« La liberté aujourd'hui se transforme en tyrannie et le désir de progrès en esprit decroisade » Tzvetan Todorov
Ce début du XXIème siècle se caractérise par un paradoxe à première vue insurmontable. Face à un mondialisme prétendument unificateur, rejaillissent dans tous les coins du globe les fondamentalismes les plus obscurantistes et les plus belliqueux. Intégristes juifs, chrétiens et islamiques investissent l'espace politique et social et nous replongent dans les temps immémoriaux. Ce délire identitaire religieux généralisé prend la forme d'une hystérie collective. La peur, mère de toutes les folies, suscitée par des actes terroristes savamment orchestrés et amplifiés par les médias, crée à travers la planète une atmosphère de psychose collective pleine de menaces.
L'histoire est ponctuée d'épisodes souvent douloureux de folie collective. Les chroniques médiévales sont pleines de récits tragiques dûs pour l'essentiel à l'action de sectes religieuses déviantes. En 1692, l'histoire extraordinaire des "Sorcières de Salem" offre un exemple ahurissant de ce type d'hystérie. Elle illustre à quel point des hommes habités par la peur, finissent par se retourner contre les leurs, accusant les plus démunis de sorcellerie et se transforment subitement en monstres sanguinaires dénués de tout entendement et de tout sentiment. Plus proche de nous, dans l'entre deux guerres, l'Europe occidentale, rongée par la crise économique, affolée par le péril rouge, plonge la tête la première dans la démence fasciste. Cette fois-ci la psychose ne se limite plus à un groupe restreint ou à une secte mais ébranle des nations entières. La classe politique asservie par le grand capital se meut en gourou surdimensionné poussant la majorité de la population à la haine raciale et au déni de la démocratie. Cependant, il importe de souligner que les horreurs nazies commises par Hitler et ses adeptes ne sont en fait que l'aboutissement Paroxystique des thèses racistes, malthusianistes et eugénistes développées et appliquées depuis longtemps par l'Occident colonial. Tant que l'Allemagne se donnait pour tâche de détruire la Russie communiste on laissait faire... Pour leur malheur, les nazis ont échoué... et le monde découvre soudain et de la manière la plus hypocrite l'horreur des crimes commis à l'encontre des Tziganes, des handicapés et des juifs. La faute des Nazis a été d'avoir enfreint la règle de l'extermination "utilitaire" considérée comme légitime lorsqu'elle s'applique à l' Amérique et à l'Afrique et d'avoir procédé au génocide "gratuit" visant des blancs européens. Les nazis auraient, en quelque sorte, porté à un degré extrême leur obsession de la pureté raciale, transgressant ainsi la hiérarchie ethno-raciale globale.
Une fois l'Allemagne vaincue, la monstruosité des génocides nazis scandalisèrent le monde entier . Par contre, les bombes atomiques lancées sur Hiroshima et Nagazaki participaient, elles, du génocide "utilitaire", c'était donc de bonne guerre et peut-être même nécessaire à la survie de l'espèce. En vérité les États-Unis ont réussi là où Hitler a échoué. Ils démantèlent en un tour de main les deux empires coloniaux français et britannique et se consacrent ensuite à l'URSS qu'ils finiront par lui faire mordre la poussière quarante ans après. Le Führer ressuscité, en serait tombé raide mort de voir ainsi son rêve confisqué. Si on ajoutait à tout cela la disparition de l'empire ottoman à la fin de la première guerre mondiale, on ne peut que baver d'admiration en présence de tels exploits. Le secret d'une pareille réussite tient probablement d'une démarche politique inspirée de certains arts martiaux asiatiques. Elle consiste à retourner la force de l'adversaire contre lui-même, de l'épuiser jusqu'à l'écroulement et de le ramasser comme qui cueillerait un fruit mûr.
Après le camouflet essuyé pendant la guerre du Vietnam, la stratégie américaine a préféré médiatiser de manière encore plus radicale ses interventions. Il s'agit de jouer sur les contradictions internes de l'ennemi, de les exacerber ou même de les susciter et d'attendre tranquillement la fin des massacres. Pendant la guerre froide, les États-Unis n'ont pas hésité à recourir aux frères musulmans pour déstabiliser les nationalistes baathistes et nassériens. Au milieu des années soixante dix, partout dans les pays arabes et asiatiques, poussent comme par magie des groupes salafistes. Étasuniens et saoudiens sont en plein préparatifs de la guerre sainte contre les mécréants communistes. L'union Soviétique au bord de la faillite se laisse prendre au piège afghan savamment dressé par les USA. Venant de tous les pays musulmans, des jeunes fanatisés par l'endoctrinement wahhabite et par la propagande occidentale déferlent sur l'Afghanistan au secours de l'islam menacé. Un vrai coup de maître ! La manipulation mentale testée déjà au Liban en 1975 s'avère encore plus redoutable que les drones et les Tomahawk. En 1979, la passivité de la Maison Blanche face à la révolution islamique iranienne obéit elle aussi à la même logique. Depuis cette époque, la politique étasunienne n'a cessé d'appliquer la même stratégie : l'excitation et l'instrumentalisation des fanatismes religieux. Le Moyen-Orient s'est transformé alors en vraie poudrière où sunnites et chiites, fondamentalistes et nationaliste arabes, musulmans et chrétiens n'arrêtent plus de s'entredéchirer.
L'empire soviétique démantelé, les néo-conservateurs ont cru que le moment était venu d'étendre leur hégémonie sur l'ensemble de la planète. L'empire unipolaire projette d'accaparer pour les cent ans à venir tout l'espace séparant l'atlantique de la mer Caspienne et d'asphyxier du même coup la Chine et la Russie. Le rêve néolibéral d'un monde homogénéisé et fluide, sans frontières, complètement ouvert à la libre circulation des capitaux ne souffre nul obstacle. Après l'extinction des empires voilà qu'est venu le tour des États-Nations. Il faut tout de même préciser que cette fureur mondialiste ne date pas d'hier. Tout au long de l’histoire des États-Unis, la politique américaine s'est toujours inspirée du l'utopie protestante d'un peuple « idéal, pur et parfait » et d'un « nouveau monde », terre vierge, Terre promise dégagée des dépravations qui minaient la vieille Europe du XVII ème siècle. Cela a fini par conduire à un messianisme mégalomaniaque qui a souvent ponctué le discours politique étasunien. Wilson, président américain de 1913 à 1921, affirmait : « L’Amérique est la seule nation idéale dans le monde […] L’Amérique a eu l’infini privilège de respecter sa destinée et de sauver le monde […] Nous sommes venus pour racheter le monde en lui donnant liberté et justice ». Quant à George W. Bush, il répétait à qui voulait l'entendre : « les États-Unis sont une nation élue par le Créateur, investie d’une mission de libération, et ils doivent la remplir en prenant la tête du camp du Bien contre l’Axe du Mal ». C'est en vertu de ce messianisme politico-religieux que les étasuniens se croient investis d'une mission universelle. Au messianisme américain vient se greffer le messianisme juif que semble concrétiser la création de l'état sioniste. Pour les sionistes, la création d'Israël annonce l'arrivée imminente du Messie. Le Mashia'h hébreu, issu de la lignée du Roi David, amènera dans le monde à venir, une ère de paix et de bonheur éternels. Cependant la venue du Mashia'h ne peut avoir lieu qu'une fois la Terre purifiée. "Le peuple élu" se doit de livrer bataille aux hordes barbares de « Gog et Magog », un combat cosmologique du bien contre le mal. C'est seulement après que régnera la paix et la prospérité sur un monde unifié sous la bannière israélite. Cet idéal messianique constitue aujourd'hui un leitmotiv dans le discours d'une bonne partie de l'intelligentsia occidentale. Quelqu'un comme Jacques Attali n'hésite pas à avancer qu’une gouvernance mondiale verrait bien comme capitale planétaire « Jérusalem ».
