Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > International > Monténégro : la restauration est-elle envisageable ?

Monténégro : la restauration est-elle envisageable ?

Quatre mois après avoir conduit son pays à l’indépendance et sur la voie de l’intégration à l’Union européenne, le premier ministre monténégrin Milo Djukanovic a renoncé à un nouveau mandat, après dix-sept ans au pouvoir. Cette fin de règne laisse-t-elle une chance à un retour de la monarchie ?

Le 3 juin 2006, le Monténégro est à nouveau indépendant, après quatre-vingt-huit ans de rattachement à la Serbie. Le pays a une longue tradition d’indépendance. Les Monténégrins s’enorgueillissent, d’ailleurs, de n’avoir jamais été soumis par l’Empire ottoman. Ce petit État resurgit dans les Balkans, on n’y décompte que 673 000 habitants, et sa superficie, 13 812 km2, n’excède pas celles de deux départements français. Sa capitale administrative et politique est Podgorica.

Petit par la taille, le Monténégro a un grand potentiel touristique.Le littoral, sur la Mer adriatique, connaît un climat méditerranéen accueillant. On y trouve, par exemple, la cité médiévale de Kotor classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Dans les terres, deux parcs nationaux préservent une faune et une flore exceptionnelles. Le pays dénombre plus de 1700 églises et monastères. C’est aussi un pays stable que les touristes commencent à découvrir.

Le “nouvel” État monténégrin est en l’espace de trois semaines reconnu par la communauté internationale. Il devient ainsi le 192e État inscrit aux Nations unies. L’adhésion à l’OTAN est envisagée. Le pays a aussi commencé les négociations avec l’Organisation mondiale du commerce. Il a adopté unilatéralement l’euro (alors qu’il n’est pas dans la zone euro), et a commencé les démarches pour intégrer l’Union européenne. L’ouverture sur l’Europe n’est pas une nouveauté dans l’histoire du Monténégro qui, soit par des alliances militaires (avec la Grande-Bretagne et la Russie contre Napoléon), soit par des alliances matrimoniales dans les cours d’Europe, a cherché à se faire une place dans le concert des nations européennes.

La dynastie des Pétrovic Njegos au XVIIIe siècle commence la formation de l’État monténégrin. Le pays est alors dirigé par les évêques de Cetinje (capitale historique du pays). Ils arbitrent les différends entre les clans. Ils sont tous issus de la famille Pétrovic du clan des Njegos. Avec Danilo II, en 1851, le Monténégro devient une principauté, les fonctions politiques et ecclésiastiques sont dès lors distinctes. Le statut change à nouveau en 1910. Nicolas I Pétrovic décide de changer la principauté en royaume. La famille Pétrovic règne sur le Monténégro jusqu’en 1918, date à laquelle le pays se retrouve absorbé dans le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Nicolas I, qui avait contribué au rayonnement de son pays, entre autres, en mariant ses enfants aux héritiers de nombreuses cours européennes, s’exile en France où il s’éteint en 1921. Ses descendants y vivent encore aujourd’hui.

Le retour du roi ? La culture monténégrine valorise les traditions, la notion de clan et le patriarcat. Le nouveau drapeau (rouge, orné d’un aigle à deux têtes) reprend les armoiries du roi Nicolas I. En 1989, le retour de la dépouille du roi Nicolas I à Cetinje a suscité une vive émotion dans le pays. Des dizaines de milliers de Monténégrins ont assisté aux funérailles du roi. Nicolas II Petrovic Njegos, arrière-petit-fils de Nicolas I, est l’héritier légitime, son aïeul n’ayant jamais abdiqué. S’il travaille à la réhabilitation de sa famille, il reste discret sur la restauration de la monarchie au Monténégro. "Je désire revitaliser l’ordre dynastique afin de recouvrer une visibilité officielle, replacer ma famille dans le paysage historique de l’Europe, et avoir un statut spirituel, moral et matériel". 1 Il est soutenu par l’Eglise autonome orthodoxe monténégrine, et son chef, le métropolite Mihailo : « Nicolas, dit-il, pourrait jouer un rôle important pour le Monténégro dont il rêve de faire un véritable État écologique [...] Il a un cœur noble et ne court pas après le pouvoir, mais il possède un sens aigu de son devoir. » 2 Le soutien politique, lui, est faible, le seul parti prônant la monarchie, l’Alliance libérale du Monténégro (LSCG), s’est fondu dans le Mouvement pour les changements (PzP). Les élections législatives de septembre 2006 ont vu la victoire de la Coalition pour un Monténégro européen du Premier ministre Milo Djukanovic. La nouvelle assemblée est constituante, mais rien ne laisse encore présager que la nouvelle Constitution donne un rôle officiel à l’héritier de la famille Pétrovic Njegos.

Si le monde politique monténégrin pense d’abord au positionnement international du pays et à son développement économique, l’idée du retour du roi pourrait être soutenue par le fait que deux pays balkaniques, la Serbie et la Bulgarie, ont déjà entamé un débat sur la monarchie constitutionnelle.


Moyenne des avis sur cet article :  5/5   (20 votes)




Réagissez à l'article

2 réactions à cet article    


  • miaou miaou 8 novembre 2006 12:06

    Nostalgie, quand tu nous tiens.... Les Français éprouvent toujours un remords diffus d’avoir sacrifié leur ancien roi sur l’autel de la République ; c’est une magnifique illustation des principes girardiens:troubles, détemination d’un bouc émissaire, élément marginal de la société (ici par le haut) ; sacrifice ; unité enfin retrouvée.

    Revenons aux Balkans ; nous nageons dans une atmosphère digne de « Tintin et le sceptre d’Ottokar’. Rappelons ce qui est advenu en Bulgarie, où l’ancien roi est devenu premier ministre du pays d’où il fut exilé Cela dit, l’important est la nature démocratique du régime, qu’il s’agisse d’un système républicain ou monarchique est secondaire. Alors pourquoi pas ? Un système monarchique constitutionnel (où le roi ou la reine savent rester à leur place) peut présenter un certain nombre d’avantages : stabilité (ex : Belgique,Thaïlande), affirmation de l’unité nationale par une personne physique et non une fiction, prise de conscience d’une continuité historique, voire attraction touristique (Royaume-Uni)... La »ringardise" n’est pas un contre-argument valable : avant la Révolution française, la république, à travers le lointain souvenir de la république romaine, était tout autant considérée comme obsolète.

    Néanmoins, il est évident que cela conduit à donner à vie une place à part à un individu pour un temps illimité (pour les républiques, ce temps existe aussi, mais est limité : immunité présidentielle), ce qui est une entorse au principe d’égalité. Cela peut tourner à la catastrophe en fonction de la personnalité du roi : c’est la cas du Népal. Force est de constater que la plupart des dictatures contemporaines sont des républiques, même si certaines d’entre elles singent la monarchie (« monarchies communistes » : Corée du Nord, Cuba ; Syrie..).


    • Alex Alex 16 février 2009 00:42

      Intéressant article sur le Monténégro et sa ("feu") monarchie.
      Je doute que l’héritier du trône qui est un architecte français, puisse rétablir la monarchie... Cependant, s’il peut s’impliquer pour rendre son état un peu plus écologique, tant mieux ! C’est quand même le premier état au monde à avoir inclu le concept de l’écologie dans sa constitution...
      Pour plus d’info sur ce pays, je conseille la consultation du site Montenegro Tribune qui a une revue de presse intéressante sur l’économie du pays. Intéressant pour tout investisseur ou expatrié. (en anglais)
      Alex

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès