parlant. Elle a besoin de stabilité afin de parvenir à ses fins : devenir enfin une grande puissance économique et un pays développé. Il ne s‘agit pas d’un pari facile. Les différents gouvernements ont tenté de créer de grands objectifs nationaux afin d’unir la population vers un but commun et donc la manipuler plus aisément et Taiwan en fait partie de ses projets nationaux majeurs.

La propagande est un outil central dans ce but : tenter de convaincre sa population ainsi que les observateurs et médias internationaux que la République de Chine est une province de la RPC est un travail constant et dûment surveillé. Si le Parti communiste chinois, à la tête du gouvernement, se garde bien d’employer la manière forte pour récupérer Taiwan, il maintient la pression par tous les moyens. La présence permanente de plus de 1 300 missiles pointés vers Taiwan n’en est qu’un exemple.

Taiwan est un Etat et une nation. Même si historiquement la RPC et la RDC ont appartenu au même pays, elles ont depuis 1949 pris des directions politiques différentes qui ne leur permettent pas s’envisager un avenir politique commun. La communauté internationale doit être prévenue afin de permettre à cet Etat d’avoir enfin la place d’Etat à part entière. Par l’ouverture de cette ligne aérienne, le statu quo du Détroit vient de changer l’axe de son équilibre en nourrissant dans le même temps la flamme nationaliste chinoise.


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4 réactions à cet article    


  • Mathieu Mathieu 7 juillet 2008 17:06

    Une ligne aérienne pourrait être un signe annonciateur pour d’un futur dégel ?

    Je rêve d’en savoir plus sur la complexité inhérente au Détroit de Taiwan.


    • manusan 7 juillet 2008 17:30

      Vivant en chine et ayant été travaillé 2 fois à Taiwan (3 mois à chaque fois) ces 2 dernières années, je dirais que le rattachement de l’île est aujourd’hui impossible hormis par la force.

      Je m’explique, les taiwanais se sont forgés une véritable identité depuis 1949, ceux qui sont venu de Chine à cette date ont aujourd’hui au minimum 70-75 ans ; ceux dont leur origine est plus ancienne, leurs grands parents avaient plus une culture japonaise que chinoise, (tout simplement parce que les japonais ont été les premier sur l’ile à construire des écoles à grande échelle) ; qu’est ce qui reste : des jeunes et des moins jeunes qui ont eu 3 à 5 ans de service militaire obligatoire, une éducation trés patriotique, c’est leur île, ils y tiennent.

      Mais surtout, le rattachement de Hong kong, n’est pas la réussite promis par Beijing, les investissements sont partis à Shanghai et Shenzhen, le luxe est partis à Dubaï à cause des copies venant du continent. Même le gouvernement chinois ne vend plus le slogan : "un pays, deux système".

      Il est plus qu’évident que dans 20-30 ans, il n’y aura plus personne à Taiwan qui souhaite le rattachement hormis quelques centenaires. Mais plus important pour les chinois, plutôt que de vouloir le rattachement, ils devraient s’inspirer du modèle taiwanais en matière de société civile, de spiritualité ect ... 



      • manusan 7 juillet 2008 17:40

        pardon pour la faute "deux sytèmeS" mais c’est finalement révélateur.


      • Jules BOYADJIAN Jules BOYADJIAN 7 juillet 2008 19:49

        C’est un excellent article ! Un article à lire pour saisir en glabalité la complexité du Detroit de Taiwan. C’est vrai, aujourd’hui beaucoup de personnes estiment (à tort !) que Taiwan n’est qu’une colonie chinoise ayant émergé dans un contexte politique plus que particulier. Cet article nous montre qu’il s’agit manifestement d’une grossière erreur.

        23 millions de Taiwanais, cela semble sans importance face au géant chinois et ses opportunités sous-jacentes. Et pourtant... Et pourtant il est nécessaire de respecter le droit à l’autonomie de ces 23 millions de Taiwanais. C’est ainsi que je comprends cet article, et je trouve qu’il nous ouvre une voie plus qu’intéressante, une voie à poursuivre sans aucun doute, d’autant plus que si conflit ouvert il y avait, alors c’est le monde entier qui serait concerné... Affaire à suivre impérativement !

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