Cette obsession eschatologique qui s'empare du monde constitue le nouveau masque idéologique du néo-libéralisme qui ne trouve rien de mieux que d'exacerber les fanatismes religieux pour répondre au vide existentiel d'une société en crise et pour avancer en catimini ses pions. Si l'idée de libéralisme et de démocratie avait besoin du communisme et du goulag pour prendre tout son sens, dans la représentation messianique, l'idée du Bien ne signifie pleinement que par le Mal qui la menace et la valorise. C'est à partir de là que l'islam a été désigné pour jouer le rôle infâme de l'Antéchrist. Après de longues années de mise en scène, le monde arabo-musulman finit petit à petit par être assimilé en Occident aux hordes païennes de « Gog et Magog » . Tout commence avec la guerre d'Afghanistan. L'URSS n'avait pas besoin de cette guerre pour imploser car son économie était déjà en pleine débâcle. En réalité, l'objectif de ce conflit planifié par les États-Unis était avant toute chose l'embrigadement de milliers de moujahidines sunnites recrutés essentiellement dans les pays arabes. Ces derniers fanatisés après des années d'endoctrinement wahhabite financé par les étasuniens et les saoudiens, finissent par se transformer en kamikaze. C'est seulement après l'implosion de l'empire soviétique que les "moujahidines" devenus subitement des "terroristes" vont remplir leur vrai rôle, celui auquel ils ont été préparés : diaboliser l'islam et répandre une atmosphère de psychose collective en Occident. Des actes terroristes commis par des fanatiques endoctrinés et armés par l'empire vont jeter l'opprobre sur l'ensemble des musulmans qui ne manquent pas de réagir. Bien entendu les médias asservis cultivent l'amalgame et ne ratent aucune occasion pour éclabousser l'Islam. Cette atmosphère empoisonnée conduit immanquablement à des dérapages horribles. Au mois de mars dernier en Afghanistan, le sergent américain Robert Bales tue de sang froid 16 personnes dont des femmes et des enfants et brûle ensuite leurs cadavres. Anders Behring Breivik, un militant d’extrême-droite, massacre 77 personnes à Oslo en Norvège. Un homme sain d'esprit affirment les médecins. A l'ouverture de son procès, le lundi 17 avril, Breivik entre au tribunal d’Oslo, adresse à l'assistance le salut fasciste, bras droit tendu, poing sérré bravant ainsi les familles des victimes. Le malheur est que des extrémistes, pris dans le piège de la guerre des civilisations, épousent de plus en plus ces thèses de fragmentation universelle. Pourtant, cette hystérie islamophobe alimentée et entretenue par les médias relève moins de faits réels que d'une propagande tout azimut . En effet, dans le Rapport Europol 2010 sur le terrorisme, l’Office européen de police précise que Sur 498 actions terroristes, 424 étaient en lien avec des mouvements séparatistes essentiellement corse et basque, 55 menées par des mouvements d'extrême-gauche ou anarchistes, un seul était le fait d’islamistes. Bien entendu, probablement déçus par un tel rapport, les médias européens l'ont presque totalement ignoré. Il ne faut surtout pas ébranler l'édifice si péniblement échafaudé. L'extraordinaire est que juste après la publication du dit rapport et comme pour le démentir survient juste avant les élections françaises le massacre de Toulouse. Mais voila que Mohamed Merah, ce symétrique génocidaire de Breivik que la police s'est empressé de liquider, serait un informateur de la DGSE. Une affaire louche, une de plus, comme la plupart des attentats perpétrés depuis les années quatre vingt dix par Al-Qaïda. L'attentat du 11 septembre 2001, ce nouveau Pearl Harbor que les néo-conservateurs n'ont cessé d'appeler de leurs vœux demeure une vraie énigme. Mais qu'importe tous ces détails ! Le décor est déjà planté et bien planté !

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@ epicure Je ne te réponds pas On ne tutoie pas les gens qu’on ne connais pas. (...)
27/04 14:01 - Fethi GHARBI@Par Fethi GHARBI (xxx.xxx.xxx.150) 26 avril 23:28 Je ne te réponds pas que cela (...)
27/04 02:58 - epicure@ insomnia Merci Mais citation pour citation je tiens à vous répondre avec celle-ci : ...La (...)
27/04 00:37 - Fethi GHARBIeAu Pr. Chems Eddine Chitour Heureux de vous retrouver ici et merci pour ce commentaire (...)
27/04 00:13 - Fethi GHARBIA epicure Le vrai universalisme, ce n’est pas l’uniformité décidée par quelques (...)
26/04 23:28 - Fethi GHARBI
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